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Full text of "Revue des études juives 1904"

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REVUE 



DES 



ÉTUDES JUIVES 



. RSAILLES — IMPRIMERIES CERF, 59, RUE DUPLE8 




DES 



ÉTUDES JUIVES 



PUBLICATION TRIMESTRIELLE 
DE LA SOCIÉTÉ DES ÉTUDES JUIVES 



TOME QUARANTE-HUITIÈME 



PARIS 

A LA LIBRAIRIE A. DURLACHER ^(o 

83 bis , RUE LAFAYETTE l\*^^l>tp 

1 QOJ. 6 * ^ * 



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DOCUMENTS 



SUR LES 



MARRANES D'ESPAGNE ET DE PORTUGAL 

SOUS' PHILIPPE IV 



Les documents qu'on lira plus loin, acquis récemment à Madrid, 
proviennent des archives du Conseil de l'Inquisition d'Espagne. 
Ils forment un recueil de 103 feuillets, dont plusieurs portent le 
paraphe de Philippe IV d'Espagne. Avant de les étudier nous les 
analyserons aussi succinctement que possible. Disons, pour 
orienter quelque peu le lecteur, qu'en 1G21, date de l'avènement 
de Philippe IV, le Portugal appartenait à l'Espagne. Beaucoup de 
néo-chrétiens portugais avaient passé en Espagne, déjà sous 
le règne de Philippe III, pour échappera l'Inquisition de Portugal. 
Beaucoup allaient d'Espagne en Flandres, en Italie, en France et 
en Angleterre. En 1622, plus de 4,000 prisonniers de l'Inquisition 
partirent pour l'étranger et reprirent la profession du judaïsme. 
Mais un sacrilège commis dans une église de Lisbonne et attribué 
aux néo-chrétiens devait leur être funeste. Philippe III reçut une 
pétition des Juifs demandant le pardon pour ce crime, dont ils 
étaient inuocents, et offrant de grandes sommes pour pouvoir 
rester en Espagne et au Portugal. Parmi les chrétiens, quelques- 
uns vou'aient les expulser d'Espagne, les autres voulaient les 
garder et même essayer de ramener dans le pays les Juifs qui 
s'étaient réfugiés à Tétrangers. 

I. — Un personnage, qui est probablement l'agent des négociants 
juifs portugais, adresse à une autre personne, sans doute le 
confesseur du Roi, fray Antonio de Sotomayor, l'exposé des 
requêtes de ses clients et ce qu'ils offrent au Roi. 

T. XLVIÎI, n° 93. 1 



2 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Les négociants se proposenl de verser au trésor une somme très 
considérable et demandent en échange qu'on leur rende .justice. 
Us se plaignent des criantes injustices dont ils sont victimes et 
qui tournent au préjudice du royaume, et ils sollicitent une mesure 
puissante et efficace. 

[ls supplient le Roi de remettre leur requête à l'Inquisiteur 
généra] de Portugal pour que celui-ci puisse se convaincre de la 
justesse de leurs plaintes et y remédier. 

[ls demandent à sa Majesté de donne!- l'ordre d'en finir avec les 
causes pendantes dans l'espace d'un an et de désigner lui-môme 
ou de charger l'Inquisiteur général de désigner dans ce lait îles 
personnes graves, doctes et âgées, et ils demandent que ces causes 
soient jugées d'après les lois de Castille. Que ceux, déjà prison- 
niers, qui auraient souffert sans avoir commis de faute, soient 
relâchés et que les coupables soient châtiés. Comme ils veulent 
donner toute satisfaction à la religion, non seulement ils deman- 
dent le châtiment des coupables, mais encore leur expulsion de 
tous les domaines de la Couronne, et la peine de mort pour ceux 
qui y reviendraient. Ils font valoir que, puisque tous les dommages 
qu'ils ont soufferts ont pour cause la rapacité des ministres portu- 
gais, ils ont l'intention d'offrir au Roi une grande somme d'argent, 
dont le chiffre n'est pas fixé. Ils destinent les intérêts de cette 
somme aux honoraires des Inquisiteurs et des membres du Saint- 
Office de Portugal et l'excédent au fisc. 

Les négociants demandent qu'on fasse examiner ces proposi- 
tions par des théologiens pour être certains qu'elles ne vont pas à 
rencontre de la religion chrétienne. Ils disent qu'ils ont choisi ce 
moyen à cause des extorsions dont ils sont victimes au Portugal 
et des persécutions dirigées contre eux, si bien qu'un grand nombre 
de leurs coreligionnaires s'en vont en Hollande, en France et 
ailleurs, en emportant leurs biens, et qu'il en résulte un consi- 
dérable appauvrissement du royaume et une complète stagnation 
des affaires ; que cependant les absents désirent rentrer dans leur 
patrie, où le commerce est plus facile; qu'en y revenant, ils appau- 
vrissent les Hollandais, dont le commerce a augmenté par suite 
•de l'apport de leurs richesses. 

Ils font remarquer que les finances du royaume diminuent par 
l'absence de ces commerçants, car, lorsqu'il sort pour mille ducats 
de marchandises du royaume à destination des Indes, elles doivent 
acquitter un droit de sortie de mille ducats, tandis que les mar- 
chandises venant des Indes payi nt un <lr<»it de 145 %• 

IN t'ont ressortir la difficulté qu'ils éprouvent à assurer leurs 
marchandises à di s compagnies d'assurances étrangères et du 



LES MARRANES D'ESPAGNE ET DE PORTUGAL SOUS PHILIPPE IV 3 

péril que leurs navires courent, puisqu'ils sont obligés de déclarer 
à ces compagnies le nom de ces bâtiments, le lieu où ils se ren- 
dent, la nature de leur fret et le jour de leur départ, si bien que 
les ennemis du Roi en profitent pour envoyer des navires de 
guerre afin de s'en emparer ; pour remédier à tous ces maux, il 
faut faire en sorte que les commerçants absents puissent revenir 
dans leur patrie avec leurs richesses sans crainte d'y être mal- 
traités sans motif. 

Ils demandent, enfin, que personne ne puisse faire d'assurances 
en dehors des places de l'Espagne et cela sous peine de mort et de 
confiscation des biens au profit du fisc royal et qu'aucune lettre 
ne puisse être expédiée en Flandre, en Italie ou en France sans 
être copiée sur un livre spécial déposé au lieu d'expédition de 
manière que chacun puisse s'assurer de son contenu. 

II. — Les Juifs de Portugal, constamment en butte à des vexa- 
tions sans nombre, s'adressent au Roi pour lui faire connaître 
leurs griefs et demander justice. 

Ils lui représentent que depuis qu'il a abrogé l'ordonnance qui 
leur défendait de sortir du royaume, en vendant leurs biens fon- 
ciers, le peuple portugais, irrité de les voir libres, cherche à les 
ruiner complètement en prenant pour motif le vol d'un ciboire 
contenant des hosties consacrées. Bien qu'à leur dire, il n'y ait 
aucun indice les accusant de ce sacrilège, la voix publique le leur 
impute avec d'autant plus de force que les prédicateurs engagent 
les fidèles du haut de la chaire à tremper leurs'mains dans le sang 
des Juifs, à les arrêter et à les condamner, même sans preuve, 
pour le seul fait d'être Juifs. 

La persécution les suit partout ; à Coïmbre, les étudiants les 
chassent des écoles, et à Lisbonne, les habitants en armes les 
tuent, les blessent et le carnage est à son comble. Et cependant 
pas une personne n'est arrêtée ni condamnée pour le crime de 
sacrilège, et c'est une preuve qu'on ne pourrait appuyer cette 
accusation d'aucune certitude ou présomption. 

Le peuple déchaîné les poursuit jusque dans leurs maisons, et 
les Juifs qui cherchent à quitter le royaume sont poursuivis et 
tués sur les routes. 

Ils supplient Philippe IV d'apporter un remède à leurs maux en 
donnant ordre de vérifiera qui incombe la responsabilité du crime 
et qu'ensuite, lorsqu'on aura prouvé qu'ils ne sont pas coupables, 
on leur rende leur réputation par une manifestation publique. 

III. — Le confesseur du Roi adresse à son royal pénitent les 



REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

observations que le nonce «lu Pape l'a chargé de lui faire. Le 
nonce, ayant appris que les Juifs sollicitaient un pardon général, 
supplie le Roi de fermer l'oreille à leurs supplications, parce que 
l'expérience a montré que les pardons accordés par les Souverains 
Pontifes Clément III", Paul III et Clément VIII n'ont produit aucun 
bon effet et ont facilité plutôt l'expansion de La secte judaïque, 
car la perfidie de celle-ci est bien connue. 

De plus, il supplie le Hoi de lui remettre toute l'affaire, s'il en 
arrivait a examiner L'opportunité de ce pardon, pour que le Siège 
Apostolique soit la seule autorité qui prenne une décision à cet 
égard et il invoque à ce sujet l'exemple des aïeux du Roi. 

IV. — L'auteur de ce document est l'Inquisiteur général de 
Portugal ou un théologien. L'auteur est consulté pour savoir s'il 
est permis. d'accorder un pardon général aux Juifs de Portugal, 
qui ont commis des délits contre la foi chrétienne, et si l'on peut 
recevoir d'eux une somme d'argent. 

L'auteur de ce document, tronqué et non si^né, est entièrement 
opposé au pardon général et il s'appuie sur de nombreuses 
raisons, toutes fondées sur des textes latins tirés des Saintes 
Écritures ou des Pères de l'Église. 

1° Il n'est pas permis d'accorder ce pardon, parce que ce serait 
faire une sorte d'alliance et d'amitié avec les ennemis de Dieu, et, 
comme preuve, l'auteur cite l'histoire d'Achab, roi d'Israël, qui, 
ayant demandé secours à Josaphat, roi de Juda, fut tué par une 
flèche, tandis que s©n allié recevait des reproches de Jéhu. Il cite 
encore d'autres preuves tirées de l'Écriture. Gisulphe, roi des 
Lombards, pour avoir accueilli les Ariens dans son royaume, fut 
tué et ses sujets vendus comme esclaves. 

2° On ne peut accorder ce pardon pour de l'argent. 

L'Empereur Charles-Quint, au moment où beaucoup de princes 
allemands embrassaient la réforme luthérienne, répondait à ceux 
qui craignaient pour lui la perte de plusieurs provinces : « N'en 
tenons aucun compte, car si nous ne manquons pas à Dieu, Lui 
ne manquera pas. » 

Lorsque les Rois catholiques expulsèrent les Juifs d'Espagne, ni 
les prières, ni tous les trésors du monde ne purent les faire 
changer de résolution. Il en fut de même lors de l'expulsion des 
Maures, et bien des personnes disent que, l'Espagne ayant le 
glorieux privilège de posséder l'Églis; apostolique de Saint- 
Jacques et ayant un si grand Apôtre pour patron, tons ses habi- 
tants doivent appartenir à la même confession. 

D'ailleurs, si l'on accordait un tel par<l in, il en résulterait des 



LES MARRANES D'ESPAGNE ET DE PORTUGAL SOUS PHILIPPE IV 5 

maux très graves et l'Espagne perdrait sa bonne renommée, tous 
les étrangers se scandaliseraient et diraient que les Espagnols et 
leurs Rois vendent le pardon, car ils pardonnent l'hérésie et 
l'apostasie pour de l'argent, c'est-à- dire qu'ils vendent la justice et 
la grâce de Dieu et Jésus-Christ lui-même. 

La reine dona Isabelle la Catholique avait l'intention d'accorder 
un pardon. Son confesseur Thomas de Torquemada chercha à l'en 
dissuader et, n'y pouvant parvenir, il lui jeta sur sa robe un cru- 
cifix en lui disant : « Que votre Majesté le prenne pour le vendre 
de nouveau, comme de nouveau les Juifs le crucifieront ! » 

Les nouveaux chrétiens, voyant que, moyennant finance, les 
relaps sont pardonnes, en prendront occasion pour se rattacher à 
leur ancienne religion. Et ce pardon sera une cause de ruine et de 
naufrage pour la foi. Ce pardon causerait à l'Inquisition un pré- 
judice considérable, car elle serait vaincue et les apostats triom- 
pheraient. 

La troisième raison, et la plus importante, est qu'il n'est pas licite 
d'accorder le pardon à celui qui, non seulement commet un crime 
contre l'État, mais encore est décidé à le commettre aussi souvent 
qu'il le pourra. Donc il n'est pas permis d'accorder le pardon aux 
Juifs, car l'expérience a montré qu'ils ne savent pas conserver la 
foi, ni garder leur parole. 

D'ailleurs, aucun pouvoir séculier ne peut juger le crime d'hé- 
résie, qui appartient à la seule juridiction ecclésiastique, et cela 
est prouvé par leLévitique, qui n'attribue qu'aux prêtres le devoir 
de soigner la lèpre, et la lèpre est le symbole de l'hérésie. Le Pape 
seul peut prendre une détermination sur ce qui concerne la foi et, 
si un juge séculier condamne un hérétique, il ne peut le faire qu'en 
vertu de l'autorité qui lui a été déléguée par les pouvoirs ecclé- 
siastiques. Mais, par contre, il est permis d'admettre les héré- 
tiques et les apostats à la communion de l'Eglise, lorsque ceux-ci 
prouvent leur sincère repentir, car, d'après saint Jean, le Christ a 
dit : « Je ne repousserai pas celui qui viendra à moi. » Et le bon 
Pasteur va lui-même chercher la brebis égarée. 

Au moment de la réconciliation des hérétiques et des apostats, 
il est permis de leur infliger des peines pécuniaires, en dehors des 
châtiments ordinaires, et l'Inquisition emploie souvent ce moyen 
de correction, car ce n'est pas vendre la réconciliation. De même 
que celui qui paye deux réaux pour obtenir la bulle ne paye pas 
la grâce divine qui y est attachée, mais participe aux frais de 
l'Eglise, de même le réconcilié, au moyen de la confiscation de ses 
biens ou de l'amende qui lui est imposée, ne paye pas son pardon, 
mais fait une aumône en réparation de ses fautes. Le confesseur 



REVUE DES ETUDES JUIVES 

peut, suivant la gravité des fautes, obliger son pénitent à édifier 
des églises, à faire des aumônes, à constituer des dots pour marier 
des jeunes Biles, à fonder des couvents ou des chapelaineries ; par 
conséquent, on peut obliger le pénitent k verser une somme 
d'argenl plus ou moins considérable, sans pour cela qu'il paye sa 
réintégration dans le sein de l'Eglise, 

si ce pardon général doit être accordé, je suis d'avis qu'il ue 
doit pas l'être avant que le Souverain Pontife ait été consulté 
h ail donné son consentement, car il est d'usage dans l'Eglise 
qu'aucun hérétique ne peut être absous s'il ne s'adresse à Rome au 
chef de l'Eglise; quoique le Pape ait délégué son autorité à rin- 
quisition, celle-ci outre passerait ses droits, si elle accordait le 
pardon sans l'assentiment de sa Sainteté. 

Mais ici se présente une très grande difficulté, car, si l'on doit 
accorder le pardon à ceux qui se repentent vraiment, on doit le 
refuser à ceux dont le repentir est douteux et même les châtier; 
or, il est bien difficile de vérifier la sincérité de ce repentir. On 
peut le considérer comme vrai chez les Juifs qui sollicitent le 
pardon, quoique habitant des pays où on ne les empêche pas de 
vivre selon leur loi, tels que Livourne et les îles de Vénétie. De 
même on peut l'admettre chez ceux qui, habitant le Portugal, ne 
désirent rien plus ardemment que de s'allier par mariages avec 
des familles de vieux chrétiens, et cela en donnant à leurs enfants 
des dots considérables et en s'imposant des sacrifices, tandis qu'en 
se mariant entre eux une dot modique aurait suffi. C'est encore 
un indice en faveur des Juifs que le fait de pousser leurs enfants 
à se faire prêtres, moines ou religieuses. Les réconciliés prouvent 
également leur repentir en allant au bûcher, embrassant le cru- 
cifix, récitant le Credo, confessant le Christ et mourant comme de 
vrais chrétiens. Et ceux qu'on brûle en effigie donnent une preuve 
flagrante de leur repentir en continuant à pratiquer la religion 
chrétienne, quoique vivant avec des infidèles qui les persécutent 
pour cette raison. Enfin, on ne peut douter du repentir de ces Juifs 
qui offrent de grosses sommes d'argent en rémission de leurs 
péchés, car ils sont si avides qu'ils donneraient leur vie pour con- 
server leurs biens. 

Mais à tout ce qui précède peuvent être opposées de graves 
raisons. La première est la gravit»'' de la faute, car les Juifs sont 
les ennemis de la religion chrétienne, et ils ont commis le plus 
grand crime qui se soit fait au monde, le crucifiement du vrai 
Dieu. Et ce crime ne peut être imputé à un seul, mais à la race 
tout entière et s'étend dans toutes les parties du monde habitées 
par les Juifs. Et alors comment pourrait-on pardonner aux Juifs 



LES MARRANES D'ESPAGNE ET DE PORTUGAL SOUS PHILIPPE IV 7 

portugais, qui sont considérés par tous les Hébreux comme les 
principaux d'entre eux. comme la tribu la plus élevée? Et com- 
ment pourrait-on espérer la conversion de personnes si attachées 
à leur culte et qui professent tant d'horreur et de haine pour la 
religion chrétienne? D'ailleurs, si quelques uns d'entre eux de- 
mandaient le pardon, ils ne sont pas les fondés de pouvoir delà ma- 
jorité des Juifs, et si on admettait la possibilité de recevoir d'eux 
une somme d'argent, ils obligeraient à payer leur quotité des per- 
sonnes réellement converties et n'ayant commis aucune faute. 
Puis, si, une fois confessé et réintégré au sein de l'Eglise, le Juif 
réconcilié continuait à fréquenter ses anciens coreligionnaires, on 
devrait juger que son repentir n'est pas sincère. Enfin, ceux qui 
ne sollicitent pas le pardon sont indignes de le recevoir. Le père 
Ribadeneira dit que les saints martyrs Alexandre et Caïus, ayant 
été condamnés à mort et devant mourir avec des hérétiques, de- 
mandèrent au bourreau de les exécuter à part, de manière que 
leur sang ne se mêlât pas à celui de ces infidèles. Les Juifs ont 
toujours été les ennemis acharnés du Christ et commettent sans 
cesse des sacrilèges. Pineda raconte qu'ayant volé une hostie con- 
sacrée, ils la réduisirent en une poudre qu'ils pétrirent avec un 
cœur humain et jetèrent le tout dans des fontaines pour empoi- 
sonner et tuer tous les fidèles. A un autre moment, ils volèrent un 
enfant et, après lui avoir infligé tous les supplices que le Christ 
souffrit pendant sa Passion, ils lui arrachèrent le cœur et le mê- 
lèrent à une hostie consacrée, puis jetèrent tout cela dans les eaux 
d'une ville, cherchant à tuer les inquisiteurs et les fidèles. L'An- 
gleterre les chassa, à cause des grands maux qu'ils lui attiraient. 
Tout le monde connaît l'histoire de cette hostie consacrée qu'ils 
avaient volée. Ils voulurent la jeter dans un chaudron de lessive, 
mais l'hostie résistant voltigeait dans les airs. Un Juif furieux lui 
porta un coup de poignard et le sang coula. Cette hostie se trouve 
aujourd'hui au couvent des dominicains à Avila. A Coïmbre, en 
1569, un jeudi, saint, ils volèrent un enfant pour lui faire subir, le 
vendredi saint, toutes les tortures de la Passion. En Hongrie, du 
temps du roi Vladislas, les Juifs, à certain jour, lavaient leurs 
corps avec du sang humain. Dans la ville de Trente, ils cruci- 
fièrent le saint enfant Simon. Tous ces crimes sont commis sur 
l'ordre formel de leur Talmud, qui les oblige à tuer et à ruiner 
tous les chrétiens qu'ils peuvent atteindre. Si loin va leur haine 
pour les chrétiens que l'empereur Julien l'apostat, qui fit tant de 
mal à l'Eglise, n'imagina pas de plus horrible tourment que celui 
de livrer les chrétiens aux Juifs, qui assouvirent sur eux leur soif 
sanguinaire. 



REVUE DES ETUDES JUIVES 

On ne peut donc pas exposer la vie des chrétiens à leur haine et, 
pour cela, il faut leur interdire toutes les professions de médecins, 
chirurgiens, barbiers, juges criminels, curés ei maîtres d'école et 
ne leur permettre que les métiers serviles : charpentiers, orfè^ pes, 
crieurs publics, serruriers, chapeliers, etc.. a l'exception de celui 
de cuisiniers, pâtissiers, boulangers, et tout autre touchant à l'ali- 
mentation. 

Malgré le serment qu'il avait t'ait d'expulser les Juifs de sou 
royaume et de n'en employer aucun à son service, le roi Henri III 
prit un médecin hébreu. L'archevêque «le St-Paul lui recommanda 
de ne pas avoir confiance en ce médecin; mais le Roi ne fit aucun 
cas de cet avertissement. Le châtiment ne se fit pas attendre; en 
lui faisant prendre un médicament, le Juif l'empoisonna et fut si 
fier de son crime qu'il ne l'ut pas nécessaire de lui appliquer la 
question ordinaire et extraordinaire pour le lui faire avouer. Le 
roi Philippe II connaissait Lien l'esprit pernicieux de cette race, 
aussi la chassa-t-il du duché de Milan, et il écrivit à son neveu, le 
roi don Sébastien de Portugal, pour l'engager à les expulser de 
son royaume. 

Du temps de l'empereur Charles-Quint, un Juif fameux, nommé 
Diego de las Casas, se trouvait dans les prisons du Saint-Office à 
Séville. Comme il était riche et puissant, il fit agir ses amis, qui 
obtinrent du Pape un ordre enlevant à l'archevêque de Tortose, 
cardinal, Inquisiteur général, et plus tard Pape, le pouvoir de 
juger ce Juif, pour le remettre entre les mains d'autres juges. A. 
ce moment, il existait certaines difficultés entre l'Inquisition et 
les Cortès de Saragosse. Les Cortès trouvaient que les pri\i- 
lèges de l'Inquisition étaient trop grands et portaient préjudice à 
leurs droits. Sous la présidence de l'Empereur, les Cortès prirent 
des résolutions conformes aux désirs du Saint - Office ; mais 
les vaincus mécontents séduisirent le secrétaire de l'assemblée, 
nommé Jean Prat, et lui firent envoyer au Pape de fausses dépê- 
ches signées de lui, pour les faire approuver par sa Sainteté. 
L'inquisiteur général,, archevêque de Saragosse, qui était le fils 
bâtard du roi Ferdinand, arrêta etemprisonna Jean Prat et voulut 
l'emmener à Barcelone, où se trouvaient la Cour et l'Inquisition. 
Cela révolutionna tout le royaume. L'Empereur envoya alors un 
ambassadeur spécial à Rome, écrivit au Pape, aux cardinaux 
pour les avertir de la fausseté des dépêches qu'ils allaient recevoir 
et suppliant sa Sainteté de les révoquer et de décider que Diego 
de las Casas serait jugé par l'Inquisition. Et il en fut ainsi. Le 
roi Goth Reccarède ayant signé une ordonnance contre les Juifs, 
ceux-ci lui offrirent une grosse somme d'or pour la l'apporter ; 



LES MAR .iANES D'ESPAGNE ET DE PORTUGAL. SOIS PHILIPPE IV 9 

mais le Roi repoussa leurs offres, préférant remplir son devoir 
plutôt que de recevoir des dons des Juifs. 

A cet endroit du document suit une longue citation latine, 
extraite des lettres de saint Grégoire à l'impératrice Constance; 
il parle contre certains usages criminels en pratique dans la 
Corse, la ^ardaigne et la Sicile. 

La sixième raison invoquée est que le pardon ne peut être 
accordé pour une somme d'argent : c'est là la répétition d'un 
précédent exposé. 

La septième consiste à faire ressortir le grand discrédit qui en 
résulterait pour le Roi, ses ministres et l'Inquisition, car on dirait 
dans les pays étrangers que l'Inquisition n'a pas été établie pour 
la sauvegarde de la foi chrétienne, mais comme moyen d'arracher 
leurs richesses à ses malheureuses victimes. 

Enfin, la huitième et dernière est que tel a été l'usage dans 
1 Église depuis le temps des apôtres, de n'accorder le pardon qu'à 
ceux qui se repentent et confessent leurs fautes et de considérer les 
relaps comme incorrigibles et de les livrer alors au bras séculier. 

Ce document est incomplet, son auteur inconnu et il n'est pas 
daté. Cependant d'après la conclusion, l'auteur est absolument 
hostile à tout pardon général. 

V. — Dans ce document, non signé et non daté, l'auteur fait 
ressortir tous les maux qui viendraient assaillir le Portugal, si l'on 
accordait le pardon sollicité par les relaps du royaume et cite les 
exemples suivants: 

Le Père Suarez, invité à accepter l'avis favorable au pardon 
donné par quelques théologiens de Castille, répondit que, s'il 
n'avait pas fréquenté les Juifs, il pourrait l'admettre, mais qu'il 
les connaissait trop pour l'approuver et que les juges et les 
théologiens « qui étaient d'un avis contraire au sien » n'avaient 
pas été voir comment les choses se passaient en Portugal, sans 
cela ils n'approuveraient pas une telle miséricorde. 

Le roi don Sébastien de Portugal voulut faire la remise aux 
Juifs nouvellement convertis de certains droits contre une somme 
d'argent destinée à sa campagne d'Afrique: mais le roi don 
Philippe II d'Espagne chercha à l'en dissuader et lui envoya une 
lettre par l'entremise de son ambassadeur don Juan de Selva. 

Ce document combat le projet de pardon et invoque les raisons 
citées dans le document précédent ; mais il fait aussi ressortir que 
les Juifs se trouvaient à ce moment dans un tel état de pénurie 
qu'ils ne pourraient pas remplir leurs engagements pécuniaires, 
lors mémo qu'ils s'y engageraient formellement. 



lu REVUE DES l il DES JU1\ KS 

[1 signale aussi les souffrances que supporteraient, en perdant 
leurs emplois, les ministres du St-Offlce, qui remplissenl des 
devoirs de propreté et de pureté morale. 

11 rappelle la perte des galions chargés d'argent, qui, sous les 
ordres de don Louis de Cordoba, arrivaienl des Indes Occiden- 
tales. La date de la perte de ces galions coïncide avec celle du 
pardon accordé aux .Juifs contre une somme considérable. 

Vient ensuite la lettre que don Jean do Silva, comte de Porta- 
. écrivait au confesseur du Roi : 

Don .Jean de Silva est entièrement opposé au pardon et pour les 
raisons déjà citées. 

La lettre du cardinal Quiroga, évêque de Cuenca et inquisiteur 
généra] d'Espagne, est conçue dans les mêmes termes. Cependant 
le Cardinal ajoute que pardonner aux relaps, c'est les inviter à 
apostasier de nouveau et permettre aux autres de les Imiter, car 
le principal motif de leurs funestes conversions est la crainte de 
perdre leurs biens ; mais ce n'est pas une raison pour qu'un 
prince vende son pardon. Puis si l'on accorde cette preuve 
d'indulgence, tous les Juifs accourront des royaumes étrangers 
pour en profiter et jouir de leurs richesses en sûreté. 

La copie du billet de don Cristobal de Haras, marquis de Castel 
Rico, adressé au Roi, l'invite à suivre l'exemple de son père, qui 
ne voulut pas l'accorder et se refusa à permettre que les fautes 
commises contre Dieu fussent rachetées par de l'argent. 

VI. — 14 mai 1621. — Le confesseur du Roi écrit à Sa Majesté 
pour lui faire connaître qu'il a lu le mémoire du Nonce du Pape, 
dans lequel il est question du pardon général sollicité par les 
Juifs de Portugal. Le confesseur supplie le Roi d'agir comme ses 
aïeux. 

Le Nonce vint voir le Confesseur, lui adressa les mômes obser- 
vations qu'au Roi et lui demanda de l'avertir si son mémoire 
arrivait au Roi, ce que le confesseur lui promit en l'avertissant 
qu'il n'en avait pas entendu parler. 

Le confesseur reconnaît avoir reçu du roi l'ordre de réunir 
dans sa cellule plusieurs ministres pour prendre connaissance des 
mémoires présentés par les Juifs de Portugal, et pour lesquels 
ceux-ci ne demandent pas un pardon général, mais qu'on porte 
remède à leurs maux, car les inquisiteurs de Portugal et l'évêque 
Coimbre sont très opposés à l'indulgence. Suit une formule 
d'obéissance. 

VII. — 5 septembre 1622. — Avis du Conseil de la Sainte- 



LES MARRANES D'ESPAGNE ET DE PORTUGAL SOUS PHILIPPE IV 1 1 

Inquisition de Portugal consulté pour savoir s'il convient ou non 
d'expulser tous ceux qui sont convaincus de judaïsme ou con- 
damnés comme véhémentement suspects, si l'on peut lever la 
défense faite aux Juifs de quitter le royaume et quels sont les 
préjudices qui pourraient en résulter pour la foi catholique. 

Au premier abord, l'expulsion des Juifs paraît être une bonne 
mesure; mais, si ce royaume était purgé des hérétiques, les pays 
voisins en seraient infestés. Cette mesure est, d'ailleurs, trop 
rigoureuse et devient impossible, car, si on l'appliquait, beaucoup 
d'innocents en seraient victimes. 

Le royaume étant déjà infecté par le judaïsme, ce ne sont pas 
les rares réconciliés libérés après les auto-da-fé qui pourront le cor- 
rompre davantage, d'autant plus que la crainte des peines dont ils 
sont menacés les oblige à se montrer bons chrétiens. 

Les Juifs endurcis, qui croient que la loi de Moïse est la véri- 
table, ne se convertiront pas parce qu'ils verront qu'on exile les 
réconciliés ; au contraire, ils n'en seront que plus endurcis. Les 
jeunes Juifs seuls se convertiront par peur de l'expulsion. 

On n'obtiendrai aucun bon résultat de la part des expulsés au 
point de vue de leur conversion, car ils s'en iraient, heureux 
d'échapper aux peines infligées aux relaps, et continueraient à 
pratiquer la religion judaïque, comme on le voit dans les syna- 
gogues de Hollande. Déjà plus de 4.000 prisonniers du St-Office 
sont partis pour l'étranger, proclamant la loi mosaïque, sans 
compter ceux qui ont échappé à l'Inquisition et se sont enfuis. 

L'exil n'apporte aucun remède aux maux causés par les Juifs 
en Portugal, car, une fois en pays étrangers, ils peuvent faire 
beaucoup plus de mal au royaume et à toute la chrétienté, grâce 
à leurs capitaux. 

Le Saint-Office emploie comme un moyen très puissant les 
dépositions des complices ; si ceux-ci sont exilés, l'Inquisition ne 
pourra plus se servir de leurs témoignages, et les coupables ne 
voudront pas plus confesser leurs fautes qu'ils ne consentiront à 
dénoncer leurs femmes, leurs enfants, leurs parents ou leurs 
amis. 

Les Juifs se confessent facilement de leurs fautes, quand le 
St-Office leur promet d'user de miséricorde envers ceux qui se 
montrent sincèrement repentants, parce qu'ils espèrent retourner 
vivre dans leur patrie avec leur famille ; mais si on les menace 
de les expulser, cet espoir leur manque et ils n'avouent plus rien 
ni ne dénoncent plus leurs complices. 

Il ressort de tout ce qui précède que cette expulsion a été 
inventée par les Juifs eux-mêmes, parce que leur but est de ne 



12 KKVUK DKS ETUDES JUIVES 

pas être emprisonnés par le Saint-Office et ils demandent qu'on 
les exile. 

C'est pour la même raison qu'ils sollicitent un pardon général 
et la divulgation des témoins, disanl que tous ceux qui confes- 
Beraienl leurs fautes doivent être condamnés comme relaps. Et 
ils l'ont cela dans le but d'empêcher les aveux et pour être ex- 
pulsés, de manière à pouvoir vivre selon leur loi. Ils promettent 
un million en or pour le pardon général ; mais ils en donneraient 
deux pour l'expulsion. De sorte que leur exil serait un préjudice 
porté au bien de leurs âmes et à l'Inquisition elle-même. 

Le Conseil est donc d'avis qu'on ne doit pas prendre une telle 
mesure, car l'Inquisition ne pourrait plus punir les Juifs faute de 
preuves, et celui qui les exilerait n'échapperait pas à 1 excommu- 
nication infligée à ceux qui protègent les hérétiques. 

La peine, d'ailleurs, paraît trop rigoureuse à l'Église, qui use de 
tant de miséricorde envers ceux qui en sont dignes et qui quittent 
la loi judaïque pour embrasser la loi chrétienne. La peine la plus 
grave infligée par l'Église fut d'abord l'excommunication; mais, 
voyant qu'elle était insuffisante, le Souverain-Pontife et l'Em- 
pereur infligèrent des châtiments plus grands, la peine de mort, 
la confiscation des biens, la privation des emplois et des places, 
la prison perpétuelle et bien d'autres. 

On doit donc suivre strictement les statuts du Saint-Office, qui 
ont été approuvés pour toute l'Église catholique par les Papes et 
établis dans les royaumes d'Espagne et d'Italie, et ce serait con- 
traire à ces statuts et à la miséricorde de l'Église d'expulser les 
Juifs. 

Le Conseil est d'avis que les meilleures mesures à prendre sont 
les suivantes : Tous les nouveaux chrétiens ayant apostasie de- 
vront être condamnés aux galères, en mesurant cette peine sui- 
vant la gravité de la faute et d'après l'avis des inquisiteurs. Les 
nouveaux chrétiens condamnés devront accomplir leur peine 
dans leur propre pays, revêtus de l'habit infamant. Les relaxés 
recevront cet habit dans leurs paroisses, devant tous les fidèles, 
de manière que leurs parents les voient et en prennent peur. 
Enfin, le Conseil demande que le Roi donne l'ordre à tous les ma- 
gistrats de faire exécuter les peines prononcées par le Saint-- 
Office et qu'on empêche les coupables d'occuper des emplois pu- 
blics ou des bénéfices, ou d'exercer les professions d'avoués, de 
pharmaciens, de médecins, de chirurgiens, d'épiciers, de négo- 
ciants en matières d'or et d'argent, en perles, en soieries, en armes, 
et qu'on leur défende de monter à cheval. 

Quant à leur permettre de quitter le royaume, le Conseil sup- 



LES MARRANES D'ESPAGNE ET DE PORTUGAL SOUS PH'LIPPE IV 13 

plie Sa Majesté de s'en tenir à la mesure du Roi son père, qui le 
leur défendit, parce qu'ils auraient emporté tout l'argent du 
royaume pour aller enrichir la Hollande et la Zélande et aider les 
hérétiques à ruiner les Indes orientales et à faire la guerre aux 
chrétiens. 

Tel est l'avis du Conseil, conforme aux saints Canons, aux Con- 
ciles, aux usages de l'Église catholique et du Saint-Office. 

Lisbonne, 5 septembre 1622. 

Suivent les signatures. 

VIII. — 30 mars 1622-26 décembre 1622. — Les sept documents 
suivants sont des ordres donnés par le Roi à son confesseur frai 
Antonio de Sotomayor. 

Le 30 mars 1622, il le charge de prendre connaissance, avec 
don Mendo de Mota, des mémoires de Manuel Ruiz d'Elvas et de 
Duarte Fernandez et de lui donner son avis. 

Le 17 juin, ordre de lire les documents présentés par les Juifs 
portugais. 

Le 22 août, ordre identique. 

Le 14 octobre, ordre de dire au Roi ce que le confesseur pense 
au sujet des délibérations du Conseil de Portugal touchant un 
mémoire de Melchior Gomez d'Elvas, de Ruiz Diaz et de leurs 
parents. 

Le 18 novembre, ordre de former une Junte dans la maison du 
Président du Conseil de Portugal, de- discuter ce qui a rapport aux 
Juifs de ce royaume et de transmettre la délibération au Roi. 

Le 27 novembre ordre absolument semblable, mais pressant le 
confesseur d'en finir avec la question des Juifs portugais. 

Le 26 décembre 1622, ordre de délibérer au sujet de l'emprunt 
de 150,000 ducats que les hommes d'affaires de Portugal souscri- 
virent, et de discuter les conditions de cet emprunt et défense 
de rien conclure sans avoir consulté le Roi. 

IX. — Ordre donné par don Louis de Silva, conseiller d'État et 
intendant des Finances pour le Portugal, tendant à empêcher les 
Juifs de sortir du Portugal en emportant leurs biens (avril et 
mai 1630). 

Ce document doit être joint à la supplique que les Juifs portu- 
gais présentèrent au Roi. C'est la preuve apportée par eux des 
vexations auxquelles ils étaient en butte et de l'empêchement que 
les autorités du Portugal mettaient à leur départ de ce royaume. 
Le but en est facile à comprendre. Le Roi avait concédé aux Juifs 
la permission de sortir du royaume en emportant leurj biens 



| \ HKVUK DKS KTUDES JUIVKS 

meubles, or, argeni et autres matières précieuses; mais les auto- 
rités cherchaient à s'opposer â l'exode de ces richesses et à s'en 
emparer. En effet, don Louis de Silva dit qu'il faul s'y opposer 
par tous les moyens possibles, en les obligeant, dans les ports «le 
mer, à se faire inscrire à la douane sur un registre particulier, en 
indiquant le lieu d'où ils viennent, celui OÙ ils se renient, le nom 
du navire sur lequel ils doivent s'embarquer, les noms de leurs 
pères, mères, enfants, parents et domestiques, le montant de la 
somme qu'ils emportent et sous quelle forme. De plus, don Louis 
de Silva bur assigne un chemin dont ils ne doivent pas s'écarter. 

Cet ordre montre une extrême rigueur, tant envers les .Juifs 
qu'envers les magistrats et les officiers chargés de l'exécuter. Il 
est en contradiction flagrante avec l'autorisation accordée par le 
Roi, et c'est pourquoi les Juifs ont pris copie de ce document sur 
la proclamation originale de don Louis de Silva et l'ont présentée 
au Roi à l'appui de leur supplique. 

Le second document est absolument identique au premier. 

X. — Les Juifs de Portugal présentent au Roi une supplique, 
lui disant que, malgré des temps biens durs, ils ont acheté pour 
240.000 ducats de rente royale en reconnaissance de l'abrogation 
de l'ordonnance qui leur défendait de sortir du royaume et de 
vendre leurs biens fonciers. Mais l'abrogation prononcée par le 
Roi n'a été de nul effet, car le Conseil d'Etat de Portugal, voyant 
qu'ils avaient la faculté d'emporter de l'or, de l'argent et d'autres 
matières précieuses, met empêchement à leur départ, défendant 
de leur donner des passeports si ce n'est avec l'intervention de 
certain ministre, préposé à cet effet, les obligeant à inscrire sur un 
registre particulier leurs noms et ceux de leurs parents, le lieu 
d'où ils partent et celui où ils se rendent. Partout les représentants 
de la justice leur font subir des vexations injurieuses ; les préposés 
aux douanes, pour peu qu'ils aient une goutte de sang juif dans 
les veines, sont révoqués. La proclamation de don Louis de Silva 
les empêche donc absolument de profiter du bienfait du Roi. 

De plus, Tordre du gouverneur, tout en enfreignant la volonté 
du Roi, les empêche de se livrer au commerce, en défendant au 
Consulat de leur délivrer les pièces qui leur sont nécessaires. Cette 
mesure est préjudiciable aux intérêts des finances, puisqu'elle 
prive le Roi des droits que les marchandises payent à l'entrée, 
pendanl le transit intérieur et à la sortie. 

Les Juifs demandent donc à Sa Majesté de les délivrer d'une 
telle oppression en ordonnant l'application intégrale de son décret 
royal et que la loi sur la sortie du royaume des matières d'or et 



LES MARRANES D'ESPAGNE ET DE PORTUGAL SOUS PHILIPPE IV 15 

d'argent soit rigoureusement mise à exécution envers toute per- 
sonne, sans distinction. 

XL — Les frères Fernandez présentent au Roi une supplique 
pour recevoir une somme de 53,000 reis, qui leur est due sur la 
succession de Dona Maria de Portugal. 

Ils se. plaignent que jugement ait été rendu sans qu'ils aient été 
entendus et qu'ayant appris que le Roi avait formé une Junte 
composée du Père Confesseur, du duc de Villahermosa et de 
Mendo de Mata, ils lui adressèrent un mémoire; mais déjà la 
résolution avait été prise. 

Ils supplient Sa Majesté de révoquer la sentence, en raison de la 
loi qui défend de condamner une personne sans l'avoir entendue 
et sans lui avoir permis de présenter sa défense. 

XII. — 30 juin 1630. — La première partie de ce document est 
écrite par le confesseur du Roi. Il lui dit qu'il a pris connaissance 
des mémoires des Juifs portugais, qu'il a entendu ceux qui ont pu 
lui donner des renseignements sur cette affaire, et enfin, qu'il a 
communiqué le tout au duc de Villahermosa. 

La seconde partie est un ordre du Roi de réunir une Junte 
pour délibérer au sujet de la résolution prise par le Conseil de 
Portugal. 

Cet ordre est daté du 30 juin 1630. 

XIII. — 24 juillet 1630. — Dans cette pièce, le confesseur re- 
connaît avoir reçu, le 20 juin 1630, l'ordre du Roi de prendre con- 
naissance des mémoires présentés par les Juifs de Portugal et de 
les examiner en compagnie du duc de Villahermosa. 

Cinq de ces Portugais vinrent le voir, dit-il, et lui racontèrent 
ce qui leur plut, et il transmit leurs plaintes au duc. 

Dans le premier document présenté au Roi, les Juifs se plai- 
gnent des persécutions auxquelles ils sont en butte ; quoiqu'ils 
aient souscrit pour 240,000 ducats de rente royale, le conseil des 
finances de Portugal met des entraves à leur sortie du royaume, 
sous prétexte qu'ils emportent cle l'or et de l!argent, et cela est en 
opposition avec l'ordonnance du Roi qui les autorise à partir 
librement. On leur impose des conditions insultantes pour eux. 
Ils font valoir que le principal but de cette ordonnance était d'em- 
pêcher toute distinction de traitement entre juifs et chrétiens, et 
l'opposition que mettent les autorités portugaises à leur sortie rend 
inefficace cette ordonnance; ils ajoutent que le gouvernement lui- 
même a donné l'ordre de ne leur délivrer aucun document propre 



16 IlEVUK DES ÉTUDES JUIVES 

a l'expédition de leurs biens à l'étranger, privant ainsi le trésor 
royal des droits qui lui reviennent. [ls supplient le Roi de les pro- 
téger, de révoquer les ordonnances du gouvernement portugais 
et d'ordonner que ses ordres el décrets soient respectés et exé- 
cuté! 

Le second document représente au Roi la persécution dont ils 
sont victimes, causée par la colère du peuple de les voir rendus 
libres par l'ordonnance royale et aussi par le vol d'un ciboire 
rempli d'hosties consacrées, sacrilège commis dans l'église parois, 
siale de Sainte-Eugracia et qu'on les accuse d'avoir commis, cela 
sans aucune preuve, ni indice. Les prédicateurs excitent le peuple 
contre les Juifs et causent de grands troubles dans les villes. A 
Coïmbre, les étudiants chassent (\c^ écoles ceux qui ont la moindre 
goutte de sang juif dans les veines, et pour un peu il se produirait 
un carnage universel. Ils supplient Sa Majesté de les secourir, en 
ordonnant une enquête au sujet de ce sacrilège, afin que les cou- 
pables soient châtiés et eux rassurés. 

Le confesseur dit que ces mémoires offrent plus de verbiage 
que de véracité et il en a été informé. D'ailleurs, ils ne sont ni 
signés, ni datés, et dans des cas semblables de pareils documents 
doivent l'être. Il est vrai que les délégués juifs lui ont dit tout ce 
que contiennent ces documents. Fray Antonio est d'avis qu'il ne 
faut pas irriter ces gens, parce que Sa Majesté en a besoin et 
parce que, en réalité, on les persécute en Portugal plus qu'il n'est 
juste et plus que la charité chrétienne ne le permet, étant donnés 
les temps présents; Fray Antonio croit qu'il serait bon de les 
éloigner. 

Ils se plaignent qu'on les empêche de sortir du royaume. Ce 
n'est pas tout à fait cela. On entrave un peu leur départ parce que 
le Roi, en signant l'ordonnance, n'a pas eu l'intention de leur per- 
mettre de partir tous, ce qui dépeuplerait le royaume, et les me- 
sures qu'on prend contre eux ont été appliquées au confesseur 
lui-même, lorsqu'il allait de Rome à Turin ; on l'obligea à loger 
en une certaine hôtellerie, sans pouvoir changer de demeure, on 
prit son nom et on lui demanda où il habitait d'ordinaire et où il 
se rendait. Les Juifs ne peuvent donc pas se plaindre s'ils sont 
traités de la même façon. 

Quant au sacrilège, il existe des indices probants que ce sont 
des Juifs qui l'ont commis ; cependant il n'est pas prouvé que pour 
cela ils aient été frappés, ni insultés. Ce sont eux. au contraire, 
qui, dans un village aux environs de Coïmbre, ont attaqué un reli- 
gieux de Saint-François et l'auraient lue sans le <i'cowv< apporté 
au moine par les habitants. A. l'artalegre, ils ont jeté un chien 



LES MARRANES D'ESPAGNE ET DE PORTUGAL SOUS PHILIPPE IV 17 

crevé sur un crucifix et l'ont souillé du sang du chien. Et les 
preuves étaient si flagrantes que le Conseil de Portugal a répri- 
mandé les juges du royaume, qui n'ont pas apporté assez de dili- 
gence à vérifier et à punir ces sacrilèges. 

Le confesseur est donc d'avis de faire remettre les documents 
des Juifs au Conseil de Portugal, pour que celui-ci donne son avis 
au Roi et que Sa Majesté prenne les mesures qu'elle croira utiles 
à son service. 

XIV. — 17 septembre 1630. — Après avoir donné la liste des 
personnages composant la Junte, le confesseur fait part au Roi des 
délibérations auxquelles ont donné lieu les plaintes des Juifs por- 
tugais. 

L'évêque de Malaga dit que, puisque les ministres du Conseil de 
Portugal sont présents à cette Junte, on demandera aux autres 
ministres du royaume des informations au sujet du contenu des 
deux mémoires présentés par les Juifs. 

Le comte de Castrillo dit qu'il est bon de prendre des mesures 
convenables au sujet de l'empêchement que les autorités mettent 
à l'exécution de l'ordonnance du Roi permettant aux Juifs de 
sortir librement du royaume, car ceux-ci ont souscrit pour 240,-000 
ducats de rente royale, et il n'est pas juste, après un tel service, 
qu'on les empêche de partir,' sous prétexte qu'ils emportent de 
l'or et de l'argent. Quant aux autres plaintes dit le comte, elles 
sont peu fondées. 

Le comte n'est pas d'avis qu'on remette ces documents au 
Conseil de Portugal, puisque le Roi a d^jà pris une résolution à 
leur égard, en nommant membres de cette Junte le Ministre des 
Finances et celui de l'Intérieur. Il est seulement nécessaire de 
consulter ceux-ci pour savoir ce qui s'est passé, afin d'y porter 
remède, et, s'il n'y a pas de raisons supérieures, faire exécuter 
les ordres de Sa Majesté. 

Suivent les signatures. 

Le Roi ordonne d'exé3uter ce qu'a proposé le comte de Cas- 
trillo. 

XV. — Les hommes d'affaires de Portugal résidant en Espagne 
représentent au Roi que plusieurs fois déjà ils lui ont adressé des 
suppliques pour lui signaler les persécutions auxquelles ils sont 
en butte de la part du Saint-Office, persécutions poussées à un 
tel point que c'est à peine si dans tout le royaume il existe une 
ville ou un village qui ne soit dépeuplé par le massacre. Il faut 
remarquer que l'emprisonnement d'un seul homme entraine soa- 

T. XLVIII n° 93. 2 



REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

L celui a' populati atièreet,ue, g rejaillit jus,ue 

-" n b ' r n fsl e MÏtd-apporterremWeàtantdema U r,car 

lh BuppUenl ba aaaj< i 1 homme, même 

ayant la conscience pure, est exposé à se tr v de 

t : , „,,,„, si ,>.,. que. 'ai- femme ..'.,.„, „, ,.,.. 

des hommes d'affaires et le ' «^^ ^^^«ne at 

M»£3^«^ï™^ ,du 

Portugal. pvwe pour exemple. Dans 

duc de Florence. _ les m èmes moyens 

Ils demandent au Ro 1 d'enn.loyeenve ls eux les m J ^ 

que ceux dont ^s Souv = P ont ^ - 1 à 

S5S^£S ï PoClÏ d'apporter un prompt ren.de 
à leurs maux. 

aras ïïisn. — - — ■ 

liers. Déjà en lbOb, poui omei • d'argent » et pour 

«, les Juifs offi -irent un cer ne s mm I ^ ,,, 
cela flrent le relevé de eurs mens, ng dfi 



[,,800,000 cruzado?. 



LES MARRANES D'ESPAGNE ET DE PORTUGAL SOUS PHILIPPE IV 19 

commerce avec tout leur armement, l'autre consacrée au com- 
merce d'outre-mer. 

Les frets des navires serviraient à payer les officiers, matelots 
et soldats, et le surplus rentrerait dans la première caisse pour 
en augmenter le capital et pour assurer à l'avenir la solde des 
équipages. 

Les bénéfices produits par le commerce d'outre-mer, après avoir 
payé les droits, resteraient acquis aux Juifs. 

Chaque fois qu'un navire ennemi sortirait pour faire le com- 
merce, on les obligerait à en construire deux. 

Comme il faut que chaque Juif paye au prorata de sa fortune, 
de même les bénéfices réalisés lui reviendraient au prorata de sa 
mise de fonds et ainsi le capital resterait intact. Mais avant de 
faire la répartition des bénéfices, on en prélèverait le cinquième, 
pour assurer l'intégrité de ce capital. 

Et, voyant que l'État possède un si grand nombre de navires et 
des caisses si bien remplies, les Juifs cesseraient le commerce avec 
les nations ennemies et ce serait tout profit pour l'Espagne. 

Les équipages ne devront être composés que de vieux chrétiens 
et, pour que leur recrutement soit plus facile, on leur décernera 
des honneurs, selon leur rang et leurs services. 

Don Pedro fait remarquer au Roi qu'il sera bon d'établir ces 
caisses dans des porls de mer habités sutout par de vieux chré- 
tiens et qu'on devra choisir les surintendants de ces caisses parmi 
les vieux chrétiens de toute confiance. Ceux-ci tiendront les 
livres pour assurer les comptes tant pour les droits du Roi que 
pour les bénéfices à répartir entre les intéressés. 

Ainsi les ports d'Espagne seront remplis de navires et le com- 
merce sera florissant. Les douanes produiront également bien 
davantage. 

Peut-être les Juifs demanderont-ils un certain délai pour traiter 
la chose entre eux. Il sera bon de ne leur en accorder qu'un assez 
court pour qu'ils ne puissent s'écrire; dans le cas où ils refuse- 
raient d'accepter cette proposition, il faudrait les y obliger et ainsi 
le Roi les aurait à sa merci, tout en augmentant ses forces ma- 
ritimes et en affaiblissant celles de ses ennemis. 

XVII. — 27 septembre 1630. — Le confesseur du Roi dit que les 
Juifs de Portugal ont présenté un mémoire dans lequel ils se 
plaignent de la persécution dirigée contre eux parle Saint-Office et 
de ce que, malgré les ordres du Roi, aucune amélioration n'a été 
apportée à leur sort. C'est la ruine des négociants; aussi un grand 
nombre d'entre eux passent à l'étranger avec tout ce qu'ils 



2 REVUE DES ÉTI DES JUIVES 

peuvent emporter et ruinenl ainsi le royaume, autrefois si floris- 
sant grâce à leurs capitaux. Us auraient pu, en restanl en Por- 
tugal, augmentera richesse delà nation, en envoyant de nom- 
breux navires dans toutes les parties du monde; le trésor royal se 
serait enrichi des droits perçus sur les marchandises à leur en- 
trée à leur sortie et pendanl le transit dans le royaume. Les Juifs 
vivent librement en France, en Hollande, à Venise, à Florence et 
dans d'autres pays et enrichissent ces contrées. 

Ceux qui sont conTertis sont de bons chrétiens et le prouvenl 
par leurs œuvres, car ils fondent des monastères et des chapel- 
laineries, ils fréquentent les sacrements, poussent leurs enfants à 
... faire prêtres, moines ou religieuses, n le Roi n'a pas de servi- 
teurs plus fidèles et plus loyaux. 

Ils désirent continuer leur négoce, tant continental que mari- 
time et par là enrichir non seulement le royaume, mais encore la 
monarchie, et ils demandent au Roi d'employer les procédés dont 
ont fait usage à leur égard les Souverains Pontifes et les Rois 
ses prédécesseurs. Ils demandent, en outre, que ce mémoire soit 
remis à l'Inquisiteur général de Portugal, pour que celui-ci 
consulte les personnes les plus pieuses et les plus doctes des 
royaumes sur les mesures à prendre. 

Le confesseur attribue toutes les souffrances des Juifs à la haine 
que les chrétiens leur portent et qui a pour cause le crime qu'ont 
commis leurs ancêtres, dont ils sont tous responsables. Ils ont 
péché dès le sein de leur mère, dit le psaume lvii, et saint Au- 
gustin leur applique ce verset. Jérémie a prophétisé contre eux. 
Cette faute est si enracinée en eux que quelqu'un a «ht qu'elle 
ressemble à une-maladie de leur sang. Et c'est vrai, car si quelque 
Juif se convertit sincèrement, à la troisième ou quatrième généra- 
tion le judaïsme renaît dans leurs descendants. Par suite, comme 
les iidèles ne peuvent leur pardonner ce crime de lèse majesté 
divine, ils poursuivent et persécutent les Juifs et ceux-ci de- 
mandent aide et protection au Roi. Le confesseur pensait que les 
.Juifs demandaient un pardon général et il questionna les délègues 
-, ce sujet; mais ceux-ci répondirent qu'ils n'en désiraient pas un 
comme le dernier, qui leur avait apporté plus de maux que de 
biens; mais, qu'ils en accepteraient un semblable au premier. Le 
confesseur y est entièrement opposé et, à ce sujet, il cite le décret 
du 15 e concile de Tolède qui anoblissait les Juifs convertis; mais 
bientôt le roi Goth Egica rapporta ce décret, sur l'avis du Concile 
lui-même, parce qu'il fut prouvé que ces mêmes Juifs avaienl 
conspiré avec leurs coreligionnaires d'Afrique dans le but de 
livrer l'Espagne aux Maures. Le Roi ordonna, de plus, qu'a partir 



LES MARRANES D'ESPAGNE ET DE PORTUGAL SOUS PHILIPPE IV 21 

de l'âge de sept ans, leurs enfants leur seraient enlevés et confiés 
à de "vieux chrétiens pour être instruits dans la religion catho- 
lique. Tous les pardons qu'on leur a concédés n'ont été d'aucun 
profit pour le bien de leurs âmes; aussi le confesseur est-il d'avis 
de ne pas leur en concéder un nouveau. 

Fray Antonio se demande quel bien pourrait résulter pour les 
Juifs de la remise de leur mémoire à l'Inquisiteur général de Por- 
tugal; il questionna les délégués à ce sujet; mais ceux-ci ne vou- 
lurent répondre rien d'autre, si ce n'est que leur intention était de 
remettre aux mains de leurs ennemis leur propre cause parce 
qu'ils la croient si bonne que ceux-ci devront eux-mêmes y ap- 
porter remède. L'un de ces délégués demanda qu'on leur imposât 
un tribut, comme autrefois on le fit pour les Maures d'Aragon et 
de Valence, afin qu'on ne leur confisquât pas leurs biens, car cette 
peine est la seule qui les touche vraiment. Le confesseur est opposé 
à cette mesure, parce que, une fois sûrs de pouvoir jouir sans 
crainte de leurs richesses, les Juifs ne se gêneraient plus pour 
pécher, et bientôt le royaume serait rempli d'hérétiques. Le châti- 
ment de Dieu ne tarderait pas à descendre sur ce pays. 

Il est fort possible que les négociants portugais aient parlé de 
cette affaire à l'Inquisiteur général de Portugal et c'est pour cela 
qu'ils désirent tant qu'on remette leur mémoire entre ses mains. 
Le confesseur admet cette mesure, mais sous la condition qu'on 
ne parlera pas à l'Inquisiteur général de l'offre d'un tribut, de ma- 
nière à avoir son avis sur tout ce que contient ce document. 

XVIII. — 4 octobre 1630. — Le confesseur dit, au nom de la 
Junte, que la proposition de don Pedro Fernandez, de Figueroa, 
a été examinée, mais qu'elle paraît inexécutable. Le seul moyen 
propre à attirer les Juifs et à les engager à abandonner le com- 
merce qu'ils font avec la Hollande, serait de leur garantir la tran- 
quille possession des capitaux qu'ils placeraient dans les caisses 
proposées par don Pedro de Figueroa, et encore faudrait-il exa- 
miner si cela n'est pas préjudiciable à la religion. 

XIX. — 24 novembre 1630. — Ordre du Roi à son confesseur de 
former une nouvelle Junte pour examiner l'avis donné par fray 
Antonio de Sotomayor, l'évêque de Malaga, et don Francisco de 
Melo sur les propositions de don Pedro Fernandez de Figueroa, 
puis de transmettre les délibérations à Sa Majesté. 

XX. — Madrid, 19 novembre 16[30]. — Fray Antonio de Soto- 
major accuse réception de l'ordre que lui a donné le Roi d'exa- 



REVUE DES ETUDES JUIVES 

min. M* les documents remis par les Juifs de Portugal, par lesquels 
ils demandent qu'on en donne d'abord connaissance au Conseil 
royal de Portugal, ensuite que fa Junte les examine et consulte le 
roi par l'entremise de son confesseur, 

Celui-ci est d'avis qu'il ne <loit pas être question de ce qui touche 
aux. salaires, car Sa Majesté a déjà pris une résolution à ce Bujet- 
Quant au reste, on ne doit pas prendre des mesures au sujet des 
événements futurs et il n'est pas nécessaire d'en occuper le Conseil 
de Portugal. 

Le Roi ordonne qu'il en soit ainsi. 

XXI. — 24 novembre 1630. — Délibération sur le mémoire de 
Duarte Fernandez et Fernan Lopez. 

La Junte est d'avis d'entendre les deux frères au sujet des 
53,000 reis qui leur sont dus ci mme salaires et les cinq années de 
pentes qu'ils disent n'avoir pas touchées Quant au reste, il faut 
s'en tenir à la résolution que le Roi a prise au sujet de la succes- 
sion de doua Maria de Portugal. La Junte insiste pour qu'on l'a 
le plus promptement possible les démarches nécessaires à la con- 
naissance de cette affaire et à son jugement. 

Approbation du Roi. 

KXII. — Avis de 1 Inquisiteur général. 

L'Inquisiteur général, consulté au sujet de l'expulsion du Por- 
tugal des nouveaux chrétiens soupçonnés ou convaincus de Ju - 
d ii'sme, répond qu'il est juste d'expulser les apostats et les judaï- 
sa nts, lors môme qu'ils seraient réconciliés avec l'Église, etil s'ap- 
puie sur quatre raisons : 

1° Il est prudent de séparer les coupables de ceux à qui ils 
pourraient inoculer leur corruption; 

2° L'Église s est toujours comportée de la sorte envers les héré- 
tiques et les apostats ; 

3° Les Souverains Pontifes prirent toujours cette mesure, et 
l'Inquisiteur général cite un texte extrait des Actes du sixième 
Concile de Tolède, par lequel les Pères du Concile décident qu'au- 
cun prince ne pourra être mis en possession du sceptre, ni rece- 
voir l'investiture royale s'il ne prend rengagement d'expulser de 
son royaume tous ceux qui ne seraient pas catholiques; 

4° Tous les empereurs romains et les États gouvernés par les 
principes du droit commun ont constamment suivi l'exemple de 
l'Église, a 11 est vrai, dit l'Inquisiteur général, que quelques doctes 
personnages n'admettent pas complètement cette raison, disant 
que les nouveaux chrétiens ayant apostasie peuvent se repentir, 



LES MARRANES D'ESPAGNE ET DE PORTUGAL SOUS PHILIPPE IV 23 

confesser leurs fautes et se réconcilier avec l'Église. Cette réponse 
n'est pas juste, car il est certain que les Juifs convaincus restent 
toujours hérétiques et apostats ; que, s'ils feignent de se convertir, 
c'est seulement pour éviter la mort et le feu; que ceux qui s'exi- 
lent d'eux-mêmes se déclarent Juifs dans les autres pays et que, 
s'il en reste quelques-uns au Portugal, c'est à cause de leurs 
familles et de leurs biens et aussi parce qu'ils craignent le sort que 
leur réserve l'exil ; 

50 Parmi les nouveaux chrétiens, il y a un si grand nombre de 
judaïsants et d'apostats qu'on peut dire qu'ils le sont tous et que, 
pour ce motif, il est nécessaire d'employer le remède radical de 
l'expulsion totale, pour éviter les continuels sacrilèges commis 

par eux; 

6° Parce que l'expérience montre que les nouveaux chrétiens 
ne s'amendent pas par les pardons qui leur sont accordés, car ce 
n'est pas par la douceur qu'on peut les ramener, mais par la ri- 
gueur; on devrait les condamner pour crime de lèse-majesté, 
c'est-à-dire à mort. 

L'Inquisiteur général ajoute qu'on peut, il est vrai, opposer a 
ces raisons ces observations : 

1° Que parmi les nouveaux chrétiens il peut y en avoir qui se 
convertissent et que la charité chrétienne demande de ne pas les 
exiler, parce qu'ils pourraient se corrompre davantage au contact 
de leurs coreligionnaires dans les pays où ils peuvent pratiquer 
librement la loi de Moïse; que ce fut toujours un acte de miséri- 
corde de châtier les coupables ; 

2° Que l'Église s'est toujours contentée de l'abjuration, de la 
confiscation des biens et de la peine ordinaire et que l'exil serait 
une aggravation de peine. 

Mais ces arguments n'ont pas de valeur, parce que l'Eglise ne 
défend pas d'augmenter les peines; puis parce qu'on a lieu de 
croire que ces convertis continuent à pratiquer en secret la reli- 
gion judaïque. De toute façon, l'exil pourrait empêcher la confes- 
sion de ces nouveaux chrétiens relaps et on est certain que ceux- 
ci cachent leurs complices, arrêtant ainsi l'action du Saint-Office, 
et l'exil, au lieu de les affliger, les réjouit. 

Dans la deuxième partie de son argumentation, l'Inquisiteur 
général soutient qu'il convient de les exiler, et cela pour trois 
raisons : 

1° Parce que. du moment qu'ils ont été jugés et condamnes, 
l'État a le droit de les tenir pour suspects et de se défendre d'eux; 

2° Parce que les condamnés n'ont pu l'être sans qu'il existe 
quelque preuve contre eux et, lors même que celle-ci ne serait pas 



REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

absolue, elle doil être considérée comme telle, car ils sont sus- 
pects : 

3° Parce que beaucoup de personnes prudentes, doctes et crai- 
gnant Dieu sonl d'avis de les expulser, attendu que la plupart 
d'entre eux sonl infectés de Judaïsme. 

A cela on peut opposer que l'exil est une peine trop rigoureuse 
envers de simples suspects, étant donnée la pitié donl l'Église fait 
preuve envers les condamnés. Mais cette observation est facile- 
ment réfutée, d'abord, parce que l'Église n'a pitié que de ceux qui 
montrent leur repentir, au moins extérieurement, et tous ceux 
qui montent sur les échafauds ont été jugés sur leur propre 
témoignage, les autres ont été condamnés comme impénitents, 
parce qu'ils ne confessaient pas leurs fautes. D'ailleurs, l'expulsion 
de ces suspects doit être considérée comme une mesure de salu- 
brité morale pour le Portugal. 

XXIII. — 5 mars 1631. — Examen contradictoire des quatorze 

points qui résultent de la délibération des prélats portugais réunis 
en Junte dans le couvent de la ville de Tomar, sur l'ordre de Sa 
Majesté, pour prendre connaissance des documents présentés par 
les Juifs portugais. 

1 er point. S'il est permis d'expulser tous les Juifs et tous ceux 
qui auraient une goutte de sang juif dans les veines. 

2 e point. S'il faut se borner à expulser ceux dont on ne peut 
pas attendre la conversion et qui sont les chefs du Judaïsme. 

3 6 point. Si, comme souverain seigneur, le Roi aie droit d'ex- 
pulser les nouveaux chrétiens de pur sang juif en confisquant leurs 
biens, et en exceptant seulement ceux dont une longue ascendance 
n'a jamais été entachée de la réputation de judaïsants. 

Pour le 1 er point, la Junte répond qu'il n'est pas permis de les 
expulser en totalité, parce que la majeure partie d'entre eux ont 
reçu le baptême volontairement et doivent être considérés comme 
chrétiens ; ils ont tous été confirmés et ont reçu la force pour 
persévérer dans la foi. A l'appui de ceci, la Junte cite beaucoup 
d'exemples des temps passés. 

Pour le 2 U point, la Junte déclare que le soupçon d'hérésie ne 
suffit pas à justifier l'expulsion ; qu'il faut encore prouver que les 
suspects sont incorrigibles. 

Le 3° point n'est pas conforme à la justice, car si le droit per- 
met de punir toute une communauté de personnes, lors même qu'il 
y en aurait d'innocentes, on ne peut pas dire que les nouveaux 
chrétiens en forment une, car ils habitent de nombreuses villes, 
dont le Roi est la tête, e1 dans ce cas ou ne peut punir tout le peuple 



LES MARIIANES D'ESPAGNE ET DE PORTUGAL SOUS PH. LIPPE IV 25 

j uif, malgré ses crimes, à cause du grand nombre d'innocents qu'il 
comprend. 

4 e point. L'Eglise seule peut être juge en cette cause, car le 
crime a été dirigé contre la religion. L'expulsion générale affaibli- 
rait le royaume et fortifierait ses ennemis, comme cela arriva lors 
de l'expulsion des Maures On ne peut donc expulser les nouveaux 
chrétiens ayant un peu de sang juif dans les veines, car on doit 
espérer que le bon sang qu'ils possèdent les poussera à conserver 
la foi; mais le Roi peut et doit promulguer une loi, ordonnant d'ex- 
pulser ceux qui désormais apostasieraient, ainsi que leurs femmes 
et leurs enfants. Mais les nouveaux convertis ont besoin d'autant 
de soin que les plantes nouvellement écloses, et ce n'est pas en 
adoptant les mesures précédemment proposées par les prélats 
qu'on réussirait à les maintenir dans la bonne voie. 

5 e point. Doivent être expulsés les hommes ou les femmes vieux 
chrétiens sans mélange qui abjureraient, et non celui qui aurait 
déjà abjuré, lors même que sa mère l'aurait fait et serait exilée. 

La Junte est d'avis que ce point est une répétition du précé- 
dent. 

6 e point. L'expulsion doit être soumise à l'arbitre de l'Inquisi- 
tion, qui jugera si elle doit ou non infliger cette peine et à quels 
coupables. Cela est inadmissible, car l'Inquisition admet un Juif 
à la réconciliation , elle ne peut le condamner en même temps à une 
peine si dure. 

*7 e point. Cette peine doit être appliquée aux suspects ayant 
abjuré au Saint-Office, ainsi qu'à leurs femmes et à leurs enfants. 

Pour la même raison que celle du 6 e point on ne peut appliquer 
cette peine aux nouveaux réconciliés qui ont purgé leur condam- 
nation par l'abjuration et la pénitence publique; elle ne pourrait 
être infligée que si, de, nouveau, le réconcilié apostasiait Quant à 
l'expulsion des femmes et des enfants, ce serait une chose mons- 
trueuse de voir châtier les membres de la famille de celui qui n'a 
pas même commis de délit et a seulement été soupçonné. 

8 e point. Doivent être expulsés les femmes, enfants et petits- 
enfants de ceux qui auraient été ou pourraient être livrés au bras 
séculier. Si ceux qui ont été livrés au bras séculier sont morts en 
chrétiens, leurs femmes et leurs descendants ne peuvent être 
punis pour une faute dont ils ne sont pas coupables. 

9 e point. Qu'aucune pénitence ou châtiment ne puisse exempter 
ces personnes de la peine d'expulsion. 

Ce point est en contradiction flagrante avec le droit qui dit 
qu'on ne peut punir deux fois pour le même fait : Non bis in idem. 

10 e point. Que Sa Majesté daigne ordonner que, dans l'espace 



,,-, REVUE DES ÉTUDES IU1VES 

d'un an, les Juifs pourront sortir du royaume, après avoir vendu 
leurs biens, mais sans emporter de matières «Toi- et d'argent, en 
transformanl le prix de pes ventes en marchandises, et il sera 
Nécessaire d'employer une grande surveillance pour que le fisc 
POya i ne soit pas frustré de ses droits. De plus, Le Roi devra 
décider qu'aucun drs expulsés ne pourra revenir dans le royaume 
et qu'en enfreignant cette prohibition, ils s'exposent à être condam- 
nés aux galères. 

Pourquoi leur donner la liberté de sortir pendant un an seule- 
ment et enlever cette faculté à roux qui n'en profiteraient pas 
pendant ce laps de temps? Ce sont deux contradictions, et 
deux moyens sont peu ronronnes à la raison. Personne ne niera 
que les réconciliés ne soient les sujets du Roi et comme tels, 
obligés à défendre l'Etat aussi bien que les autres vassaux; ils 
doivent donc participer aux mêmes droits, aux mêmes libertés, 
aux mêmes privilèges. 

11° point. Pour arrêter la propagation du judaïsme qui, par i\r> 
mariages avec de vieux chrétiens, infecte le bon sang du sang des 
apostats et des hérétiques, Sa Majesté doit et peut promulguer une 
loi défendant aux Juifs de donner à leurs enfants, se mariant avec 
des vieux chrétiens, une dot supérieure à 2.000 cruzadps, disant 
que l'excédent de cette dot sera partagé par moitié entre le fisc 
royal et le dénonciateur. De plus, aucun vieux chrétien marié à 
une nouvelle chrétienne ne pourra obtenir de charges ni de privi- 
lèges dans le palais royal, pas plus que des honneurs et des emplois 

publics. 

Ce point est une infraction au droit, qui prescrit la liberté 
complète pour contracter mariage. Le pouvoir paternel a été si 
grand à un moment que le père possédait le droit de vie ou de 
mort sur ses entants ; mais jamais il n'eut le droit d'empêcher un 
iils ou une fille de contracter mariage à son gré. Une pareille loi 
est opposée à la propagation du genre humain, qui est le but du 

mariage. 

Ti" point. Que Sa Majesté prie le Souverain Pontife de déclarer 
que toute personne ayant des ascendants juifs sera, jusqu'à et y 
compris la dixième génération, incapable d'être pourvue de 
dignités, ni de canonicats dans les église, métropolitaines, cathé- 
drales et collégiales, ni de bénéfices ecclésiastiques d'aucune sorte, 
qu'elle ne puisse recevoir même les ordres mineurs afin d'éviter 
les sacrilèges. 

Le confesseur «lit, au nom de la Junte, qu'il n'arrive pas à com- 
prendre pourquoi l'assemblée des prélats a réuni dans ce point 
tant de défenses et d'incapacités. TI suffisait de défendre l'orlina- 



LES MARRANES D'ESPAGNE ET DE PORTUGAL SOUS PHILIPPE IV 27 

tion des nouveaux chrétiens, ayant des ascendants juifs, jusqu'à 
la dixième génération, puisque personne ne peut recevoir de 
dignités, places ou bénéfices ecclésiastiques sans avoir été 
ordonné prêtre. Ce point était bien inutile, car lorsque des can- 
didats sollicitent l'ordination, les évoques ont soin de s'informer 
de leur généalogie et de repousser ceux qui sont indignes. 

13 e point. Que le Roi les déclare incapables de recevoir des 
dignités ou des charges séculières dans l'Etat, car ils sont infidèles 
au Roi et aux hommes, puisqu'ils le sont envers Dieu. 

Cette résolution est contraire au droit, à la justice et â l'usage, 
car les Romains, dont on admire le gouvernement, attiraient les 
vaincus dans leur capitale et leur conféraient des dignités et des 
charges, afin de les bien disposer en leur faveur. 

Si on avait cherché à propager et à conserver le Judaïsme, on 
n'aurait pu trouver un moyen plus propre à ce but. Au contraire, 
qu'on facilite les mariages entre vieux et nouveaux chrétiens et 
qu'on leur donne des emplois et des honneurs; ainsi le sang pur 
aura bientôt triomphé du mauvais. 

14 e point. Pour les mêmes raisons, qu'ils soient exclus de toute 
communication et de tout commerce avec les vieux chrétiens, 
excepté en ce qui concerne les rentes royales, car cette résolution, 
si elle était appliquée intégralement, serait trop préjudiciable au 
trésor royal. 

•Tout ce quia trait à ce point se rapporte au gouvernement poli- 
tique; par conséquent, le Roi et ses ministres sont seuls aptes à 
juger de l'opportunité des précautions à prendre ; les prélats, en 
traitant cette question, outrepassaient leurs pouvoirs et il n'est 
pas nécessaire de discuter ce sujet. 

La Junte est donc unanime à repousser la proposition d'expul- 
sion générale. 

XXIV. — 26 février 1631. — Le confesseur dit qu'il a écrit au 
grand inquisiteur de Portugal, sur l'ordre du Roi, pour lui dire de 
ne pas retarder sa réponse au sujet de la plainte des Juifs. Aussi- 
tôt que fray Antonio aura cette réponse, il s'engage à la commu- 
niquer promptement au Roi. 

XXV. — 26 mars 1631. — Ordre du Roi à son confesseur de 
former une Junte pour examiner la proposition des Juifs, qui 
offrent de verser une somme considérable. 

XXVI. — 27 mars 1631. — Fray Antonio de Sotomayor propose 
au Roi de nommer membres de la Junte un inquisiteur et un théo- 



REVUE DES in DES Jl'l\ ES 

logien, qui se trou yen 1 à la cour, plutôt que d'en faire venir de 
Portugal, ce qui retarderait l'examen des questions juives. 

SXVTI. — 14 mai 1631. — Le confesseur donne connaissance au 
Roi d'un mémoire du nonce, dans lequel celui-ci «lit que, s'il est 
question d'un pardon général, cette affaire doit être remise au 
Souverain Pontife; mais que, pour sa part, il y est opposé. 

\ \ VIII. — '2r> mais 1632. — Le Roi, écrivant à son confesseur, 
dit que le mémoire des Juifs de Portugal contient trois points fort 
importants pour la religion, la justice et L'État et qu'il ne paraît 
pas possible de Leur refuser satisfaction, d'autant plus qu'il a déjà 
accordé un pardon dans des temps très durs et qu'il ue peut con- 
damner comme injuste ce qu'ont fait tant de rois pieux et justes et 
dans des circonstances moins mauvaises ; et quoiqu'il ait refusé 
plusieurs fois de concéder ce pardon, il est presque décidé à le 
faire, parce qu'il lui est impossible de porter remède aux misères 
publiques. Le Roi donne donc l'ordre à son confesseur de réunir 
une Junte composée des personnes dont il donne la liste pour juger 
quel est le meilleur parti à prendre parmi les deux proposés, celui 
de l'Inquisition de Portugal ou celui du Conseil de Castille. Il faut 
examiner quelle est la meilleure manière de ramener en Espagne 
et en Portugal les Juifs qui se sont réfugiés en pays étrangers. 

• 
XXIX. — 1 er janvier 1633. — Ce document est absolument sem- 
blable à celui qui est daté du 5 mars 1631. Le confesseur du Roi y 
étudie les 14 points présentés par la Junte des Prélats et discutés 
ensuite par une autre Junte nommée par le Roi. Le confesseur 
discute ces points, présente les mêmes raisons, mais combat ces 
points au moyen d'une argumentation plus étendue, basée sur 
les Écritures Saintes, sur la théologie catholique et sur le droit 
commun. Il est opposé à l'expulsion générale, et critique les pré- 
lats qui se sont occupés de choses en dehors de leur caractère et 
qui incombent seulement aux ministres du Roi. 

Dans le manuscrit, il existe encore quatre documents fort tron- 
qués, non signés ni datés. Ils se trouvent aux pages 38, 43, 44 
et 45. Ils traitent des mêmes questions et dans les mômes termes. 

El.KAN N. Adlbr. 

(.4 suivre). 



CONTRIBUTIONS 

A LA GÉOGRAPHIE DE LA PALESTINE 

ET DES PAYS VOISINS 

(suite *) 



VII 

LES TRIBUS ISMAÉLITES. 

La Genèse nous fournit deux récits de la fuite d'Agar, laMiçrite. 
Suivant l'un (chap. xvi), Agar, victime de la jalousie de Sara, 
aurait gagné le désert ; l'ange de Iahvé lui serait apparu près de 
la source sur le chemin de Chour et lui aurait prédit la naissance 
d'un fils qui habiterait à l'orient de tous ses frères. D'après l'autre 
tradition (chap. xxi), Ismaël était déjà adolescent quand Abraham 
renvoya Agar; il erra d'abord avec sa mère dans le désert de 
Berschéba, devint un habile archer et se 'maria au désert de 
Paran avec une Miçrite. Les deux textes s'accordent, d'ailleurs, 
à faire de la steppe située au sud de la Palestine le berceau des 
Ismaélites. 

Ismaël eut une nombreuse postérité : « L'aîné d'Ismaël fut 
Nebayoth, puis Qédar, Abdeël, Mibsam, Michma, Douma, Massa, 
Iladad, Thêma, Ietour, Naphich et Kedma 2 . Ils demeurèrent de 
Havila jusqu'à Chour, situé à l'est de Miçraïm, et sur la route 
d'Achour. A l'est de ses frères il s'installa 3 . » 

1 Voir Bévue, t. XXXV, p. 185; t. XLIII, p. 161; t. XLIV, p. 29; t. XLV, 
p. 165; t. XLVI, p. 184 et t. XLVII, p. 23. 

4 Josèphe [Ant. Jud,, I, 12, 4) donne la liste suivante : Naëaicôôï]:, Kyjôapo^, 
'AêÔ£Y)>,o:, MasaàjAa;, 'Iôo-jjja;, Màtfjxaç, Matra^;, Xooaoo:, 0i(xavo;, 'Istou^o;, Nàçat- 
ao;, K£Ô[j.a; . 

3 Gen.. xxv, 12. 



30 RKVI i: DES ÉTUDES JUIVES 

Ce texte amalgame également deux traditions différentes, l'une 
assignanl aux tsmaélites comme territoire une contrée au sud de 
la Palestine, contrée ailleurs 1 attribuée aux Amaléci tes, l'autre, 
conforme à la prédiction de l'ange de [ahvé, établissant les [smaé- 
lites du côté il.' l'Orient, Pour les concilier, il faut admettre une 
migration des Ismaélites après un assez long séjour dans la steppe. 
si la cause de ce1 exode nous échappe, il paraît difficile de con- 
tester l'installation définitive des tsmaélites dans les régions 
orientales « Les enfants d'Ismaëi; dit Josèphe, occupèrent la 
contrée qui s'étend de l ? Euphrate à la mer Rouge, et qu'ils appe- 
lèrent Nabatène, et ils constituèrent le peuple arabe 1 . » 

Nous allons, du moins, établir que quatre des douze tribus 
Ismaélites se fixèrent à l'est de la Palestine. 

Le I or Livre des Chroniques, v, 18-22, rapporte que les Rubé- 
nites et la demi-tribu de Manassé, au nombre de 44,760, entre- 
prirent une expédition contre les Agriïtes ('ÂyapTivoQ, les gens de 
letour, deNaphich et de Nodab, et qu'ils les défirent complètement: 
ils en tuèrent un grand nombre, tirent 100,000 captifs et se sai- 
sirent de 50,000 chameaux, 250,000 tètes de menu bétail et 
2,000 ânes, et s'installèrent à leur place jusqu'à la déportation. 

Où se déroula cette lutte, et à quelle époque ? 

Le I or Livre des Chroniques, v, 10, répond à la première ques- 
tion en rappelant qu'aux jours de Saùl les Rubénites furent en 
guerre avec les Agriïtes et s'installèrent dans les tentes des vain- 
cus sur le bord oriental de Guilead. 

Il est moins facile de résoudre la question de temps. 

Le I er Livre des Chroniques fait bien précéder le compte rendu 
de l'expédition des tribus de Ruben et de Manassé d'une énumé- 
ration de certains chefs de la tribu de Gad, qui se termine par ces 
mots : « Tous avaient été inscrits aux jours de Jotham, roi de 
Juda, et en ceux de Jéroboam, roi d'Israël » (v, 17). Mais il serait 
téméraire d'appliquer cette donnée chronologique à l'expédition 
elle-même. La seule chose certaine est que l'expédition est anté- 
rieure à la déportation (I Chr., v, 26; II, Rois, xv, 24), c'est-à- 
dire a Tannée 124. 

Remontant le cours de l'histoire, on voit d'abord les bandes 
assyriennes de Tiglat Piléser appelées en Galilée et en Gui- 
lead par le roi de Juda, Aeliax II Rois, xvi, 7-8), à la suite de 
sa défaite par Recin, roi de Damas, et Péqah ben Rèmalyahou, 
roi d'Israël (Isaïe, vu et vin; 11 Chr., xxviu, 5-6). Péqah ben 

1 I Sam., xv, 7. 

» J'jsèj'he, Ant Jud., I, 12, 4. 



CONTRIBUTIONS A LA GEOGRAPHIE DE LA PALESTINE !i 

Remalyahou est, d'ailleurs, le dernier d'une série de personnages 
portés par des insurrections sur le trône d'Israël. 

Zacharie venait, en effet, de succéder à son père Jéroboam, 
lorsqu'il fut assassiné par Salloum, fils de Yabéch (II Rois, xv, 10). 
Un mois après, le meurtrier tombait sous les coups de Menahem 
ben Gadi, de Tliirsa (II Rois, xv, 14), lequel, pour affermir son 
autorité , versa un fort tribut à ïiglat Piléser. Il réussit à 
léguer son trône à son fils Pékaya, mais celui-ci fut à son 
tour égorgé par Péqah ben Remalyahou, assisté de cinquante 
Guileadites (II Rois, xv, 25). Ce détail assigne à l'assassinat de 
Pékaya le caractère de représailles exercées à l'occasion du 
meurtre de Salloum, natif de Yabech, ville de Guilead (Juges, 
xxi, 9; I Sam., xxxi, 21). La révolution qui enleva à la famille de 
Jéhu le trône d'Israël apparaît dès lors comme l'œuvre des gens 
de Guilead, ambitieux du pouvoir. D'autre part, le roi de Damas, 
l'allié de Péqah ben Remalyahou, devait marcher d'accord avec le 
parti qui renversa Zacharie; Zacharie n'était-il pas le fils de ce 
• Jéroboam qui avait humilié Damas (Il Rois, xiv, 28) ? Cette époque 
fut donc caractérisée par une entente parfaite entre les gens de 
Guilead et le roi de Damas. 

Mais lorsqu'on veut en fixer la chronologie, l'on reconnaît la né- 
cessité de rectifier les données bibliques sur la durée de quelques 
règnes : le texte indique dix ans pour Menahem (II Rois, xv, 17), 
vingt ans pour Péqah ben Remalyahou (II Rois, xv, 27); mais les 
inscriptions assyriennes établissent que Menahem prêta hommage 
à Tiglat Piléser en même temps que Recin de Damas, soit en 738, 
soit dans la période 742-740. 

On est ainsi amené à faire remonter à l'année 750 l'origine de 
l'ère troublée dans laquelle on trouve sans cesse la main de 
Guilead.; nul doute, d'ailleurs, sur les causes de l'influence tout à 
coup exercée par la ïransjordane dans les affaires intérieures 
d'Israël : lustre donné aux tribus de Ruben et de Manassé par 
leurs victoires sur les Agriïtes, les gens de Ietour, de Naphich et 
de Nodab, et prestige résultant de la force de leurs milices. Dès 
lors, il faudrait placer entre 760 et 750 l'expédition des tribus de 
Ruben et de Manassé. 

Il faut aussi noter que Jotham, roi de Juda (754-735), fit la 
guerre au roi des Benê-Ammon, le défit et lui imposa un lourd tri- 
but, qui fut payé au moins trois années (II Chr., xxvn, 5); peut- 
être ne faut-il voir dans cette guerre qu'une tentative d'un vassal 
pour secouer le joug de Jotham, au moment où celui-ci prenait le 
pouvoir. La guerre chez les Benê-Ammon et l'expédition contre 
les Agriïtes se seraient donc déroulées parallèlement, et il y au- 



32 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

rait eu une certaine entente entre les tribus de la Trànsjordane 
et Juda. La liste assyrienne des Eponymes Indiquant pourl'an- 
oée 755 une campagne contre Khatarika et pour l'année '54 une 
campagne contre Arpad, la non-intervention du roi de Damas 
s'expliquerait; ses contingents sans doute auraient été engagés 
de ce côté. 

11 est moins facile de rattacher à ces faits les deux prophéties 
d'Amos poutre Damas et contre les Benê-Ammon : 

Pour trois crimes de I ><<mas 

el pour quatre, c'est irrévocable : 

parce qu'ils ont broyé avec des herses de 1er les monts de Guilead, 
je lancerai le feu sur la maison de Ilazaël, 
et il dévorera les palais de Ben Iladad. 



A Qïr ' sera déporté le peuple d'Aram, 
dit lahvé. (i, 3-5 ) 



Pour trois crimes des Benê-Ammon 

et pour quatre, c'est irrévocable : 

parce qu'ils ont éventré les femmes enceintes de Guilead 

pour étendre leur territoire, 

je mettrai le feu aux murs de Rabba, 

et il dévorera ses palais. 

Et Melchom sera emmené captif 
ses prêtres et ses chefs avec lui, 
dit lahvé. (i, 13-15.) 

Ainsi d'après Amos, Guilead aurait été attaqué simultanément 
au Nord par les soldats d'Hazaél de Damas, et au Sud par les 
Benê-Ammon : faut— il croire que les Agriïtes, cédant aux sollici- 
tations des agresseurs d'Israël, se joignirent à eux? La campagne 
de Ruben et de Manassé contre les Agriïtes aurait alors été une 
campagne de représailles. On s'explique toutefois difficilement le 
relèvement rapide d(^ tribus de la Trànsjordane après un écra- 
sement tel que celui qu'indique le prophète; aussi semble-t-il 
absolument nécessaire de l'aire remonter au moins à la période 
lliï-HSO la prédiction d'Amos. 

Les circonstances qui amenèrent les tribus de Ruben et de Ma- 
nassé à marcher contre les nomades qui habitaient les steppes 
désertiques voisines de leurs territoires étant maintenant con- 
nues, le moment est venu de rechercher quels étaient ces no- 
mades. Immédiatement on découvre dans leurs rangs deux des 
tribus ismaélites, letour et Naphich. 

1 Le l'ait est confirmé par 11 Ko. s, xvi, 9. Ou peut k'ûlouncr que le prophète a;t 
déftijrné d'avance le heu d'exil. 



CONTRIBUTIONS A LA GEOGRAPHIE DE LA PALESTINE 33 

Le pays de Ietour, a-t-on dit, c'est l'Iturée, mais comme ce nom 
semble avoir un peu flotté dans l'espace, il est essentiel de bien 
préciser la position de la contrée. 

Ce pays est associé â la Trachonitide : nous connaissons par 
1 evangéliste Luc (ni, 1) Philippe, tétrarque de l'Iturée et de la 
Trachonitide. 

On possède, d'ailleurs, sur la Trachonitide d'assez nombreux 
renseignements. D'après les Onomaslica *', c'est la région qui 
confine au désert voisin de Bosra d'Arabie; Kanatha, aujourd'hui 
El Qanawat, était en Trachonitide -. Ptolémée 3 place au pied du 
mont Alsadamus, aujourd'hui Djebel Druz, l'habitat des Arabes 
Trachonites. Une inscription de Mismié 4 , qui renferme le pas- 
sage $aivYi<yfoiç |À7 1 Tpoxto[j.''a xov Tpà^wvoç, achève de nous édifier sur 
l'étendue de la contrée vers le Nord. La Trachonitide englobait le 
Ledja et le Djebel Haouran. On s'explique, dès lors, le texte de 
Josèphe 5 opposant la Trachonitide à la Galilée, en intercalant le 
canton OùX'àôa — district al Hûlah des Arabes, près du lac Houleh 
— et le canton ncmàç, — district de Banias. 

Au surplus, les descriptions du pays que nous ont laissées 
Josèphe et Strabon sont absolument confirmées par les récits des 
voyageurs. D'après Josèphe 6 , la Trachonitide était au temps de 
Zénodore habitée par des gens de sac et de corde qui exploitaient 
la plaine de Damas ; ils vivaient dans des cavernes dont l'entrée 
était difficile à découvrir sans guide, et dont les vastes salles 
intérieures pouvaient abriter bêtes et gens avec tous leurs ap- 
provisionnements. Strabon, plus concis, n'en est pas moins ex- 
plicite : « Damas est dominé par les deux Trachones. Puis vers 
les régions des Arabes et des Ituréens, sont des montagnes 
presque impraticables, contenant de profondes cavernes : l'une 
d'elles pouvait enfermer 4,000 hommes lors des expéditions 
contre les gens de Damas. Souvent ces barbares détroussaient 
les caravanes des marchands de P Arabie Heureuse. Ces brigan- 
dages ont diminué depuis la disparition de Zénodore le voleur, 
en raison de la justice des Romains et de leurs postes en 
Syrie 7 . » 

Enfin, un édit du roi Agrippa, perpétué par une inscription de 

1 P. de Lac:arde, Onomastica sacra, p. 135 et 268. 

2 Id., p. 109 et 269. 

3 Ptol., Geogr., V, 15, 26. 

4 Le Bas et Waddington, Voyage archéologique, III, p. 573, inscription n° 2524. 
s Josèphe, Ant. Jud., XV, 10, 3. 

6 ld. t XV, 10,1. 

7 Strabon, Geogr., XVI, p. 576. 

T. XLVIII, N° 93. 3 



UKVIK DBS ÉTUDES lUlVfcS 

Qanawat', reprochait au* indigènes d'avoif vécu jusqu'alors 
comme des bêtes fauves dans leurs tanières» 
M. Wetztein a retrouvé de tels souterrains m divers points du 

Ilaouran et de8 districts voisins, notamment à El Adjeila et à 
Schibiké sur le vérsàttl oriental du Djebel Fîaduràn, ainsi qu'à 
Der'at, l'antique Adraa. M. Waddington en a \ isité plusieurs dans 
le Djebel Ilaouran et dans le Ledja, notamment à Dama (vaste 
caverne); « Les Druseâ, écrivait-il^ m'ont souvent assuré qu'il en 
existait de tous cotés, mais qu'en général ils ne sont connus que 
i\r± Arabes du Ledja, pillards invétérés qtii conservent précieuse- 
ment les ti'aditions de leurs ancêtres du temps de Zénodore : ils 
leur servent de magasins et de citernes. » 

Tp&£t0v désigne en grec un terrain rocailleux, plein d'aspérités. 
Ce nom, à lui seul, dépeint bien les vastes étendues couvertes de 
laves brisées du Ledja et du Djebel Ilaouran. Il traduit en grec le 
nom indigène qui caractérisait ces contrées : Ilurœœ montanœ 
syram est*, nous dit YOnomasticon; et d'ailleurs pour Eusèbe 
l'Iturée ne faisait qu'un avec la Tracbonitide : 'ÏToupaia \ x«l Tsa- 

/(ovrr'.ç 3 , Tcaywvrrt; yo'>pa y\ xal 'Ixoupafa 4 . 

On pourrait, sans doute, admettre que plusieurs cantons ha- 
bités par des populations parlant le même idiome ont jadis porté 
le nom d'Iturée, mais on ne saurait mettre en doute l'existence 
d'un pays de ce nom dans la zone d'activité de la tribu ismaélite 
de Ietour, comme ne pas lui rattacher le Djedour, voisin du 
Ledja. 

Le souvenir de la tribu de Naphich paraît également nous avoir 
été conservé sous la forme Ard el Chanafis, nom d'un district au 
nord du Ledja. 

On trouve dans la région d'autres localités dont les noms rap- 
pellent des enfants d'Ismaël : sur le territoire de l'ancienne Bata- 
née, Douma et Teima 5 ;'dans le Ledja, Mismié ' et Hadar 7 , mais 
on ne saurait insister sur ces homonymies. 

Aux cotés des Ituréens et des Naphichéens, nous avons vu se 
ranger les gens de Nodab, ou Nadab, et les Agriïtes. Quelles 
étaient ces populations ? On ne le sait guère. 

Sur les premières, on ne possède qu'un renseignement d'Eupo- 

1 Le Bas et Waddington, Voyage archéologique, III, p. 533, inscription n° 2329. 

1 P. de La^arde, Onomastica sacra, p. 64. 

3 ld.. p. 268. 

* ld., p. 298. 

5 Le lias et Waddiugton, Voyage archéologique , III, p. 512. 

« IL, p. 573. 

; ld., p. 577. 



CONTRIBUTIONS A LA GÉOGRAPHIE DE LA PALESTINE 35 

lème (contemporain de Juda Macchabée), transmis par Alexandre 
Polyhistor 1 . Ce paraît, d'ailleurs, n'être qu'un écho infidèle de 
II Sam., vin, 12. Eupolème y parle des guerres de David S7il 'Ioou- 

[xociouç xai 'A[j.pLavcraç xal Mtoaêixaç xal 'Iroupaiouç xal Naêaraiouç xal 

Na68atouç. Cette liste se différencie de celle des adversaires de 
Ruben qui figure dans I Car., V, 10, par l'omission des Agriïtes et 
par la substitution des Nabatéens aux Naphichéens, c'est-à-dire 
d'une tribu ismaélite à une autre tribu ismaélite. Ce qui conduit 
à se demander si les Nabdéens ne correspondraient pas eux- 
mêmes à la tribu ismaélite de NaêonrjX. 

Les Agriïtes ont été parfois rapprochés des 'Afpàtiot d'Eratos- 
thène, Scrabon 8 , Ptolémée 3 et Etienne de Byzance, 'Afpïe* de 
Denis le Périégète 4 et Nicéphore 5 , Agrsei de Pline G , Agreni 
d'Avienus \ Agrées de Priscien s . Mais tous visent un peuple ha- 
bitant une contrée voisine de la Babylonie et du golfe Per- 
sique. Comme, d'après une inscription de Tiglat Piléser III, il 
existait dans ces parages une tribu araméenne des Khagaranu 9 , 
il faut croire qu'aucune révolution ethnique ne s'était produite 
entre le vm e et le n e siècle, où vivait Eratosthène. Les Agriïtes, 
qui vers 750 luttaient contre Ruben et Manassé, n'avaient donc 
aucune parenté avec les Khagaranu araméens. 

D'autres 10 ont entendu faire dériver le nom de Hagar, la mère 
d'Ismaël, de celui de la tribu de di^art 'Ay^un; l'inverse paraîtrait 
plus naturel : Agrite devenant synonyme d'Ismaélite. Mais cette 
pensée doit être écartée, les Agriïtes étant nommés à côté des 
Ismaélites dans le Psaume lxxxiii : « Oui, ils projettent d'un 
esprit unanime et font pacte ensemble contre toi, les tentes 
d'Edom et les Ismaélites, Moab et les Agriïtes, Guébal, Ammon et 
Amalec, la Philistie et les gens de Çor. Aussi Achour s'est lié 
avec eux, il est venu à l'aide des Benê-Lot. » 

Avant d'aller plus loin, il faut étudier de près ce texte, envi- 
sager successivement les divers peuples mis en scène et enfin 
assigner une date au tableau historique. 

Le Psalmiste rapproche les tentes d'Edom des Ismaélites, Moab 

I Muller, Fragmenta historicorum qrœcorum, III, p. 225. 
» Strabon, Geogr., XVI, p. 167. 

3 Ptol., Geogr., V, 19. 

* Muller, Geographi Grœci Minores, II, p. 163. 

5 Id., II, p. 466. 

6 Pline, Hist. Nat., VI, 32, 11, 16, 18. 

7 Muller, Geographi Grœci Minores, II, p. 187. 

8 2d., II, p. 198. 

9 Rost, Die Keilschriften Tiglat Pilesers, p. 56 : tablette d'argile, 8. 

II Dillmann, Genesis t 2o, 15 ; Winckler, Altotientalische Forschungen, I, p. 29, 



36 REVUE DES KTUDES JUIVES 

des Abrites, accusant ainsi sans doute des relations de voisinage; 
ce qui conduirait à attribuer aux Agrites un territoire au nord de 
celui des Ismaélites. 

Guébal n'est évidemment pas la Byblos phénicienne, mais le 
district d'Edom dont parle Obadia(6) ; c'est la roSoXtTtç dévolue aux 
enfants d'Esaù', la Gebalite de VOnomasticon*, qui devait être 
proche de Petra. Gabalite, d'après Etienne de Byzance, est l'eth- 
nique de Gabala, Gebalenus l'ethnique de Gebala : la Gebalène 
serait, d'après YOnomasticon 3 , le nom du pays entourant Petra : 
Gebalène et Gebalite seraient donc identiques. 

Josèphe forme le territoire des enfants d'Esaù de la roêoXïtiç et 
de la 'AixaXT.xrrtç * ; dans un autre passage, il nous montre Ama- 
sias C798-790) se décidant à faire la guerre aux nations des Ama- 
lécites, des Iduméens et des Gabalites, toïç 'AfxaX-rjxtTûv Sôvecn *at 
'Iooujxaûov xaî FaSaXirûv 5 ; dans les passages parallèles (II Chr., 
xxv, 23) Amasias combattit les Benê Séir et les Édomites (II Rois, 
xiv, 7), il guerroya contre Édom. Amalec, d'après Gen., xxxvi. 
12 = I Chr., r, 36, est un fils d'Éliphaz, fils d'Ésaiï. 

Ces différents textes rattachent nettement Guebel et Amalec à 
Édom. Ammon, qui est intercalé, est-il le peuple de Benê-Ammon 6 , 
ou bien faut-il songer au passage d'Etienne de Byzance : re6«Xy>^ 
ts xai Aï.aavîTtç : r { tSv 'ISoupatcov y/ôsa [X£Tiovo{xà(T6Tf| ? Cette dernière 
solution grouperait mieux les adversaires de Juda. 

L'on s'est enfin demandé si l'Achour du Psalmiste était l'Assyrie 
ou la région citée par la Genèse (xxv, 18), et nommée dans la 
prophétie de Balaam (Nombres, xxiv, 22) ; d'autres ont même 
voulu lire Gueschour. Dans la première hypothèse, on devrait 
s'appuyer sur les données assyriennes pour déterminer la date de 
composition du Psaume lxxxiii ; dans les autres cas envisagés, 
il suffit de tenir compte des annales de Juda. D'ailleurs, il paraît 
difficile de faire remonter la rédaction du Psaume au delà de la 
prise de Samarie (722): comment autrement interpréter la phrase 
du même Psaume : « Ils disent : venez que nous les détruisions 
comme peuple, et qu'on ne mentionne plus le nom d'Israël » ? 

Abstraction faite de Cor, la liste des ennemis ne comprend 
que des populations du sud de la Palestine : le territoire me- 

1 Josèphe, Ant. Jud., II, 1, 2. 

1 P. de Lagarde, Onomastica sacra, p. 155, 260, 299. 

1 U. % p. 131,137,264, 277. 

* Josèphe, A nt. Jud., II, 1,2. 

5 7rf., IX, 9, 1. 

« Les Benê-Lot comprenant Ammon et Moab, il s'agirait surtout d'après le Psal- 
miste d'une concentration de* eflbrts des deux pays, et, par conséquent, cette pre- 
mière conjecture serait la plus vraisemblable. 



CONTRIBUTIONS A LA GÉOGRAPHIE DE LA PALESTINE 37 

nacé est, par suite, Juda ; au temps des deux royaumes israé- 
lites, rabaissement de Juda n'aurait pu avoir pour conséquence 
l'effacement du nom d'Israël. Que l'on ne s'étonne pas, d'ail- 
leurs, de cette sorte de revendication du nom d'Israël par des 
gens de Juda : après la déportation de 734, il n'est plus fait 
emploi pour désigner le royaume du Nord que du nom d'Ephraïm 
ou de la maison de Jacob. Bien plus, l'un des rois de Juda, 
Achaz, reçoit le titre de roi d'Israël ; le texte mérite d'être repro- 
duit intégralement : « En ce temps le roi Achaz envoya vers les 
rois d'Achour pour en obtenir de l'aide. En outre, les Edomites 
étaient venus, frappant ceux de Juda et leur emmenant des 
captifs. Les Philistins s'étaient répandus dans les villes de la 
Schephéla et du Nedjeb de Juda et avaient mis la main sur Beth- 
Schémesch, Ayyalon, Guéderoth, Soko et ses filles, Thimna et 
ses filles, Guimzo et ses filles, lieux où ils s'installèrent. Ainsi 
Iahvé humilia Juda à cause de Achaz, roi d'Israël, parce qu'il 
avait tout relâché en Juda et s'était révolté contre Iahvé. Tiglat 
Piléser marcha contre lui et le pressa, loin de le secourir » 
(II Chr., xxviii, 16-20). 

Achaz régna de 735 à 720. Il se trouva aux prises avec Edom, 
la Philistie et l'Assyrie, c'est-à-dire dans la situation dépeinte 
par le Psalmiste. 

Ce ne fut certainement pas la dernière coalition contre laquelle 
Juda eut à lutter. Plus tard, aux jours de Nabuchodonosor, sous 
le règne de Joïachim (607-597), « Iahvé envoya contre lui les 
bandes des Kasdim et les bandes d'Edom et les bandes de Moab 
et les bandes des Benê-Ammon, les lançant contre Juda pour 
le perdre » (II Rois, xxiv, 2). Mais cette fois la Philistie n'est 
plus enjeu. Cette remarque est décisive, car si nous connaissons 
mal l'histoire d'Edom, nous sommes mieux renseignés sur les 
événements de la Philistie par les documents assyriens. Et dès 
lors on peut rechercher à quels moments les Philistins ont été en 
mesure d'attaquer Juda. 

En 734, Tiglat Piléser dépêche des troupes contre les Philistins 
et met en fuite Hannon, roi de Gaza. En 720, Sargon marche 
contre ce roi et le fait prisonnier à Raphia. En 713-711, soulève- 
ment d'Asdod, avec l'adhésion de Juda, Edom et Moab, et répres- 
sion de la révolte par le tartan de Sargon; presque à la même époque 
Ezéchias bat les Philistins jusqu'à Gaza. En 702, Sennachérib, 
après avoir reçu le tribut des rois d'Ammon, de Moab, d'Edom et 
d'Asdod, marche contre Zédékias d'Ascalon et Ezéchias de Juda 
et défait une armée égyptienne à Altaqou: il conquiert une partie 
de Juda et distribue des lambeaux du territoire conquis aux rois 



REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

de Gaza, d'Asdod el d'Eqroh. Ceux-ci Qe sont plus dèa lors et 
pendant longtemps que les soldats de PAssyrie. 

Ani^i l'étal de la Palestine et des pays circonvoisins se rapproche 
plus à la lin <lu règne d'Achaz que sons Joïachim ou à tout autre 
inoniciit de •••'lui que dépeint le Psalmiste. On peut, par suite, 
dater si n œuvre de la période qui va de 135 à 720. Quarante ans 
bout au plus s'étaient; écoulés depuis l'installation des tribus de 
Ruben et «le Manassé dans les campements des Agriïtes; ceux qui 
avaient survécu à la défaite avaient donc dressé leurs tentes sur 
les confins voisins de Moab et n'avaient pas émigré sous d'autres 
ci.'ux. Conséqueriimènt le Psaume lxxxiii ne nous apprend rien 
de nouveau sur lés Agriïtes; la question d'origine reste intacte. 

La tribu des Agriïtes tirait-elle son nom d'une ville antique du 
Ledja "ÂYpcHva, ou d'une localité réputée du désert? Cette dernière 
conjecture, malgré certaines objections sérieuses, est digne d'at- 
tention. Que l'on se souvienne de la signification du mot arabe 
Khadjar, pierre, rocher, de l'antique importance de El Khegr, "E^pa 
de Ptolémée, du passage d'Isaïe : « Que le désert et ses bourgs 
élèvent la voix, et b-s enclos où réside Qédar, qu'ils jettent des cla- 
meurs joyeuses les gens de Séla } » (xlii, 11), ou encore du texte 
de Jérémie : « Pour Qédar et la reine de Khaçor que frappa Ne- 
boukadnezar, roi de Babel » (xlix, 28), et l'on sera tenté de 
penser que la tribu des Agriïtes, associée à des tribus ismaélites, 
pourrait bien être une tribu ou un groupe de tribus ismaélites 
ayant pour centre une localité portant le nom caractéristique 
pierre, roche, et pour territoire celui qu'occupait la tribu de 
Qédar au temps d'Assurbanipal. 

D'après les inscriptions connues, le monarque assyrien, ayant 
franchi le Tigre et l'Euphrate, parvint au pays de Mach, «une 
contrée de la soif et de la faim » à cent kachbou qaqqar de 
Ninive; il s'avançait contre Ouaitê, roi d'Aribi, et Abijatê, chef 

du contingent Nabatéen (na-ba-ai-ta-ai). 

De Kha-<la-at-taa je partis; à La-ri-ib-da, temple à enceinte de pierre 
[bit-dûri sa kunuké), près des citernes (ina èli gubbani sa me) je campai. Une 
fois mon armée ravitaillée en eau, je poursuivis ma route à travers le pays 
de la soif, la contrée de la faim, jusqu'à Kliurarina entre Jaarki et Azaalla 
dans le pays de Mach, pays lointain où ne vient pas la bêle fauve, où 
l'oiseau ne fait pas son nid Je défis les Isaammê, serviteurs d'Atarsamaïn, 
et les Nabato'ens, prenant jrens. fines, chameaux, moutons, un butin innom- 
brable. Mon année poursuivit les vaincus 8 kachbou qaqqar et revint à 

1 Séla signifie inerre. 



CONTRIBUTIONS A LA GÉOGRAPHIE DE LA PALESTINE 39 

Azaalla, où elle pnt étancher sa soif. D'Azaalla elle marcha 6 Itaclibou qaq- 
qar jusqu'à Qurasiti, à travers un pays de soif et de faim. Les serviteurs 
et les Qédréens de Ouaitê, roi d'Aribi, j'assiégeai. Ses dieux, sa mère, sa 
famille, tous les habitants du pays de Qédar. ânes, chameaux, menu bétail, 
grâce à l'aide d'Assour et d'istar, mes seigneurs, tombèrent entre mes 
mains. Je les conduisis à pied à Damas l . 

Le point initial de la campagne est Khadaattaa sur la rive droite 
de l'Euphrate. Ce nom rappelle une localité placée par Ptolémée 2 , 
précisément sur cette rive, AùBaTÔa, en face de Zetôa, dont le nom 
lui-même se rattache à la campagne de l'empereur Julien en 363 3 . 
D'après le récit d'Ammien Marcellin, l'armée romaine se rendit en 
deux jours des rives du Khahour à Dura et défila en ce lieu au 
pied du tumulus élevé à la mémoire de l'empereur Gordien, tué en 
244 par l'Arahe Philippe. Ce monument se voyait de Zeit.a, qui, dès 
lors, était proche de Dura. Mais Dura figure parmi les Mansiones 
Parthicœ ; sa position sur la carte de l'Euphrate peut donc être 
précisée grâce aux données du géographe antique : en face du 
village de Salahieh, à hauteur des ruines de Kankallah. 

Le rapprochement ainsi établi entre le Khadaatta d'Assurbani- 
pal et 'Auoàxôa de Ptolémée se justifie a posteriori par l'existence 
d'une route menant de Salahieh dans l'intérieur du pays, ainsi 
qu'en témoigne la note suivante de l'ingénieur Cernik : 

De Salahieh il serait possible, d'après les soldats du poste turc établi 
en ce lieu, de gagner Tedmur ; le premier relai se trouve à Dehenah, situe' 
dans la montagne à une distance de 16 kilomètres. Il est difficile de mettre 
en doute ce renseignement Si cette route de caravane conserve la direc- 
tion initiale, elle traverse le grand bassin intérieur du Wady Ali, puis la 
ligne de faîte qui borde le Dau el Kebir, à la lisière Nord duquel on trouve 
Tadmur et les ruines de Palmyre. Si sur cette route se trouvait au delà de 
la source Dehenah un puits où l'on pût s'abreuver, il y aurait lieu de la 
pre'férer pour se rendre de Tadmur à Bagdad à celle par Deir parcourue par 
la brigade d'ingénieurs autrichiens \ 

C'est précisément cette route plus courte que suivit Assurba- 
nipal. 

Iaarki, que mentionne le bulletin de campagne, est l'Erek de 
Cernik, la Yarica des marchands d'Alep qui, en 1691, découvrirent 
les ruines de Palmyre, Arak ou Urak de Yacout et de Marâsid 5 , 

1 Samuel Alden Smith, Die Keilschrifttexte Assurbanipols, annales d'après le 
cylindre R»l, VIII, 100 — IX, 9. 
* Ptol., Geogr., V, 19. 

3 Zozimus, III, 14; Ammian., XXIII, 5-7. 

4 Cernik, Technische Studien-Expedition, dans le Ergânzungsheft, n° 44, tu Peter- 
mann's Geographische Mittheiiungen, p. 18. 

5 Le Strange, Palestine/, under the Moslems, p. 395. 



'"' REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

la station Harac de la carte de Peutingerâ \l\ m. de Palmyre 

sur la route de L'Euphrate. 

Laribda pourrait correspondre à Oruha de la carte de Peutin- 
ger, à XXII M. de Harac, dont le site semble pouvoir être retrouvé 
dans le bassin du Chadr et Tair, qui possède des étangs d'eau 
saumâtre. 

Azalla offrait d'importantes ressources en eau, puisque l'armée 
assyrienne put s'y désaltérer à son aise. Or, c'est précisément la 
caractéristique de Karyatein, l'ancienne Nezala de Palmyrène. 

Khurarina, situé entre laarki et Azalla, rappelle le mot hébreu 
Kharerim, désignant le Kharra, plaine ondulée recouverte de 
laves brisées à arêtes vives ; correspond-il à Qasr el Kher, ruines 
à 1 h. 1/2 de Karyatein ? On ne saurait le dire, mais il semble per- 
mis d'affirmer que le site de Palmyre était au temps d'Assurbani- 
pal inhabité ou, du moins, un centre sans importance. 

D'Azalla à Qurasiti, l'armée assyrienne eut à traverser un second 
désert ; de Karyatein à Djeiroud, l'antique Geroda, on compte 
onze à douze heures de marche sans eau ; on répugne néanmoins 
à rapprocher Djeiroud de Qurasiti, ce nom rappelant plutôt celui 
de Kharestat porté par deux villages de la banlieue de Damas. 

Le bulletin de campagne se poursuit : 

Je partis de Damas, 6 kachbou qaqqar pendant toute la nuit je marchai 
et arrivai à Chulchula. Dans Khukkurina, une montagne impraticable je 
pris les serviteurs d'Abijatê, fils de Teôri, les Qédréens je les défis, pris du 
butin. Abijatê et Aimmou fils de Teêri, sur l'ordre d'Assour et d'Istar 
mes seigneurs, tombèrent vivants entre mes mains. Je leur mis des fers 
aux pieds et aux mains et les emmenai avec le butin en Assyrie. Les 
fuyards qui échappèrent, saisis de crainle,se réfugièrent dans le Khukkuran, 
montagne impraticable, à Mankhatti, Apparu, Tenukuri, Sa'uran, Markana 
badatein, Enzikarme (Belzikarmé), Ta'na, Irrâna, toutes les sources d'eau 
existantes, je plaçai des gardes et l'eau vive de leur vie je coupai. Je rendis 
rare la boisson. Ils moururent de soif et de faim. Les autres tuèrent leurs 
chameaux pour etancher leur soif en buvant leur sang et leur eau. De ceux 
qui montèrent sur les montagnes chercher un refuge, aucun ne se sauva 
aucun n échappa à mes mains. Leurs repaires tombèrent en mes mains '. 

En regard de ce bulletin, il faut placer le compte rendu de l'in- 
vasion égyptienne en 1840. Les Druses se jetèrent dans le Ledja 
véritable forteresse naturelle, immense piateau de laves. Long- 
temps ils y tinrent tête aux bataillons égyptiens et leur infligèrent 
de grandes pertes. 

Ibrahim et Soliman se décidèrent alors à adopter un plan tout diffé- 
l^| S ix"lfN?0 th ' Di6 Keihchnftl(xU ^urhwipah, annales, d'après le cylindre 



CONTRIBUTIONS A LA GÉOGUAPIIIE DE LA PALESTINE 41 

rent de celui qui avait été suivi jusqu'alors et dont l'exécution, quoique 
longue et pénible, devait nécessairement amener un résultat certain. 
Comme pendant l'été, le Ledja ne possède que des sources trop peu abon- 
dantes pour suffire à une population entière, et que tous les réservoirs 
d'eau, qui pendant les chaleurs servent à abreuver les troupeaux, sont à la 
périphérie, il suffisait, pour forcer les insurgés à sortir de leurs repaires 
de combler ces réservoirs. Le plan fut mis à exécution, et du 20 mohar- 
ran au 26 rabi-el-haouch plus de vingt combats furent livrés. Les Druses 
furent toujours repoussés des positions qu'ils occupaient et les réservoirs 
qu'ils défendaient furent comblés. Quelques-uns cependant furent con- 
servés pour servir aux colonnes mobiles : ceux de Hayat, Mousmieh, 
Tebne, Kerata, Bousr el Ilariri et Nedjran. Un ou deux bataillons furent 
placés sur chacun de ces points pour empêcher l'ennemi de venir prendre 
de l'eau ; le reste des troupes fut formé en colonnes mobiles, qui, comman- 
dées par Ibrahim ou par Soliman Pacha, étaient continuellement en mou- 
vement, soit pour combler des réservoirs, soit pour se porter sur les points 
attaqués par les Druses et les rejeter dans l'intérieur. Saouara, Bourak, 
Rimeh, Madouna, etc., etc. furent ainsi occupés momentanément ; mais 
vers la fin des opérations, leurs birkets furent aussi supprimés. Les autres 
réservoirs, au nombre d'une vingtaine, furent entièrement détruits, après 
des combats plus ou moins acharnés, dont les principaux furent celui de 
Laitré au commencement de l'expédition et celui de Risin el Ratel à la fin. 
Ce fut après ce dernier combat, qui dura plus de douze heures, que les 
Druses manquant d'eau, cernés de tous côtés, ayant inutilement tenté de 
reprendre l'endroit cerné par les troupes , ne pouvant se montrer sur 
un point de la périphérie du Ledja sans voir Ibrahim ou Soliman arriver 
et les rejeter dans l'intérieur, après des combats qui leur coûtèrent beau- 
coup de monde, les Druses, dis-je, perdirent courage et désespérant de te- 
nir plus longtemps, se décidèrent à transporter le théâtre de la guerre dans 
le Djebel-Cheikh entre Hasbeya et Racheya *. 

A vingt- cinq siècles de distance, la même tactique appliquée sur 
le même terrain fut couronnée du même succès. 



Comment maintenant pourrait-on contester l'identification pro- 
posée par Delitzsch 2 de Chulchula avec le village de Khoulkhoulé 
à la lisière du Ledja ? 

Aimmou, l'un des chefs Qédréens, porte bien un nom du 
terroir ; c'est l'Aùu,ou des inscriptions de la Trachonite et de 
TAuranite 3 . 

Les Nabatéens interviennent dans la première partie de la cam- 
pagne : c'est donc qu'ils habitaient une région du désert plus voi- 
sine du point de passage de l'Euphrate que le pays des Qédréens. 



1 Rey, Voyage dans le Haouran, p. 28 et 29. # 

1 Delitzsch, Wo lag das Paradies, p. 299. 

3 Le Bas et Waddington, Voyage archéologique, III, inscriptions n ' 2392-2395, 
2441, 2455, 2456. 



•2 KKVUK DKS ETUDES JUIVES 

Pn gsf ainsi amené A les placer en Palmyrène \ et à attribuer aux 
Qédréens les régions au nord-est et au sud de Damas. 

Uette conclusion semble méconnaître et les renseignements que 
les Inscriptions d'ÀsgurbanfoaP accollent au nom de Natnu, roi 
des Nabatéens, « dont le pays est éjqjgn{5 », « qui n'avait jamais 
envoyé de messagers aux rois mes pères », et les relations déjà 
anciennes des Qédrôens avec l'Assyrie. Mais tout s'explique si 
l'on remarque que Damas servit de base d'opérations dans les 
précédentes campagnes contre les Arabes, tandis que dans celle- 
ci les Assyriens partirent de l'Euphrate. 

Les Qédréens, d'ailleurs, étaient des Arabes : Ouaï'tè, lils 
d'Ila/.aiil, le plus souvent qualifié roi d'Aribi, est donné par un 
texte 3 comme roi de Qiidri. 

La campagne que nous venons d'étudier avait eu pour prologue 
des razzias d'une certaine importance: c'est laouta, lils d'IIazaël, 
roi de Qiidri, qui, après avoir fait acte d'hommage à Assurbanipal, 
et obtenu de lui le rapatriement de l'idole Atarsamaïn, jadis 
emportée par le roi Asarhaddon, secoue le joug, entraîne dans sa 
défection les Arabes, pille les pays de l'Ouest mât Akàarri, et 
voit se dresser contre lui les contingents assyriens de ces pays 4 ; 
c'est Ammuladi, roi de Qiidri, qui entre en lutte avec les rois de 
l'Ouest mât Ahharri, est défait et fait prisonnier \ Ces rois de 
d'Ouest étaient sous Sennachérib Puduili de Beth-Ammon, 
Kammusunadab de Moab, Malikrammu d'Edom 6 . Un texte même 
attribue à Kam[ma?]-as-khal-ta-a , roi de Moab, la capture 
d'Ammuladi 7 ; les Qédréens habitaient donc à l'est de ces régions. 

L'énumération des contrées où les révoltés furent battus par 
les contingents assyriens : 

Ina (G?)gira (makhâzu) Azarilu (ou Azaran) (makhâzu) Khirata- 
qaza, ina (makhâzu) Udumi, ina nirib (makhâzu) Iabrudu, ina 
(makhâzu) Bit Ammani, ina nagii cha (makhâzu) Khaurina, ina 
(makhâzu) Mu'aba, ina (makhâzu) Sa'arri, ina (makhâzu) Khargii, 
ina nagii cha (makhâzu) Tsubiti 8 , 

1 On s'explique dès lors l'importance de l'élément nabatéen dans la population de 
Palmyre signalée par Clermont-Ganneau, Recueil d'archéologie orientale, II, p. 215. 

1 Keilinschriftliche Bibliothck, II, p. 219: annales d'Assurbanipal, cylindre. VIII, 
56-65*. 

3 Cylindre B d'Assurbanipal, VII, 87. 

* ld., II, p. 215 : mêmes annales, cylindre B, VII, 87. 

5 /rf., II, p. 217 : mêmes annales, cylindre C, VIII, 15-29. 

6 Jd., II, p. ( J1 : inscription du prisme, II, H2-55. 

7 G. Smith, History of Assurbanipal, p. 288. 

• Keilinschriftliche Bibliothek, II, p. 217 : annales d'Assurbanipal, cylindre C, VII, 
108-114. 



CONTRIBUTIONS A LA GEOGRAPHIE DE LA PALESTINE 43 

confirme cette déduction ; on reconnaît sans peine dans Udumi x 
BU Ammani, Miitiba, Edom, Bet Ammon, Moab. D'autres noms 
s'identifient assez aisément : ainsi Nagii cha Tsoubiti avec les 
cantons de Zoba, nagii cha Khaurina avec les cantons de la 
Hauranitide ; mais certains ne se laissent pas reconnaître ; Sa'ar, 
Kargêj Iabrud, qui n'est certainement pas 'IàêpouBade Laodicène'. 
Les mots via girçt Azaran Khirataqaza ont soulevé des discus- 
sions non encore closes ; Khirataqaza a été rapproché par Win- 
ckler 2 de l'araméen-arabe Hirâ, qui a le même sens que Khazor, 
nom de la capitale des Qédréens d'après Jérémie (xlix, 28) ; l'on 
s^est encore demandé si Gira était un nom propre ou un nom 
commun, et, dans ce cas, quelle pouvait en être la signification, 
quelle relation existait entre Gira et l'arabe Khôr, oued ; l'on a 
songé au passage cje II Chr., xxvi, 7 3 ; « ftlohim l'aida contre les 
Philistins, contre les Arabes installés à Gour et les Méonites », et 

à la version des LXX : iid touç àXXocpuXouç xaï iià touç "ApaSa; touç 
xaTO'.xouvxaç iià ttç Trérpaç xal £7Ù touç Mivatouç. 

Malgré toutes ces obscurités, il apparaît que les Qédréens 
occupaient un territoire sur le flanc d'Edom, de Bnt Ammon et de 
Moab, et dès (ors on doit songer au long couloir de l'oued Sirhan 
que l'on suit en se rendant du Djebel Haouran au Djof. Les routes 
du désert sont moins nombreuses qu'on le suppose ; les chemins 
qui s'y réduisent, à vrai dire, à des directions de marche, ont été 
tracés, non d'après les formes du terrain, non d'après les herbages 
nécessaires aux chameaux, mais d'après l'existence de points 
d'eau, sources, puits, citernes. 

Au premier tiers de la route de Bosra au Djof, on atteint 
l'oasis de Kâf au pied d'un pain de sucre d'une centaine de mètres 
de relief, couronné par les vieilles fortifications du Qasr $a'îdi. 
Cette localité est reliée à Ma'ân et à Palmype par des lignes de 
points d'eau 4 . 

Kahf signifie la caverne ; on se rappelle la caverne des sept 
donnants que les Arabes rattachent à $r Rakim (la pierre) 5 . Kef 
a le sens de rocher comme Séla. 

Il est curieux, d'autre part, de lire dans le Voyage de l'AraUe 
Centrale, de Huber, la description des alentours de Kâf. 

Bien que marchant sur un terrain uni, nous sommes pourtant dans 

1 Ptol., Geogr., V, 15, 20. 

* Winckler, Altorientalische Forschungen, II, p. 248, note f. 

3 Winckler, Oeschichte hraels, I, p. 46, note 1. 

*■ Euting, Tagebuch einer Reise in Innerarabien, p. 91-92. 

5 Clermont -Ganneau, Recueil d'archéologie orientale, ILI, p. 293. 



RKVUK DES ETUDES JUIVES 

mie région montagneuse, mais d'une forme toute particulière. C'est un 
immense plateau pierreux du ^ol duquel sont sortis une quantité de sou- 
lèvements en forme d'ellipses, de cônes, de pitons entièrement isolés les 
uns des autres, sans aucune liaison et dont les sommets sont géne'rals- 
ment en tables. Au surplus aucune unité de direction ne règne entre eux ; 
ils courent du Nord au Sud comme de l'Est à l'Ouest et leur hauteur varie 
de ÎO a 100 mètres. 

Il est curieux de constater que tous ces soulèvements sont faits d'un 
calcaire blanc qui produit un très beau sable de môme couleur et sur le- 
quel on dirait qu'il soit tombé une pluie de gros moellons noirs tout cal- 
cinés. C'est du reste le môme terrain que celui que j'ai déjà rencontré une 
journée avant d'arriver à Kaf. Toutes ces collines caractéristiques surtout 
entre Etsrah, Kaf et le ouâdy SirhQn proprement dit, portent le nom géné- 
rique de El Qedeir ou Oueraïk 1 . 

Un rapprochement entre ce nom de El Qedeir et le peuple de 
Qédar, que nous sommes amenés par d'autres considérations à 
considérer comme depuis longtemps fixés dans la contrée, ne 
s'impose-t-il pas ? Ne serait-ce pas là le berceau de la tribu arabe? 
On ne peut pas, en tout cas, ne pas y voir l'un des centres princi- 
paux des Qédréens. 

On se gardera, d'ailleurs, de placer â Kâfle centre commercial 
innommé signalé par Pline dans ces parages : « Nabatœis Thi- 
maneos junxerunt Veteres : nunc sunt Taveni, Suelleni, Arraceni, 
Areni; oppidum in quoomnisnegotiatio convenit. Hemuatœ, Ana- 
litœ: oppida, Domatha, Egra. Thamudeni, oppidum Badanatha 2 ». 
Le Djof, point de réunion des caravanes parties du littoral du 
golfe Persique ou de l'intérieur de l'Arabie, semble mieux dé- 
signé, mais il faut alors renoncer à l'idée d'y chercher la Domatha 
de Pline. 

Les documents assyriens permettent, au surplus, d'établir net- 
tement que les Qédréens n'étaient pas des nouveaux venus dans 
la région qu'ils occupaient au temps d'Assurbanipal. 

En 738, Tiglat Piléser guerroya dans la Syrie moyenne; il reçut, 
entre autres tributs, ceux des rois de Tyr, de Ilamah, de Samarie 
et de Damas et celui de la reine Zabibi d'Aribi 3 ; il n'est fait men- 
tion ni de Beth Ammon, ni de Moab, ni d'Edom. La reine d'Aribi 
gravitait alors dans l'orbite du roi de Damas. Tiglat Piléser opéra 
en 734 dans les régions palestiniennes, en 733 et 732 à Damas 4 . 
Les Annales*, après avoir raconté la dévastation du pays de 

l Bulletin de la Société' de géographie, 1884, p. 312. 

* Plin., Hist. Nat., VI, 32, 14. 

5 Rost, Die Kexhchrifttexte Tiglat Pilesers III, p. 27 : annales.l. 150-154. 

* Keilin&chriftliche Bibliothek, I, p. 213. 

* Rost, p. 35-37. 



CONTRIBUTIONS A LA GÉOGRAPHIE DE LA PALESTINE 45 

Damas, mettent en scène Samsi, reine d'Aribi : son pays fut 
soumis, un gouverneur assyrien y fut installé. Une petite inscrip- 
tion 1 fait le récit de cette campagne après celui de l'installation 
dOsée sur le trône d'Israël, et passe sous silence les opérations 
contre Damas. Les Annales, donnant une relation plus circons- 
tanciée des événements, doivent être tenues pour exactes : il faut 
donc admettre que Tiglat Piléser gagna de Damas les steppes 
d'Arabie. 

Cette expédition eut, d'après l'une et l'autre inscriptions, pour 
suite la soumission des Biréens (ou Zab'éens ou Lich'éens), des 
villes de Maas'a et de Teima des Sabéens, des villes Khaiappa, 
Badana et Khattia des Idibaëlens, « à la limite des pays lointains 
de l'Ouest», et l'installation d'un gouverneur du Musri. Les 
rois de Bet-Ammon, de Moab, d'Edom, de Juda, d'Ascalon et de 
Gaza figurent cette fois sur la liste des hommages reçus par Tiglat 
Piléser. La direction générale de la marche de la conquête fut 
donc du Nord au Sud. 

Des trois lectures possibles, Bir'éens, Zab'éens, Lich'éens, la 
dernière mérite la préférence comme rappelant les Lechieni de 
Pline 2 , AaixTjvoc de Ptolémée, les Lihjân dont les inscriptions ont 
été retrouvées par Euting à El-Œla. 

Ptolémée place en Arabie déserte Aou k ae6a tJ Aoup.ai6a, en Arabie 
heureuse ©o»[/.a dans le voisinage de *Eypa. Ces deux dernières 
localités ont été retrouvées 3 à Teima et au Qel'a de El Heger 
(Medaïn Salekh) : leur rapprochement justifie le groupement de 
Ptolémée et démontre que dans le texte précité Pline fait une 
confusion entre Domatha et Teima. Cette correction faite, tout 
s'explique: l'oppidum, point de convergence des caravanes du 
désert, c'est Domatha, c'est le Djof, appelé par les géographes, 
historiens et poètes arabes Dùmat el-dschândal, c'est-à-dire 
« Dumah du rocher » 4 ; Teima et El Heger sont les centres des 
Hemuates et des Analites, ou mieux Aualites (près de El Heger la 
carte de Huber porte Helouet el Alia, El Ala). Enfin, Badana des 
Idibaëlens se confond avec le Badanata des Thamudeni de Pline. 
Dès lors les Lechieni auraient à l'époque de Tiglat Piléser occupé 
le Djof 5 . 

* Rost, p. 81. 

» Glaser, dans Skkze der Geschichte und Géographie Arabiens, II, p. 101 et suiv., 
consacre à ce peuple, dont il fait une branche des Tamudéens, une étude inté- 
ressante tendant à ramener leurs inscriptions aux premiers siècles de l'ère chrétienne. 

* Huber, Voyage dans l'Arabie centrale, dans le Bulletin de la Société de géogra- 
phie, 1884, p. 511 et 516. 

* Euting, Tagbuch einer Reise in Innerarabien, p. 124. 

8 Les Lihjân étaient des adorateurs de Wadd. Abulfeda (Historia anteislamica , 



,.; RKVUK DBS ETUDKS JUIVES 

Enfin. Saba et Khaiappa de l'inscription de* Annales corres- 
pondent à Scheba et à Epha d'Isaïe* i-x, r>. 

Apres la victoire de Raphia (7à0) et la capture du roi de Gazai 
Sargoo reçut les tributs du roi du Musri, de Samsi reine d'Aribi 
el d'Itamar le Sal)éen '. Une colonne de son armée dut pénétrer en 
Arabie en partant cette Ibis du sud de la Palestine, et infligea 
une défaite aux tribus Tamud, Ibàdidi, alarsimani, Khaiapaadu 
pays lointain des Arbai, inconnu des lettrés et n'ayant jamais payé 
tribut à un roi ». Une partie des vaincus lurent emmenés et 
installés en Samarie. 

Tamud est, sans contredit, le peuple des 9&{*u87|vot, que Ptolé- 
mée place au nord de l'Arabie Heureuse, les Thamudeni de Pline. 
Ibàdidi, qui se trouve rapproché de Tamud, comme plus liant les 
Idibaelens l'ont été des Thamudéens, pourrait fort bien corres- 
pondre aux 'Attoctouoi que Ptolémée nomme aussitôt après les 
Haa'joY,vo{, et Marsimani aux Mat9ai(iavcîc voisins des SB^wS^vof. 
Khaiapa figure dans les inscriptions de Tiglat Piléser rappelées 
plus haut. 

Sennachérib (704-681) s'empara d'Adumu, forteresse d'Aribi, 
imposa un tribut au pays et emmena à Ninive ses dieux 2 . Cet 
événement a pu se produire au cours de la troisième campagne, 
après la réception des tributs de Bet Ammon, de Moab et d'Edom 
et la bataille d'Altaqu, ou vers 682 3 , si l'on veut renvoyer à la fin 
du règne la catastrophe signalée par Hérodote (II, 141) et par II 
Rois, xix, 35-36. En tout cas, la colonne assyrienne dirigée contre 
les Arabes partit de la Palestine. 

Où chercher Adumu ? La remarque précédente fait écarter l'i- 
dentification d'Adumu, soit avec Edom 4 ou Petra 5 , soit avec une 
localité voisine de Iabroud de Damascène 6 . On se rallierait plutôt 
à l'opinion de Winckler 7 , qui place la forteresse arabe dans le Djof. 

La campagne d'Asarhaddon en Arabie se déroula sur un théâtre 
situé plus à l'Est ; les relations du pays d'Aribi avec le monarque 

p. 181) nous apprend que les Kelbites, adorateurs de Wadd, habitaient Dumath el 
Djaudal. Ainsi ils auraient succédé aux Lihjân. De même, le Nahr el Kelb de la côte 
phénicienne s'était jadis appelé Lycus. Cette double transformation de nom ne saurait 
être le l'ait du hasard. 

1 Winckler, Die Keilschriftteccte Sargons, p. 21, annales, 1. 94-97, et p. 101, fastes, 
1. 27. 

* Keilinschriftliche Bibliothek, II, p. 1 3 i : prisme A d'Assarhaddon, II, 35-111, I. 

* Winckler, Geschichte Babyloniens und Assyriens, p. 254. 

4 Norris, Assyrian Dictionary, p. 19; Tiele, Babyloitische-assyrische Geschichte, 
p. 348. 

1 Hornmel, Geschichte Babyloniens und Assyriens, p. 708. 

6 Ilalévy, Essai sur les inscriptions du Sa/a, p. 121. 

1 Wiuckler Geschichte Babyloniens und Assyriens, p. 267. 



CONTRIBUTIONS A LA GÉOGRAPHIE DE LA PALESTINE 47 

assyrien paraissent s'être bornées à une démarche d'Hazaël, roi 
d'Aribi, auprès d'Asarhaddon pour lui verser son tribut et implo- 
rer sa grâce; moyennant un supplément de contributions, le roi 
put ramener ses dieux dans son pays, et il obtint la main de 
Tabua. Hazaël mort, son fils Ouaitê fit à son tour acte d'hommage 
et consentit un plus fort tribut * ; les Assyriens l'aidèrent, par 
contre, à se débarrasser d'un compétiteur fort entreprenant et 
gênant, Ouahab 2 . Si l'on tient compte de la remarque précédem- 
ment faite sur l'équivalence des titres roi de Qiidri et roi d'Aribi, 
on doit, après cet exposé, reconnaître que les Qédréens occupaient 
sous Assurbanipal les mêmes steppes qu'au temps de Tiglat 
Piléser. 

G. Marmier. 

(A suivre.) 



1 Keilinschriftliche Bibliothek, II, p. 131 : prisme A (TAssarhaddon, III, 2-24. 
D'après la tablette K, 8544 (Winckler, Altorientalische Forschungen, t. I, p. 532), 
Tabua aurait été une princesse ou une reine d'Aribi, emmenée en captivité avec les 
dieux du pays. 

a Winckler, Altorientalische Forschungen, t. I, p. 527. 



DOCUMENTS RELATIFS AUX JUIFS D'ARLES 



(suite 



III. 



1423, 19 août. — Payement fait par Samulet de Barri à Abraam Du- 
rant Avigdor tt Scereta,sa sœur, bailleurs emphytéotiques, du droit 
de lods et tente pour l'achat d'une maison sise dans la juirerie 
d'Arles. 

Étude de M e Martin-Raget, Reg. B. Pangonis, 1423, fol. 96 v° et 97.) 

I.audemium hospicii pro Samuleto de Barrio Judeo et recognitio 
feudi pro Abraam Duranti Avigdor et Scereta, ejus sorore, filiis et 
heredibus magistri Duranti Avigdor, condam Judei phizici de Are- 
late. 

Anno quo supra I4:M et die XIX mensis Augusli. Noverint uni- 
versi ele , quod cum Samuletus de Barrio, Judeus de Arelate, hiis 
annis non longe effluxis, emerit a Regina, relicta Astrugii Bondie 
Davini de Bellicadro, Judei coudam de Arelate, quoddam bospitium 
situm Arelate in magna carreria juzatarie, in parroohia Sancti Mar- 
tini et in carreria vulgariter nuneupata del Valat*, confrontans ab 
una parte cum balûeis Judeorum et ab alia parte cum bospitio no- 
bilis Hooorati de Monte... et carreria publica et cum aiiis suis con- 
frontationibus, etc., precio CLX ilorenorum auri, constante de ipsa 
emptione predicti hospitii nota, ut asseritur, sumpta per discretum 
virum magistrum Antbonium Olivarii, notarii publici de Arelate, sub 
anno Domini millesimo CCCG decirno septimo et die XVI mensis 
decembris ; quod quidem bospitium dicta Regina sibi vendidit cum 

1 Voir Revue, XLVII, p. 221. 

1 Probablement la rue du fossé (de valialo) aujourd'hui rue de la République, éta- 
blie sur l'emplacement d'un ancien canal romain, qui avait été comblé. Voy. E. Fas- 
sin, Le Vieil Arles, la porte Saint-Etienne, dius le Musée, Revue arlésicnne, 1 873 - 
1874, p. 51. 



DOCUMENTS RELATIFS AUX JUIFS D'ARLES 49 

ccdsu annuo quatuor denariorum corooatorum dempta picta l auno 
quolibet solvendorum in festo Natalis Domini nobilibus Alziasso 
Porcelleti et heredibus sive liberis nobilis Johannis Porcelleti con- 
daiu, verum cum fuerit repertum ipsum hospitium teneri sub majori 
domiuio et senhoria, pro quar a parte et pro indiviso, ad censum 
et serviiium predictum heredum magistri Abraam Boneti Avigdor 
coudam, Judei, per ipsum magistrum Abram, dum erat in huma- 
nis, emptum a baylouis communitalis Judeorum Arelatensis, cons- 
tante de eniptione dicti census per dictum condam magistrum Abram 
Boneti facta instrumenlo publico in notam sumpto per magistrum 
Guillelmi Agreni 2 condam notarii publicum (sic) de Arelate sub 
anno Domini M CGC LXXX V, die quartà mensis madii ; et prop- 
terea quia idem Samuletus a die sibi facte venditionis citra dictum 
hospitium possèdent et in eo habitaverit ac de eo possessionem cor- 
porulem acceperit, nulla facta requisitione per prius, ut tenebatur, 
heredibus dicti condam magistri Abram Boneti Avigdor seu illis 
quibus pertinebatde sibi laudando et trezenando, ob quod pretende- 
batur per Abram Duranti Avigdor et Sceretam ejus sororem, uxorem 
magistri Vitalis Asirugii de Carcassouna, Judei phizici, filios et he- 
redes magistri Duranti Avigdor condam, Judei phizici de Arelate, filii 
Dei gratia magistri Abram Boneti, fuisse et esse comissum et pre- 
textu comisse ad eos debere pervenire. 

Hinc tandem fuit et est quod constitutus dictus Samuletus de 
Barrio, Judeus, in presentia dictorum Abram et Scerele fratrum, au- 
dito et diligenter, ut dixit, percepto tenore instrumenti emptiunis 
census predicli supra designato, per quod apparet evidenter dictum 
magistrum Abram, dum vivebat, émisse a baylonis communitalis 
Judeorum de Arelate dictum censum in et super dicto hospitio seu 
quarta> parte et pro indiviso, et predictum hospitium teneri sub ejus- 
dsm magistri Abram Boneti Avigdor et suorum heredum et succes- 
sorum majori dominio et senhoria, requisivit ideo instrumentum 
dictus Samuletus de Barrio predictos Abram et Sceretam fratrem et 
sororem ibidem présentes quatinus, intuitu pietatis et atlento quod 
fraus nec dolus, si qui sint, non provenerunt ex eo, sed a dicta Re- 
gina que sibi vendidit, ut omne jus comissi eis spectans in et super 
eodem hospitio sibi remittere vellint et eamdem venditionem de 
dicto hospitio sibi factam quantum eos tangit laudare diguentur, ofïe- 
rens se paratum eis realiter trezenum solvere et recognoscere, ut 
quilibet emptor emphiteota facere tenetur et débet. El dicti Abram et 
Scereta frater et soror, filii et heredes predicli condam magistri Du- 
ranti, dicta vero Scereta cum licentia dicti magistri Vitalis marili sui 
ibidem presentis etc., ambo simul et quilibet ipsorum gratis, sponte, 
eorum bona fide et sine dolo pro se et suis etc., audita requisitione 
predicta, certi et ad plénum certifficati, ut dixerunt, de venditione 

1 La picta, pite ou pougeoise est une très petite monnaie valant 1/2 obole ou 1/4 de 
denier. Le cens est donc de 4 deniers coronats moins 1 pite, soit 3 deniers 3/4. 

* Guillaume Ag-rène, notaire à Arles, 1371-1402 (ej. Le AJitsée, lievue artésienne, 
4« série, 1878, p. 70). 

T. XLVJ1I, N° 95. 4 



;,i) UKVl l. DES ETUDES JUIVES 

predicti nospitii facta eidem Samuletô, eamdem venditionem, quan- 
t m m eos taogit et concernit eorum iniijus dominium, dicto Sumuleto 
presenti, stipulant! et BOllempniter recipienti pro se et suis etc. lau- 
daverunt , approbaverunt et confirmaverunt dicto Samuletô pre- 
seuti, etc., conti tentes .^e a dicto Samuletô habuisse et realiter 
récépissé trezenum Beu partem ejusdem trezeui ipsos tangentem de 
qua se contentos etc., pactum etc., concedendo eidem Samuletô quod 
a modo posait corporalem possessionem predicti hospitii apprehen- 
dere et retinere appreheusam inducendo ipsum per tactum manum, 
ut est moris. 

Et ulterius dicti Àbram et Scereta ambo simui et quilibet ipsorum 
iu so'idum gratis, sponte, eorum bona fide et sine dolo pro se et suis, 
etc., de beuignitate et gratia speciali, et ad preces sive requisitionem 
dicti Samuleti et nonnullorum amicorum suorum, et attenta ignos- 
centia et simplicitate ejusdem Samuleti iu premissis non vicio facto, 
cesserunt, remiserunt et penitus desamparaverunt eidem Samuletô 
presenti etc., omnia omnino jura omnesque rationes et actiones 
quascumque quas et que babeut et visi sunt habere in eodem bospitio 
pretextu dicti comissi, salvo eis semper et suis censu et majori do- 
minio predictis de quibus omnibus realiter se prorsus divestiverunt 
et dictum Samuletum investiverunt per tactum manum, ut est moris, 
ipsumque dominum (?) verum feceruut etc. Ita etc. Et nichilominus 
pro tutiori cauthela et securitate dicti Samuleti eidem promberunt 
ambo simul dicti Abram et Scereta, et quilibet in solidum, pro se et 
suis, quod si iu futurum ipsi Samuletô vel suis lis. questio, pelitio 
vel demanda in et super censu et majori domiuio et senhoria predic- 
tis ac super eodem bospitio pretextu comissi fieret, moveretur aut 
suscitaretur per beredes Régine Bonete condam, eorum avie paterne, 
onus defTectionis dicte litis slve questionis in se assumere et prosse- 
qui utiliter et directe eorum propriis sumplibus et expensis usque 
in finem litis et ipsum Samuletum et suos totaliter lacère quittum et 
inmunem et penitus servare indempnem. 

Pro quibus omnibus attendendis et pro omnibus expensis dampnis 
et interesse per ipsum Samuletum vel suos faciendis premissorum 
pretextu etc, obligaverunt dicti Abram et Scereta, cum licentia ma- 
ritali qua supra, pro se et suis, omnia bona sua presentia et futura 
sub vicibus curiarum spiritualis et temporalis Arelatis, Gamere ratio- 
num Aquensis et omnium aliarum curiarum spirilualium et tempo- 
ralium comitatus Provincie et Forcalquerii constitutarum. Reuuntia- 
verunt cum debitis renuncinationibus etc. Juraverunt etc. De quibus 
dictus Samuletus petiit instrumentum etc. 

Et ibidem idem Samuletus de Barrio, gratis, sua bona fide et sine 
dolo pro se et suis, etc. confessus fuit et recognovit dictis Abram et 
Scerete presenti bus, stipulautibus et recipientibus pro se et suis, 
etc. se ab iude inantea et per inperpetuum babere, tenere et possi- 
dere sub majori dominio et senhoria eorumdem et suorum in pos- 
leium hère lum el suejessorum q îorumcumque , viielicet dictum 



DOCUMENTS RELATIFS AUX JUIFS D'ARLES 51 

hospitium supra confrontatum ad censum et servitium quatuor 
deDarorium coronatorum dempta picta et pro quarta parte et pro 
indiviso annis singulis solvendorum in festo Natalis Doraini; quod- 
quidem hospitium promisit idem Samuletus pro se et suis manute- 
nere, melliorare, etc., sub obligatione feudi, etc. Et ita sua boua fide 
promisit, etc. 

De quibus, etc. 

Actum Arelate in hospitio dictorum Abram et Scerete, testibus 
presentibus Petro Fulconis, corraterio, Johanneto Egidii, repayrerio 
de Arelate, et me dicto notario, etc. *. 

IV. • 

142î, 1 er septembre. — Nomination d'un maître pour Vécole publique 

de Talmud. 

(Étude de M e Martin-Raget. Reg. Pangonis, 1423, fol. 102v°.) 

Electio et creatio magistri scolarum pro communitate Judeorum de 
Arelate. 

Anno quo supra [1423] et die prima mensis septembris. Noverint 
universi, etc., quod cum commuuitas Judeorum de Arelate, pro 
instructione pauperum Judeorum dicte communitatis, ad honorem 
et reverenciam Dei et iutuitu caritatis, pietatis et misericordie, ordi- 
navit, conclusit et disposuit perpetuo tenere et manutenere stabiles 
atque flrmas perpetuo tenere (sic) scolas pro eruditione pauperum 
Judeorum civitatis predicte, pro quibusquidem scolis regendis et 
gubernandis et tenendis duo habentur magistri pueros pauperos 
Judeos exercentes et eisdem magistris annuatim et inperpetuum de 
bonis et facullatibus universitalis prelibate quinquaginta floreni 
auri. . . in anno causa stipendiorum suorum sive mercedis traderentur 
et solverentur, ita ut quod major magister haberet majora et minor 
magister minora stipendia, cuiquidem helimosyne pro manutentione 
ejusdem magister Helyas de Arelate, Judeus phisicus Valentinenis, 
pro ejus dotatioue de bonis suis ordinaverit, duxerit et concesserit 
mille ftorenos et hoc sub certis capituiis, reteutionibus, ordinatio- 
nibus et couditiouibus contentis et declaratis in quodam inslrumento 
sumplo, subscripto et sigoato, ut iu eo legitur. manu et siguo magis- 
tri Anthonii Olivarii, notarii publici de Arelate sub anno Domini mil- 
lesimo CCCC septimo et die xxiij mensis decembris; et inler cetera 
in eo contenta capitula, ipse magister Helyas ordinaverit singulis 
annis eligi et ordinari duos magistros, unum pro docendo librum 
vocatum lo Talmut et alium quinque libris (sic) Moysi, et hoc prima 
die mensis febroarii vocati ebrayce Asdar, et demum ulterius ordi- 
naverit et elegerit ad eligendum, creandum, loaandum et nominan- 
dum eosdem magistros singulis annis per inperpetuum, scilicet 

1 Voy. pour celte pièce Bévue, XLV1I, p. 233-234. 



REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

relezeoos buos, filios nliorura Biiorum, magistrum Bonsenhor Asday 
el pjus liberos, magistrum Crescam Salamias, phizicum, item Regi- 
nain Booete et (jus liberos, Judeos de Arelate, hinc ïamiem fuit et 
esl quod iu presentia mei notai ii public! et testium infrascriptorura, 
magister Abram de Carcassona, Judeus, ph'zicus, ut maritus et con- 
juncta persona Blauquete uxoris sue, filie dicli quondam magistri 
Bousenhor, Musse Bouseulior Asday, Qlius etiam dieti quoudam ma- 
gistri Bonsenhor et magister Yitalis Astrugii de Carcassona, Judeus, 
phizicus, ut maritus Scerete, uxoris sue, filie magistri Duranti 
Avigdor quondam Judei, phi z ici, de Arelate, et Abram Duranti 
Avigdor etiam filius dieti quoudam magistri Duranti, iïlii dicte quon- 
dam Régine, omnes simul et quilibet ipsorum gratis, sponte, eorum 
boua fide et sine dolo, juxta potestatem eis in dicto attributam ins- 
trumento et juxta modum et formam iu dicto instrumento contentos, 
et proevidenti ulilitate pauperum puerorum Judeorum et pro eorum 
institutione, elegerunt et ereaverunt iu magistrum pro docendo 
dictum librum vocatum lo Talmut pauperibus pueris Judeis , ut 
supra dictum est, videlicet Issacum Astrugii Dellunis(?j. Judeum de 
Arelate, ad hoc, ut dixerunt, expertum et sufficientem, vidilicet bine 
ad mensem febroarii proxime futurum et ab inde in unum aunum 
continuum et completum in antea eomputaudum et sequendum. 

De quibus coucesserunt iustrumentum, etc. 

Actum Arelate in hospitio mei notarii, teslibus presentibus Ros- 
tagno Stephani alias Régla, Guillelmo Moreyroni, Trasserii de Are- 
late, et me dicto notario, etc. 1 . 



V. 



1423, 8 novembre. — Acte d'association entre Antoine de B , 

marchand, et Samuel Bon Senkor, doucher. 

(Élude de M e Martiu-Raget. Reg. B. Pangonis, 1423, fol. 143 v°.) 

Conventiones et pacla habita inter Authonium de Brandrato (?) 
mercatorem ex una parte et Samuletum Bon Seuhor de Fossis, 
Judeum, macellarium ex parte altéra. 

Auno quo supra [1423] et die oclava mensis novembris. Noverint 
universi, etc., quod discrelus Anthonius de Brandrato (?), mercator 
civis et habilator de Arelate, et Samuletus Bon Senlior de Fossis, 
Judeus, macellarius de Arelate, ambo simul gratis et sponte, eorum 
bona fide et sine dolo, pacta infrascripta et conventiones habuerunt 
et fecerunt in modum qui sequitur infra scriptum. 

Et primo fuit inter dictos Anthonium ex una parte et Samuletum 
Judeum ex parte alia et est in pactum deductum, etc., quod dictus 
S.imuletus teneatur et debeat hinc ad annum unum continuum et 
complendum ab hodie eomputaudum macellare ei macellum facere 

1 Voyez pour '.-et acte Revue, XL Vil, p. 232-233. 



DOCUMENTS RELATIFS AUX JUIFS D'ARLES 83 

et tenere in carreria jusatarie Arelatensis beslias quascumque prout 
sint mutones, oves, agni, eduli, câpre, yrci et bestie bovine et ibidem 
suis propriis sumptibus et expensis locare domum in qua faciat 
appothecam ac eciam tabulam. 

Item fuit actum et conventum inter easdem partes et in pactum 
deductum, etc., qaod dictus Antbonius teneatur et debeat, in singulis 
diebus et horis quibus dictus Judeus voluerit emere bestias quascum- 
que pro ibidem macellando, tradere illico pecunias sibi necessarias 
pro solvehdo pretium illarum il li seu illum a quibus pro tune emerit. 

Item fuit actum et conventum inter predictas partes et in pactum 
deductum, etc , quod in qualibet septimana dictus Judeus teneatur 
et debeat ipsi Anthonio reddere compotum de hiis que macellaverit 
et vendiderit et tradere illico ipso Anthonio omnes pecunias quas 
receperit de animalibus protunc venditis, saltem quantitatem pecu- 
niarum quam dictus Anthonius ipsi Judeo pro tune tradiderit, si tôt 
vendiderit; et si in septimana illa idem Judeus tôt non vendiderit 
sive receperit, quod in subsequenti septimana dictus Judeus de 
pecuniis recipiendis protunc macellando eidem Anthonio tradere et 
supplere debeat usque ad quantitatem protunc sibi debitam et per 
eumdem Judeum ab ipso Anthonio protunc habitam. 

Item fuit actum et conventum inter dictas partes et in pactum 
deductum, etc., quod dictus Samuletus teneatur et debeat artem 
ipsam macellandi continuatim et continue facere et tenere anno pre- 
dicto perdurante et aliam artem non exercere. 

Item fuit actum et conventum inter dictas partes et in pactum 
deductum, etc., quod de omnibus animalibus, mutonnis, ovinis, 
agninis, edulinis omnes pelles sint penitus dicti Anthonii et illas 
idem Judeus singulis diebus dum maeellabuntur per eum seu ejus 
nomine eidem Anthonio seu alicui ejus noraine intervenienti dare et 
tradere debeat sine custu, et de omnibus capris, yrcis per dictum 
Judeum macellaudis seu alium vel alios ejus nomine in una aut 
pluribus tabuliis dictus Anthouius habeat médium pellium et dictus 
Judeus alium médium. 

Item fuit actum et conventum inter jamdictas partes et in pactum 
deductum, etc., quod si contingeret dictum Judeum macellare boves, 
vaccas, avogles sive vitulos et coreum quodlibet cujuslibet bovis 
venderetur precio duorum francorum, quod de illis duobus franchis, 
idem Anthonius habere debeat xvj. grossos et dictus Judeus xnij. 
grossos, et similiter de aliis coreis si plus aut minus venderentur. 

Item fuit ut supra actum et conventum inter predictas partes et in 
pactum deductum, etc., quod si idem Judeus emeret vel venire 
faceret de extra presentem civitatem Arelatis et ejus territorio bes- 
tias quascumque pro macellando, quod donec fuerint macellate 
dictus Anthonius suis propriis expensis habere debeat herbagia 
necessaria pro depastendo et unum hominem qui illas custodiat et 
eidem homini solvere loquerium de suo ipso. 

Que quidem pacta dictus Anthonius gratis, sua bona ride et sine 



S REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

• pro Be el suis, etc, Bltendere, complere, quantum ipsum lan- 
gunt, etc. Si difficere, etc., obligat omoia bons sua preseutia et 
future sub vicibus curiarum sfurittialis et temporalis Arelatis, 
Camere rationum Aquensis et omnium aliarum curiarum in Pro- 
viucia constitularum. Heuuutiavit, etc. Juravit. etc. Ktiam dictus 
Samilonus gratis, sua bona (ide et siue dolo ])ro se et suis, etc., pro- 
misit eidem Authouio preseuti, etc., pacta predicta ipsum Judeum 
coneerneutia et tangentia atteudere, complere et observare, etc. Si 
defficeret, etc., obligavit dictus Judeus se et omuia boua sua pré- 
senta et futura realiter et persoualiter sub vicibus curiarum supra- 
dictarum et polissime parvi sigelli Moutispessulaui. . ., etc. Hos- 
liaga tenere, etc. Renuntiavit, etc. Juravit, etc. De quibus, etc. 

Actum Arelate iu hospitio mei notarii, testibus preseutibus magis- 
tro Bernardo de Castellari Roderio Mosterio Rastabona, Brusserio de 
Arelate, et me dicto notario, etc. *. 



VI. 

1428. 16 décembre. — Ordonnance des bayions, auditeurs des comptes et 
conseillers de la communauté juive a' Arles pour le règlement des dettes 
de la communauté. 

(Etude de M Martin Raget. Reg. B. Paogonis 1428, fol. 140-141.) 

Ordinationes facte per baylonos, auditores compotorum et consi- 
liarios commuuitatis Judeorum de Arelate. 

Anno quo supra [1428] et die xvj. mensis decembris. Noverint uni- 
versi, etc., quod coogregati iu presentia nobilis viri Alziassii de 
Littera, locum teueutis uobilis viri Andrée de Paire (?), viguerii 
regii arelalensis in regia curia arelatensi in focanea terrenha, vide- 
licet Gresques Orgerii, Meyr Vitalis et Ysacus Pacati, Judei et bay- 
loni, magister Beudich de Borriano, phizicus, Ysacus Nathani, Vi- 
talis Gatbi et Massipetus de Pertusio, Vitalis Astrugii, Aron de 
Nemauso, Durautonus Dieulosal de Bellicadro, Astnigius Samiellis 
de Largentiera, cousiliarii, et Bondionus de Sancto Paulo, Bouastru- 
gius Jacob et Samiletus Mosse, Judei, auditores compotorum commu- 
nitatis Judeorum de Arelate, omnes insimul dicti combayloni, consi- 
liarii et auditores compotorum, gratis et sponte, pro utilitate dicte 
eorum commuuitatis, ut dixerunt, et pro oneribus ejusdem, in quibus 
est oppressa et obligata, et debitis suis exsolvendis, nemine ipsorum 
discrepante et coutradiceute, sequentes fecerunt ordinationes in mo- 
dum qui sequitur insfrascriptum. 

Et primo quod, cum commuuitas Judeorum prelibata sit pluribus 
et diversis creditonbus obligata et de die in diem a suis creditoribus 
vel eorum saniori [>arte vexetur et molestetur, ob quod multas pati- 
tur expensas atque dampna in cjus grande dampnum et prejudicium 

1 Voyez pour cet acte Revue, XL VII, p. 234. 



DOCUMENTS RELATIFS AUX JUIFS D'ARLES 55 

non modicum, volentes et cupientes ipsi combayloni, coasiliarii et 
auditores compotorum indempnitati dicte communitatis providere, 
ordinaverunt quod pro utilitate ejusdem communitatis fiât, exiguatur 
et ordinetur quedam lallia octo florinorum pro ... l quam exnunc 
ordinaverunt et juxta taxam bonorum noviter et ibidem factam; et 
quod bayloni, ut citius potuerunt, cum periculum sit in mora, 
illam vendant et vendere debeant vel eam in solutum dare et consi- 
gnai creditoribus dicte communitatis aut alteri eorumdem, prout 
eis videbitur, et quod tallia ipsa exbiguatur et levetur infra terminos 
ordinandos per eosdem baylonos. 

Item ordinaverunt dicti combayloni, auditores compotorum etcon- 
siliarii quod, cum tempore transacto quilibet Judeus dicte commu- 
nitatis fuerit taxatus et averatus de hiis que possidebat, et causante 
carestia que viguit et deffectu fructuum et lucrorum et etiam cau- 
santibus talliis, capagiis et oneribus communitatis, pro negociis 
ejusdem communitatis, diminuerant de eorum bonis, rébus et juri- 
bus, ob quod nonnulli se conquerunt et dicunt fore valde onerati, 
ordinaverunt quod per totum mensem aprilis proxime futurum, una 
die eligendo per dictos combaylonos, auditores compotorum et consi- 
liarios vel saniorem partem eorumdem, quilibet Judeus dicte com- 
munitatis convocetur in scola Judeorum ad audiendum excommuni- 
cationem profferri de faciendo de novo bonum et légale manifestum 
de hiis que habent, tenent et possident juxta ordinationes contenta 
(sic) in libro dels mispatim et sex vel septem annis citra vel circa 
ordinatas, ad hoc ut quilibet de hiis que possidet solvere et contri- 
buere valeat in oneribus et talliis dicte communitatis, nisi intérim 
aliquales ordinationes régie intervenirent vigore litigii quod pros- 
sequitur coram régis cousilio inter dictam communitatem et commu- 
niâtes Judeorum Provincie. 

Item, cum juxta articulos contentos en los mispatims quilibet con- 
sueverit solvere in oneribus, capagiis et talliis dicte communitatis 
de bonis suis immobilibus, mercantiis, jocalibus et... is argenti ac 
sine debitis et non de aliis suis bonis mobilibus que possidet, fuit or- 
dinatum per eosdem baylonos, auditores compotorum et consiliarios 
quod, cum de die in diem onera et débita ejusdem communitatis 
crescant et augmententur, quod quilibet Judeus in excommunica- 
tione quam audiet revelare teneatur et debeat omnia bona sua mo- 
bilia, res et utensilia domus, prout sicut libri, mappe, longerie, linea- 
menta,flassiate, traylissie(?), chaloni et cetera alia de quibus non fuit 
consuetum solvere et ea in scriptis dare et de illis solvere et rontri- 
buere in oneribus et talliis dicte communitatis prout ordinabitur per 
dictos baylonos, auditores compotorum et consiliarios vel deppu- 
tandos ab eis aut eorum majorem partem. 

1 II serait intéressant de connaître soit le montant de cette taille, soit le taux suivant 
lequel elle a été 6xée. Une difficulté de lecture empêche de répondre à cette question. 
Il semble qu'on doive lire ici un mot comme centenali. Ce mot indique-t-il une pro- 
portion à la façon dont nous disons : 8 pour cent? 



REVUE DKS ÉTUDES JUIVES 

Item ordinaverunt memorati combayloni, auditores compotorum et 
cousiliarii quod quilibet contribuet in oneiïbus ejusdem communi- 
tatis et solvet de lucro quocumque per eum fiendo et hoc de illo lucro 
ordinando per dictos baylooos, consiliarios et auditores compotorum 
vel majorem partem eorumdem vel depputandos ab eis, prout eis 
videbitur ordinandum fore. 

Item ordinaverunt ad hec, ut premissa eorum sortiantur effectuai, 
quod quilibet ipsorum combaylouorum, cousiliariorum et audilo- 
rum compotorum predictas ordinationes inconlioenti ratiliicabit et 
confirmabit, et pariter ceteri de carriera illas coufirmabunt, cum pro- 
missione de non contra veniendo et hoc sub pena quiuquageota tlo- 
renorum domino nostro régi applicauda et ad hoc reuuntiantes et 
contradicentes possunt cogi et compelli per dictos baylonos seu dep- 
putandos ab eis in judicio et extra. 

Quibusquidem ordinatiouibus, sicut premittitur, factis et per me 
notarium infrascriptis in romantio, in presentia dicti domini locum- 
tenenlis domini vicarii recitatis et lectis, pretactus magistér Bendich 
de Borriano prémisse tallie ordinate consentit, aliis vero ordinatio- 
uibus non consentiit petens tempora eorum cum termino ad venien- 
dum consultus ad lune proximas. 

Dictus vero Aron de Nemauso premissis omnibus ordinationibus 
consentiit, dum tamen nullo modo possunt prejudicare liti pendente 
in magna regia curia in facto mispatim de quo solempniter protes- 
tatur, et in quantum prejudicaretur eidem liti et cause, eis non con- 
sentiit. 

Et dictus dominus locum tenens nomme regio fuit protestatus 
contra dictos magistrum Bendich de Borriano et Aron de Nemauso 
de omnibus dampnis intéresse et expensis que dominus noster rex 
substinere et habere posset occasione impedimentorum per eos supra 
factos contra ordinationes predictos. 

Ceteri vero combayloni, auditores compotorum et cousiliarii omnes 
insimul et quilibet ipsorum gratis, sponte, eorum bona fide et sine 
dolo, predictas ordinationes et quamlibet ipsarum ratas, gratas et 
francas habuerunt easque approbaverunt, emologaverunt, ratiffica- 
verunt et valide confirmaverunt et contra eas nullo modo venire pro- 
miserunt. Pro quibus attendendis, obligaverunt omnia eorum bona 
presentia et futura, sub vicibus curiarum spiritualis et temporalis 
Arelatis, camere rationum aquensis et omnium aliarum curiarum in 
comitatibus Provincie et Forcalquieri constitutarum. Renuutiave- 
runt etc. Juraverunt, etc. 
De quibus dicti bayloni petierunt instrumentum, etc. 
Actum Arelate in dicta regia curia, dicto domino locumtenente pré- 
sente in focauea terrenha, testibus Alziassio de Granis alias Boys- 
sier, Rostagno Celestis, pistauribus de Arelate, et me Bernardo 
Pangonis notario, etc. 

Subsequenti vero die lune que fuit vicesimo dicti mensis decem- 
bris, hora vesperarum, dictus megister Bendich de Borriano michi 



DOCUMENTS RELATIFS AUX JUIFS D'ARLFS 57 

notario publico supra et infrascripto porlavit et tradidit quamdara 
papiri cedulam scriptam cujus ténor inferius est insertus, respon- 
dendo premissis ordinationibus et ut in eadem cedula continetur : 

Hieu Bendich de Borrian, phizissian d'Arle, de totz los capitols fachs 
e adhordenatz per los senhors bayions e conselhiers del comun de la 
universitat dels Juzieus d 1 Arle consente a totz aquels, exeptat a 
aquel que es fach descoutar lez erem ' segons los mispatims fachs de 
vij ans a passât o t?) en cort salvat mays o mens car a aquel jeu nou 
entende a consentir tro tant que sie adordenat ne a quel peraquels a 
qui se parten de conoysse : car sus aquel peut plach e non est per 
conoycensa termenat mays proteste sollempnamens contra tots 
aquels que vendran contra la causa, que poyrie prejudicar al nostre 
subeyran senhor que Dieus per la sieua gracia mantegna edone bona 
vida e longa, ne a la comunitat de la universitat subredicha, non 
consentent a las penas per los dichs senhors empausadas contra totz 
aquels que vendrien contra las ordonansas per els fâchas per las ra- 
zons subredichas : et d'àysso demande instrument a mi far a l'uie 
a temps quant lo requerray \ 



VIL 

4431. 7 avril. — Constitution de dot de Reine, fille de feu Salomon 
Vivas, Juif de Courthézon 3 . 

(Etude de M° Martin-Raget. Reg. Pangonis, 4 431, fol. 5 v°.) 

Orpheline, Reine, apporte en dota Abram, fils de Samuel de Barri, 50 florins d'or 
de 16s., dont 27 florins 1/2 en bijoux et trousseau, à l'estimation d'amis communs, 
12 florins 1/2 à elle donnés par sou futur beau-père et 10 florins reconnus en augment 
par son fiancé. Samuel donne quittance de cette somme et s'engage en cas de res- 
titution de dot à faire avoir à Reine ou à ses héritiers les 27 florins 1/2 du trous- 
seau et les 12 florins 1/2 dont il l'avantage. 



Constitutio dotis Régine fi lie Salamonis Vivas Judei condam de 
Cortesono. 

Anno quo supra [1431] et die septima mensis aprilis. Noverint 
uuiversi quod, cum tractatum sit de matrimonio more judayco 
coiitrahendo per et inter Abram filium Samuleti de Barrio, Judei de 
Arelate, ex una parte, et Regiuam, filiam Salamonis Vivas, Judei 
quondam de Cortesono, ex parte altéra, hinc fuit, etc. Et primo dicta 
Regina gratis et spoute, sua bona fide, promisit dictum Abram 
ducere in maritum legitimum, ut est moris inter Judeos, ad primam 
etc. Et ut facilius, etc., dicta Regina gratis, spoute, sua bona fide et 
sine dolo, per se et suos eidem Abram, marito suo, predictoque 

1 lièrent, excommunication juive. 

* Voy. pour cet acte Revue, XLVII, p. 230. 

3 Courthézon, canton Bédarrides, arr. Avignon (Vaucluse). 



REVUE DES ÉTUDES JUIVES 
Samuleto de Barri o, patri buo, presentibus etc. dédit, conatituit in 

dotem, pro dote. Domine et ei causa dotis sue, videlicet quinquaginta 
Qorenoa bonoa valoria quemlibel xvj aolidorum, naonete hodie in 
Arelate publiée currabilia, inclusia videlicet vi gin tl aeptem ûorenis 
cum dimidio iu vestibus et jocalibus suis appreciatis per amicos 
communes, dundecim florenis cum dimidio per dietum Samuletum 
de Barrio, patrem dicti Abram, sibi donalis juxta legem Moysi et 
decem tlorenis etiam per eumdem Samuletum de Barrio ipse Régine 
iu augmentum dicte sue dotis donatis, et sic sunt in summa uni- 
versali quinquaginta floreni; et generaliter omnia bona sua mobilia, 
immobilia, reaet jura presentia et futura, sibi competentia et com- 
petiiura, ubicumque sint, qualiacumque, quantacumque et quam- 
quidem dotem dicta Regina promisit ipsis patri et filio facere babere ; 
et pro quibus attenendis, obligavit omnia bona sua presentia et fu- 
tura, sub vicibus curiarum spiritualis et temporalis Arelatis, camere 
rationum aquensis et omnium aliarum curiarum in comitatibus 
Provincie et Forcalquerii et alias ubilibet constitutarum. Renuntiavit, 
etc. juravit etc. Quosquidem quinquaginta florenos idem Samuletus 
de Barrio a dicto Résina nura sua confessus fuit se habuisse et re 
vera récépissé modo et forma premissis, prout sit aliter aut latius in 
quadam caria judayca in pergameno descripta per Astrugium Duranti, 
Judeum de Arelate, vocata ebrayce quessuba que in sui secuuda linea 
ineipitc^r^ quod est in romancio que nos, et finit bessula • quod 
interprétatif in romancio verges o donzella et iu sua ultima linea 
incipit Abram quod interpretatur in romancio Abram et finit be % 
quod siguicatur en el. Omni exceptioni. etc. 

De quibus se contentum tenuit, etc. 

Pactum, etc. 

Et luit de pacto quod, in omni loco restitutionis dictorum quinqua- 
ginta floreuorum, dictus Samuletus de Barrio teneatur et debeat 
suique teneantur et debeant, eo casu quo dictus Abram vel dicta 
Regina décédèrent aut aller ipsorum decederet sine proie légitima 
ex suo corpore et de legitimo malrimonio procreata, eo casu adve- 
niente, reddere et restituere ipsi Régine et suis de dictis quinqua- 
ginta florenis quadraginta florenos, videlicet illos xxvij florenos et 
médium pro vestibus et jocalibus suis habitis et duodecim florenos 
cum dimidio dalos ipsi Régine per dietum Samuletum de Barrio 
juxta mandatum legis Moysi; et reliquis vero deeem floreni ipsi 
Samuleto et suis perpetuo remanere debeant et ad illos solvendos 
minime cogi possit. 

Item fuit de pacto quod dictus Samuletus de Barrio leneatur et de- 
beat ipsi Régine nure sue recognoscere in débita forma omne id quod 
deinde recipiet de bonis, rébus et juribus dicte Régine datis sibi et 
in futurum dandis pro quibusquidem quinquaginta florenis eidem 
Régine et suis fore salvis solvendis reddendis et restituendis in 
omni loco restitutionis sive repetitionis eorumdem, quod Deus 



DOCUMENTS RELATIFS AUX JUIFS D'ARLUS 59 

advcrlat. Et pro omnibus expensis, etc. ac aliis omnibus altendendis 
premissis obligavit dictus Samuletus de Barrio per se et suos, et 
pariter dictus Abram, ejus filius, cum ejus licertia, ambo insimul et 
quilibet ipsorum in solidum omnia bona sua presentia et futura, 
sub vicibus curiarum spiritualis et temporalis Arelatis, camere ra- 
tionum aquensis et omnium aliarum curiarum in comitatu Pro- 
vincie et Forcalquierii constitutarum et cujuslibet ipsarum. 

Renuntiaverunt, etc. 

Juraverunt etc. 

De quibus etc. 

Actum Arelate in hospitio dicti Samuleti de Barrio, testibus pre- 
sentibus Guillelmo Pangonis, Jheronimo Boetii, Johanneto Bessoni, 
Trasseriis de Arelate, et me dicto notario, etc. 

(En note) Dictatum est alibi ad plénum *. 



VIII. 

1431 . 23 octobre. — Constitution de dot de Dulcie, fille de Cregut 
de Gart, Juif d'Or g on. 

(Etude de M e Martin-Raget, Reg. B. Pangonis, 1431, fol. 80 v<> et 81.) 

Dulcie, fille de Cregut de Gart, épouse Bon Ysac Bondie de Saint-Paul, fils de Bon- 
dion de Saint-Paul. Astruc Cregut de Gart, fils de Cregut de Gart, en vertu d'une 
procuratiou datée du 10 octobre 1431, constitue à sa sœur une dot de 350 florins 
d'or de 16 soup, y compris un trousseau de 50 florins. Les 300 florins seront versés, 
200 florins par le père, 100 florius par le frère de la fiancée. Ils sont payables, 
200 florins à la première réquisition du fiancé, les 100 autres dans un délai fixé par deux 
amis désignés. De son côté Bondion de Saint- Paul, père du futur, s'engage à nourrir 
et entretenir dix ans duraut sou fils, sa bru et leurs enfants. Le jour où le fils cessera 
cette vie en commun, Bondion do Saint-Paul sera tenu de lui rembourser la dot de 
Dulcie et d'autre part de lui fournir une dotation de 300 florins. La femme de Bondion de 
Saint- Pau!, mère du futur, renonce à tout privilège tant sur cette dotation de son fils 
que sur la dot de sa bru. En tout cas de restitution de dot, le père du futur s'engage 
personnellement à la restituer dans les mêmes délais qu'il l'aura reçue. Au cas où 
Dulcie décéderait sans enfant, la dot reviendraità sa famille. Cette restitution faite par 
Bondie se monterait à une somme de 250 florins, dont 100 en argent et 150 en bijoux 
et trousseau. 

Gonstitutio dotis Dulcie, filie Creguti de Gart, Judei, habitatoris 
caslri de Urgone. 

Anno quo supra [1431] et die xxuj, mensis octobris. Noverint 
universi etc. quod, cum tractatum sit de matrimonio contrahendo, 
ut moris est inter Judeos , inter Bon Ysacum Bondie de Sancto 
Paulo, Judeum, filiuin Bondie de Sancto Paulo, Judei de Arelate, ex 
una parte et Dulciam filiam Creguti de Gart Judei habitatoris de 
Castro Urgone, ex parte altéra, hinc fuit etc. Et primo Astrugius 
Creguti de Gart, Judeus, habitator castri de Sallone, filius et procu- 
rator et nomine procuratorio dicti Creguti de Gart, patris sui, qui 



1 Pour cet acte, voy. Revue, XLVII, p. 235-238, 



60 REVUE DES ETUDES JUIVES 

ipsum Astrugium filiura suum ad actum hujusmodi profieieudum et 

complendum procuratorem suum fecit et coustituit, causante ejus 
seueclute constante de ipsa procuratioue, instrumento publico in 
uotam sumpto, subscripto etsignato, ut in eo legitur, manu et signo 
magistri Monachi Alphanti, noturii, habitatoris de Sallone, regia 
auctoritate notarii, sub anno incarnationis Domini millésime- GGGC 
tricesimo primo el die décima nona menais octobris, habeus dictus 
Astrugius a diclo Creguto, paire suo, potestalem largam et sulti- 
cientem ad hujusmodi actum, gratis et sponte, sua bona fide et Bine 
dolo promisit dictoBondie deSancto Paulo, patri et legitimo adminis- 
tralori dicii Bon Ysaqui, ibidem presenti, etc, se dictam Dulciam 
sororem suam eidem Bon Ysaco dare in uxorem, ut est moris inter 
Judeos, de die in diem ad ipsius Bondie de Saucto Paulo dictique sui 
filii et suorum amicorum solam et simplicem requisitionem sibi 
facieûdam. Et viceversa dictus Bondia de Sancto Paulo, gratis et 
sponte, sua bona fide et sine dolo, promisit dicto Astrugio Creguti 
de Gart, procuratorio nomine quo supra, miebique notario publico 
infrascripto ut communi et publice persone stipulanti, etc, se dictum 
Bon Ysacum iilium suum eidem Dulcie dare in maritum, ut est 
Judeorum moris, de die in diem ad ipsius Greguti Gart, patris dicte 
Dulcie, dictique Astrugii Greguti, fratris sui, primam requisitionem. 

Et ut facilius dictus Bondia et Bon Ysac pater et filius onera pré- 
sentis matrimonii valeant supportare, dictus Astrugius Greguti 
gratis et sponte, sua bona fide et sine dolo, per se et suos, nomine 
suo proprio et procuratorio nomine quo supra, juxta potestalem sibi 
per dictum palrem suum attribulam in dicto procuratorio instru- 
mento, eidem Bondie de Sancto Paulo patri dicti Bon Ysaqui ibidem 
presenti. dédit, coustituit et assignavit in dotem, pro dote, nomine 
et ex causa dotis dicte Dulcie sororis sue videlicet trecentos et quiu- 
quagiula floreuos bonos, boni ponderis, valoris quemlibet xvj. 
solidorum monele hodie in Arelate publice currabilis, scilicet centum 
florenos de bonis suis propriis et duceutos et quinquaginta floreuos 
de bonis ejusdem Creguti Gart patris sui, videlicet trecentos florenos 
in pecunia et quinquaginta florenos in vestibus, jocalibus et arnesiis 
dicte Dulcie, solveudos per solutiones sequeutes, videlicet ducentos 
florenos in pecunia de die in diem ad ipsius Bondie primam requisi- 
tionem, videlicet centum florenos per eum de bonis suis promissos 
et centum florenos de illis ducentis quinquaginta florenis tangeutibus 
ad solveudum dicto Creguto patri suo, et reliquos quinquaginta in 
vestibus et jocalibus appreciandis per amicos communes ; et reliquos 
centum floreuos per solutiones ordinaudas per Salves Garacausa de 
Sallone, Judcum, et magi^trum Salaniouem de Luuello, phizicum, 
Judeum de Avinione, ad id per dictas partes electos, vel alium aut 
alios per eos eligendos et nominandos, Mis... paclis inter dictas 
paries babilis, inhitis et convenus sollempni et valida stipulatione 
firmatis. 

Et primo fuit de pacto inter dictum Astrugium Greguti de Gart, 



DOCUMENTS RELATIFS AUX JUIFS D'ARLES 61 

procuratorio nomine quo supra, ex una parle, et dictum Boudia de 
Sancto Paulo, ex altéra, et in pactum deductum solempni et valida 
stipulatione firmatum, quod dictus Bondia de Sancto Paulo tenpatur 
et debeat suis ipsis sumptibus et expensis eosdem Bon Ysacum filium 
suum et Dulciam ejus uxorem futuram tenere in domo sua ambos 
insimul, nutrire sanos et infirmos, providereque eis et eorum cuiii- 
bet vesUbus, caligis, solularibus, potalibus et aliis quibuseumque eis 
necessariis per decem annos continuos et completos a die habende 
cérémonie matrimonii in antea computandos et sequendos. 

Item fuit de pacto inter dictas partes quod quoscienscumque 
dictus Bon Ysac voluerit se separare a dicto Bondia, pâtre suo, et 
nollet cum eo plus habilare et stare, quod extunc dictus Bondia 
teneatur et debeat ipsi Bon Ysac filio suo incontinenti de die in diem 
ad ipsius .Bon Ysac filii sui primam requisitionem faciendam dare in 
pace et sine liligio trecentos tlorenos valoris predicte et ultra boc id 
quod de dote dicte Dulcie habeat et receperit protunc. 

Item fuit de pacto inter easdem partes quodSles, uxor dicti Bondia, 
teneatur et debeat incontinenti, pro majori securitate dicte Dulcie, 
permitlere quod, in omni causa et eventu restitutionis sive repeti- 
tionis dotis dicte Dulcie, ipsa permittet prius amovere dotem ejus- 
dem Dulcie in bonis dicti Bondie, sui mariti, quam dotem suam, et 
pariter dictos trecentos florenos per dictum Bondiam eidem filio suo 
supra dare promissos, et nullomodo per se vel per alium contradicet 
quin dicta dos predicte Dulcie et supradicti trecenti tloreni prius 
amoveantur et leventur in bonis ejusdem Bondie sui mariti quam 
dicta dos sua; et ad hoc idem Bondia eidem sue uxori licenciam 
suam maritalem et auctoritatem incontinenti dare et prebere debeat. 

Item fuit de pacto inter easdem partes quod in omni loco et eventu 
restitutionis dicte dotis, dictus Bondia teneatur et debeat dotem 
predicte Dulcie seu id quod de ea habuerit reddere et restituere per 
similes solutiones et per tôt temporis intervalla per quos ipsam 
dotem habuerit et receperit. 

Item fuit de pacto inter supra dictas partes quod si dicta Dulcia 
decedtret (quod Deus advertat) sine proie légitima ex suo corpore et 
de legitimo matrimonio procreata, etc, quod dos supra constituta 
revertatur et reverti debeat illi et illis a quo seu quibus dos predicta 
provenerit et suis. 

Item fuit de pacto inter easdem partes, quod in omni loco restitu- 
tionis dicte dotis, dictus Bondia de Sancto Paulo teneatur et debeat 
de dote predicta reddere et restituere centum tlorenos iu pecunia, 
centum et quinquaginta tlorenos in vestibus, jocalibus et arnesiis et 
restituere in pecun'a numerata per illas solutiones per quas dictus 
Bondia eos receperit. 

Quam quidem dotem supra constitutam dictus Astrugius Creguti, 
procuratorio nomine quo supra, promisit dicto Bondie de Sancto 
Paulo. ibidem presenti facere habere paciffice et quiète solvere, 
tradere et expcdire in modum supradictum. Si dihiceret, etc. Pro 



«j RBYUE DES ÉTUDES JUIVES 

quibus omnibus aclis et pro omnibus expeusis elc, obligavit dictus 
Astrugius Creguti Gart, procuratorio nomine quo supra, per se et 
suos omnia bona sua propria et omnia bona dieli Creguti de Gart 
patris sui presentia et futura sub vicibus curiariutn spiritualis et 
temporalis Arelatis, camere rationum Aquensis, curiarum tem- 
poralifl et spiritualis caslri de Sallone , curiarum spiritualis et 
temporalis civitatis Avinionis, camere domini noslri pape ejusque 
auditoris et domini vicegereotis iu Avinione et omnium aliarum 
curiarum in comitatu Proviucie et Forcalquerii constitutarum et 
cuilibet ipsarum. 

Renuntiaverunt, etc. 

Juraveruut, etc. 

Dictus vero Bondia de Sancto Paulo, gratis et sponte, bona ride 
et sine dolo, promisit et sollempniter conveuii dicto Astrugio Creguti 
de Gart, procuratorio nomine quo supra, michique noturio publico 
infrascripto ut communi et publiée persone stipulanlibus sollem- 
pniter et reeipientibus pro dicto Creguto de Gart et suis diclaque 
Dulcia fîlia sua quod de hiis que de dote predicla recipiet recogni- 
tionem seu recognitiones faciet, singulis vicibus, de receptis per 
eum ; et nichilominus pacta predicla quantum ipsum tangentia 
tenore servare, attendere, complere et observare cum eifectu. 

Pro quibus omnibus attendendis et pro predicla dole sic reddenda 
et restituenda in omni loco restitutionis sive repetitionis ejusdem 
(quod Deus advertat), obligavit dictus Bondia de Sancto Paulo per se 
et suos omnia bona sua presentia et futura sub vicibus omnium 
curiarium supra designalarum et cujuslibet ipsarum. 

Renuntiavit, etc. 

Juravit, elc. 

Quibus itaque pactis illico et eodem contextu ibidem existens et 
constitua personaliter Sies, uxor dicti Bondia de Sancto Paulo, que 
cum aucloritate et licencia dicti Bondia de Sancto Paulo mariti sui 
ibidem presenlis, auctorilatem suam marilalem eidem Sies, uxori 
sue, ad infrascripta peragenda dantis, prebentis et concedeutis, quod 
etc. gratis et sponte, sua bona fide et sine dolo, non cohacta, decepia, 
subornata, minata, ut dixit, seu aliquo malo iugenio circumducta, 
sed sua bona, franca et spontanea voluntate ac molu, per se et suos, 
cupiens et afïectans, ut dixit, hujusmodi matrimonium ad efTeclum 
perduci et pactum promissum supra per dictum Bondiam maritum 
suum suum sortiri effeclum, promisit et sollempniter couveuit dicto 
Astrugio Creguti de Gart, procuratorio nomine quo supra, michique 
notario publico supra et infra scripto, ut communi et publiée 
persone, stipulantibus sollempniter et reeipientibus prout supra, 
quod in omni loco et eventu restitutionis sive repetitionis dolis 
ejusdem Dulcie nure sue future, quod ipsa per se nec per aliam perso- 
nam interpositam seu iuterponendam de jure nec de facto, aliqua 
arte seu iugenio, aliqua ratione, occasione seu causa, seu alias quovis- 
modo oppositiouem, contradielionem, questionem, pelicionem seu 



DOCUMENTS RELATIFS AUX JUIFS D'ARLES 6j 

demandam aliquam faciet pro dote sua seu alio quocumque jure iu 
bonis dicti Bondia mariti sui, donec el quousque ipsi Dulcie et suis 
de dote sua predicta eidemque Bon Ysac fiiio suo de predictis trecenlis 
florenis sibi supra per dictum Boudia patrem suum promissis fuerit 
intègre solutum et satisfactum ac si essent priores tempore poste- 
riores tamen jure, ymo permittet paciffice et quiète exequtionem fieri 
ad inslanciam dictorum sui filii et Dulcie pro premissis. Et si oppo- 
situm per eam vel suos fieret etc. 

Pro quibus omnibus attendendis et pro omnibus expensis dampnis 
et interesse etc., obligavit dicta Stes cum licencia dicti sui mariti 
per se et suos omnia bona sua presentia et futura sub vicibus curia- 
rum omnium supradictarum et cujuslibet ipsarum. 

Renuntiavit, etc. 

De quibus, etc. 

Actum Arelate in hospitio dicti Bondie de Sancto Paulo, testibus 
presentibus Anthonio Romei Liberatore, Petro dels Eyssars alias 
Garesma, repayreris, civibus et babitatoribus de Arelate, et me 
Bernardo Pangonis notario etc. '. 



IX. 



1434. 19 novembre. — • Constitution de dot de Belestre, fille de maître 
Salomon de Carcassonne, médecin à Aix. 

(Etude de M e Martin-Raget. Reg. B. Pangonis, 1431, fol. 98 v° et 99.) 

Un premier. contrat signé à Orgon entre Isaac Natan, père de Cret cas Isaac Natan, 
d'une part, et d'autre part, Mordecays Salomon de Carcassoune etson fils Salomon 
de Carcassonne, grand-père et père de Belestre, fiancée audit Crescas Isaac Natan 
est annulé d'un commun accord, et une nouvelle constitution de dot est rédigée. Le 
grand-père et le père de la future luiconstituent en dot 500 florins, dont 260 en argent 
et 240 en trousseau et joyaux. Au cas où la future mourrait sans enfant, Isaac Natan, 
père du futur, s'engage à restituer cette dot, soit à Mordecays 250 florins et à Salo- 
mon 10 florins en argent et 240 en trousseau. 

Gonstitutio dotis Belestre filie magistri Salamonis de Garcassona, 
Judei phizici deAquis. 

Anno quo supra [1431] et die xix mensis novembris. Noverint uni- 
versi etc. quod cum tempore traclati matrimonii inter Grescam Isaqui 
Nathani, filium Isaqui Nathani \ Judei de Arelate, ex una parte et 
Belestre, filiam magistri Salamonis de Carcassona, Judei phizici de 
Aquis, parte ex altéra, magister Mordecays Salamonis de Garcassona 
Judeus phizicus, avus palernus dicte Belestre, et magister Salamon 

1 Voy. pour cet acte Revue XLVII, p. 235-238. 

* S'agirait-il de Isaac Nathan ben Kalonymos ben Juda beu Salomon, qui rédigea 
une Concordance de la Bible vers 1437-1445? (Gross, G 'allia juda /ca, p. 89.) Ce 
Crescas habite Marseille en 1446. (Voy. ci-dessous, p. 70,1a pièce, n° X, où il 
est signalé comme payant une taxe de 20 fl. par an.) 



64 REVUE DES ETUDES JUIVES 

de Careassona. filins dicli magistri Mordecays, pater dicte Belestre, 
iiinlio in simul eidem Belestre dederint,con8tituerint et assignaverint 
certain dote m tam in pecunia quam iu vestibus et jocalibus constan- 
lem, ut apparitur de eadem dotjs constitutioue instrumente) publico 
iu notam, ut dicitur, sumpto et reeepto peralterum ex uoturiis castri 
de Urgone sub anno et die in eo contenus, hinc igitur luit et est quod 
iu presenlia mei uolarii publici et testium intiascriptorum, dicli 
magister Mordecays Salamonis de Careassona et magister Salamon, 
ejus lilius, et antedicius Ysacus Natbani, paler dicli Cresque, omnes 
iusimul et quilibet ipsorutn gratis et sponte, eorum bona fide et sine 
dolo, per se et suos, ex certis causis eorum animum, ut dixeruut, 
juste moventibus, diciam dotis constitutiouem et promissiouem per 
eosdem magistros Mordecays et Salamonem patrem et filium, predicte 
Belestre eorum fi lie f'actam in prediclo loco de Urgone et omnia uni- 
versa et singuia in ea contenta, tenore preseutis publici iusirumenti 
firmiter vallituri, cassarunt, irritarunt,revocarunt et penitus perpetuo 
anullarunt illamque et omnia universa et singuia in ea contenta et 
expressata habuerunt et babere voluerunt ab inde pro cassa, irrita 
abolita et penitus uulla et de ea nullo uuquam tempore gaudere pro- 
mherunt. Et nicbilominus tenore bujus publiai iusirumenti perpetuo 
valituri, memorati magister Mordecays Salamonis et magister Sala- 
mou, ejus fiîius, cuin licentia et auctoritate paternali, etc. ambo iusi- 
mul, gratis et sponte, eorum bona fide et sine dolo, per se et suos, 
eidem Belestre, ipsius magislri Mordecays felezeue et dicti magistri 
Salamonis fî lie et suis liberis legitimis ex ea et de legitimo matrimo- 
nio procreandiset nasciluris, renuntiando propterea legi dicenti « dos 
a pâtre profecia ad patrem reddire débet 1 < specialiter et expresse, 
dederunt, constituerunt et assigoaverunt iu dotera, pro dote, nomine 
et ex causa dotis ejusdem Belestre et per eam dicto Ysaco Natbani, 
patri dicli (Jresque, marili ejusdem Belestre, videlicet quiugentos 
tlorenos bonos valoris quemlibet xvj solidorum monetehodie in Are- 
late publiée currabilis, solvendos inconliuenti, scilicet ducenlos et 
sexaginta floreuos in pecunia uunciata et duceclos quadragiuta tlo- 
renos in veslibus et jocalibus argenti dicte Belestre jam appreciatis 
per amicos communes inter eos electos. 

Et fuit de pacto inter dictos magistrum Mordecays et magistrum 
Salamonem patrem et filium, ex una parte, et preflatum Ysacura 
Nathani, patrem Gresque, parte altéra, actum, conventum et in pac- 
tum deductum sollemni et valida stipulatione vallatum quod, 
in omni loco et eveutu restitutionis dicte dotis quo contingeret dic- 
lam Belestre mori sine liberis (quod Deus advertat). dictus Ysacus 
Natbani teueatur et debeat reddere, solvere, tradere, expedire, et del- 
liberare ac restituere iu pace et in bona pecunia numerata dicto 
magistro Mordecays de predictis ducentis et sexajîiuta floreuis in 
pecunia solutis ducentos et quinquaginla tlorenos et rcliquos duceu- 

1 Voy. Revue, XLV1I, p. 2.0. 



DOCUMENTS RELATIFS AUX JUIFS D^RLES 05 

tos et quinquaginta florenos ipsi magistro Salamoni,scilicet ducentos 
et quadraginta florenos in vestibus et jocalibus argenti et decera flore- 
nos in pecuuia. Hanc autem dotis promissionem et omnia et singula 
supra dicta promiserunt dicti pater et fllius atnbo insimul et quilibet 
ipsorum per se et suos ratam, gratam et francham habere et contra 
nullo modo venire, sub obligatione et ypotheca omnium bonorum 
suorum presentium et futurorum. Renuntiantes etc. Juraverunt ad 
sanctam legem Moysi etc. 

Et illico ibidem et eodem contextu antedictusYsacus Nathani, pater 
et legitimus administrator dicti Cresque, gratis et sponte, sua bona 
ride et sine dolo, per se et suos, confessus fuit et in veritate publiée 
recognovit supranominatis magistro Mordecays et magistro Sala- 
moni patri et fiiio ibidem presentibus, etc. se ab eis habuisse et re 
vera récépissé dictos quingentos florenos supra in dote ipsi Belestre 
constitutos, modo et forma premissis, et alias prout et quem ad mo- 
dum continetur in quadam carta judayca litteris ebraycis scripta vocata 
quessuba que in sui prima linea incipil bussent bassaba 1 , quod inter- 
pretalur lo se g on jour de la semahd et finit bttichim' 1 quod interpreta- 
tur no)iagmia,ei in sui penultima linea incipit Calonimos, quod inier- 
pretatur Crescas gêner dicti m.agistri Salamonis, et finit in ea hunfaras*, 
quod interpretatur déclarât ; omni vero exceptioni dictorum quingen- 
torum florenorum a dictis pâtre et filio habitorum etc. De quibusqui- 
dem quingentis florenis dotalibus dictus Ysa-us per se et suos a pre- 
fatis magistro Mordecays et magistro Salamone pâtre et filio ib dem 
presentibus, etc. contentum et bene pacatum tenuit et reputavit et sic 
contentus de ipsis quingentis florenis eosdem magistros Mordecays et 
Salamonem patrem et filium et quemlibei ipsorum ibidem présentes, 
etc. quittavït etc., cum pacto de non ullerius petendo, etc. Pro qui- 
busquidem quingentis florenis eidern Belestre vel -suis liberis legiti- 
mis ex ea procreandis et de legitimo matrimouio et pariter ipsis ma- 
gistro Mordecays et magistro Salamoni patri et filio et suis, modo et 
forma in predicto pacto contentis fore salvis, solvendis, reddendis et 
restituendis, in omni loco restitutionis sive repetitionis eorum et pro 
omnibus expensis dampnis et interesse, etc. obligavit dictus Ysocus 
Nathani perse et suos omnia bona sua presentia et futura sub vici- 
bus curiarum spiritualis et temporalis Arelatis et civitatis Avi- 
nionis, camere rationum aquensis et omnium aliarum curiarum 
spintalium et temporalium in comitatu Provincie et Forcalquerii ac 
Venayssini constitutarum et cujuslibat ipsarum. Renuntiavit, etc. 
Juravit, etc. 

De quibus quelibet pars petiit instrumentum et quod possit dic- 
tari etc. 

Actum Arelate in hospitio dicti Ysaqui Nathani, testibus presenti- 

T. XLVIII, n° 9S. 5 



HEVUK hKS I IVKS 

bus Juhano Domini, mercatore, Moriono (?) Magislri, burgense de 

A relaie el me çUclo do ta ri o. 
[Bn note : Dictatum est alibi ad plénum in plenario ejusdem notarii 
Cave quam dictus magister Salomou habuit copiam présent is note 

tabelliouatam ad plénum 1 . 



X. 

Iii6, 26 décembre. — Fixation de Vassiette des contributions payées 
par les communautés j aires de Provence. 

(Etude de M 1 Marlin-Raget. Reg. G. Raymundi. 4446, fol. 23 v°-26 v°.) 

Transbactio pro universitatibus Judeorum Provincie et Forcal- 
querii et terrarum eis adacentium (sic)- 

In nomine Domini amen. Anno incarnacionis ejusdem millesimo 
quadnngentesimo quadragesimo sexto et die lune intitulata vice- 
sima sexta mensis dee.embris, régnante serenissimo principe et do- 
mino nostro domino Renato, Dei gratia regnorum Jherusalem et 
Sicilie rege, ducatuum Andegavie, Barri et Lothorongie duce, comi- 
tatuumque Provincicet Forcalquerii ac Pedemontis comité et urbis 
Arelatis domino existente, Noverint universi présentes pariter 
quam futuri quod, cum, ut dieitur, ad causam contributiouis freude 
per Judeos sive universitates Judeorum dictorum comitatuum Pro- 
vincie et Forcalquerii et terrarum eis adjacentium de et super one- 
ribus ordinariis et extraordinariis dictis universitatibus Judeorum 
incombentibus, a die vicesima octava mensis novembris proxime 
preteriti citra, qua die, ut fertur, quedam transhactio et couventio 
inter ipsos Judeos sive per Judeos destiuatos ad hoc per dictas om- 
nes universitates Judeorum in loco de Urgone facta super dicta con- 
tributione ad quatuor anuos inspirata extitit, destinati fuerunt ad 
presentem civitatem Arelatis ad videndum jurare et anatema (quod 
Judei appellant herem asulran*) per Judeos Arelatenses utriusque 
sexus de bene et fideliter bona sua revelando et notifficando et sua 
manifesta de eorum bonis omnibus, dolo et fraude cessantibus, fa- 
ciendo prout acthenus in similibus siut assueti, et in vim sententie 
late per dicluni dominum nostrum regem ad causam ipsius coutri- 
butionis in civitate Massilie et executorie ipsius sententie ex inde 
sequte, pro universitate Judeorum aquensium, Durantus Cohen, 
Astrugius de Latis et Vitalis Avicdor, Judei dicie civitatis aquensis, 
pro universitate Judeorum castrorum Provincie et Forcalquerii, 
Bonjuhes Passapayre, Judeus de Pertusio, et magister Astrugius 
Abraam, Judeus medicus phisicus de Saucto Maximiiio, pro univer- 
sitate Judeorum Massilie, magister Bonjuhes Cohen, Judeus phisicus 

1 Vov. pour cet acte Rente, XLVII, p. 235-23S. 

1 yâm ûin. 



DOCUMENTS RELATIFS AUX JUIFS D'ARLES 67 

medicus, et pro universitate Judeorum ville Tharasconis, magister 
Thauros Natan, Judeus medicus dicte ville Tharasconis, sic et taliter 
quod, presentibus ipsis Judeis ad hoc mandatis per ipsas uuiversi- 
tates Judeorum Proviucie et Forcalquerii, Judei omues preseutis ci- 
vitatis Arelatis utriusque sexus de bene et fideliter bona sua reve- 
landoet notifficando juraverunt et dictum auatema excultaverunt ut 
ferlur. Unde, cum ad causam premissam quam plura jurgia et ver- 
balia débita atque lites inter ipsos Judeos, ut dixerunt, orta et orte 
fuerunt dubitatique majores et majora oriri et suscitari considèrent 
Judei ipsi quod si ad actum ipsum per dictas universitates Judeorum 
Provincie et Forcalquerii et terrarum eis adjacentium procederetur 
quod quam plures'%xpensas, in examinari faciendo manifesla ipsa, 
universitates ipse incurrerint, quibus totis eorum conatibus oviare 
volunt et inteudunt , prout Judei supranorninati et infrascripti 
ibidem dixerunt et affirmant verum fore in presentia mei notarii et 
testium subscriptorum. Hinc igitur fuit et est quod anno, die et 
régnante supra in presentis publici instrumenti exordio annotatis 
et descriptis, congregatis in unum pro actu hujusmodi Arelate in. 
domo scole sive sinagoge Judeorum Arelatensium, Isaac Bendicb, 
Mosse Orgerii combaylonis, Isaac Nataûi, magistro Vidas Ferrerii 
medico phisico, Bonjuhes Garcassonii, Grescas Galii et Astrugio de 
Mairuelis, Judeis consiliariis universitatis Judeorum Arelatensium, 
Duranto Gohen et Astrugio de Latis, Judeis Aquensibus, pro univer- 
sitate Judeorum dicte civitatis Aquensis, Astrugio Abraam de Sancto 
Maximino, pro universitate Judeorum castrorum Provincie et Forcal- 
querii mandatis, et magistro Tauros Natani pro universitate Judeo- 
rum ville Tharasconis destinato et magistro Bonjuhes Gohen, Judeo 
phisico, pro universitate Judeorum Massilie pariter ad actum hujus- 
modi maudato, diceutibus omnibus dictis Judeis sic pro hujusmodi 
actu faciendo ad presentem civilatem Arelatis destinatis per dictas 
eorum universitates habere potestatem legitimam a prefatis eorum 
universitatibus ad infrascripta peragenda ; et sic ipsi, inquam, Duran- 
tus Gohen, Astrugius de Latis, Judei de Aquis, Bonjuhes Passapayre 
et magister Astrugius Abraam, magister Tauros Natan et magister 
Bonjuhes Gohen, omnes simul nominibus eorum propriis ac vice et 
nomine dictarum suarum universitatum Judeorum, prout ad unam- 
quamque spectare potest et poterit, per quas universitates prout ad 
eam quamiibet spectat et spectare poterit promiserunt de rato et 
presentem coutractum ratifficari et approbari in débita forma fa- 
ciendo hinc et per totum mensem januarii proxime futurum et in 
casu denegationis de ratifficando fiende per dictas eorum universi- 
tates promiserunt dicti supranorninati Durantus Gohen, Astrugius 
de Latis, Bonjuhes Passapayre, magister Astrugius Abraam, ma- 
gister Tauros Natan et magister Bonjuhes Gohen prout ad unam- 
quamque universilatem predictarum Judeorum spectare potest at- 
que tangit et tangere poterit, porciones pecuniarum de quibus infra 
tiet mentio et omnia alia infra deliberanda et specifficanda quantum 



REVUE DES ETUDES JUIVES 

quamlibet ipsarum universitatum concernit et eoneeruere poterit, de 
eorum proprio solvere et de oniuibus dam pois, sumptibus intéresse 
et ex peu si a quas et que culpa uuivetsitatis seu universitatum que 
actura hujusinodi ralifÛcare el omnia in eo contenta adimplere et 
observare recusaret sive recusarenl per aliquain aliarum universi- 
tatum pati et incurreri (sic) posset jure stare et eas seu ea reddere 
et restituere. 

Et sic omnes dicti Judei Arelateuses et alii supra nominati sub no- 
miuibus eorum propriis ac vice et nomine dict.arum universitatum 
Judeorum et siugularium personarura ejusdem [sic), volentes ut 
dixerunt expensas quas et que ineurrereut sive substinerent aut in- 
curri et substiuere possent in complendo et adimplendo actum per 
eos jam inceptum in preseuti civitate Arelatis et iu examiuari fa- 
cieudo manifesta ipsa, quod minime fieri posset sine magnis sutrïp- 
tibus et expensis.obviare et jurgia atque debata et lites que premis- 
sorum pretextu inter eos suscitari et oriri possent totaliter sopire et 
dirimere, ut dixerunt, pro bono et utilitate universitatum ipsarum, 
de et super contributione per dictas universitates Judeorum Provin- 
cie et Forcalquerii ac terrarum eis adjacentium in omnibus oneribus 
ordinariis et extraordinariis, que eisdem universitatibus supervenire 
poterunt a die vicesima octava mensis novembris proxime lapsi, qua 
die, prout supra prenarratur, transhactio et convencio inter easdem 
universitates Judeorum inhita atque facta in loco de Urgoue extitit, 
ad quatuor aunes inspirata fuit [sic), in duos annos ab ipsa die vice- 
sima octava dicti mensis novembris proxime preteriti in antea compu- 
tandos, et non ultra, ac lilibus et debalis que ad causam premissam 
oriri et suscitari passent inter dictas universitates, Judei memorati 
omnes quibus supra nominibus, gratis, scienter, eorum bona fide 
omnibusque vi, dolo, metu et fraude cessantibus et penitus rejectis 
ac procul pulsis per se et suos heredes et successores quoscumque 
per mutuam et validam stipulatiouem inter eos intervenientem 
transbigeruût, pepigerunt et convenerunt ac pacta et conventiones 
infra scriptas et infrascripta fecerunt in modum et formam inferius 
descriptas. 

Primo namque transhigerunt et convenerunt dicti Judei omnes 
supra nominati quibus supia nominibus, per mutuam et validam 
stipulatiouem inter eos intervenientem, quod quelibet universita- 
tum Judeorum Provincieet Forcalquerii ac lerrarum eis adjacentium 
in pencionibus quas universitates singule ipse singulis anuis solvere 
sunt assuete in festo sancti Johannis Baptiste dicto serenissimo do- 
mino nostro régi et domino Judeorum conservatori pro suis gagiis, 
dictis duobus annis durantibus inceptis jam dicta vicesima octava 
meusis novembris proxime lapsi, quolibet anno solvat ac contribuât 
ac solvere et contribuere tenebitur in hune qui sequitur modum : 

Primo universitas Judeorum aquensis solvet et contribuet sive 
solvere et contribuere lencbitur quolibet anno ipsis duobus anuis 
durantibus in dicta pencioue regia sexcentos et quiudeeim tlorenos 



DOCUMENTS RELATIFS AUX JUIFS D^ARLFS 69 

currentes in presenli patria Proviucie et Forcalquerii, inclusis cen- 
tuui florenis quos ipsa universitas Judeorum aquensis solvere est as- 
sueta domiuabusmoQialibus civitatis Massilie,et in pencione domini 
conservatoris Judeorum centum et viginti quinque florenos. 

Item Judei castrorum Provincie et Forcalquerii solvent sive contri- 
buent ac solvere et contribuere tenebuntur quolibet anno ipsis duobus 
annis durantibus in peucione regia sexcentos quinquaginta quinque 
florenos prefate monete et in pencione dicti eorum domini conserva- 
toris centum et viginti quinque florenos; et sic sunt in universo 
septingenti et octoginta floreni. 

Item Judei Arelaiis solvent sive contribuent ac solvere et contri- 
buere tenebuntur quolibet anno, durante dictorum annorum duorum 
tempore, in dicta pencione regia quadringenta septuaginta florenos 
prefate monete et in pencione domini eorum conservatoris centum 
florenos : et sic sunt in universo quingenti et septuaginta floreni. 

Item Judei dicte ville Tharasconis solvent sive contribuent ac sol- 
vere et contribuere tenebuntur quolibet anno, ipsis duobus annis 
durantibus, in pencione predicta regia ducentos et septuaginta flo- 
renos prefate monete et in pencione domini eorum conservatoris 
quinquaginta florenos: et sic sunt tricenti et viginti floreni. 

Item Judei Massilie solvent sive contribuent ac solvere et contri- 
buée tenebuntur quolibet anno, ipsis duobus annis durantibus, in 
dicta pencione regia centum florenos predicto monete et in pencione 
domini eorum conservatoris quinquaginta florenos, et sic sunt in 
universo centum et quinquaginta floreni. Et magister Grescas Natani, 
filius dicii Isaac Natani, qui denuo se habilavit in dicta civitate Mas- 
silie, solvet sive contribuer, ac solvere et contribuere tenebitur in 
dicta pencione regia quolibet anno dictorum duorum annorum vi- 
genti florenos prefate monete. 

Item et Judei ville Sallonis, arelatensis diocesis, solvent sive con- 
tribuent ac solvere et contribuere tenebuntur quolibet anno dictorum 
duorum annorum in dicta pencione regia centum et triginta quinque 
florenos et in pencione dicti domini conservatoris quinquaginta flore- 
nos: et sic sunt in universo centum et octuaginta quinque floreni. 

Item plus transhigerunt, pepigerunt et convenerunt dicte partes 
quibus supra nominibus inter se vicissim stipulantes quod omnia 
onera regia extraordinaria que darentur dicto domino nostro régi 
sive supportarentur infra dictorum duorum annorum tempus per 
Judeos dictarum universitatum de consensu et beneplacilo ac volun- 
tate omnium dictarum universitatum Judeorum solvantur et contri- 
buantur per omnes dictas universitates juxta ratas et porciones 
quibus solvuntur onera ordinaria sive penciones regia et domini 
eorumdem conservatoris superius declarate. 

Item plus transhigerunt et convenerunt dicte partes, quibus supra 
nominibus vicissim stipulantes, quod, finitis dictis duobus annis 
quibus presens convencio durare habet, omnia manifesta omnium 
Judeorum Provincie et Forcalquerii et terrarum eis adjacentium 



70 REVUE DIS l NJDES JUIVES 

utriusque sexus renovenlur juxta modum et formam contentos iu 
dicta senteutia per dictum domioum nostrum regem in ciYitate Mas- 
silie ad causam ipsarum contributionem lata et Inexeçutoria ipsius 
sentenlie exind« per dictum dominum nostrum regem super hujus- 
modi aegocio concessa et fleri ordinata. 

Et iu casu in quem quodJudei ipsi ad hoc faciendum coutradice- 
renl eut alias debata aliqûa in hoc faciendo inter eos orirentur ob 
quod D«gotiiim Ipsum, sive revocatio ipsorum manifestorum non 
sortirètur sùum debitum effectum, sive alias in hoc faciendo essent 
Judeiipsi négligentes seu remissi, quod penciones re^ia et domiui 
eoruindeni Judeorum couservatoris et alia quecumque onera, douée 
manifesta ipaa sive revocatio ipsorum facta fuerint et suum debitum 
soriiverint effectum, solvantur et contribuanlur per omnes universi- 
tates Judeorum predictorum juxta modum et formam qu.bus solve- 
bautur et contnbuebantur per ipsas universitates Judeorum in vi 
transhactionis inhite et facte inter eos iu dicto loco de Urgone, ad- 
juncta tamen uuiversituti Judeorum caslrorum Provincie et Forcal- 
querii porcione in qua protunc fuerat taxatus magister Abraam 
Salamonis, Judeus medicusde Saucto Maximino. 

Item plus transhigerunl et convenerunt dicte parles quibus supra 
nominibus inter se vicissim stipulantes quod omnes- expeuse et 
ambaxiate que fièrent infra dictum duorum annorum terminum, ad 
causam onerum universalium que occurri poterunl dictis universi- 
tatibus Judeorum infra dictum terminum duorum annorum, man- 
dato dicti domiui nostri régis seu maudamento senescalli aut domini 
ipsorum Judeorum couservatoris sive magne régie Provincie curie 
solvantur inter omnes dictas universitates Judeorum et .îontribuantur 
sive supporlentur juxta porciones superius declaratas et distinctas. 
Item plus transhigerunl et convenerunt dicte parles quibus supra 
nomiuibus inter se vicissim stipulantes quod, non obstante qua- 
cumque dimunicione sive augmente-, que seu quod eveniret seu 
eveniri posset dictis universi ta tibus Judeorum aut alicui ipsarum ex 
quavïs racione seu causa, dicta contribucio inter ipsas universitates 
liât et iieri debeat ipsis duobus annis durantibus juxta modum et for- 
mam supra déclarâtes, ita et taliter quod nullo modo possit contra- 
venire quavis racione seu causa, sed penitus contribucio ipsa obser- 
vetur et hoc sub pena centum marcharum argenti fini pro medielate 
applicanda dicto domino nostro régi et alia medietate aliis universi- 
tatibus que contra dictam contribucionem minime venient, sed eam 
observare et adimplere contetabuntur atque observabunt et adimple- 
bunt : cui quidem pêne prefati Judei omnes quibus supra nomiuibus 
gratis et sponle se et dictas universitates submiserunt, cujus pêne 
medietatem aplicari voluerunt dicto serenissimo domino reçi et aliam 
medietatem parti obedienti et non contra dictum ultimum pactum 
venienti, meque notario inferius nominato ut commuai et publica 
persona stipulante et solutionem recipienle pro dicto domino nostro 
régi et omnibus aliis quorum interest et interesse poterit infuturum. 



DOCUMENTS RELATIFS AUX JUIFS D'ARLES 71 

Qua peua semel et pluries commissa et exacta, nichilominus tamea 
voluerunt et concesserunt dicte partes quibus supra nominibus diclum 
supra ultimum pactum in ej us robore, efficacilate (?) et virtate, ipsis 
duobus annis durantibus, restare et permanere, et penam ipsam, 
quotiens commissa extiterit, exigi et levare posse more fiscalium 
debitorum. 

Quibus omnibus et singulis supra dictis pactis et conventis, pre- 
fate partes quibus supra nominibus habuerunt omnia et singula 
supra et infra scripta rata et grata: et ea omnia universa et singula, 
quantum ipsarum quamlibet dictarum universitatum tangit et con- 
cernit ac tangere et concernere poterit, ratiffieaverunt, approbave- 
runt et confirmaverunt sibi adinvicem stipulantes et solemniter reci- 
pientes; et porciones superius declaratas et distinctas promiserunt 
et solemniter convenerunt dicte partes, quibus supra nominibus, 
quanto ad ipsarum quamlibet dictarum universitatum spectat et 
spectare poterit, solvere, tradere et deliberare in pace et sine ques- 
tione et de porcione ipsarum quamlibet universitatum Judeorum 
tangente et concernente tam de dictis oneribus ordinariis et extraor- 
dinàriis et omnibus superius distinctis et declaratis, una aliam et e 
converso preservare et custodire penitus et omnino indempnem et 
singulas personas earumdum universitatem et bona sua presencia et 
futura indempnes et indempna. 

Quodque si contiugeret alteram ipsarum universitatum sive perso- 
nas singulares earumdem deffectu, culpa et negligencia aliarum uni- 
versitatum seu alterius earumdem in non adimplendo, complendo et 
observando omnia superius declarata, specifficata et distincta, 
dampna aliqua disturbia interesse et expensas pâli, incurrere et 
substinere eundo, reddeundo in judicio sive extra judicium stando, 
nuncium seu nuncios mictendo, notariis advocatis et procuratoribus 
scripturas et patrocinia solvendo, illas omnes expensas atque sump- 
tus et omnia illa darr.pna, disturbia et interesse reddere et per 
integrum restituere et rassarare promiserunt dicti omues Judei, 
quibus supra nominibus sibi adinvicem stipulantes et recipientes, 
super illis dampnis, sumptibus, disturbiis interesse et expensis 
stare, parère, credere etobedire soli verbo simplici illius seu illarum 
universitatis seu universitatum que culpa alterius earumdem 
dampna ipsa interesse, disturbia etexpensa pateretur, substineret et 
incurreret sive paterentur, substinerent et incurrerent, seu persona- 
rum singularum ejusdem seu earumdem, absque juramento aiiquo, 
testium probacione aut judicio seu prêtons alicujus taxacione, qui- 
bus specialiter et expresse in hac parte eedem partes quibus supra 
nominibus renunciaverunt, quod verbum simplex pro vera et légi- 
tima probacione ac sententia diffinitiva que in rem transiverit 
judicatam, nulla appellacione suspensa, hic babere voluerunt partes 
prefate quibus supra nominibus pariter et tenere. 

Pro quibus omnibus universis et singulis supra et infra scriptis 
tenendis, servaûdis, attendendis et complendis ac inviolabiliter cum 



-■2 REVUE DES KTi HES JUIVES 

effectu et sine delTectu observandis et adimplendis, et pro omni et 
intégra restitucione omnium dampnorum disturbiorum interesse 
sumptorum et expensarum, dicti omnes Judei tam de Arelate quam 
alii supra nominali aliarum uuiversitatum, quibus supra nominibus, 
persouas suas proprias et singularum personarum earumdem uuiver- 
sitatum eorumque et cujuslibet ipsorum propria dictarumque uni- 
versitatum et siugularum personarum earumdem et cujuslibet earum 
bona omnia mobilia et immobilia, jura et nomina preseucia pariter et 
futura, quantum ipsorum quemlibet coucernit et eoncernere poterit 
in futurum, sibi adinvicem stipulantes, obligaverunt, yppotecaverunt 
et submiserunt sub vicibus, carceribus, detencionibus, compulso- 
ribus et cohercicionibus ac meris examinibus et ceusuris curiarum 
spiritualis et temporalis Arelatis, camere racionum Aquensis, parvi 
sigilli Monspelliensis, couventionum regiarum Nemausensis, curie 
camere domini nostri pape, ejus auditoriset vice-auditoris et romane 
curie marescalli novi et autiqui statutorum Massilie, curie Castelleti 
Parisius (sic) et omnium aliarum curiarum spiritualium et tempora- 
lium ubilibet constitutarum in qua seu quibus et coram quo seu 
quibus hoc presens publicum instrumentum pro parte alicujus 
dictarum uuiversitatum seu singularum personarum earumdem 
exhiberi seu etiam produci contingent per quasquidem curias et 
quamlibet ipsarum ac dominos vicarios, judices présidentes bajulos 
et ministerios earumdem et cujuslibet earumdem voluerunt et 
concesserunt dicti omnes Judei quibus supra nominibus prout ad 
uuamquamque dictarum universitatum spectare pot j st et poterat 
usque ad efncacem observanciam omnium universorum et singulo- 
rum supra et infra scriptorum et in hoc presentipublico instrumento 
contentorum se ipsos dictasque universitates et persouas singulas 
esrumdemsuosque heredes et successores et bona, res et jura suas 
et sua posse et debere moneri, citari, arrestari, capi, detineri 
incarcerari et per quecumque alia juris remédia realiter et persona- 
liter conveniri, non obstantibus quibuscumque litteris, privilegiis, 
graciis, cedulis seu rescriptis eisdem universitatibus aut earumdem 
alteri concessis et concedendis, impetratisque aut impetrandis sub 
quacumque gracia prerogativa ac verborum spe sive forma quibus 
litteris, graciis, cedulis seu rescriptis et earum efficacie seu vigori 
renunciaverunt per expressum dicti Judei quibus supra nominibus, 
ita videlicet quod una electa curia seu suo electo, judice et processu 
incohato seu execucione jam fieri cepta, nichilominus tamen eis 
missis (?) ad aliam curiam seu alium judicem liceat et licitum sit 
dictis universitatibus et earum cuilibet pro observacione omnium 
contentorum in hoc presenti publico instrumento habere regressum 
pro libito voluntatis nullum sibi aut suis propler electionem hujus- 
modi prejudicium generandum. 
Et renuntiaverunt dicti Judei' 

1 Suit la série des clauses ordinaires de renonciation. 



DOCUMENTS RELATIFS AUX JUIFS D'ARLES 73 

Et ita vera esse eaque omnia universa et singula, quantum ipsa- 
rum quamlibet universitatem tangit et concernit ac lange^e et 
concernere poterit in futurum tenere, servare, attendere etcomplere 
contraque non facere, dicere aut venire promiserunt dicti Judei omnes 
quibus supra nominibus sibi adinvicera stipulantes, et promittendo 
ad et super sanctam legein Moysi, t?ictis scripturis ebraycis eorum 
raanibus dextris, gratis et sponte dicti Judei quibus supra nominibus 
juraveruut et ipsorum quilibet juravit. De quibus omnibus et 
singulis premissis prenominati Judei omnes quibus supra nominibus 
petierunt sibi et dictis eorum universitatibus ac sibi adinvicem 
concesserunt unum et plura publicum et publica per me infrascrip- 
tum notarium instrumentum et instrumenta fieri dictandum et dic- 
tauda consilio et dictamine unius seu plurium in jure sapientium 
facti tamen substancia in aliquo non mutata. 

Acla fuere hec Arelate ubi supra, videlicet infra domum scole sive 
sinagoge Judeorum Arelatensium, presentibus ibidem providis viris 
magistro Johanne Fabri, notario, cive Arelatense, Petro Arpilhe, 
mercatore, nobili Authonio Ayguirandi et Johanne Gondardi, can- 
delerio Arelatense, testibus ad premissa vocatis specialiter et rogatis 
et me Guillelmo Raymundi de Arelate, notario, publico regia aucto- 
ritate constituto, qui premissa requisitus in notam sumpsi, etc. 

(En note:) Extractum est instrumentum pro parte dicti Bonjuhes 
Passapayre. 

Extractum est iterato instrumentum pro dicto Passapayre vigore 
precepti michi facti per curiam regiam Arelatensem anno M II II e XL1X 
et de mense maii pênes magistrum Johannem M. . . *. 



XI. 



1446. 26 décembre. — Quittance donnée par Durant Cohen, Juif d'Aix, 
à maUre Abraham Salamon, de sa contribution à la taxe générale 
des Juifs de Provence. 

(Elude de M Martin-Raget. Reg. G. Raymundi, 1446, fol. 26 v° 27 v°) 

Licencia et auctoritas cancellandi quamdam notam pro magistro 
Abraham Salamonis, medico de Sancto Maximino. 

In nomine Domini amen. Anno incarnacionis ejusdem millesimo 
quadringentesimo quadragesimo sexto et die vicesima sexta mensis 
decembris, régnante etc., noverint universti présentes pariter quam 
futuri, quod cum, ut dicitur, ai causam contributionis, quam 
ma^ister Abraham Salamonis, judeus medicus physicus de Sancto 
Maximino, facit et facere teneatur pro quatuor annis finitis die 
vicisima octava mensis novembris proximi preteriti in pencionibus 



1 Voyez pour cet acte Revue, XLVII, p. 230-232. 



M REVUE DES KïThKS jqiVES 

quasJudei omnes Provincje el Forealquerii el terrarum eis adjacen- 

ti u m so v.-fv el servire singulis annis in festo Bancti Johannta Baptiste 
,l;,-: " sereniss mo domino nostro régi el domino eorumdem Judeorum 
consenratorl sunt assueti, ipse magister Abraham Salamonis soWere 
et contribuera promiserit pro porlione eum concernente de dictis 
pencionibus regia el domini eorum eonservàlorls quolibet anuo ipsis 
quatuor annis durantibus et convtuerit dare aliis uuiversitaiibus 
Judeorum Provincie et Porealquerii summam videlicet ducentorum 
trigintû quiaque norenonnn monete currentis in preseute patria 
Provincie et ad ilosducentos trigenta quinque Qorènos ipsis quatuo* 
annis durantibus quolibet anuo solvendum, tradendum et deliberan- 
dum se obligaverit el submiserit, quod adraodum de premissis dicitur 
conptare instrumenta publico in notamsumpto per nobilem virum ma- 
gistrum Michielem Mataroni, regium secretarium civitatis Aquensis, 
sub anuo et die in eodein contentis, hiuc igitur fait et est quod anno, 
die et régnante supra in presentis publiée instrument exordio anno- 
tatis et descriptis, Isaac Natani, Judeus Arelatensis, pro uuiversitale 
Judeorum ipsius civitatis Arelalis, Bonjuhes Passapayre, Judeus 
de Pertusio, pro universitate Judeorum eastrorum Provincie et 
Forcalquerii, Astrugius de Latis et Vitalis Avicdor, Judei Aqueu- 
ses, pro universitate Judeorum Aquensium, magister Bonjuhes 
Cohen, Judeus medicus de Massilie, pro universitate Judeorum 
Massilie, Abraham Bonafï'os de Lilla et Melos Dieulosal, Judei 
ville Sallonis, Arelatensis diocesis, pro universitate Judeorum 
Sallonis et magister Tauros Natani,' Judeus medicus ville Tharas- 
conis, pro universitate Judeorum Tharasconis, et sic omnes dicti . 
Judei sub nomine et vice dictarum uuiversitatum gratis, scienter, 
eorum bona fide, omnibusque vi, dolo ; metu et fraude cessantibus et 
penitus rejectis, quantum ipsarum quamlibet uuiversitatum tangit 
et concernit ac tangere, conernere poterit in iuturum, dederunt, 
atribueruut et concesserunt licentiam et auctoritatem ac plénum et 
legitimum posse specialeque et générale mandatum Duranto Cohen, 
Judeo dicte civitatis aquensis ibidem presenti ac ipsum ad infra- 
scnpta peragenda conslituerunt eorum et dictarum universitatum 
procuratorem, actorem, taclorem et negociorum de quibus infra fiet 
mensio gestorem, quod ipse Durantus vice et nomine dictarum 
universitatum, et prout ad unamquamque ipsarum universitatum 
spectat et spectare poterit, possit et valeat, constante tamen légitime 
sibi dicto Duranto quod ipse magister Abraham Salamonis aut aller 
ejus nomine exsolverit et deliberaverit domino Proviucie jzenerali 
thesaurario aut alteri seu aliis ad quem seu quos peitiuet et spectat, 
quolibet anno dictorum quatuor anuorum conleutorum in supra 
meusionata nota sumpta per dictum magistrum Michielem Mataroni, 
vice et nomine dictarum universitatum ducentos et triginta quinque 
florenos ad cuusam premissam, ipsum magistrum Abraam Salamonis 
et suos ac sua et suorum bona presentia et futura de coutento in 
eadem nota, recuperalis tamen prius per eum cauthelis per eumdem 



DOCUMENTS RELATIFS AUX JUIFS D'ARLES 75 

magistrum Abraam ad causam solucionis prémisse obteotis et sibi 
concessis, quittare, liberare ac penitus absolvere eum paeto sibi 
faciendo reali et personali de aliqnid ulterius ratioue eontentorum in 
eadem nota quantum concernit dictam eontributionem pro dictis 
quatuor annis non petendo ipsamque notam seu instrumentum ex 
ea in publicum redactum, si quod reddactum extitit, constante de 
premissa solutione et habitis et recuperatis premissis cautlielis» 
cancellari et aboleri, ipsarum universitatum nomine consentire et 
fieri facere, earumdem universitatum aut alterius ipsarum absencia 
in aliquo non obstante, promittentes dicti omnes Judei quibus supra 
nomiuibus omnia universa et singula que per dictum Durantum in 
premissis facta fuerunt habere rata et grata et ea ex nunc pro tune 
et e converso ratifricaverunt et approbaverunt, ac pro quittato, can- 
cellato et abotito habere voluerunt pariter et mandaverunt prout si 
per omnes dictas universitates factum, quittatum, cancellatum et 
abolitum extitisset et contra ea aut aliquid de contentis in eisdem 
et in presenti publico instrumente declaratis et speciificatis nullo 
unquam tempore venire promiserunt dicti omnes Judei, quibus, 
supra nominibus, dicto magistro Abraam licet absenti, michique 
notario publico infra scripto ut communi et publiée persone stipu- 
lanti et solvi recipienli pro eodem magistro Abraam et suis here- 
dibus et successoribus quibuscumque in fulurum, sub obligatione 
omnium bonorum diciarum universitatum presentium etfuturorum, 
cum et sub omni et qualicumque juris et facti renunciatione ad hec 
necessana pariter et eau thele. De quibus omnibus et singulis premissis 
dicti omnes supra nominati Judei petierunt et voluerunt et concesse- 
runt prefato magistro Abraham licet absenti per me infrascriptum 
notarium presens fieri instrumentum. 

Actum fuit hoc Arelate in studio dicti Isaac Nathani, presentibus 
ibidem Petro Jaquini, ripayrerio, et Petro Raymundi, iaboratore, 
civibus Arelatensibus, testibus ad premissa vocatis specialiter et 
rogatis et me Guilhelmo Raymundi de Arelate notario publico, etc. 1 . 



XII. 



4451-1452. 31 janvier. — Vente faite par Astruge et Blanquette, fille et 
petite- fille de feu maître Cressent Tefillos, à Duranton Dieulosal 
de Beaucaire, Juif d'Arles, de trois places situées dans la synagogue. 

(Etude de M 6 Martin-Raget. Reg. B. Pangonis, 1451, fol. 4 46 v°) 

Emptio trium locorum in scola Judeorum Arelatensium scitua- 
torum pro Durantono Dieulosal de Bellicadro. 
Anno quo supra [1451] et die ultima mensis januario. Noverint 



1 Voyez pour cet acte Revue, XLVII, p. 232. 

' ChateaurenaH-Provence, chef-lieu de canton; arr. d'Arles. 



REVUE DES lïTDKS JUIVES 

universi. etc., quod Astrugia filia magislri Creyssentis Teffitlos, .lu ici 
qucndam phiZici etcyrurgici, babitatorisCastn Havnardi 8 .tam nomine 
ï^iio proprio quam tutorio nomine liberorum suorum et Bonmaqueli 
Cresque B >nfiili. Judei olim sui mariti condam, qui Bonmaquetus 
Quper ad (idem catholicam se convertit et uunc vocalur Robertus 
Francise!, per quos liberos suos promisit dicta Astrugia hujusmodi 
contractum facere ratifticare quando erunt etatis légitime, neenon et 
Blanqueta ejus filia, ambe insimul gratis et sponte, cum bona iide et 
sine dolo, per se et suos etc., vendiderunt etc. Durantono Dieulosal 
de Bellicadro, Judeo de Arelate, ibidem preseuti ementi pro se et suis, 
videlicet tria loca que ipse, ut dixerunt, babueruut infra scolam 
Judeorum de Arelate, videlicet duo in scola hominum desuper et 
unam desublus in scola Judearum, que fuerunt Astrugii de Belli- 
cadro condam Judei ; quorum duorum locorum qui surit in scola 
Judeorum desuper unus ex ipsis locis confrontatur cum loco lumi- 
uarie dicte scole et cum loco heredum Bonjues Carcassoni condam, 
uno pilariot?) fuste in medio, alius locus est subtus predicaturium 
ipsius scole vocatum ebrayee scacalh * et conïroutatur cum loco Boui 
Senhor de la Voûta et cum loco beredum As'rugii de Marvejulis; 
alius locus tercius qui est de subtus in scola Judearum confrontatur 
cum loco Beudich de Pertusio Judei et cum loco Ysaqui Nathani. 
Vendiderunt supradiete mater et filia, Judée, dicto Durantono pre- 
seuti, etc. dicta tria earum loca precio uovem florenorum cum dimidio, 
monete currentis in Arelate, quos a dicto Durantono confesserunt se 
habuisse et realiter récépissé in sculis auri, parpalholis et liartis, 
omni exceptioni etc. De quibus se contentas tenuerunt et quitta- 
verunt etc. Pacta, etc. Si vero plus valent aut valere possent etc. De 
quibus tribus locis dicte mater et filia nominibus predictis se devesti- 
verunt et dictum Durantonum iuvestiverunt per tactum manum. 
Promiserunt ambe simul et quelibetipsarum insolidum per se et suos 
facere habere perpetuo, paciffice possidere, etc. et pro evictione etc. 
Pro quibus attenendis etc., obligaverunt dicte mater et filia et 
quelibet earum insolidum per se et suos omnia earum bona pre- 
sentia et futura et aliorum liberorum ejusdem Astrugie; vicibus 
curiarum régie et spiritualis arelatensium, Gamere compotorum 
aqueusis et omnium aliarum curiarum in Provincia constituta- 
rum et cuilibet ipsarum. Renuntiaverunt, etc. Juraverunt, etc. De 
quibus, etc. 

Actum Arelate in hospitio Mosse de Vilhanova, Judei, testibus 
presentibus domino Pelro Liadose, presbitero, magistro Peronneto 
Morelli, borrellerio, civibus et habitatoribus de Arelate, et me Ber- 
uardo Paugonis notario, etc. 2 . 

1 Ou seacaUi ; serait-ce b^î"l, héchal? 

* Voyez pour cet acte Revue, XLV1I, p. 233, où il est indiqué par erreur comme 
pièce n° VII. 



DOCUMENTS RELATIFS AUX JUIFS D'AHLES 



XIII. 



1453-1454. 6 février. — Convention à l'occasion du mariage de Reine, 
/itle de Durant Bonjuif de Beaucaire, et de Sullam, Maman, fils de 
de Mosse Maruan d'Api. 

(Etude de M<= Martin-Raget. Reg. Raymundi, 1453, fol. 120.) 

Gonventio pro Duranto Dieulosal de Bellicadro, Judeo Arelatensi, 
et Sullam filium magistri Mosse Maruaa Judei. la nomine Domini 
amen. Anno incarnationis ejusdem millesimo quadringeutesimo 
quinquagesimo tertio et die sexta mensis februarii, régnante, etc. 
Noveriut uuiversi présentes pariter et futuri quod, cum dicitur in 
instrumento dotis constitutionis per Bonjuhes Duranti de Belli- 
cadro, Judeum Arelatensem, condam, filium Duranti Dieulosal de 
Bellicadro, Judei Arelatensis, tempore inbiti (?) contracti matrimonii 
inter Sullam Maruan filium magistri Mosse Maruan, Judei, medici 
sirurgici, habitatoris civitatis de Apta ex una, et Reginam, filiam 
dicti Bonjuhes de Bellicadro ex alia partibus, inter cetera contenta 
in eodem instrumento in notam sumpto, ut in eo legitur, per ma- 
gistrum Guillelmum Laurenlii notarium dicte civitatis de Apta sub 
anno a nativitate Domini millesimo quadringentesimo quinquage- 
simo secundo et die vicisima octava meusis martii conventum et de 
paclo eiliterit inter ipsum Bonjuhes ex una et dictum Sullam ex alia 
partibus, quod prefatus Bonjuhes tenebatur ipsos futuros conjuges 
spatio decem annorum alimeutare in domo sua, super quo paclo et 
diversis allis contentis in eodem instrumento verbalis aliercatio, ut 
dicitur, et majo... sperabitur inter dictum Sullam ex una dicentem 
et asserentem quod per illud verbum « alimentare » dictus Durantus 
Dieulosal, pater prefati quondam Bonjuhes, et ad quem omnia 
bona dicti Bonjuhes pertinent et pleno jure spectant, lenetur ipso 
decem annorum tempore per Durantum ipsos fuluros conjuges nu- 
trire cibo et potu ac vestire et calciare et eis providere in omnibus 
eis necessariis, et ad quod faciendum petebat ipsum Durantum vigore 
et efficacitale pacti predicti debere compelli; et dictum Durantum, 
ex alia partibus, diceutentem et opponentem non teneri ad petila per 
ipsum, ex eo quia intentio dicti sui filii condam non fuit illa, nec 
intendebat teneri ad illud, nisi tamen et dumtaxat ad nutrimen- 
tum eorum et puerperia supportanda, prout ipso vivente ita de- 
claravit; dictoque Sullam ex adverso replicante ipsos Bonjuhes et 
ipsum fuisse et esse intentionis, dum eorum contractum matrimo- 
nium fecerunt, quod ipse Bonjuhes tenebatur ipsos conjuges alimen- 
tare plenarie, prout lenetur in eodem instrumento; super quibus 
inter partes predictas dubitabatur majores altercationes suscitari et 
moveri, prout ibidem dicti Sullam et Durantus in presentia mei 



> REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Dotarii et testium subscriptorum ita dixerunt et asseruerunt verum 
fore, hi ne i^iiur fuit et est quod, an no et die premissis, dicti Du- 
raotua Dieulosal ex una et Sullam ex alla parlibus, volentes etaflec- 
tantes de ei super hujusmo ii verbalibus altercationibus se pacifficare 
et ad paeem et tranquilitatem devenire, habilaque considéra tio ne per 
dictum Sullam, utdixit,ad mortem dicti sui soceri et ad facultatem 
boQorum suorum que, prout veridice est in forma tua, pauea est, pro 
maxime considéra tis etia m per eum oueribus carrerie judayee pré- 
sentis civitatis Arelatis, omuibusque illis et diversis aliis conside- 
ratis per eum de et super dictis verbalibus altercationibus, ac 
deppendentiis, pendeutibus, cunjungendis (?) et counexibus ex 
eisdem, dicte partes, ipse vero iuquam Sullam, eum licentia et 
auctoritate prefati magistri Mosse ejus patris ibidem preseutis et 
suas iiceuliam et auctoritatem paternales quoad omnia infrascripta 
peragenda sibi dantis, prebeutis et coDcedentis, quod idem magister 
Mosse ita dixit et asseruit ibidem in presentia mei nolarii et testium 
infrascriptorum certum (?) et verum fore, et sic partes ipse, videlicet 
dictus Durantus ex una, et preuominati conjuges, partibus ex altéra, 
gratis... eorum et cujuslibet ipsorum boua fide, per se et suos 
heredes et imposterum successores quoscumque, per mutuam stipu- 
lationem inter eos interveuientem, dictum veibum « alimentare » 
contentum et declaratum in superius mentionato instrumento penilus 
anullaudo et cassando super il lo noviter convenerunt, accordaverunt 
et pacti sunt in hune qui sequitur modum. 

Et primo transhigerunt, convenerunt, accordaverunt et pacti sunt 
dicti Durantus et Sulla inter se vicissim et adinvicem stipulantes 
quod dictus Durantus Dieulosal tenebitur prout per se et suos quos- 
cumque facere promisit et solvi convenit, dictos Sullam et Reginam 
futuros conjuges suis dicti Duranti et suorum propriis sumptibus 
et expensis, spatio decem annorum a die qua celebrabitur dictum 
matrimonium juxta ritum Judeorum in autea computandorum et 
sequentium in presenti civitate Arelatis et in domo sua quantum se 
b:ne gerebunt, simul-sanos et iufirmos, cibo et potu alere atque 
nutrire et puerperia sive jassinas ', si que in ipso tempore eis super- 
veniant, suis dicti Duranti suorum sumptibus et expensis facere et 
substinere. 

Item plus fuit de pacto inter dictas partes habito et couvento, 
valida et mutua stipulatione inter eos interveniente, quod si dicti 
iuluri conjuges non se bene gérèrent eum dicto Duranto et aliis 
personis de domo ipsius Duranti, Durantus prefatus in presenti 
civitate Arelatis tenebituret sui teuebuutur, usque ad supplementum 
temporis ipsorum decem annorum quod protunedefuerit, dictis Sulla- 
nam et Régine providere de una domo vietuque atque potu in sauitate 
et infirmiiate et eis prov.dere de frodio 1 et utensilibus domus et 

» = Gésine. 

* = « Supellex quidquid in re doiûestica necesfarium est - Du Cu: .. 



DOCUMENTS RELATIFS AUX JUIFS D'ARLtS 79 

jassinas facere, ad dictum et cugoitionem duorum amicorum a par- 
tibus ipsis tune eligendorum; que frodium et utensilia inventari- 
sentur et inventariseri iater eos debeaut, et in fine dictorum decem 
annorum, prefatus Sullam tenebitur, prout et facere promisit, frodium 
et utensilia predicta, modo et forma quibus protunc fuerunt, ipsi 
Duranto sive suis reddere et restituere sine diffîcultate et conlradic- 
tione quacumque. 

Item ulterius fuit de pacto expresso habito et convento inter easdem, 
valida et mutua stipulatione inter eos interveniente, quod si dictus 
Sullam cum sua uxore, infra dictum terminum^, decem annorum, 
extra presentem civitatem Arelatis recederet et slaret in loco in quo 
se personaliter se cum dicta sua uxore transferet ultra unum annum 
et expost vellet ad presentem civitatem Arelatis cum sua uxore 
revenire promoram faciendo, Durantus prefatus non tenebitur neque 
sui tenebuntur ad nutrimentum predictum : quin ymo adveniente 
dicto casu, ipse Sullam sibi ipsi et sue uxori de viciuaiibus et aliis 
sibi necessariis provideat et providere debeat; verum solum si non 
staret per unum annum ex tune, Durantus prefatus et sui tenebitur 
et tenebuntur, prout supra, usque ad complementum dictorum decem 
annorum, dictis conjugibus providere in victu et potu, frodio et 
utensilibus modo ei forma predeclaratis. 

Item plus fuit de pacto inter partes prefatas, valida et mutua sti- 
pulatione inter eos interveniente, quod omnia lucra que ipsi conjuges 
quoquo modo facient infra dictum decem annorum tempus pertineant 
et spectent ac pleno jure pertinere et spectare debeant ad eumdem 
Sullam, et quod dictus Sullam teneatur et debeat, prout et facere pro- 
misit et solvere convenit, omnia onera que tam ad causam certe sue 
dotis, quam ad causam horum que conjuges ipsi lucrabuntur, dicto 
durante tempore deberi etsolvi potuerint et debebunt carrerie judayee 
presentis civitatis Arelatis, solvere et deliberare et de oneribus ipsis 
dictum Durantum et suos quittos tenere. 

Item ulterius fuit de pacto expresso babito et convento inter dictas 
partes, valida et mutua stipulatione inter eos interveniente, quod 
dictus Sullam restitutionem nutrimenii predicti fiendi per eumdem . 
Durantum sive suos, ipso durante decem annorum tempore, minime 
ullo unquam tempore teneatur, nec sui teneantur. 

Item fuit aotum et in pactum deductum, valida et mutua stipulatione 
inter eos interveniente, corroboratum et conrlrmatum quod dicta 
Regina, donec fuerit etatis viginti annorum, minime compelli possit 
aut valeat per dictum Sullam aut aliam quamvis personam, ejusdem 
Sullam seu suorum nomine, ad disponendum etordinandum testando 
vel aliter disponendo de dote sua predicta sine scitu, beneplacito et 
voluntate dicti Duranti seu suorum. 

Quibus sic pactis et in eorum robore, viribuset virtute permansu- 
ris, prefate partes, videlicet dictus Durantus ex una et Sullam ex alia 
partibus, quathenus ad ipsarum quamlibet spectat et spectare potest 
et poterit in futurum, habuerunt et habere voluerunt omnia supe- 



80 HE VUE DES ETUDES JU1\ ES 

rius declarata, specifficata et disticta, rata, grata et firme et contra ea 
aut aliquid de eontento in eisdem nullo uuquam teinpore venire, 
dicere, proponere aut allegare sive dici, proponi aul allegari faceie 
per se aut per aliquam aliam interpositem seu interpouemiam perso- 
nem diiécte vel indirecte, quavis ratione seu causa, ex cogitata vel 
ex cogiiende, scita vel iguorata, promiserunt parles ipse, qualhinus 
ipsarum quamlibet coucernit et concernera pote rit infuturum, sibi 
adinvicem stipulantes prout supra. Quod si lacèrent, seu altéra 
ipsarum faceret, aut sui faeerent, et propterea aliqua diclarum par- 
tium, culpa et de{£ectu alterius ipsorum seu suorum, iu judicio vel 
extra, dampna aliqua, sumptus intéresse et expensa paterenlur et 
substinereni, sive eoium aller pateretur et substineret, omnia i lia 
dampna et omnes illas expensas sumptus et intéresse sibi adinvicem 
reddere et reslituere pi omiserunt et solvere couveneruut ; et super iis 
siare et tradere soli verbo simplici cujuslibet dictorum contiaheu- 
tium seu suorum, absque jurameuto aliquo, testium probatioue, ju- 
dicisque seu preioris taxatione et alia quavis probatioue remota, 
quibus specialiter et expresse renunliaverunl dicte partes ; quod 
verbum siraplex pro vera et légitima probatioue ac senlenlia det'fiui- 
ti va que in rem transiverit judicalam, nulla appellatione suspensa, 
hic babere voluerunl pariler et leneri. 

Pru quibus omnibus universis et singulis supra et iufrascriptis 
tenendis, servandis, attendeudis et complendis ac inviolabiliter ad 
efleclum et sine delleclu perpeluo observaudis, prout ad unam- 
quamque partium predictarum coucernit et concernere poterit infu- 
turum, et pro omni et intégra restitutione omnium dampnorum, 
intéresse et expensarum prefate parles sibi ad invieem stipulantes, 
prout supra, omnia bona sua eorum et cujuslibet ipsorum preseulia 
et l'unira, uua pênes altcram et altéra pênes aliam, stipulatione valida 
ci mulua iuterveniente, obligaverunt.yppothecaverunt.supposueruut 
et submiseiunt sub vicibus et compulsoribus curiarum spirilualis et 
lemporalis presentis civitatis Arelatis, camere rationum civilatis 
Aquensis et omnium aliarum curiarum ubibbet constitutarum, in 
qua seu quibus hoc preseus pubicum iustiumentum exhiberi seu 
etiam produci contingent, et in qua seu quibus una pars alteram, 
pro observaiione omnium universorum et siugulorum in boc presenti 
puidico instrumento contentorum, in bonis requireri (ïj et compelli 
maluent ; ita videlicet quod una electa curia seu uno eleclo judice, et 
processu inchoato aut exequtione jam fîeri ceita liteque contestata, 
nichilominus. . . tanlum eis omissis liceat et licitum sit utrainque 
diclarum partium usque ad efficassem observantiam omnium et siu- 
gulorum in presenti publico instrumento contenloium, prout quam- 
libet ipsarum partium contrahentium coucernit et concernere poterit, 
habere regressum pro libito voluutalis nullumque sibi aut suis prop- 
ter eleclionem hujusmodi prejudicia generando. 

Et renuntiaverunl parles eedem in et super ptemissis omnibus, 
certe, ut dixerunt, de juribus et renunciationibus infrascriptis, 



DOCUMENTS RELATIFS AUX JUIFS D'ARLES 81 

ornai exceptioni doli, mali, vis, metus et in factum, actioni et condi- 
tion! indebiti sive eam ob causa m et ex injusta causa, petitioni et 
oblatioui libelli transcripto hujus publici instrumenti et ejus note, 
juris et facti iguorantie, omnibusque provocationis, appeilationis, 
recursus remediis et auxiliis quibuscumque, exceptionique presentis 
contracius nou sic celebraii et facti, et aliter fuisse quam dictum 
scripium, t'eriis messium et venderniarium et omui alio feriaio tem- 
pori, decera viginti dierum 1 et quatuor mensiutn, induciis et dilatio- 
nibus alîis quibuscumque et juri dicenti quod ubi ceptum est judi- 
cium ibidem fiuem recipere débet et quod una electa curia seu uno 
eiecio judice ad aliam curiam seu alium judicem non posse habere 
regressum, et non conventum coram suo judice competenti posse 
forum declinare et ante litem coutestatam pendere, jurique dicenti 
non posse propter rei vel persoue privilegium, et frangere quod est 
aclum, et cunciis generaliter aliis juris, rationis et facti auxiliis. . . 
et ista vera esse omnia, uuiversa et siugula lenere. . . coutraque non 
facere, dicere vel venire promiseruut parles ipse et promittendo. . . 
super sanciam legem Moysi, tactis scriptis ebraycis eorum manibus 
dextris, sponie juraverunt .. 

De quibus. . . Actum fuit hoc Arelate in domo quem ipse Bonjuhes, 
du m vivebul, inhabitabat, presenlibus. . . testibus ad premissa voca- 
tis... et me Guillelmo Raymundi de Arelate notario publico regia 
auctoritaie constituto qui premissa requisitus in notam sumpsi 2 . 



1 Les viginti dies sont une époque ordinaire d'échéances. Ils se comptent de Noël 
à l'octave de l'Epiphanie, 25 décembre — 8 janvier. 

2 Voyez pour cet acte Revue, XLY11, p. 237-238. 



T. XLVIII, n° 95. 



UN ATLAS JUIF 

DES STATUES DE LA VIERGE MARIE 



La vogue dont le culte de la Vierge a joui pendant le moyen âge 
et qui s'est continuée, en partie, jusqu'à nos jours était si grande, 
qu'il a paru nécessaire de composer une sorte de traité géogra- 
phique des endroits où ce culte était en honneur. Tel est le sujet 
de nombreux ouvrages portant le plus souvent le titre V Atlas de 
Marie. Autrefois ces ouvrages avaient une utilité pratique, car 
ils étaient, en quelque sorte, des manuels de voyage destinés à 
renseigner les pèlerins sur les localités qui étaient le but de leurs 
voyages. Mais les pieux clercs et les dévots pèlerins, c'est-à-dire 
les auteurs de ces ouvrages et ceux qui en faisaient usage, ne se 
doutaient pas que, dans un autre camp, chez les Juifs, ces mani- 
festations de la vie chrétienne étaient suivies avec une attention 
empreinte de terreur et d'anxiété. 

Le culte de la Vierge Marie intéressait les Juifs , car les images 
de la Vierge exercèrent souvent leur puissance miraculeuse sur 
eux. Les Juifs figurent assez fréquemment dans les nom- 
breuses légendes de Marie qui ont été composées et qui se sont 
accréditées dans les différents pays chrétiens. La relation écrite 
de ces légendes a été conservée presque exclusivement dans des 
ouvrages manuscrits. M'appuyant sur les travaux de A. Mussafia, 
qui s'esl consacré avec beaucoup de zèle à ce genre de Littéra- 
ture » je citerai quelques-unes de ces légendes relatives à des 
Juif, Elles ne forment pas des épisodes isolés, mais des t; 
généraux, c'est-à-dire que, dans le domaine si vaste de la légende 
ei particulièrement dans la légende de la Vierge Marie, ces récits 
reviennent sous dos formes variées : 

N° 10 : L'enfant juif. Vn enfant juif est converti au christianisme 

i Studio* tu dcn mittelalterlichen MarUnlegenden, 1. II. III; Siuungsberichte der 
Akademietu Win, vol. CX1II, CXV, 1886, 1887, et CXIX, 1889. 



UN ATLAS JUIF DES STATUES DE LA VIERGE MARIE 83 

par une image miraculeuse de la Vierge Marie (ms. du British 
Muséum)'. — Comment un Juif de Constantinople du nom de 
Habraan (Abraham) prêta de l'argent à un chrétien et le miracle 
de Marie (ms. de la Bibliothèque nationale de Paris, du xiv e siècle, 
en latin, 10770, n° 1; 2 . — Un autre manuscrit de Paris (Lat. 14857, 
n° 13) rapporte l'histoire édifiante suivante : Un écolier chantait 
« Gaude Maria ». Un Juif le tue et cache ses membres mutilés sous 
une poutre. Tout à coup il entend retentir de nouveau dans 
l'église le chant de l'écolier. Il court a l'endroit où il avait caché 
le cadavre mutilé et il ne le retrouve plus. L'écolier annonce le 
miracle au curé et, à l'appui de son récit, montre les cicatrices. 
Le Juif est arrêté et finit par se convertir au christianisme 3 . Il 
existe un autre manuscrit de cet ouvrage à Erfurt, ainsi que deux 
manuscrits à Munich et un quatrième à Gratz. Entre autres, ces 
manuscrits contiennent la légende suivante (n° 45) : A la porte de 
Capoue se dressait une statue de la Vierge. Une Juive se lève 
au milieu de la nuit et ante beaiam effîgiem Domine feda tribida 
dédit. Elle est saisie par deux démons et, en mourant, elle raconte 
ses tourments et en révèle la cause. Une autre Juive crache sur 
la statue de Marie et est déchirée par un loup. — Dans la Scala 
Cœli du dominicain Jean Gobius, n° 37, un Juif donne un coup 
d'épée à la statue de la Vierge Marie portant l'enfant Jésus ; il en 
coule du sang 4 et le Juif jette la statue dans un puits. Les chrétiens 
la retirent de là et trouvent à la hauteur de la poitrine la plaie 
saignante, qui est encore visible de nos jours. Le Juif se convertit 
au christianisme. — Ib. n° 41 : Un chevalier assomme un Juif qui 
avait proféré des malédictions contre la Madone. Le chevalier est 
condamné à avoir les mains coupées. Il fait une invocation à la 
Vierge, le jour de l'Annonciation, et ses mains lui sont rendues. 
— Dans la compilation Prompluarium exeinploriim , n° 4, un 
Juif raille un chevalier qui s'était mis à genoux devant une statue 
de la Vierge. Le chevalier le bat. Cité en justice, il invoque Marie, 
qui lui rend l'œil qui lui manquait. Devant le tribunal le Juif dé- 
clare que ce n'est pas là l'homme qui l'a frappé. En souvenir de ce 
miracle, les Juifs reçoivent un soufflet à chaque anniversaire de 

1 C'est là une variante du récit de Grégoire de Tours, Mirac, I, 10. Mussafia cite à 
ce sujet Walter, Der Judenknabe, Halle, 1879. 

1 D'après une collection de légendes imprimées (B. Pez, Vienne, 1731, n° 33), le 
chrétien en question était l'archidiacre de Liège. 

3 Cf. ms. Lat , 18134, n° 28 (Bibl. nat.). C'est évidemment une variante du récit 
de Grégoire de Tours (Mirac., I, 22) et aussi du type de « l'enfant juif ». 

* Miracle souvent raconté, mais le coupable n'est généralement pas un Juif; c'est un 
s-oldat suisse dans l'histoire de la rue aux Ours, à Paris, censément arrivée en 1418; 
voir Fournel, Les mes du vieux Paris, p. 174. (Communication de M. 1. Lévi.) 



REVUE DES ÉTUDES Jl IVES 

, Le trait final, dit Mussafia. rappelle le récit rapporté dans 

toBI Toul.IIIc, ..- 10. Oxf. Ml '<■ n»l. J'ajoute encore le me. 
Krernsmûnstem»*! chez Mn^sàfia. I. p. 946), ou ,1 est question 
d - une discussion entre Juifs et chrétiens sur la virginit, Mari, 

,.( ,!•■ la euérison d'un chrétien aveugle. 
Ce aui ressort de là, en réalité, c'est que les Jmfs eurent autant 

à souffrir de la fausse accusation d'avoir insulté des statues de la 

Vierge que de celle d'avoir percé des hosties. Ce crime a du être 
imputé Lore plus fréquemment aux Juifs car les host^se^en 
^servées dans les églises et il paraissaiinvraisembUbe que 

Juifs pussent s'en emparer, tandis que les statues de laVi, 
s'élevâienl sur la voie publique et il était facile d'accuser le mau - 

ait Juif d'avoir porté la main sur tell telle ^statue^ 1 est donc 

fort compréhensible qu'il y eût aussi des Juifs qui Axèrent leur 
StenSTaur le culte de la Vierge Marie Dn habile polémiste jui 
vit aussi à parler du culte de la Vierge et, à cette occasion ,1 
en, re les plus célèbres des endroits où on le pratique e les 
prinXales situes miraculeuses. Cet Allas de Marte ayant un 
ÏÏpour auteur est unique en son genre et offre un certain in- 
térêt au point de vue de Thistoire de la civilisation 

l 'auteur s'appelle Jona Râpa ' : nous savons seulement de ni 
qu'il vivait en Italie. J.-B. de Rossi "- croit qu'il vivait aVerce^ 
àrce Jona Râpa parle d'un usage ecclésiastique qui n'existait qu a 
Ve xel i La fausseté de cette hypothèse est démontrée par le a, 
LTle manuscrit de David Kaufmann, que j'ai sous les yeux porte 
1 Xtte suscription très lisible bien que le papier £gW| 
à cet endroit et que l'encre soit pâlie : *»» JW ** £ J TO 
r -. n n , 5n 8sn ntp n M3 Vt 1*tn nanra Btw, cl ou il resuite que 
V Van» habitait Casa'e 11 faut dire cependant que justement 
eno ïïï uSt^Tbien lisible dans le manuscrit. Ma leçon 
1 au néanmoins être la véritable et il ne reste qu'à examiner « 
rmd ationTlle-méme, qui est d'une autre main que le manuscrit 
esfexacT Jusqu'à preuve contraire, Casale doit être cons.dere 
r.nmmp 1p lieu de résidence de .loua Râpa. 

De R s et le seul auteur qui, à ce que je sache, se soit occupe 
d'uneCn détaillée de J. Râpa. En dehors de lu. je ne conna,s 

• Kv,„,, entoile ,„>,„ d'o* %£jZ££^^À&£ 

sujet M. Bran,, .Lus l'opuscule Do, Cent wj «g» », £» ^ ^ ceuI 

d . ,. <»-»î-^^^*^J'Jïïri.'ïïuta uou/bre q u, l'ont porté eu 

opéra satirica et inlamirtim». 



UN ATLAS JUIF DES STATUES DE LA VIERGE MARIE 85 

personne qui ait consacré même une notice à cet auteur et à 
son œuvre 1 . De Rossi mentionne son ouvrage sous le titre de 
Haggadah (îtwîi); ce titre provient du fait que l'auteur a donné, 
avec beaucoup de malice et d'habileté, la forme de la Haggadah 
de l'âque à son ouvrage de polémique dirigé contre le christia- 
nisme 2 . On peut s'imaginer aisément que son traité, écrit en 
un hébreu facile, en prose rimée, travestissant les phrases bi- 
bliques et talmudiques de la Haggadah , doit produire un effet 
très comique et qu'il est pénétré d'ironie véritable. Or, il a 
encore un autre titre, celui de dir:ET Q^d^dt }ki bv bisbs n&O. Ce 
titre, comme on me l'a fait remarquer, est inspiré par le pas- 
sage talmudique Megitla, 2 a, et a été choisi parce que 1 auteur 
parle d'une fête , de la Semaine Sainte et des Pâques chré- 
tiennes. Le titre lui même renferme donc déjà une allusion ma- 
licieuse et on le traduit imparfaitement en le rendant par « livre 
de polémique sur le temps, les époques, leurs époques ». Il faut re- 
marquer encore que "jet ne signifie pas seulement temps, mais 
époque de la fête, ou fête. — Il existe plusieurs manuscrits de 
notre ouvrage 3 . Le manuscrit le plus important paraît celui de 
Parme, qui est décrit par de Rossi, mais qui est introuvable 4 . Il 
en existe un dans la bibliothèque Bodléïenne d'Oxford 5 . Quant à 
moi, j'ai pu utiliser quatre manuscrits : 1° Le manuscrit Kauf- 
mann, à Budapest, d'écriture italienne, très bien conservé, 
format in-4°, ayant vingt-six pages d'écriture serrée mais fort 
belle, datant d environ trois siècles; 2° le manuscrit du Séminaire 
rabbinique deBreslau ; 3° le manuscrit du Montefiore-College de 
Londres 7 ; 4° la copie de M. Steinschneider de Berlin 8 . Pour le 

1 Ben Jacob, dans Û'Hao;-; "tJfcliK, n° 899, cite bien notre ouvrage, mais la note 
TillTi l^y est inexacte, car à cet endroit il n'en est pas question. 

2 C'est un titre satirique, parce que l'ouvrage traite précisément de la Semaine 
Sainte des chrétien?. Au sujet du titre ni^n donné à des ouvrages de polémique, 
cf. le ms. cite dans un catalogue hébreu de Husiatyn (Galicie), 1904, n» 917 : 

■ttiraba «bsa rmarba nos b©- man ims trbKJEio^n s-iïien to 

3 Voir Gtcinschneider, Letterbode, XII, 80. 

*• M. le rabbin Donato Camermi de Parme l'y a vainement cherché pour moi. 

5 Neubauer, Catal. of hebr. Ms., col. 766, n° 2221, 13, avec plusieurs autres mss. 

6 Zuikermann, Katalog der (Breslauer) Seminar-Biblwthek, Breslau. 1870, p. 12, 
n° 100 : DrP373T CPjttî *î73î bjf ÏTttrï, 29 feuilles, in-4° , écriture rabbinique ita- 
lienne. M. S. Horowitz a bien voulu collationner pour moi le fragment en question. 

7 Voir Jewish Quarterhj Review, XV, 454. Le ms., comme me récrit M. A. Ep- 
stein, a appartenu autretois à S. Ha.berslam (voir !"î73b'û nbnp, p. 41, cod . 234). 
— L e collationnement a été fait obligeamment par M. H. Ilirschteld, de Loudres. 

* Steinsc neider cite cette copie dans sa Hebr. Bibliographie, VIII, 150. Il ren- 
voie a Serapcum, 1853, p. 297; Jewish Literature, p. 127. Au sujet de l'époque de 
J. Râpa, M. Steinschneider dit qu'en tout cas il a vécu après 1380. Or, l'époque 
de la composition de son ouvrage peut être nettement fixée d'après un des passages : 



8fi REVUE IMCS RTUDKS JUIVES 

fragment publié ci-dessous traitant du culte de la Vierge Marier 
les variantes de ces manuscrits sonl tout 6 fait Insignifiantes ei ne 
valent pas la peine d'être relevées. Le morceau se trouve presque 
a la iin de l'ouvrage; en voici la traduction : 

a Telle est la Vierge et telle est sa nature ?). D ss extrémités de la 
terre jusqu'aux îles, son nom est grand parmi les bâtions. Dans 

chaque province, dans chaque nation, on lui Offre des dons et de l'en- 
c Q6 en l'honneur de ses exploits et de son sanctuaire. 

Ils s'agenouillent deVant la Madone d'Àtocha, en Espagne, disant 
qu'elle détourne le charbon et la rouille du blé ainsi que la grêle. 

Ils disent que, pour faire naître l'amour entre L'homme et la 
femme, il faut adresser des vœux a la Mâdoue d'Almeida % en Portugal. 

Le peuple de Bourgogne s'agenouille devant la Madone de Tournont 

Le peuple de Catalogne adore celle de la vallée de Vick. 

La Madone du palatinat de Sawtomir est adorée par tout le 
royaume de Pologne. 

Tous les Hongrois invoquent la Vierge du territoire de Strigonium, 

Dans le duché de Milan, ils ont fait leur reine de la Madone de 
Caravaggio, après avoir été obliges de renoncer ' à celle de Vural, qui 
a été sanctifiée par les Piémontais, auxquels elle est. échue comme lot. 

11 en existe une autre en Piémont qui est devenue riche et dont la 
renommée a pénétré dans tous les pays; on l'honore, on la célèbre 
plus que toutes ses voisiues et elle est plus grande. 

Une des plus grandes parmi les petites, c'est la Madone (YOropa près 
de Biella ; elle se dresse très haut, sur le sommet de la montagne. 

Bien que les trois suivantes n'aient pas le même renom que les 
premières, elles sont pourtant grandes parmi les notions, des prin- 
cesses dans les provinces : la Madone de Laghetta dans le comté de 
Nice, à l'une des frontières; la Madone de Moniovi, non à Mondovi 
même, mais dans un des faubourgs ; la troisième, celle de Mon- 
ferrat, celle qui est sur la montagne de Gerea (?) — Celle-ci a l'air très 
simple aussi bien par devaut que par derrière 2 ... elle n'est pas 
lavée, ses yeux ne sont pas fardés. — Ces statues ne sont pas posées 
sur de riches socles ; on ne brûle pas de cierges devant elles; on ne 
leur a pas dressé de table; on ne leur présente pas d'encens et 
d'huile 3 ; il ne vient pas beaucoup de pèlerins 4 pour les visiter, 

d"0»i»i mwa w'rcn tpva ht -d isnaK ï:s nat rr: naiN ann r^ an 
n:-w^ m'rnaN t*rrs "q 2-^ m tj irp:n o^a isaba z^y^i n:r- 

Celait donc l'an 1380 de l'exil; à ce c'tiitlre il laut ajouter les soixante-dix ans qui 
se sont écoulés jusqu'à la destruction de Jérusalem ce qui d m ne 1380 -(-70 = 14 

Toutefois nous verrons plus loii que J. Kapa a vécu environ un siècle oins tard. 

1 Peut-être le sens de la phrase est-il le suivant : après que la Madone de Yoral 
eut été endommagée. 

* 11 y a un passade que j'omets à cause do sa virulei 
3 Le sens du passade n'est pal très clair. 

* Le ins. Kauiinann porte O^SNTO (d'autres mss. D^JO")^ 1 caractérisé par deux 
traits, comme étant un mot étian^er. Le passage repose sur Ezécbiel, XXIII, 42, et les 
deux mots sont probablement a maintenir. Q'N-ID est-il une allusion aux Souabes? 



UN ATLAS JUIF DES STATUES DE LA VIERGE iMARlE 87 

comme il en vient chez leurs congénères, les grandes entre les 
graudes. On ne met pas de bracelets a leurs bras, ni de diadèmes 
précieux sur leur tête, comme aux autres. On ne fait pas pro- 
noncer par elles le jugement des femmes adultères ou des meur- 
trières \ car elles sont adultères* et du sang souille leurs ma ns. 
C'est leur horoscope et leur mauvaise étoile qui l'ont voulu ainsi. 
Cependant il ne leur est pas défendu d'être riches, d'être des reines 
et des princesses régnant sur des cités — beaucoup de malheur et de 
misère — on n'en connaît pas le nombre. 

Il est écrit au sujet de la Madone de Lorette qu'un jour, au temps 
de Barberousse, roi d'Alger, les nations tremb èrent et eurent peur 
que KalSi le général des Sarrasins, ne vînt leur faire la guerre et ils 
se réfugièrent dans les villes fortes et dans les villes ouvertes ; le 
pape donna des ordres et ils emportèrent l'or et l'argent. D'après 
l'estimation de trois cardinaux, de beaucoup de princes et de nobles, 
le nombre n'en était pas inférieur à un million et cent mille pièces 
d'argent. On peut en déduire, si la Madone possédait déjà alors tant 
de considération, ce qu'il doit en être de notre temps. 

De la Madone d'Atoca et de ses trésors, il est dit que les Espagnols 
ont compté qu'elle avait un million de ducats placé dans la Compa- 
gnie des Indes. 

Tel est le texte de ce fragment. On voit que Jona Râpa était 
bien renseigné et qu'il nous donne du culte de la Vierge tout un 
tableau dont n'avaient pas idée les savants auteurs chrétiens qui 
écrivirent une douzaine d'ouvrages intitulés : Atlas de Marie 
pour rendre compte de la grande diffusion du culte de Marie. Nous 
allons maintenant traiter de chacune des statues de la Vierge dans 
l'ordre où elles ont été citées par notre auteur : 

1. a^prjtf est la célèbre église Nuesta Sefiora de Atocha à 
Madrid, fondée en 1523, détruite en 1808 par les Français, re- 
construite par Ferdinand VII. Elle doit sa sainteté à une jolie 
légende 3 . 11 est important de noter que J. Râpa parle d'une statue 
de la Vierge qui ne date que de 1523. 

2. Almeida en Portugal est une forteresse célèbre faisant face à 
TEspagne. Au sujet de la statue de la Vierge qui s'y trouve, je n'ai 
pu rien découvrir dans les sources que j'ai à ma disposition. Ce- 
pendant J. Râpa mérite pleine créance. 

3. pTTJ doit se lire Tournon. On serait tenté, en raison du 
contexte, d'adopter la leçon de la variante qui indiquerait Tar- 

1 Râpa veut sans doute dire qu'on ne s'en sert point pour les ordalies. 

a Les femmes chrétiennes ? 

3 Publiée par H. Scherer, Atlas Marianus, Munich, 1672 (en latin, avec des cartes 
géographiques et la reproduction des stalues de la Vierge en question), p. 18. Un 
ouvrage plus ancien, celui de Gumpenberg, Atlas Marianus, Munich, 1672, ne m'a 
pas été accessible, D'ailleurs, M. Scherer en a lait de bons extraits. 



REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

ragona. Mai», outre qu'au rvi - siècle et en [talie, il n'\ avait pas 
lieu de transcrire ainsi ce nom, la mention de la Bourgogne s'op- 
pose à cette identification : pourquoi seraient-ce les Bourguignons 
qui adoreraient la Madone de Tarragone? Il faut donc, supposer 
(Hic fauteur a abandonné un instant la péninsule ibérique pour 
passer en France. Il y a justement en ce pays plusieurs localités 
du nom de Tournon. L'une d'elles, dans l'Ardèche, possédai! au 
xvii siècle une statue de la Viorne célèbre. Malheureusement 
Tournon, qui n'est pas loin de la Bourgogne, n'avait appartenu à 
celte province que dans le haut moyen âge. Eu l'ace de ces dif- 
ficultés, pour le moment insolubles, le mieux est de s'abstenir de 
toute hypothèse. 

4. Vich est une ville de la Catalogne. Elle est le siège d'un 
év^ché et a une belle cathédrale. Sa statue de la Madone ne m'est 
pas connue par d'autres documents. 

5. Le palatinatde Sandomir. Il y avait des palatinatsen Pologne 
comme en Hongrie; on désignait par là la plus haute dignité après 
celle du Roi, tandis que notre auteur entend par le mot italien pa- 
latinato une expression géographique, sans doute dans le sens 
du mot slave voïwodie, car Sandomir est la capitale de la voï- 
wodie de ce nom. On sait que maintenant le pays est sous la domi- 
nation russe et que le district s'appelle gouvernement 1 . On ne 
trouve aucune autre mention de la Madone de Sandomir, mais 
nous pouvons croire, sur l'autorité de J. Râpa, qu'elle a existé de 
son temps. Une autre statue célèbre en Pologne^ est celle de la 
Vierge de la montagne de Jasnagora à Czenstochau 2 , qui, selon la 
légende, a été peinte par saint Luc, honneur qui est partagé par 
beaucoup de statues de Marie. 

6. Immédiatement après la Pologne, notre auteur cite la Plon- 
grie. Il savait donc bien que les deux pays étaient, en quelque 
sorte, réunis en un seul ; à l'époque des Jagellons, où vivait notre 
auteur, l'unité politique existait aussi entre ces deux contrées. En 
Hongrie, il cite la ville qui depuis l'introduction du christianisme 
jusqu'à nos jours est sous le rapport ecclésiastique la capitale de 
la Hongrie et où le primat de Hongrie a sa résidence : la ville 

1 La ville est située dans le gouvernement de Radom. Ritter, Geographisch-sta- 
tistisrhes Lexicon, 1895, y place une Congrégation. La ville a donc, en tout cas, un 
grand couvent. 

* C'est une Madone noire, comme il en existe encore seulement une à Alt-Œtting. 
Cette Madone est décrite chez Scherer, p. 116 et s. Un ouvrage splendidement 
imprimé en langue hongroise et en français (A. Nyari, Le fournit des ermites dé 
Saint- Paul à Czenstochova et ses monuments d'art hour/rds, Budapest, 1901 nous 
renseigne très exactement sur le lieu de pèlerinoge de Czpnstochau. On sait qu'en 
1902 d y eut a Czenstocheu des troubles anti-juils. 



UN ATLAS JUIF DES STATUES DE LA VIERGE MARIE 89- 

ÏÏ Esztergom, en latin du moyen âge Sirigonimn, Strigonia, en 
allemand Gran. Le mot hébreu naâl», dont notre auteur se sert, 
correspond plutôt au latin Hnngarus qu'à l'italien Ungherese. 
Quant à la statue en question, il ne la place pas à Esztergom 
même, mais dans la région de cette ville, ce qui rend difficile 
l'identification de la statue dont il veut parler. Le fait qu'il y eut à 
Esztergom un culte de la Vierge peut être confirmé par cet indice 
que la grandiose basilique de cette ville est encore aujourd'hui 
dédiée à la Vierge Marie et à saint Adaibert. Il y avait une cha- 
pelle de Marie à Esztergom depuis l'an 1396; en 1512, le cardinal 
Bakâcs, archevêque d'E>ztergom, fit bâtir Ja célèbre chapelle de 
la Vierge qui porte son nom et qui depuis est devenue un lieu de 
pèlerinage très fréquenté 1 . Notre auteur peut avoir très bien 
voulu parler de cette chapelle. Mais si on interprète dans leur 
sens strict ses paroles « dans le territoire de Strigonia », on peut 
penser à une des nombreuses statues de la Vierge des environs 
d'Esztergom, par exemple à la statue miraculeuse appelée rosa 
mystica, qui était auparavant à Pecsenyéd (comitat de Sopron) et 
qui depuis 1697 est conservée dans la cathédrale de Saint Etienne 
à Vienne; ou bien on peut songer à la statue du lac de Ferto, qui 
est connue depuis l'an 1233 et qui a été restaurée en 1661; enfin, à 
celle de Marienthal, près Pre>bourg, qui est connue depuis l'an 
1330. D'ailleurs, il est évident qu'en Hongrie, le R> gnum Maria- 
num, les statues de la Vierge Marie n'ont pas manqué. 

7. Caravaogio, dans la principauté (mwn) de Milan 2 . Le 
culte de la Madone de Caravaggio commença précisément au 
xvi e siècle 3 , c'est-à-dire à l'époque de notre auteur. 

8. La Madone de Caravaggio commença à être en vogue, 
lorsque celle de Voral fut ou endommagée ou rendue inaccessible 
pour une raison quelconque aux habitants du Milanais. L'auteur 
fait allusion à un événement contemporain qui fut cause que les 
Milanais ne pouvaient plus se rendre en pèlerinage à Voral. Cela 
montre que Jona Râpa utilise dans sa polémique les événements 
les plus récents. Ce Voral pourrait être la province actuelle du 
Vorarlberg en Autriche 4 , qui est voisine du Piémont et qui était 

1 Chez Scherer, p. 109. Il existe aussi un Atlas de Marie en langue hongroise 
composé par le prince-primat de Hongrie P. Esteras (paru en 1690), clans lequel la 
plupart des statues de la Madone citées par J. Râpa sont, citées. Au sujet frEsz- 
terr/om, voir encore Jordanszky, Gnadenbilder. . . im Kœnigreich Ungarn, 2 e édit. 
Pesth, 1863, p. 17. 

s Milan était alors un duché ; depuis 1450 les Sforza y régnaient. 

3 KirchenUxicon de Wetzer-Welte, 2 e édit., Fribourg-en-Br., 1893, VIII, 856. 
Caravagyio est au^si cité par Esteras, p. 47; Milan chez Scherer, p. 37. 

k Voir Die Πst erreich-un'gariache Monarchie in Wort und Bild : Vorarlberg. 



«jii RE\ l '!■: DES ÉTUDlîS JUIVES 

bien connue de notre auteur, autrefois le Vorarlberg avait, d'ail- 
leurs, un caractère plus italien qu'aujourd'hui. Je ne puis déter- 
miner de quelle Madone l'auteur a voulu parler^ cardans le Vo- 
rarlberg, comme dans tout le Tyrol, il y a beaucoup de statuts 
miraculeuses de la Vierge ! . 

9. « Maintenant les Piémontais ont voué un culte à cette Ma- 
done (celle du VofCtt), qui leur est échue connue lot. » C'est encore 
une allusion à un fait local particulier dont je ne trouve pas 
d'autre mention. Peut-être veut-il parler de la Madoaa délia con- 
& laid de Turin. 

10. « Il en existe encore une en Piémont. » L'auteur la décrit 
comme étant très importante et célèbre. Elle parait être celle qui 
est désignée connue la Madone tYOropa. Oropa est, en effet, voi- 
sine de la ville de Biella, située dans la Haute Italie, comme l'au- 
teur l'indiqué (Ffcarab ï-mnpi). Cette Madone d'Oropa est aussi 
dépeinte comme une statue célèbre dans le répertoire catholique 
que j'ai consulté 2 . 

11. La Madone de Laghette 3 , dans le comté de Nice. Le comté 
de Nice appartenait depuis 1362 à la Savoie , c'est-à-dire à 
la patrie de l'auteur. Depuis 1859, Nice et ses environs appar- 
tiennent à la France. Outre le Nice français, qui est souvent nommé 
dans la littérature juive du moyen âge, on cite aussi dans la litté- 
rature juive la ville italienne de Nizza délia Paglia 4 . Toutefois 
J. Râpa n'entend parler que de la ville de Nice en France. 

12. La Madone de Mondovi 5 , dans l'ancien royaume de Sar- 
daigne, non loin de Nice. — L'auteur dit qu'elle n'était pas à 
Mondovi même, mais dans un des faubourgs ou dans les envi- 
rons. L'endroit doit être peu important et il est difïicile pour un 
étranger de déterminer de quelle Madone l'auteur a voulu parler. 
Un Juif de Marseille a copié à Mondovi un ouvrage de médecine 
en 14;4 et un autre ouvrage en 14o6 6 ; il y avait donc, à l'époque 
de notre auteur, des Juifs à Mondovi. 



1 Voir la carte de Marie chez Scherer, ibidem, p. 79 et p. On y trouve, entre 
autres, la slatue de la Madone près ae Trente (Tridenluin), dont il existait une légende 
disant qu'un Juif lui avait fait cinq blessures avec un poignard; les miracles qui 
eurent lieu a la suite de cet événement donnèrent à cette Madoue une très grande 
vogue. 

* KtrchenlexiciiH de Weizer-YVelte, ibid. 

3 Une localité située sur la Riviera de l'Ouest, dans le voisinage de Monaco. Je 
dois cette identification à M. Maigolies de Flwrence. 

k Gross, Gallia jndaica, Paris, 1897, p. 39-î. 

3 Dans le manuscrit Kauluianu, le premier passage porte l*nMfc, le second a le 
nom plus exact de "nTnST/S. * 

6 Gross, ibid., p. I5S3. Ici le mot est orthographié "i5nN"3ï73 et lirait S 172. 



UN ATLAS JUIF DES STATUES DE LA VIERGE MARIE 91 

13. La troisième Madone du Piémont est celle de Monferrat », 
située sur la montagne ri^-ip. Quoique le nom de la montagne 
soit vocalisé, je ne puis pourtant identifier celle-ci. Ce n'est que 
dans une vieille édition du Lexique statistique et géographique 
de Ritter, de l'année 1855, que je trouve le nom de Créa, qui pa- 
raît être une montagne proche de Moncalvo, ville située au nord 
d'Alexandrie. 

14. Loreto ou Loretto, célèbre lieu de pèlerinage dans le voi- 
sinage d'Ancône, qui prétend posséder la Casa santa. L'endroit 
est célèbre depuis 1295. L'église a commencé â être construite en 
1464; la construction en fut terminée en 1513. C'était, par suite, 
un des faits les plus récents que notre auteur ait pu connaître. 
Cette église l'intéressait, d'ailleurs, aussi au point de vue du 
judaïsme, car elle a de nombreuses statues des prophètes. On y 
trouve les statues des prophètes Ezéchiel, Jérémie, Malachie et 
de David. Son trésor est célèbre 2 . Ce que notre auteur raconte 
de ses richesses fabuleuses doit être généralement fondé sur la 
réalité. L'auteur parle aussi de l'importance du trésor à'Atocha. 
Le fait que l'église d'Atocha avait déposé un capital d'un mil- 
lion à la Compagnie des Indes offre un certain intérêt historique. 
Quanta l'épisode que notre auteur rapporte au sujet de Lorette, 
savoir qu'il avait fallu mettre les richesses de la Madone de Lo- 
rette à l'abri des déprédations des pirates barbaresques, le nom de 
Barberousse 3 et celui de son chef d'armée Kaïs \ prouvent qu'il 
est entièrement historique; mais les sources que j'ai pu consulter 
ne m'ont pas permis de contrôler le fait. 11 y a deux invasions 
de pirates auxquelles on peut croire que l'auteur a voulu faire 
allusion : en 1539, Chaireddin Barberousse surprit la forteresse 
de Castelnuovo près Raguse ; en 1543, il s'empara même de Nice 
en Provence 5 . Lors d'une de ces incursions, le monde catholique 
éprouva, dit-on, une terreur telle que le pape dut ordonner qu'on 
mît les trésors de Lorette en lieu sûr. 

1 Le ~r>m complet est Casale-Monferrato. Si notre hypothèse exposée ci-dessus 
est exacte, il s'agit ici du lieu de résidence de J. Râpa. Notre auteur pourrait donc 
avoir connu de visu le culte rendu à la Madone. La Madone de ce lieu s'appelle Beata 
Virgo de Angelis (Scherer, ibid., p. 32). 

* Voir ReaUncyclopâdie fur prpt. Théologie, 3 e éd., XI. 647. — Un autre ouvrage 
polémique, celui de Josué Segre (cf. mon article dans Hebr. Bibliogr.^ VUL 20) l'ait 
de celte Madoue la mention suivante : b*tZ3 TW& rOJir.a [niaïKn] "D^ &bl 
Y'û^Tlb (ms. du Monteûore-Co lege, c. 19, p. 30 b). 

3 Des deux frères Horuck et Chaireddin, qui portèrent le nom de Barberousse, 
l'auteur veut désigner sûrement le plus célèbre, Gnaireddin, qui en 1520 tut nommé 
pacba d'Alger par le sultan Séiim. 

* Plusieurs princes arabes portèrent ce nom de Kaïs. Je ne saurais dire duquel 
l'auteur veut parler ici. 

s D'Herbelot, Bibliothèque orientale, Paris, 16.97, s. v. Gezair. 



RFVUE DES ÉTUDES JUIVES 

La mention de Chaireddin Barberousse nous permet de déter- 
miner sûrement l'époque de Jona Râpa : il en résulte que cet au- 
teur a dû écrire son ouvrage vers L550 1 . Un fait qui concorde 
avec cette opinion, c'est que d'autres événements dont il a parlé 
doivent aussi se placer à peu près à cette époque, comme, par 
exemple, la fondation de l'église d'Atocha et d'Esztergom en 
Hongrie. Un autre événement qui eut lieu à l'époque de L'auteur 
fut le début du culte de la Madone de Caravaggio, après que la 
Madone de Voral eut perdu sa vogue -. 

Notre petit Atlas juif du culte de la Vierge Mari.' nous per- 
met non seulement de déterminer l'époque d'un auteur juif qui 
a\ait été négligé jusqu'à présent sans motif, mais il offre encore 
quelque intérêt au point de vue de l'histoire de la civilisation. 
Qu'il nous soit permis aussi de dire à ce propos qu'on devrait ces- 
ser de mettre sous verrou dans les bibliothèques les ouvrai 
juifs de polémique, car souvent on pourrait en tirer des rensei- 
gnements précieux. 

Budapest. 

S. Krauss. 



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ta© b? napia 7, c^72 s-raïai \wb^ îrx^ai rw*ia baai ta^aa 
msoa K^pia» 8 r-)iaKb ■nnntD" 1 yns &^d« ,naipa tais bsn rmw»n 
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MmNb ■nnrwn / r"p , WTiaaia *»ian u, p:maa xn ï-itûan bs i:nr 
"la^aNbNeaa rrONb w D*nnn©a /'M^aibMttttpa icm arn 12 p^i pa^aœ 
r-nsan bà d?d i-baiNn "pnnai /'«"«aibion mabaa ba 1G twhmwi 
T3« toéct net la^ban jet'ya "mparia , 19 mwnaa bwa nos 
ïirc^pn nnan "bfcnKnaia nrns non ^hisn nn» T"AKifinttpa 

1 L'auteur vivait donc à l'époque de la Réforme et peut-être fut-ce l'apparition du 
protestantisme qui le rendit si agressif à l'égard du culte de la Madone. 

2 La date de 1450, que nous avons trouvée plus haut, a peut-être été empruntée 
par Joua Râpa à un ouvrage plus ancien. 

:t M pan, Br;7i. I0 B6mab«a îtokït I6 M iT^çlispn, B ';n. 

* m nssn. " b st iiamaa. » m rrtrônaicn, b &to. 

5 m Si b. i» m r si îp-n. 18 m St D^aannan. 

8 Snao. 13 m n^anbaspatt). 19 m rnr» , ': , umoo, * l 

7 m. »* b st DToaa. rrvwnjo. 

8 st DUsb. 15 b "laNraNbaao, St 2n b st moiana. 

» m b st nn;n. lowwwDaiD. S1 m b st bfirvna©. 



UN ATLAS JUIF DES STATUES DE LA VIERGE MARIE 93 

nno^i 2 '♦aaïa^saiB mn» *n*i .b-ma ûmb» nbaa ^a * trûMWsri 
r-nap'an ba?a mriao'n ï-maa n i ma*H7an baa 'pin nwai h^n 
r-im-vi 3 n(d)3ihn na« ton maapaia Fibvwin "ja nbma n'tîi 
«b nb« tab© D'an ,Nb"»:?bi t^ïb^ab nnrr œ&na na*a"p nth k î-rb^ab 
ï-rap«n mn):3 7 nnffl û'naa • man maiia&na 'tara dnb nap 
"•mttlnm tnsîm 10 m-rsE» ^nsa M3rvj *h •nsbipa n^N 8 EraKba 
nwcm rmsa in s: — r-»ii:-ia?a7a '«a Mba wn "^mv^n xb 
son navas nabn ï-iN^-ip nnn b3>;a nm« ton '* "la-PsaiHaTû 
«bia imbiba baa naaa «biai "jï-pmaTn tai:?' 1 » narrai »b© rp-intfbi maab 
■jmva mai "jrpa* 1 ? abnai nazm «btzn imbnna iti va an 'jrr'ra ia?7a 
innapi irpsab "jn* inboi mpbn m-ian rmaa ï-ran b? *a-a^ aboi 
■jn^bs pmp» 13 [ïrama] ûtn aiiT: û"»03N i«a abioi ■jmba "ina pTsci 
■p^rox 173a t**bçj !i7j ^mmbinaaiD mbi-wn ^ww^ bazN nabn -ions 
s^sbia ^jD72 D'an irm-nanb iiasa jrpiDfin by u m«ôn nncaan ■jït»^ ba 
■jrp*pa an ïi3n hiDfcna ^a "jmaaa dt maava asotti mafcna aDO?a las'aa 
laaaa xb pnt baai pb wia an- ■jbïai "jrmaia bia iaa7j'a Mba 
t-imati m an t-nan rmvxn ba» nvisn r-nabin pito^ rmnbia 
nn« aa'Dp ,s -iaa"mba s-imn ba aina M£tt"H ,mnso vn Mb *a 
***big û^btfaïa^nTa ,6 o"^p estas Ta -pabtî ^b?a ndh Manaa wa 
taba û^n-na vm D"ôm ùwn D^ian ba -prs Diana ïrpba» nby» 
ta^bai ann tpa ûa73 "icrsnm -iTs , 'Dsn îmxi ûibasi -13*373 *nab 
Taan s-™» D^anbôô û"<a-i.û , nun a^aan rvaba ""sa ûïrmpo i-ïb«i 
i-naa ïTnawrp n^am rr?ai 17 V'pi b"»abN tjbs» ^nwS ba t]oa s^iai 
n^N by\ i r;7aai r;7aa nn« ba nin pra r:7jpi nw-n baiiï msa 
m-nan ^i^a nb ©•*© inaa û^ma&n ïrriTnsnN bai 1173» M^piaa 

...mNiai ïiNW anT M^-ia-'^rr nma 

» B Si '>o^aa"i7a^an. 7 M in», " St;KB d""aNio. 

* B st r Da w- * M B-ÙNbT. u K B n"n. 

3 M Nsim». 9 b St Tiitaaipa. I5 b st ramba. 

*MnbwS"»ab,stnbn^ab. ,0 b st ïrn^atnja. ,6 k d^? Ba^n a^p. 

5 m pb ûttï. "MB ^anaiTa. 17 =n?3im bpi. 

6 M ^nan. 12 b st iaN-i- , aai7aau5. 

Ms. Kaufmann (== K) ; Montefiore- Collège (= M); Breslau (— B); Steinschneider 
(= St). 



ÉLÉGIE D'UN POÈTE JUDÉO-PERSAN 

CONTEMPORAIN DE LA PERSÉCUTION DE SCHA1I ABBAS II 



Grâce à ta narration poétique de Babaï, publiée par M. Selig- 
aohn ', nons connaissons les circonstances dans lesquelles, sous le 
règne de Schah Abbas II (1641-1666), l»s Juifs d'Ispahan furent 
contraints de devenir infidèles à leur foi et de professer 1 isla- 

La poésie dont nous publions ici le texte et la tr. 1 lotion 
iette quelques lumières sur l'état d'âme des Juifs persans forces 
d'apostasier. Elle se trouve dans un recueil de manuscrits taisant 
partie de la précieuse collection Elkan N. Adler (il porte, le 
n°341. et n'a pas encore été mentionné au nombre des manus- 
crits décrits par le possesseur lui-même), et qu'il a achetés à le- 
héran et à Bokhara. Notre poésie figure deux lois dans le ma- 
nuscrit : p. 1536-1546, et (d'une autre main) p. 16Ja-164a. a 
première l'ois sans titre, la seconde fois sous ce titre : a WW 
' on voit par les strophes 38 et 39 que l'auteur s'appelait en 

effet Hizkia. Le titre lui attribue la qualité de « Molla » ( a - 
tfrm) et l'épithète OîiK, ce qui ne peut évidemment être autre 
chose que =,:,, le mot qui désigne aussi les Marranes espagnols . 
Dans la deuxième copie manquent les dix donnera strophes 
ainsi que les strophes 18 et 19. Que cette élégie ait pour auteur 
„,, me mbre de la communauté d'Ispahan contrainte d embrasser 
L'islamisme sous Abbas II, c'est ce que je conclus de la strophe sa 
ou il est brièvement raconté de quelle façon les Juifs, au nom 
desquels le poète se lamente, devinrent des Mabometans : « Ils 
nous ont chassés de la ville » ; c'est littéralement ce qui est rap- 
porté dans le poème de Babaï [Berne, XLlV,244et smv ), sur la 
; iimli( ,, t , perfide dont les Juifs d'Ispahan turent convertis. « Ils 
nous ont recueillis avec violence » est également un résume de 

■ Revue ,les Éludes juives, t. XL1V, 244-2K9. 



ÉLÉGIE D'UN POÈTE JUDÉO-PERSAN 95 

ce que Babaï raconte sur les circonstances dans lesquelles on 
contraignit les Juifs d'Ispahan expulsés à se soumettre au vizir 
tyrannique. 

Mais si même l'élégie de Molla Hizkiya ne se rapporte pas 
aux Juifs d'Ispahan contraints d'apostasier, elle nous ouvre un 
jour particulièrement saisissant sur le lamentable état d'âme dans 
lequel se trouvaient les Juifs persans, comme ceux d'Ispahan, 
qu'atteignait une semblable destinée. Le poète Hizkia, que la 
persécution religieuse devait frapper deux fois en sa qualité d'an- 
cien Molla, c'est-à-dire de docteur de la loi, n'épancha pas seule- 
ment sa propre douleur, mais encore celle de ses compagnons 
d'infortune dans son poème sans prétention, mais si impression- 
nant malgré sa monotonie. 

Les quarante strophes de ce poème ont toutes, contrairement 
aux règles, le même mot comme rime finale, et ce mot sert au 
poète à désigner l'état religieux intolérable dans lequel il se 
trouve ainsi que ses compagnons d'infortune. C'est le mot \-n 
"^Nums [dîa pareschânî) « perturbation de la foi », qui caracté- 
rise très nettement le conflit entre la religion imposée par la con- 
trainte et celle qui est toujours fidèlement conservée dans les 
cœurs. Au surplus, il prononçait et écrivait ce mot, conformé- 
ment à la particularité bien connue du judéo-persan, avec la syl- 
labe finale « uni », au lieu de « ânî ». A la place de 'pn (dîri), il em- 
ploie quelquefois l'autre mot qui signifie religion : rrô (schar 1 ). 
Dans les dernières" strophes le mot faisant rime est souvent rem- 
placé par le mot ^attaboB {musulmânî), ou plutôt, d'après la pro- 
nonciation que nous venons de signaler : ■rçittbs» (musulmûnî), 
qui signifie : islamisme, mahométanisme, et avec lequel rime, dans 
dans la dernière strophe, le nom du judaïsme (^swnïT 1 )'. 

Le rythme des strophes , dans lesquelles les trois premiers 
hémistiches riment entre eux, est fort simple : sept syllabes à 
chaque hémistiche, sans mètre particulier. 

Quant au contenu de cette élégie, elle n'a à proprement parler 
qu'un sujet, qui est exprimé dès la première strophe : l'intolé- 
rable pression exercée sur les âmes par la persécution religieuse, 
et le désir ardent et impatient d'en être délivré. Mais le poète ne 
s'est pas entièrement défait des formes traditionnelles de la poé- 
tique persane : il entre en matière par une invocation à Dieu 
(strophes 1-3) et termine par l'indication de son nom (str. 38- 
39), mais il ajoute, à la fin de son poème, une strophe (40) qui sort 
de ce cadre et où il résume à nouveau le thème principal. L'in- 
vocation est suivie de celle au Prophète (str. 4-6), à la manière 
musulmane, mais c'est le prophète Moïse, dont les héros de 



96 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

l'élégie idéclarenl la nation. Les plaintes sur la persécution re- 
ligieuse déjà sensibles dans les strophes d'introduction, éclatent 
violemment à partir de la strophe t. C'est aussi bien la perte des 
bienfaits delà roi, dont les . nouveaux croyants», ainsi qu on 
appe l di , aussi en Perse ceux qui étaient contraints d abjurer e 
judaïsme, devaient se passer, que le désespoir provoque par la 
lamentable situation on se trouvaient ces malheureux, qui 
,,,,„,,. i „ expression dans cette élégie. Us n'ont plus la rora, 
le Sabbat les fêtes, la paix (désignée par son nom hébreu) ni 
école, ni maître, ni Jour de l'An, ni le Jour du Pardon m chet, 

„i guide; ils sentent qu'ils sont de véritables) ireanta. U aut 

.,,;;„,. ,'ils entendent leurs nouveaux coreligionnaires leur 
reprocher qu'ils n'apprendront jamais la foi musulmane str. i- . 
Us sont devenus semblables aux Guèbres si méprises'; en pre- 
nant ie tt om de Musulmans, ils ont perdu le fondement en nu 
temps que le câract re de leur propre foi (str. 16). Comme Us 
vont Mahométans extérieurement, mais Juifs au fond du cœur, 
ils trafiquent de la religion (str. '21 . et ils trouvent mauvais 
d'avoir acheté la vie au prix de la contrainte religieuse str. 1-. 
11 est grand temps que Dieu les délivre de cette situation (str 25); 
Us songent eux-mêmes aux moyens suprêmes et désespères pour 
s-en aff anchir (-str. 26). Leur condition extérieure est bien amen- 
table (str 21>. Mais ils ont un souhait, c'est d'être libères de cette 
f0 i , ui leur a été imposée et aux formes de laquelle ils sont obli- 
gés de s'accommoder, le poète traduit par différentes images e 
mépris de soi-même qui le couvre, lui et ses compagnons de mal- 
neur (str 15 18 22 28. 31). 11 se plaint de ce que leur ancienne 
fidélité au judaïsme, qui avait donné de si belles Heurs, a été ré- 
compensée par la violence dont les Mahométans ont use envers 
eux str 38). Jetant un rapide coup d'oeil en arrière, le poète de- 
cri, de quelle manière ils ont été contraints d'apostasier et de 
livrer la Tora, l'âme de leur cœur (str. 33-34,. Ils éprouvent 
,,,,;, la dépravation intellectuelle que leur a causée la contracte 
religieuse (str. 35 . Quand ils considèrent le chapelet (tasbih), dont 
le Musulman en prière égrène entre ses doigts les perles de verre, 
ils ne peuvent s'empêcher de songer tristement aux pierres pré- 
cieuses qu'ils ont rejetées en échange (str. 36) Et le poème se 
termine par cette parole qui est, pour ceux-là mêmes qui en 
sont l'objet, d'une ironie perçante et presque trag.-comique . 
après la perte de notre religion, nous sommes aussi hideux qu un 
âne à qui on aurait dérobé la queue. 

' Voir i nue, XL1V, 2S1. 



ÉLÉGIE D'UN POÈTE JUDÉO-PERSAN 97 

Dans les strophes finales, dont nous avons déjà dit un mot, le 
poète déplore sa propre destinée dans une invocation à Dieu et 
dans une antithèse épigrammatique qui oppose les deux reli- 
gions, l'Islam, qui jette du venin, et le Judaïsme, qui donne un 
vin délicieux. — Nous nous plaisons à imaginer qu'il fut donné à 
ces Marranes du xvn e siècle et à leur poète Hizkia, que nous 
avons ainsi appris à connaître, de revenir à leur ancienne foi. 



En reproduisant le texte de cette élégie, j'ai indiqué en note les 
variantes tantôt de l'une, tantôt de l'autre copie, en même 
temps que l'orthographe ordinaire des mots qui ont dans le 
poème une orthographe différente, conséquence d'une prononcia- 
tion différente. Seule la prononciation « uni » pour « âni » à la 
rime et même ailleurs — prononciation dont j'ai déjà parlé — 
n'a pas été indiauée dans les notes. Enfin, la langue de notre 
poème offre en: re quelques particularités de moindre impor- 
tance. 

W. Bâcher. 

Budapest, février 1904. 



[£*opîn '?2 orna] 

1. 

^nrn im l -iMwa N*n -p iwn n*e frVN 

3 ^:n^-) S 1V7 *pj* ■«ma i^a ?>ïtt non 



pbfcô ïa-in pbâ na ptsn -win t^^bN 

-oiia'ns "pi fN p-«b i"iD70 in ?>îrj -n 

3. 

* liwnb -fbD "pi * ïifcm ifthn ?>ii-!NbN 

->3TanB nau; ïk 6b j*)72-iT voa in ?>n nu 



1 = *iM&«3">a. 



3 ■OTCJ'HD = ,, *JN' , D" , ' ,, 1D- Cette dernière manière d'écrire ce mot se rencontre par- 
fois, dans l'une ou l'autre copie. J'ai mis partout le waw pour établir uae certaine 
uniformité. Le mot forme un composé avec ■p'-j. 

4 = iNam- 

T. XLVJII, n° 95 7 






HKVUK bES ÉTUDES JUIVES 



ers t» 3 ^ "in ^^5 






p-sn ■niwia *i-^ T ^ 



ivva w-^2 nn ni t**H 






û*w*©i 8 natif*! 






ûTSinm 7 nara *a 
a->PN?a v.a na nnoa^fi 



■vjwib ri w 
■qwid 17 n« tn 



9. 



10. 



û-n^ ï i 8 na?:^ n a 

ûi»êO n ai t0 blbtt ^a 
apaisa r<; na M s'ra 

û^Vtifli ana?: *a 

10 B^TÛ-tf 1B»5 ^^ 



, _ WD ou Oa^D (Ï^B, ÏJDi envoyé). 

3 = na. 

» Var. IttlN, lis. rVQIN- 

s Var. naia"H ; =r»8TH- 
7 = naTa. 

s — Jl33V3i Sabbat. 

9 = ■janb. 

'" C'est le mot hébreu. 

i« = rwsm. 

H Dans les deux ms?. : N72- 

M _ ninli nl3nl , conveniez, dignus, aplas (Vullers, I, 

" Vdr - ?^? ? '' ** f n ar erreur WU, comme plus haut 051» - 015«l- 

»• C est hébreu ",W!l (par eneur n/J m» ^ 

» Var. n r» A ï. s.,o„he 9 le second m, a -«O a la place de V l ;iK* 

3= ante • 



ELEGIE D'UN POETE JUDEO-PERSAN 
11. 



99 



tournai 2 ai3pN3 
laiians th 11 



Dini3i25 trna m 
^ittbo» pi tn 

tanwûiNi 3 nt5 ^3 

4 131125ns 5*1125 ÎN 



dnas i-i npNU -«a 

5 i217ab073 noi TN 



ania n bia 7 n^Tan 

131125ns 10 5-1125 ÎN 



tanaa "jik i-ifcii iïin 
isittbdtt n i?:N3 



D^Tais finira dia 

1311251-1S 13 51125 TN 



aii25iaia natta il 

13IS12511S 51123 ÏK 



12. 



13. 



14. 



15. 



16. 



17. 



L8. 



t=P3i1 131 'aïlîtt 13 

tnamia 12a la^ia 



Ù1T111131 ïitii 13 
tairais m 1211a 



fcan&«101N1 11251173 13 

ûii«i25N3 isnd n^n 



dnaa ïiss M7a!i in ia 
tanais yi£ ïraïi "jNina 



6 dniim a^an n 
9 dni7a iTan nnoans 



dnarïa m i«it5"»a 13 
canari lia 10 13 



tai3i\a m bi 13 
n tarsfrom na noia -pa 



dii25ia m mil ^a 

tail23l3 m 125^3 ^3 



I = am?a. 

' Dans les deux tnss. : bspNS- 

3 Var. ira. 

* Var. i31?3b053 *p1 TN. 

5 Var. "^31125113. 

6 Var.[dni3i31. 

7 Var. Ili^ïl. 

8 Var. CP51313. 
» Var. di51!d. 

10 Var. -pi p8 TN. 

II Var. ">73ia. 

11 Var. di313^n !l£ !inOi3 V 3 - 
13 Var. 1N125; voir p. 98, note 17. 



Mi 



HEVUE DES ETUDES JUIVES 
19. 



1 d^tt*? ïh»m V" 1 ™ 



:^:m^ ri -n 

ta^olmiM 8 m 1-1 t« 

^vibott trrD "pi r^73 

• ^3T«î)^S non Ti* 

Z h .-\xn£n:> rûb 10 bail 



20. 



21 



22, 



23, 



a^"i3«pl i-ins? -q 
ami nyai ©"n bi 

3 n^7j ifca pnbwS 

fcraaa *a 6 abap t^Ta 
8 D'wa'na nbttna f<7û 






ta-mi t>ma riwsn tn 



■n&o rrott nn pain 

■^i73bo73 T r^nNtt 



■«W1B l5 ani2i tn 



25, 



•.'.0 , 



û^ism i-inoa in 
D"m3 ^i "imn "»a 



*-iNaJi ris in nsos 
■n» ïrpa na nonpi 



1 m?, a^a-pa, 

» Var. tf-,nJ<T. C'est l'arabe fcnïINM. 
» = D^N73. 

K Var. D^CnS"^- Ce v erbe, qui signifie « daaseï », paraît êlre employé ici dans 
le sens de : montrer quelque chose par sa conduite extérieure. 
5 Var. m. 
11 Var. qbfitp. 

7 = d^WDVX- 

8 = D^asa^na. 

9 Var. ^i?ûb072- 

10 : - ban. 

11 Mot hébreu. 

'» Var. -,N'w. 

» J Var. DinD^Tj"! Û^TKB^W' La réunion de ces deux verbes (proprement : brûler 
el faire), formant une expressi tu qui est une espèce de jeu de mots, n'est pas men- 
tionnée par Vullcrs. 

" Var. nata, 1. ntfsa. 

15 Var. -,N'w 



ELEGIE D'UN POETE JUDEO-PERSAN 

27. 



101 



tsn-iN ^ irrsaa *p 
•^iiïma 3 3nia -n 



ta^snatûn s-t^no ^a 

7 m73b073 POT TN 



û'n» 9 r^nsa nsiaia t^73 

12 na^p a^a baba» 
■rçifcboaa ta^Dia pi 

Û*33ï TlS 15Î1» pi 

■»3iî3?o» pi ^ 2 

D-ma 15 t^uîa " îid-du: s«<73 

n 3173b073T \^1 "W 



pna "1153 < 8 s-ra t^nNtt 



28. 



20. 



30. 



31 



32. 



33. 



o^np 11 !-n3n pbn s^n 
1 fca^n^ in rran ni pi 

4 û^ba ra nbm pi 
6 û^-i73 5 n^bn tï3« 

tmKT 8, |N:iD[l] Ï1N r<73 
C^NT13 ^733 TD l0 nD3 

rama i&m " ntnb nïi 
13 napvi -jaiaa }«} bn 



taw ^ïi fana pi 
a^abifcn nb^n^ ^73 



ts^Ti» pn mon tn 

D^TT13 pN73i 16 ïïm? 



pna 17 "jfcrpa ^73 nma tn 
pna TiTa nspbtf 



1 C'est l'arabe p^p, aes alienum. 

* Var. a^Tlb. ï")y est l'arabe p"*)3', peut-être dans le sens que Johnson exprime 
par cette périphrase : running with cxtended neck (courir le cou allongé), ce qui 
s'applique très bien au chien de chasse. 

3 Var. "INU}. 

4 3na— aba. 

8 aibta. 

6 Var. D'Umfc "6bn nliN- 

7 Var. la-nai-is SHE ÎK- 

8 Var. ^h. 

9 = Nia. 

10 Var. na. 

11 = arabe îlifib. 
lî = arabe na 1 ^, 
13 = arabe naJH. 
" M*. : mi31D. 

15 = wa. 

16 ni* = arabe y^y. 

17 = p-pa. 

18 Probablement la même chose que ïrÎ32i = ïlî" 1 ^. 



102 



REVUE DES ÉTUDES JUIVKS 
34. 



■9W1B SHlO TwS 



pEfiN n«aa f*E T. hs oa 



ûtûko t^pirn^-ia 
- i ;-)7abo7û maori 



tzi:} m^ 3 na T^a ma 
■'îw-ib antt m 

n "w^D y nia twS 



D»«5oa« *pia iisas 



■rçanvp pan th 



35, 



36. 



M 7. 



38. 



39, 



40. 



DP 



■J83 T2 t^î-i rtttM SFlKl 
n«tn lime n^nD 

pbai7: û"»Tiia iêhn: 



tevôfinr» non na 



taia t**-i ma v~ ta^nna 
4 Dm ^a na 'na Savixt 



■^fcWÈtt [in] ï*n 036» 

5 w» nmrp r*rpm 



ù7:«ï t^prn rvwa 
a:«» v co mi rrna t« 



fcawwna imt i-ioko rtc^a 

aoi:*^ *"£ naxa no«a 



Traduction. 

(1)0 notre Dieu, tu es unique, incomparable et inimitable ; mets 
sur notre lôle une fin à cette perturbation de la foi. (2)0 Dieu, tu 
nourris toutes choses; tu es !e créateur des créatures, ne laisse pas 
se prolonger constamment sur nous cette perturbation de la foi! 
(3) Dieu, tu es le Très-Miséricordieux, tu commandes aux sphères 



* Peut-ôire à dessein pour 'J&tmp» « Coran ». 

3 = ni [= "pi • 

♦ Ms. DÈTï. 

• Arabe DN315, idole. 



ÉLÉGIE D'UN POÈTE JUDÉO-PERSAN 103 

célestes, donne- nous la guérison de la perturbation de la foi ! 
blousa 1 , tu es son envoyé, ta poussière vaut mieux que du feu; 
oh ! tire-nous de cette perturbation de la foi. (5) Tous, nous nous 
consumons dans l'attente de la bienveillance du frère de Haroun ■ ; 
oh! tire-nous de cette perturbation delà foi. (6). . . . . . . \ 

nous sommes la nation de Mousa ; nous sommes insensés et fous 
à cause de cette perturbation de la foi. (7) Nous sommes sans gloire 
et sans Tora , nous sommes privés de fêtes ; nous sommes sans 
cesse consternés sur nous-mêmes à cause de cette perturbation de 
la foi. (8) Nous sommes sans sabbat et sans jours de fêtes, nous 
frémissons comme le saule ; nous avons subi beaucoup d'oppressions 
à cause de cette perturbation de la foi. (9) Nous sommes sans paix 
et sans nom; nous sommes dévastés et dans des pièges; malheur, 
car nous sommes sans protection contre la perturbation de la foi ! 
(10) Nous sommes sans école et sans Molla, nous ne sommes pas 
dignes de Dieu ; nous sommes entièrement des mécréants à cause 
de cette perturbation de la foi. (11; Nous sommes sans doctrine et 
sans croyance, nous sommes en disgrâce et égoïstes ; on dit que nous 
sommes de nouveaux croyants dans la perturbation de la foi, 
(12) Nous sommes sans jour de jeûne 4 et sans Jour de l'An, jour et 
nuit nous nous répandons en lamentations ; on dit que nous n'ap- 
prenons pas cette foi de Musulmans. (13) Nous sommes sans guide et 
sans maître, sans dignité et sans direction; nous sommes tous des 
mécréants sans joie à cause de la perturbation de la foi. (14) Nous 
sommes sans religion comme les païens; nous sommes sans force 
et sans patience, nous nous répandons en plaintes, semblables 
aux nuages, à cause de la violence du Musulmanisme. (15) Nous 
sommes sans protection et sans pudeur, nous sommes comme une 
rose sans parfum; nous pleurons sans cesse à cause de la pertur- 
bation de la foi. (16) Nous sommes sans signe et sans fondement, 
tous vains comme le vent; nous nous sommes mis sur la tèle le 
nom du Musulmanisme. (17) Nous sommes sans cœur et sans âme, 
nous sommes privés de la loi 8 ; il n'est pas bon que nous soyons en 
vie, à cause de la perturbation de la vie 6 . (18) Nous sommes sans 
œil et sans oreille, en futilité nous sommes des lièvres ; nous 
avons des aiguillons et pas de miel à cause de la perturbation de la 
foi. (19) Nous sommes sans guide et sans loi, nous sommes tous dé- 
pouillés de la foi, d'un cœur blessé et d'un esprit saignant à cause 
de la perturbation de la foi. (20) Quoique nous soyons extérieure- 
ment Musulmans, dans notre cœur nous sommes Juifs; certaine- 
ment, nous ne ressemblons aucunement aux Musulmans. (21) Nous 

* Moïse. 

* D'Aaron ; le frère d'Aron, c'est Moïse. 

3 Cet hémistiche est pour moi inintelligible. 
'*■ Allusion sans doute au Graud-Pardon. 

5 Le poète veut parler de la loi divine, de l'ensemble des Miçwot. 

6 C'est-à-dire que nous devons notre vie à l'apostasie. 



104 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

faisons voir tous l'Islam extérieurement, nous ne tremblons pas de- 
vant le jeûne 1 ; nous trafiquons tous de la foi, quand nous agis- 
sons comme si nous étions des Musulmans. (22) Nous sommes 
des moules sans ame, nous sommes semblables aux faibles four- 
mis ; nous sommes tous sans exception pleins de gémissement à 
cause de la perturbation de la foi. (23) Nous sommes impuissants et 
malades, nous sommes pris dans la mauvaise fortune ; l'oppression 
est coupable de ce que nous avons livré notre ame à la foi des Mu- 
sulmans. (24) Notre corps est enchaîné, nous sommes affligés, nous 
sommes éloignés du chemin de Dieu; nous sommes sans Tora 
et sans lumière à cause de la perturbation de la foi. (25) Dieu, toi 
qui es tout-puissant, use de clémence envers nous! Il est temps que 
tu nous fasses sortir de la foi des Musulmans. (26) Nous sommes 
pleins de débordement et d'agitation, nous voudrions mettre le feu à 
nous-mêmes, nous voudrions nous jeter daus l'abîme à cause de la 
perturbation de la foi. (27) Nous sommes enfoncés jusqu'au cou dans 
les dettes, nous ne valons pas une obole; nous sommes occupés, 
comme un chien de chasse, à une course continuelle, à cause de la 
perturbation de la foi. (28) Nous sommes comme un arbre sans feuil- 
lage, nous sommes sans protection et enveloppés par les ténèbres ; 
nous sommes en quête de la mort* à cause de la perturbation de la 
foi. (29) Nous entonnons des plaintes et des lamentations : nous vou- 
drions produire des fleurs 3 , nous ne voudrions pas faire venir sur 
notre tète cette foi des Musulmans. (30) Mille fois dans chaque in- 
stant nous maudissons l'Islam ; le cœur et l'âme ne le désirent pas, 
quand nous agissons comme si nous étions des Musulmans. 
(31) Gomme des unes, nous sommes perclus, comme le fer nous 
sommes pleins de rouille, nous boitons tous à la suite de la foi mu- 
sulmane. (32) Nous sommes presque morts de nous consumer dans 
l'attente de la foi, nous avions donné des fleurs * ; en revanche nous 
avons reçu des coups de massue, malheur, malheur! delà foi des 
Musulmans. (33) Ils nous ont chassés de la ville, ils nous ont recueil- 
lis avec violence; en un mot, ils ont fait de nous violemment des 
Musulmans. (34) Nous avons tous battu au vent l'âme de notre 
cœur, la Tcra ; oh, gémissements, mille fois autant de gémisse- 
ments, à cause de la perturbation de la foi! (35) Nous sommes de- 
venus tout à fait ignorants; il n'est personne parmi nous qui ne soit 
devenu sot; nous disions que c'est sûrement le Coran musulman B . 
'36) Nous avons perdu notre pierre précieuse*', nous avons gagné en 

1 II semble qu'il s'agit ici du jeûne mahométan de Rumadhan, jeûne qu'observent 
également les Mahomélans malgré eux. 

* D'après l'autre version : « Nous croissons en amertume ». 

3 Voir strophe 32. 

'* Quand nous éiions encore des Juifs fidèles, l'arbre de notre piété portait de 
riches Heurs. 

3 Ils attribuent la perte de leurs aptitudes spirituelles à l'étude forcée du Coran. 

6 La vraie foi, ainsi désignée ici par opposition au chape'et dont les perles de 
verre représentent les doctrines de l'Islam. 



ÉLÉGIE D'UN POÈTE JUDÉO-PEKSAN 105 

échange des perles de verre, nous avons jeté sur notre main le cha- 
pelet musulman. (37) Nous avons perdu notre foi, nous l'avons jetée 
à terre comme des grains d'orge et de froment ; nous sommes hi- 
deux comme un ane sans queue, dans la perturbation de la foi. 
(38) Tu 1 es l'àme de mon âme, tu es la guérison pour ma douleur; 
Hizkia est devenu un vagabond sans repos à cause de la pertur- 
bation de la foi. (39) Mon nom est Esclave Hizkia, à présent je suis 
un cheikh des idoles 2 ; j'éprouve des regrets à cause de la pertur- 
bation de la foi. (40) Coupe sur coupe, je bois du poison de la main 
de l'Islam ; puissé-je, coupe sur coupe, boire du vin de la main du 
Judaïsme! 



'. Invocation à Dieu comme au début du poème. 

* Il avait été jusqu'ici un docteur juif, un cheikh de la vraie foi. — M. Noe'dekc me 
fait remarquer que le titre de ÛfrW^btf '^" , U5 est une altération intentionnelle de 
DNbOiÔN ""PtiJ, qui montre que le savant devenu Musulman malgré lui avait reçu 
dans sa nouvelle confession une dignité ecclésiastique et pouvait se dire « cheikh de 
l'Islam ». C'est cette appellation qu'il altère en « cheikh d J s idoles », 



LES JUIFS DE HORBOURG 



Horbourg, village situé à proximité de Colmar, est, selon la 
plupart des savants, l'Argentovaria des Romains. C'était à l'é- 
poque romaine une des cités les plus importantes de l'Alsace; elle 
devint plus tard le chef-lieu du comté de ce nom. 

En 1324 les comtes de Horbourg, Walther IV et Burkhard II, 
vendirent leurs possessions en Alsace à Ulrich X, comte de Wur- 
temberg. En l'année 1397, le duc de Wurtemberg, Eberhard-le- 
Jeune, joignit à ses terres le comté de Montbéliard, que sa femme 
Henriette lui apporta en dot. A partir de ce jour la ville de 
Montbéliard devint le chef-lieu des terres que le duc allemand 
possédait en Alsace et en Franche-Comté; ce fut à Montbéliard 
que s'établit la Régence, et de cette cité partirent les ordres 
adressés aux habitants de Horbourg et de Riquewihr. Au 
xvi e siècle, la Réforme fut introduite dans les Etats de Wurtem- 
berg. Les villages alsaciens embrassèrent les doctrines d'abord 
de Zwingli, puis celles de Luther l . 

Le seul endroit du comté de Horbourg où la permission de 
résider ait été accordée aux Juifs, au moyen âge, semble avoir 
été Riquewihr. Ce village, renommé surtout par ses beaux 
vignobles, est cité, en effet, dans les listes des lieux célèbres par 
les persécutions des Juifs au xiv 6 siècle 2 . Il parait qu'ils y re- 
vinrent bientôt après, mais en 1420 ils furent chassés, à l'insu du 
seigneur, par les habitants, sans qu'il y eût aucune raison pour 
cela, et les retardataires furent massacrés 3 . Depuis il n'y a plus 
eu de Juifs dans cette localité. 

Quant à Horbourg, on n'y trouve pas trace de Juifs pendant 
tout le moyen âge. Ce n'est qu'en 1723, le 1 er janvier, que le duc 
Léopold Eberhard, sur l'humble supplication de Paul Filgert juif 

1 Ch. Pfister, U Comté de Horbourg , Paris, 1889. 
1 Kevue, IV, 133, Klb^Wl. 
3 E. Scheid, Juifs d'Alsace, 70. 



LES JUIFS DE HORBOURG 107 

« voulut bien le recevoir avec sa femme, ses enfants et domes- 
tiques sous sa protection pour aussi longtemps qu'il se compor- 
tera bien, et que ces derniers ne se marieront pas ». Il lui fut 
permis d'établir son domicile à Horbourg et d'y « trafiquer loyale- 
ment et de bonne foi ». Les conditions imposées à ce Juif furent 
le payement annuel de 10 florins rappen et d'une oie grasse, la 
promesse d'obéir aux ordonnances du duc, de n'acheter aucune 
maison ni biens-fonds sans permission spéciale. Il ne pouvait 
loger chez lui aucun de ses parents sans cette même autorisation, 
sauf son père et sa mère, s'ils étaient pauvres, vieux et sans res- 
sources *. 

Le duc Léopold Eberhard mourut dans la même année (1123). 
Le partage de la succession fut difficile; il laissait plusieurs fils 
et n'était pas régulièrement marié. L'Intendant d'Alsace fut 
nommé administrateur -séquestre des deux terres alsaciennes 
(Horbourg et Riquewihr), avec pouvoir de trancher toutes les 
questions administratives qui y seraient soulevées. A son tour il 
choisit comme commissaire-séquestre un sieur Nithard, conseiller 
du roi -. Ce changement de gouvernement faillit être fatal aux 
Juifs de Horbourg. Nous disons Juifs, puisque la famille de Paul 
Bickart (c'est ainsi que nous le nommerons dorénavant) était 
composée de plusieurs membres. Il parait, en effet, que le con- 
seiller Nithard, un certain Dietermann, probablement bourg- 
mestre de Horbourg, et les paysans se plaignirent auprès du 
Maréchal de Bourg, Intendant d'Alsace, de la présence des Juifs, 
et celui-ci prit contre eux un arrêt d'expulsion. Mais la princesse 
Anne intervint courageusement en leur faveur; elle écrivit â son 
homme d'affaires â Strasbourg, le 22 mars 1725 : « Nous or- 
donnons que les Juifs restent dans nos maisons et que personne 
ne commande dans la juridiction de nos droits, ni Dietermann, 
ni Nithard, ni les paysans. Le Roi ne le fait pas, il doit nous 
rendre le blé et le vin qu'il nous a enlevés, il y a trente ans. » 
Il y eut toute une correspondance à ce propos et finalement le 
représentant de la princesse parvint à faire révoquer l'ordre 
donné par le gouvernement français concernant l'expulsion des 
Juifs de Horbourg 3 . Dans la suite leur nombre s'augmenta et 
d'un rapport dressé en 1748 nous apprenons que de 1125 à 1729 
il y eut quatre familles juives à Horbourg payant chacune les 
mêmes droits. De 1729 à 1748 il n'y en eut que deux, et en 1737 il 
n'y en eut même plus qu'une, l'autre s'étant retirée â Herrlisheim. 

1 Arch. dép. de Colmar, E, 445; voir aussi Scheid, l. c, p. 147. 
* Pfister, loc. cit., p. 13 et 14. 
3 Pièces justificatives, 1-1 V. 



103 REVUE DKS ÉTUDES JUIVKS 

En 1739 s'élevèrent de nouvelles plaintes contre les .Juifs et 
ordre leur fut donné île vider le dit lieu de Horbourg'sans 
aucun retard. Les deux chefs de famille Raphaël Jacob (Raphaël 
fils de Jacob, sans doute identique à Paul Bickart) et Jacob 
Bolach supplièrent le Maréchal du Bourg « de leur permettre de 
demeurer dans le dit lieu et d'y être tolérés, ainsi que les autres 
Juifs de la province ». Ils disent qu'étant domiciliés à Horbourg 
depuis près de seize ans, ils n'ont jamais fait de tort à personne 
et que jusque-là ils se sont toujours comportés de manière qu'il 
n'y eût aucune plainte contre eux. Cette lettre fut accueillie avec 
bienveillance et les signataires purent rester à Horbourg ' . 

La situation politique du comté fut réglée définitivement parle 
traité survenu le 10 mai 1748 entre Louis XV et Charles-Eugène, 
duc de Wurtemberg (branche aînée). Celui-ci reçut les terres 
alsaciennes et son ministre Georgii fut mis en possession de ces 
terres 2 . 

A partir de cette époque la communauté juive commença à 
s'accroître. De nombreuses pétitions furent adressées par des 
Juifs à la Régence de Montbéliard avec les rapports donnés par 
l'autorité locale. Ces documents sont conservés soit aux Archives 
départementales de Colmar 3 , soit aux Archives Nationales de 
Paris *. Il serait trop long de les publier tous in extenso. Nous 
nous contenterons de donner ici une liste des personnes ayant 
demandé à s'établir à Horbourg et nous ajouterons diverses 
observations sur leur origine, leur profession, etc., indiquées dans 
les rapports. Comme exemple nous publierons dans les pièces 
justificatives le texte d'un de ces rapports conservé dans les 
Archives de Colmar. 

1° En 1748 une requête fut adressée par Isaac Werih, juif, 
natif de Metz, à son Excellence Monsieur de Guemming, ministre 
d'Etat de la cour de Stuttgard, gouverneur et président de la ville 
et principauté de Montbéliard, pour obtenir l'autorisation de 
séjourner à Horbourg. Il avait demeuré trente ans à Wintzen- 
heim et deux de ses fils demeuraient alors dans cet endroit. 
Il motivait sa demande en disant qu'étant vieux et ayant de nom- 
breux procès, il voulait être plus près du chef-lieu de juridiction, 
qui était Colmar. Du rapport joint à cette demande nous ap- 

1 Pièces justificatives, V. Nous verrons plus loin qu'en 1742, encore pendant lo 
se juestre, deux autres familles juives, celles de Marem Kahn et de Lehmann Braun- 
6chweifî, eurent la permission de séjourner à Horbourg, mais nous ne possédons plus 
les documents concernant leur admission. 

1 Pfisler, l. c, p. 15. 

» B. 280. 

* K. 2362. 



LES JUIFS DE HORBOURG 109 

prenons qu'il y avait, alors quatre ménages juifs à Horbourg. 
Il n'y avait aucun Juif résidant dans les autres villages du comté. 
Le rapporteur ajoute ensuite qu'on n'est plus très rigoureux en 
ce qui concerne l'admission des Juifs, puisque plusieurs seigneurs 
les reçoivent à bras ouverts, notamment M. de Valcourt, con- 
seiller au Conseil souverain d'Alsace, qui a une maison immense 
au village de Wettolsheim, dans laquelle il loge jusqu'à huit à 
dix ménages hébreux, qui ne lui sont pas infructueux; l'érection 
de nouvelles synagogues seule est défendue avec sévérité. 

Nous ne croyons pas nous tromper en admettant la parenté de 
cet Isaac Werth avec son homonyme, rabbin en Alsace et mort 
à Metz en 1615 : c'était peut-être son petit-fils (voy. Revue, 
XLÏ, p. 123). Un descendant d'Isaac Werth de Horbourg était 
président du Consistoire dans la seconde moitié du siècle 
dernier. 

2° En 1149 Borach Biekart, fils de Paul Biekart, demanda à 
s'établir à Horbourg. Il était alors âgé de vingt-deux ans et 
voulait se marier. Il signe en hébreu canajpa ^m. 

3° Dans le courant de la même année la même faveur fut re- 
cherchée par Saiomon Israël demeurant à Bolsenheim (Basse- 
Alsace) et tapissier de son métier. 

Celui-ci alla même plus loin, puisqu'il émit dans sa pétition la 
prétention de demeurer à Horbourg avec ses deux enfants, c'est- 
à-dire, comme le remarque le rapport, ses deux gendres avec 
leurs familles, Wolff Moyses et Kaufïmann Lévy, et d'y acheter 
une maison. 

H obtint satisfaction en donnant pour motif de sa requête qu'il 
avait de nombreux clients à Colmar 1 . 

4° En 1156, le 24 février, Joseph, fils de Paul Bicliart, de- 
manda l'autorisation de rester à Horbourg ; il rencontra les plus 
grandes difficultés. En effet, en 1155, Joseph Biekart avait eu 
l'intention d'aller habiter le village d'Egisheim, situé entre Herr- 
lisheim et Colmar, et, dans celte vue, il avait demandé un cer- 
tificat de bonne conduite au magistrat de son lieu natal. Celui-ci 
le lui avait accordé volontiers. Mais en la même année 1155, 
Paul Biekart mourut. Son fils Joseph se décida alors à rester à 
Horbourg. Il adressa donc une pétition à la Régence et joignit le 
certificat qu'il avait obtenu du magistrat. A peine ce dernier eut- 
il eu vent de cette affaire qu'il écrivit à Montbéliard une lettre 
véhémente contre les Juifs en général et contre Joseph Biekart, 
en particulier, et demanda qu'on ne lui permit point de s'établir 

1 Pièces just , VI. 



| l0 HKVIT. DES ÊtUDRS lUtVES 

morbourg'. Il parall que les conseillera de la Régence avaient 
envoy é le certiflcal de permission à leur nomme d'affaire, Jean- 
Maire de Riquewihr.avanl d'avoir reçu la lettre du magistrat. 
Us prièrent donc Maire, par lettre du 4mars 1756, de nepasre- 
mettre le certificat à Joseph Bickart, ne pouvant pas statuer sans 
Pavertissemenl de Maire. Celui-ci répondit trois jours après. I 
repoussait successivement tous les griefs du magistrat el disait 
en substance que c'esl en vain qu'on se plaignait de 1 augmenta- 
tion .les Juifs, puisque Joseph Bickart ne faisait que remplacer 
son père 11 paieà lui seul à la seigneurie vins que six autres ba- 
sants' desquels même on a de la peine à être rave a moins 
, im , d'avoir recours aux voies rigoureuses. Si l'on dit que les 
Juifs sont les sangsues du peuple, il faut donner des preuves de 
cette allégation, puisqu'ils supportent les mêmes charges que les 
autres habitants. A la lin il conseille à la Régence de répondre 
aux gens de Horbourg que, leur opposition étant trop tardive, il 
n'y avait plus moyen d'en tenir compte, mais qu'à avenir on 
aura soin d'éviter que la commune soit surchargée de Juifs . 

5» Le 4 octobre 1760 ce permis de séjour fut accorde a Isaac 
Bickart, troisième fils de Paul Bickart. 

6» Le 3 août 1763 Cerf Pichel, dit Mayer, demeurant a Fousse- 
magne. fut autorisé à faire demeurer à Horbourg son gendre 
Mayer Hanter. Mais ce doit être une erreur, P^ele 26 jan- 
vier 1160 le nommé Mayer Hauser de Lumschvviller (Haute- Al- 
sace) demande la permission d'habiter Horbourg devant épouser 
la tille de Marc (Kahn?) habitant ce village. Ce te demande f 
reietée, les habitants de Horbourg se plaignant que les Juits 
fussent trop nombreux. Ces deux notices ne pourraient se con- 
«lier que si l'on supposait deux personnes portant le nom de 
Mayer Hauser, ce qui n'est pas probable, d'autant plus que nous 
ne trouvons plus de famille Hauser à Horbourg. 

7o Le 20 octobre 1767, il y eut une demande d'un nomme Sam- 
son Bernnelm, natif de Randeck près de Schaffhouse et demeu- 
rant à Wintzenheim depuis dixans. R faillit être expulse en U ? , 
parce qu'il n'avait pas payé ses droits. Dans un rapport du 85 fé- 
vrier 1775, il est dit : « Ce juif fait pitié, il est charge d une femme 



LÉS JUIFS DE HORBOURG 111 

mois. » Il y eut même en sa faveur, de la part des Juifs, une sup- 
plique très intéressante, et où nous trouvons les noms hébreux 
suivants : 

basn ^a tpv (Joseph Bickart), basn *ia ^na (Baruch Bickliart), 
ïitiitt *ia t|bam (Wolff Moïse, gendre de Salomon Israël), ^a ^ 
bâoi (Isaac Bickart), tpr na naoabs- (Alexandre Joseph), ifnîT 
TNtt *ia a^> (Lehmann Braunschweig). 

8° Le 28 novembre 1769 le droit de résidence fut accordé à 
Liebmann Lévy, juif de Wettolsheim, mais, à ce qu'il semble, 
seulement pour une période de cinq ans, puisque la même de- 
mande se renouvelle le 11 juin 1774. Il signe en hébreu 'jtfttsp'b 

9° Le 3 mai 1771 à Léopold Kahn, fils de Marem ; il signe îTTfîF 
ymanvp» ys tèw ia. 

10° Le 9 janvier n73 à Lipmann Bichert, fils de Borach. Il 
signe : ynamtto ^na *>a iirh». 

11° Le 17 août 1773 le nommé Jost Bolack, natif de Habschwil- 
ler (Hartmannswiller près de Soultz), s'étant marié et demeu- 
rant à Wettolsheim depuis onze ans, demande la permission de 
s'établir à Horbourg, pour commercer à Colmar. Il signe : n^fr*. 
Permission accordée. 

12° Le 1 er septembre 1774, un autre Israélite de Wettolsheim 
vient demeurer à Horbourg, Isaac Jacob. Il signe : ap2"> ia pat»». 

13° Le 30 septembre 1775 la permission fut accordée à Nathan, 
fils de Lehmann Braunschweig . Son père avait habité Horbourg 
depuis 1742, le fils était alors âgé de dix-neuf ans. Après la mort 
de Lehmann Braunschweig, survenue en 1771, ses quatre sœurs 
se retirèrent chez leurs parents à Lerch (Lôrrach) dans le Mar- 
quisat. 

14° Le 19 octobre 1775 à Abraham Feiss, garçon, natif de 
Riedwihr. Il signe : iû^b amas. 

15° Le 19 juin 1777 à Séligmann Moyses, juif demeurant à Hor- 
bourg, fils d'Isaac Jacob demeurant audit Horbourg. Il signe : 
TOtt na ïttJrè*T. 

. 16° Le 13 août 1778 kAron Bichert de Sirentz. Il devait épouser 
la fille de Jost Bollack de Horbourg, Celui-ci mourut et le mariage 
n'eut pas lieu. L'exécuteur testamentaire, Séligmann Moyses, 
tuteur des enfants, réclama du seigneur de Wurtemberg les 
144 marcs que Jost Bolack avait payés pour droit d'entrée de son 
futur gendre, et il les obtint. 

17° Le 8 avril 1779 le droit de résidence est accordé à Simon 
Dreyfus de Wettolsheim, Il avait épousé la fille de Marem Kahn, 
Breinel. 



112 RKVUE DES ÉTUDES JUIVKS 

18° Le 20 février 1779 à Isaac Bickart, fils de Borach. 

19° Le 9 novembre H82 à Joseph Weil de Wettolsheim. Il 
deva i se marier avec Ëdel, fille d'Isaac Jacob, forcée de diriger 
le ménage de son père, qui était veuf. Il signe : brv:-j -in rpv. 

20° Le 20 juin 1184, à Fo'e?» Bickart, fils de Borach. Dans sa 
demande, signée parbasn -n *p-a et ^m nn bfiton, il rappelle le 
fait qu'il descend de la première et plus ancienne famille juive 
de Horbourg, 

21° Le 15 janvier 1785 le nommé Susscl Weill, frère de Joseph 
Weill de Wettolsheim, décédé quelque temps auparavant, fit la 
demande pour s'établir à Horbourg. 11 avait demeuré jusqu'alors 
au château de Martinsbourg à Wettolsheim; mais il y avait eu un 
procès entre l'évôché de Strasbourg et la seigneurie de Wettols- 
heim au sujet de la protection des Juifs, et ceux-ci avaient dû 
évacuer le château. La demande de Sussel Weill fut d'abord re- 
jetée, mais elle fut accueillie plus tard (17 juin 1785). 

22° Le 20 septembre 178ô ce fut encore un membre de la fa- 
mille Bickart qui reçut le droit de résidence à Horbourg : Paul 
Bickart (■no* 1 in basn) ; il signe : Baul Bickart, Jud von Hor- 
bourg. 

23° Au mois de juillet 1786 un troisième frère de Joseph "VS'eill 
de Wettolsheim, Hhiz, demanda la permission de demeurera 
Horbourg. L'avis donné sur cette demande ne fut pas tout à fait 
favorable â cause du grand nombre de Juifs déjà établis dans 
la cité, mais la permission fut cependant accordée le 6 juillet. 

24° Le 3 juillet 1787 Elias Wormser de Rixheim fut reçu à Hor- 
bourg. Il dit, dans sa demande, qu'ayant perdu ses père et mère, 
il veut se retirer auprès de ses amis à Horbourg. Il signe -n Vn» 
tr«op , n lis ap*\ 

25 1 Le n décembre 1787 Lazire Lévy, natif de Wettolsheim, 
vint habiter Horbourg. Il épousa Edel, fille d'Isaac Jarob de Hor- 
bourg, qui avait épousé en premières noces Joseph Weill, cité plus 
haut. Il signe "prjK nn w4». 

2ô° Le 24 novembre 1787 la nommée Johanna Bollack, fille de 
Ilauscher Bollack (le manuscrit, a deux fois Cola au lieu de Bol- 
laçk) et de Jùdel Heckert, demanda à demeurer pour quelque 
temps chez ses parents, son mari, Nathan Braunschweig de 
Zillisheim, étant en voyage. Elle rejoindra le domicile conjugal 
au retour de son mari. 

Elle signe TO« nn rwfl 

27° Le 26 octobre 1788 une demande datée de Colmar fut faite 
par Lazare Abraham* dentiste ambulant. Il dit qu'il loge actuel- 
ment à Colmar avec femme et enfants et veut s'établir pour 



LES JUIFS DE HORBOURG H3 

quelque temps à Horbourg, à cause de la grossesse de sa femme. 
Il ne peut pas rester à Colmar, dont le séjour est interdit aux 
Juifs. 

L'on pourrait croire que le droit de résidence impliquait celui 
d'acheter une maison au moins pour s'y loger. Or, il n'en fut pas 
ainsi, du moins à Horbourg. Il fallait pour cela obtenir une permis- 
sion spéciale et ensuite payer une taxe, qui variait selon les cir- 
constances et selon le bon plaisir du conseil de Régence. 

Le premier Juif de Horbourg qui eut le droit de posséder une 
maison fut le tapissier Salomon Israël. D'après les documents 
conservés aux Archives Nationales, il acheta sa maison vers 1*749. 
Deux ans après, le 17 février 1751, ce fut Paul Bickert qui fit une 
semblable requête au prince de Wurtemberg. Il fit valoir que son 
loyer était trop élevé et qu'il avait avantage à acquérir une mai- 
son. Sa demande est signée rmrr na bas-i et tmv na yra. La 
permission lui fut accordée, mais le receveur Flachsland ne devait 
lui permettre d'ouvrir une boucherie qu'après l'engagement écrit 
de payer exactement ses droits de boucherie pour les bêtes qu'il 
avait tuées et qu'il tuerait. 

En 1761 la même demande fut adressée par deux autres Juifs 
de Horbourg, Marem Kahn et Lehmann Braunschweig. Le pre- 
mier dit, dans sa pétition, qu'il habite Horbourg depuis plus de 
vingt ans. 11 reçut la permission sous la condition qu'il quitterait 
la seigneurie de Horbourg toutes les fois qu'il plairait au seigneur 
dudit lieu de l'ordonner. En 1764 il refusa de payer le droit de 
consentement, ayant acheté sa maison d'un Juif de Biesheim, 
nommé Léopold Salomon. 

Lehmann Braunschweig habitait le village depuis dix-huit ans. 
Sa demande fut appuyée par un membre du Conseil de Colmar ; 
c'est qu'il exerçait le métier de « médecin pour les chevaux». Il 
s'était acquis la confiance du public et on l'employait dans les 
grandes maisons de Colmar. 

Le 31 juillet 1774 Alexandre Joseph, qui avait d'abord demeuré 
à Riedwihr et qui était à Horbourg depuis trois ans, reçut égale- 
ment la permission d'acheter une maison. C'est le nommé Bar- 
tholdi de Colmar, sans doute un des ancêtres du fameux sculpteur, 
qui la lui vendit. 

Dix ans après les deux frères Joseph et Isaac Bickert achetèrent 
des maisons sans demander d'autorisation, se basant, sans doute, 
sur le nouveau règlement du gouvernement français qui permettait 
aux Juifs d'acquérir des maisons. Le receveur Rosé et le contrô- 
leur Sandherr, ne sachant pas si ce règlement devait s'appliquer 
aussi aux Juifs de Horbourg, demandèrent une consultation au 

T. XLVIII, N° 95. 8 



IU.-VII DES I TU1IKS JUIVKS 



Conseil souverain. La question tatmlse en délibéré à Colmar, le 
Sï s ?mSl'avoc;tReichstetterendressaunprocès.yerbal. 

oui se trouve encore aux archivesdep.de Colmar'. 

Ilyest di1 que la loi publique, en Al ait toujour ac- 
cordé aux Juifs la faculté d'acquérir des maisons] r Leurloj 

„„, aux chrétiens, à cet, aie diffère près que 

Ssau'uT Juif acquiert une maison, le chrétien est en droit de 
SX la préférence et le Juif est tenu de s'en désister et de 

îecevoi "du chrétien le remboursement de, iauraé té payé par 

uil - Si les Juifs de Horbourg ont payé jusqu'à présen un 
droit pour l'autorisation d'acquérir des maisons, cela ne constitue 
Srin précédent; au entraire, ces exemples seraient envisagés 
Tist ce comme aes exactions et des contraventions a la loi du 
SuvaTn, Puisque les Seigneurs ne sont autorisés à prélever sur 
K Juifs eue le droit de protection. Puisque le nouveau règlement 
Ïmè aux Juif d'Alsace d'acquérir des maisons, les Seigneurs 
neTeuvèS pas leur demander le payement d'une somme quel- 
ronouè sans quoi la permission du Souverain resterait sans effet. 
iTvraîque" es Juifs ne peuvent acquérir qu'une maison pou 

s'il ne se présente pas d'acquéreur. m 

No», .von, vu plu, tout le, droit. q»e ueoa.nn aç<,uUteJ 
te Jute, p»,,r VélaWI. • à Hortn». Les tel», n.tnnlo» . « « 

s^beïrpir^rwssr^ ; 

Jneurie annuellement pour droit de pr otec Uon 161. ^ ^ 

1 ,. pour une oie grasse. » «*£^^£ÏÏ Jamson 
lin (Lehmann Braunschvrag), moiwi 1 1S1S!=11 

1 Pièces just., IX. 

» Voir Pfister, ï. 0.| P- 65. 



LÈS JUIFS DE HORBOURG 115 

Meyer), t^am (Wolf Moyse) et Mahrem Kahn, Jude zu Horburg. 
Elle fut rejetée le 29 novembre 1770. 

Néanmoins, dans la suite, différentes requêtes individuelles pour 
diminution d'impôt adressées à la seigneurie eurent plus de suc- 
cès. Le 11 juillet 1771 c'est Wolf Moyse (ïittitt *d SjbtfY)), gendre du 
tapissier Salomon Israël, qui demanda cette faveur, parce qu'il 
était indigent. Son droit fut réduit de 36 1. à 181. Le 12 avril 1778, 
il fut même déchargé de toute taxe pour cause d'indigence et de 
maladie. 

La même demande fut faite en 1787 par le nommé Libmann 
Lévy. Très pauvre, il demandait la remise de la moitié de sa taxe 
de protection pour l'année 1786, ce qui lui fut accordé le 
27 avril 1787. L'année suivante il présenta un certificat de maladie 
signé par btfDi m tpr* (Joseph Bickart), w *n basi, Simon Drey- 
fus et Leib Khan, et il fut déchargé du droit de protection, le 
18 septembre 1788. 

Considérons maintenant les affaires intérieures de la commu- 
nauté israélite de Horbourg. Là, comme ailleurs, une des pre- 
mières préoccupations des Juifs fut d'avoir un lieu pour prier en 
commun. Déjà le 21 novembre 1752 Israël Salomon demandait à 
acquérir un terrain pour y construire une maison. Le receveur 
Flachsland consentit à la cession du terrain, mais conseilla de 
débouter Israël de la seconde partie delà demande. Il dit que Sa- 
lomon Israël est « un mauvais sujet et chicaneur fieffé ». Finale- 
ment, le 29 juin 1753, il est débouté de sa demande '. 

Il va sans dire que les Juifs se réunirent avant comme après 
cette démarche. Cela ressort clairement de la lettre adressée à la 
seigneurie par le receveur Rosé, le 19 novembre 1767. Il y est dit 
qu'il y avait à cette époque sept familles juives à Horbourg, parmi 
lesquelles se produisent de temps en temps des désordres, même 
jusqu^à se battre dans leurs assemblées judaïques. Le rabbin de 
Ribeauvillé avait déjà voulu leur donner un préposé, comme cela 
se faisait dans toutes les communautés, mais lui l'en avait empê- 
ché, parce que c'était là un droit seigneurial. Pour ce motif, il pro- 
pose de nommer à cette charge Marum Kahn qui est le plus âgé, 
le plus tranquille et le plus capable. Il ajoute, en même temps, un 
formulaire d'instructions, qui ressemble presque entièrement à 
celui qui était en vigueur dans la seigneurie de Ribeauvillé 2 . 

Le 21 novembre 1767, les conseillers d'Etat, le Président, le 
Vice-Président et les Conseillers de Régence à Montbéliard noti- 

1 Arch. Nat. K 2362. 

2 Pièces just., X. 



116 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

fièrent à M. Freillinger réception de la lettre du receveur Rosé. 
Freillinger fut d'avis qu'on pouvait nommer un préposé sans 
lettres patentes,e( le 1" décembre 1767, en effet, un décret nomma 
Marum Kahn préposé des Juifs avec spécification de ses droits e( 
de ses devoirs ■ . 

Le 10 novembre Marum Kahn prêta serment devant le juge de 
Horbourg dans les mains du commis-rabbin Salomon Wahl de 
Herrlisheim. Mais il ne garda ses fonctions que pendant six ans. 
Le 15 juillet 1773 il demanda à être déchargé des impôts en même 
temps qu'à être relevé de ses fonctions de préposé, étant malade 
et incapable de commercer. Son (ils Léopold le nourrit et l'entre- 
tient. Cinq jours après un décret du vice- président au conseil de 
Montbéliard nomma Joseph Bickart aux fonctions de préposé et 
déchargea Marum Kahn de ses taxes de seigneurie *. 

La même année une autre demande de la communauté de Hor- 
bourg l'ut accueillie, celle de construire une synagogue. La requête 
en avait d'abord été adressée au procureur général au Conseil 
souverain d'Alsace et celui-ci avait donné la permission par un 
décret spécial. Puis l'on s'adressa au Conseil de régence à Mont- 
béliard, qui, paraît-il, donna également son consentement. Mais il 
fallait encore se procurer les fonds nécessaires pour les frais de 
construction. Une collecte semble avoir été faite parmi des core- 
ligionnaires de la province. Nous voyons, en effet, par une lettre 
adressée au Conseil de régence, que les Juifs de Horbourg 
demandent le renvoi de leur requête adressée au procureur, au 
bas de laquelle était joint le décret de permission. Ils disent qu'ils 
ont besoin de ces documents pour obtenir de leur Rabbin la per- 
mission de quêter dans la province pour subvenir aux frais de la 
construction de leur synagogue 3 . 

Pour l'inhumation de leurs morts les Juifs de Horbourg se ser- 
vaient, entre autres, du cimetière de Jungholtz. Dans le plus 
ancien registre des archives de cette localité, qui a été commencé 
en 1779, je trouve sous la rubrique Horbourg (rmann) les noms des 
personnes suivantes ayant acquis le droit de propriété: 

— .rp-p Va — .V'an 'pria p yzz^b — .^ab^T - .îtivr na Jna 

— .-p-n nn p£*N— .apn -m 'i*»ia - .nrpna'n v '3 drna» — .^na 

— .^w^ na basn — .b"ao "p-a nn w»ba - .* ïiobajm iata»w px« 

— -n"a tjov — .iTJba 'a cn:73 — .barau: na bat-pn — -yr\n na baon 

.i"a y^n — - v '3 yititt — - v 'a bîOttŒ 

1 Pièces just., XI. 

1 Arch. Nat., K 2362. 

3 Pièces just., XII. 

'* C'est-à-dire : Ilzig du château de Wutolsheim. 



LES JUIFS DE HORBOURG 117 

Au commencement du siècle dernier la communauté de Hor- 
bourg s'associa avec celle de Wintzenheim pour fonder un cime- 
tière dans ce dernier lieu, et plus tard elle enterra ses morts dans 
la nécropole de Colmar. 

Le dénombrement général prescrit par lettres patentes de 1784 
pour tous les Juifs qui étaient tolérés en la province d'Alsace fut 
exécuté à Horbourg le 30 novembre de cette année. Il y avait à 
cette époque 18 familles comptant 92 individus, dont voici les 
noms: 

1. Borach Bickert. Schônen Meyer; fils : Joseph. 

2. Joseph Bickert, préposé. Sara Rothenburger ; servante : Besile. 

3. Isaac Bickert, le vieux. Odille Rothenburger; 

fils : Raphaël, Hirtz, Lehmanu, 
fille : Zerlen. 
valet : Elie Wurmser. 
servante : Jùttel Jacob. 

4. Alexandre Joseph. Hanna Schwob. 

fils : David, Marx. 

filles : Bohlen, KÔhlen, Mùndel, Sara. 

5. Lépold Kahn. Môrlen Levy ; fils : Joseph, Marum, Môngen. 

filles : Blûmlen, Ellen, 
servante : Deichen Meyer. 

6. Isaac Bickert, le jeune. Zerlen Levy ; fille : Feylen. 

servante : Reisslen Moyses. 

7. Lippmann Bickert. Blùemel Wahl ; 

fils : Raphaël, Isaac. 

filles : Fradel, Kôhlen, Madel. 

valet : Beyer Levy- 

8. Isaac Jacob ; fils : Mathias, filles : Vôgelin, Lea, Jeudel. 

servante : Jachet Wahl. 

9. Joseph Weyl. Edel Jacob ; fils : Samuel : mère : Schoaen Israël ; 

frère : Hirtz Weyl. 

10. Lippmann Levy. Schonen Levy; 

fils : Lehmann. 

filles : Jendel, Roslen, Bônnleu. 

11. Abraham Feiss ; fils : Kôrrendel Abraham ; 

filles : Kôllen et Hàndel ) n . 

[ Feiss. 
sœur : Hanna ) 

12. Seeligmann Moyses. Blùmel Levy; servante: Rachel Abraham. 

13. Nathan Brunschwig. Kônendel Hallen ; 

• fils : Lehmann, Moyses. 
fille : Bohlen. 
valet : Gerson Dreyfus, 
servante : Hanna Bollacli. 

14. Raphaëi Bickert. Kayen Wurmser. 



118 REVUE DES ETUDES JUIVES 

15. Simou Dreyfus. Guttel Levy ; iille : Rachel. 

valet : Lazarus Levy. 

16. Wolfï Moyses. Yutlel Levy ; filles : Miinckel, Mùlken, Raehel; 

valet : Ileymann Wurmser. 
i7. Jùttel Borach, pauvre ) R ,, , 

filles : Schunle, Guttel ) 150ilack - 
18. Benjamin Mohnheimer, chantre. Morlen Dreyfus; 

valet : Emauuel Libermann. 

Au mois d'août H89, les Juifs de Horbourg furent inquiétés sé- 
rieusement par les protestants: on craignait un massacre, et 
Louis XVI dut énergiqueraent intervenir ' . 

Lorsque, pendant la Terreur, on réclama partout des dons 
patriotiques, la synagogue de Horbourg fut également visitée par 
le maire et les employés municipaux. On y trouva 13 1/8 demi- 
onces d'argent pur, 3 "7/8 demi-onces de dentelles blanches et 
jaunes et 18 1/8 d'argent brodé blanc et jaune. Procès -verbal de 
cette visite fut dressé le 11 frimaire an II (1 er décembre 1793) i . 

Dans le courant du xix e siècle la communauté juive de Horbourg 
augmenta considérablement, mais depuis la guerre franco-alle- 
mande elle partage le sort de presque toutes les communautés des 
villages alsaciens : il y a eu une forte diminution par suite de 
l'émigration à l'étranger et dans les grandes villes. Ainsi, l'on 
comptait en 1875 à Horbourg encore 299 âmes juives, en 1890 
il n'y en avait plus que 244 et en 1895 que 206, de sorte qu'il 
est fort probable que dans un temps relativement prochain il n'y 
aura plus de communauté Israélite à Horbourg. 

M. GlNSBURGER. 

Soultz (Haute-Alsace), 7 novembre 1903. 



PIÈGES JUSTIFICATIVES 



r. 



Von Gottes Gnaden wir Anna Herlzogin zu Wurtemberg und Teck, 
princessin zu Mumpelgard und Heidenheim, Herschaft des Dorfs Alt- 
weyer und Ostheim. 

Wir befehlen dass die Juden sollen in unseren Hàusern bleiben, 
und dass niemand nichts darin zu befehlen hat, weder der Dieler- 

1 Pfister, l. c, G9. M. Pfister n'indique pas la source de cette note, mais il m'écrit 
qu'il croit avoir vu un avertissement imprimé de Louis XVI. 
1 Pièces just., XIII. 



LES JUIFS DE IIORBOURG 119 

manu, noch der Nithard noch die Baueru, in der Juristiction unse- 
rer Rechten. Der Kônig thuts nicht. Er soll uns Frucht und Wein 
wieder geben wo er vor 30 Jahren genommen hat. 
Ostheim den 22 Mârtz 1725. 

Anna. 
Arch. Nat., K 2362. ' 

II. 

Durchleuchtigste Herzogin allergnaedigste Fùrstin und Prinzessin. 

Widerholle nochmahlen durch gegenwârtiges, das mir in der Welt 
nichts angenehmeres als Ihro hoclïfùrstlichen Durchlaucht même 
zwahr geringe, dennoch getreue Dieusten zu erweisen, wie ich-anu 
den Tag meines Lebens mich befleisseu werdt solcbes in dem Werk 
zu erzeigen. Diennet zur unterthâaigen Antwordt an mich letzt abge- 
lassenes, dass ich gleich nach dessen Empfang eine requeste anherrn 
Marchai du Bourg nach gnàdigstem Befolg habe aufgesetzt darinnen 
aile Erforderliche nothwendigkeiten obserwiert und dann solche dem 
herrn Marchai du Bourg eingehàndigt und mit ihm annoch mùn- 
dlich expliciert vie Widterbringer dièses der solches gesehen ihro 
hochfùrstl. durchleucht mit Wahrheit wird barichten koanen. Da 
dann hochgedachten Herr Marchai mir zur Antwort gegeben das 
Er sich dieser Ursach halber recht erkundtigen wolle, und alsdann 
mir sagen wass hierinen zu befehlen wollen, dass also bis auf fer- 
neren Befolg die Judten verbleiben undt sich nicht zu belorchten 
haben. Sobald hochgedachter Herr Marchall seine Ordre geben wird, 
wili ich solches ohnverzùglich Ihro hochfùrstlichen durchleucht in 
aller Unterthânigkeit berichten. Indessen verharre mit unsterblicher 
Erkandlichkeit aller genisseuen hochfùrstlichen Gnadten mit Unter- 
thànisten respect verbleibeudt. 

Ihro hochfùrstlichen durchleucht meiner allergnàdigsten Fùrstin, 
etc. 

Unterthànig treuerund gehorsamster Diener. 

Strasbourg, ce 22 mars 1725. 

J. G. GUEMMINGEN, 
Arch. Nat., K 2362. 

III. 

Durchl. herzogin allergnedigste Fuerstin. 
Ihro hochfùrstl. durchl. an mich gnàdigst abgelassenes von dem 
18 huius sambt einem Beyschluss an herrn Maréchal du Bourg, habe 
von weidterbriûger dieser meioer untterthàniger antwort, zurecht 
erhalteû, weillen aber Ihro hochfùrstlich durchleucht nie kein schrift- 
lich. Befehl Ertheilen was ich zu deren hochfùrstl. diensten zu ver- 
richten, sondera allein gemeldten widterbringer befohlen, dass ich den 
adresse an hochged. herrn M. d. B. in seiner gegenwart solte einhân- 
digen, weillen ich aber in forcht stehe, dass solches Ihro hochfùrs- 



120 REVUE DES ÉTUDES JUIVKS 

tlich. durchleucht nicht nacb ibrem wunsch môchte ausfallen als habe 
ich for das intéresse J. h. D. als ein getr. u. u. diener for gut mi<l nfttig 
erachtet zuvorders J. h. D. zu berichteo ob die Judteu annocb in hor- 
burg seien ob. II. Dietermann sither Iliro hocbged II. M. d. B. an ihnen 
gescbrieben denselbigen keio neuen Befehl gageben sich aus déni 
Dorf zn begeben, seind sie also annocli in gesagten llotburg so ist 
nicbt DÔthig dass man das geringste an hochged. berru Marchai be- 
richte, will aber herr Dietermann sie auf ein neues vertreiben so 
muss Erster deswegen au melir h. II. M. d. B. geschrieben werden 
und zwar auif dass ein bewogliche und wohlfundirte weiss wie icli 
inich dann otteriere solches aufzuse(zen,\velcbes alsdann Ihro hoch- 
furstl. durchleucht nur darflen copieren lassen undt gna iigsl under- 
schreiben, Mann aber dièses J. h. D. solte beli( ben, so bitte mir auf 
der post ihre gn. befehl deswegen zu ertheilen, darnit ich das con- 
cept verfasse und hinauf schicke, allein wird notbig sein mir zu 
erlauben, dass ich das an II. M. d. B. abgelassene schreiben darf er- 
OtTnen, damitich mich danach richten kann, erwardte dero gu. belVhl 
auf der post, ob ich ihro D. schreibeu H. M. sodé einhàndigen oder 
ob belieben meinen unterth. Vorschl. (or gut zu erachten welchen ich 
dannach ohne sonderbaren befehl und hochf. approbation nicht exe- 
quieren werde darauf ich gu. befehl erwardte und habe die Ehre. 
Strasbourg, ce -19 e avril 1725. 

Arch. Nat., K 2362. 

IV. 

Durchleuchtigste herzogin allergnâdigste Fùrstin. . . 

Zuvor ob ihrohorchfurstl. durchleucht gnâdigstbeliebet Jhr letzeres 
von dem 21-sten dièses, an mich abgehen zu lassen, hiibe ich die 
Ehre gehabt mit einem Herrn, welcher in hohem Crédit bey H. Ma- 
réchal du Bourg stehet zu redten, der mich versichert dass er ailes 
anwendteu wolle dass ihre hochfurstliche durchleucht die satisfac- 
tion haben solleu die Judteu wiederumb in Horbuig wohnhafi zu 
sehen als wie zuvor, und mir zum iheil au die hand gegeben wie 
solches anzugreifen. hoffe derowegen dass ihro hochf. Durchl. nicht 
wird missfàllig sein wenn ich mein ohnvorgreiflichen vorschlag in 
aller underthàuigkeit berichte, mit underthànigsler Bitt mir die 
gnad zu ihuu undtzu glauben dass wenn ich mit meinem Bludt Jhre 
hochfursll. durchl. dienen konte das ich solchem nicht verschoneu 
wollte, allein ist nicht Jedterzeit m.'jglich obgleich wollen die sachen 
gerechtdass man nalles zu einem erwùnschten Kfï'eet undt guten Eudt 
bringen kann, wie deon der Bosshaft weldilaufTIhro hochfurstl. durchl. 
selbsten mehr als viel wird bekannt sein. Indessen muss manu thun 
was mano erachtut nôthig zu sein und miïglichsten Fleiss aQweaden» 
als ûDersende hiermit diesen Einschluss welchen ihro hochfurst. 
durchl. gnâdigst belieben wollen /ai underschreiben und zu pitschi- 
ren und gieich mir deuselben wiederum anhero zu schicken, damit 



LES JUIFS DE HORBOURG 121 

ich solchen in die selbsteigeae hâadte hochgedachten herrn M. 
du B. ùberliefern kann uad hofîendlich gute Justiz erhalden werdte, 
welches ich mit freidten wùnsche zu berichten, mir ist heizlich leydt 
dos ich so ferne von Ihro hochlùrs. durchl. entlegen und meine un- 
derihàoige auftVartung nicht nach wunch Ôfters und persohnlich 
abstatteu kan, will aber meine uudertbânigste undt getreue diensten 
solang mir der grundgùltige Golt das leben verleiheu wird von herz 
ten offeriert haben und vei narre in erwartung Ibre hochfùrstl. durch. 
gnàdigsten Befehl und andwort in die fester soubmission und uuder- 
thànigsten respect. 

Ibro hochfurst. Durchl. meine gnàd. Fùrstio. 

Undertbânigster treuer und gehorsamsler Diener und Kuecht. 

Strasburg den 2 may 4725. 

J. G. Guemminq. 
Arch. Nat., K 2362. 

V. 

A Monseigneur le comte Duiourg, Maréchal de France, gouverneur d-s 
ville et château de Bel fort, commandant en chef de la province d'Al- 
sace et de la ville de Strasbourg. 

Supplient humblement Raphaël Jacob et Jacob Bolack juifs de- 
meurant à Horbourg, 

Disant qu'estant domicilliés au dit lieu depuis près de seize ans, 
ils n'auroient jamais fait du tort à personne, et se seroient toujours 
comportés de manière que jusques icy, il n'y a eu aucune plainte 
contre eux, et encore à présent n'y en a-t-il point de vérifiée et justi- 
fiée qui paroissent au contraire. Si tous les habitants dudit lieu 
estoient entendus, ils déposeroient unanimement en leur faveur. 
Mesme le sieur Gaudin lieutenant prévôt de la maréchaussée d'Alsace 
les connoit pour gens de bien. 

Néanmoins, il leur estoit ordonné de vuider le dit lieu, sans aucun 
retard. Daus cette triste situation, ne sachant où se tourner dans une 
précipitation pareille, les supliants ensemble leurs pauvres femmes et 
enfants se jettent aux pieds de Votre grandeur et la supliant très hum- 
blement d'user de miséricorde et de clémence envers eux et leur faire 
la grâce de leur accorder sa protection, pour qu'ils puissent demeu- 
rer dans le dit lieu et qu'ils y soient tolérés, ainsi que les autres juifs 
dans la province. Les suppliants continueront de dresser leurs vœux 
au seigneur pour la conservation de la personue de votre grandeur. 

Raphaël Jacob, Jacob BolaCk. 



Arcb. Nat. K. 2362. 



VI. 



Votre Excellence, 
Le porteur des présentes nommé Salomon Israël, juif demeurant à 
Bolseuheim en basse Alsace, tapizier de son métier, aura l'honneur de 



12S RBVDB DES ÉTUDES JUIVES 

".,„.,• à v ;•; une requeue par laquelle ,1 demande la permission 

de V r avee ses deux enfanls et d'oser acheter une maison. 

ménage» ce qui paro.t aho P wllt el qu'il* seront 

LViXq r - u Te" -s dehors pour travailler a .eur métier je ne 
crois Pas q"ls gêneront les habitants du village en quelque chose e 

auôv àu'i? ne soit pas douteux que ceux-ci n'aimeront point que les 
S qui "trouvant actuellement établis au nombre de quatre mé- 
Laèes s'augmentent d'avantage chez eux ainsy que les Pavots et 

?u me ro'nt donné a comprendre il y a environ un mois, je ne vois 
cependant point que cette circonstance puisse empêche -S A S 
Mer le Duc d'accorder aux supp" la permission de établi, aud 
Ho bourg, où il y a des Juifs d'établis depuis longtemps ne pouvant 
point s'opposer légitimement à de pareilles Pe^stons 

Pnnr ne ooint s'engager pour toujours envers les Juifs qu on reçoit, 
ieïouvë sauf meiUeur avis, qu'il serait bien fait d'insérer dans les 
lettres de réception qu'on leur »™^X^T^ 
ne courront les faire valoir que tant qu'il plaira a la stign 
De 5VeE° trouve bon de recevoir les 3 sup» ^dessus m~ > 
sera Question de fixer ce qu'ils doivent payer pour le Droit de "cep 
mn o'u lôuahme-Pfennig' qu'Us sont obligés ^«Uter «»t J 
ipnr remette les lettres de réceptioD, j'estime sauf vos ordres, qu on 

Lu de 10 écus que ceux que l'on a cy-devant receu à Horbour ^ 
pavé, ce Droit étant arbitraire peut être augmente et diminue selon 
j ' fa-Miti» et circonstances de ceux qui y sont sujets. 
l6 p^r cequi estde la maison que le Père, l'un des , supUanU , slr 
acheter aud. Horbourg, il est premièrement quesl .on Je s voir s 
s A S™ iu"e à propos de le recevoir dans le village, car si la recep 
ïionn'a pas°Heuf ceUe demande tombera d'elle même, si ou contraire 
à seisneu c e reçoit, il dépendra ensuite d'Elle de luy permettre ou 
de refuser racqui^i.i'ou d'une maison dans le village de Horbourg 
c'est ce que je remets uniquement a la disposition de V« E et ay 
•h nneur'de Luy dire que les seigneurs de la ^^JJ^^ 
mettent quelques fois aux juifs d'acheter des maison d us leors 
seigneuries se font le cas échéant payer 2 jusqua 3 Louis d or de 
a« Jour une pareille permission, à l'exemple desquels on pourra, 
également demander aud. juif une taxe proportion» e au p x de 
la maison qu'il a envie d'acheter au cas que la seig- voulait y 

consentir 

Arch. dép. de Colmar, E. 280. 



LES JUIFS DE HORBOURG 123 

VII. 

A Nos Seigneurs SSS. 

Nos Seigneurs, 
Les Prévôts, Bourguemaître et préposés de la communauté de 
Horbourg, chef-lieu du comté du même nom, prennent la liberté de 
vous représenter très humblement qu'en 1723 feue S. A. S e a permis 
l'établissement d'une famille juive aud. lieu, depuis soq décès cette 
Engence s'est multipliée par permission de M r l'Intendant de la Pro- 
vince ou autres jusqu'au nombre de six, et il est à craindre que ces 
sangsues du peuple ne se multiplient encore d'avantage au détriment 
des sujets de S. A. S°> s'il n'y est pourvu. 

Joseph Bickertjuif originaire dud. Horbourg aiant prétexté de for- 
mer son établissement à Egisheim a surpris les supplians an mois de 
septembre dernier un certificat de ses faculté et de ses mœurs, en con- 
séquence duquel il prétend aujourd'hui s'établir dans la communauté 
suppliante, et comme il leur importe de s'y opposer, ils ont recours à 
voire authorité, vous suppliant, Nos Seigneurs, de ne point permettre 
l'établissement dud. Joseph Bickert aud. Horbourg. Ils ne cesseront de 
faire des vœux pour la conservation de S. A. S e de Votre Excellence. 
S. Conrad Jordan, Schultheiss. — Sigismund Schneider, 
Burgermeister. — Joseph Maorer, des Gerichts. — 
Mathias Schneider, des Gerichts. 
Arcb. dép. de Colmar, E. 445. 

VIII. 
Au Conseil de Régence à Montbéliard, du 7 Mars 1756. 

Messieurs, 

J'ai reçu la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire du 4 
de ce mois à laquelle étoit jointe la copie de la Requête des habitants 
d'Horbourg touchant la Réception aud. lieu du Juif Bickert. 

Je n'ai que deux mots à répondre à cette Requête. La communauté 
se plaint (en vain) de ce que les Juifs se multiplient dans le lieu, puis- 
que le suplié ne fait que remplacer son père mort depuis quelques 
mois. Elle n'est pas plus fondée de les appeler des sangsues du peuple 
à moins que d'en rapporter les preuves, puisqu'ils suportent les mêmes 
charges que les autres sujets. Il est plus probable que c'est cet esprit 
de chicanne qui règne partout dans ce pays qui a animé cette com^ 
munaulé à vouloir s'opposer au droit que la Seign rie a de recevoir les 
Juifs dans ses Terres, et je pense qu'elle ne doit pas être écoutée. 

Les raisons que j'ai eues à favoriser rétablissement du suplié à 
Horbourg sont qu'il est originaire du lieu qu'il a un certificat des pré- 
posés de la communauté de ses bonnes vie et mœurs, enfin que l'in- 
térêt de la S n ' e est par là augmenté. 



12'. REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

En effet Paul Birkerl obtint en 1723 du feu prince de Montbéliard 
la permission de s'établira Horbourg et en \~~>\ le consentement du 
Noble Gons l,er d'y luire l'acquisition d'une maisou. Joseph Pickert l'un 
de ses fils lequel étant iutentiouné d'en jouir a demandé la protection 
de S. A. S. J'ai été d'autant plus porté à lui être favorable dans mon 
avertissement que les sup'.iants étaient informés de toutes ces dé- 
marches et qu'ils paraissaient y donner les mains à vue de leur certi- 
ficat lequel ils préteudent aujourd'hui lui avoir douné pour son 
établissement à Eguisheim, enfin que le suplié paye seul à la seigneu- 
rie plus que six autres habituns desquels même on a de la peine à 
être satisfait à moins que d'avoir recours aux voyes rigoureuses. 

Dans ces circonstances j'estime que les sup u doivent être déboutés 
de leur demande, cependaut pour ne pas rebuter tout-à-fait ces gens 
qui ne sont déjà que trop mal intentionnés pour leur légitime sei- 
gneur, l'on pourrait laisser leur Requête sans appointement et réor- 
donner de leur déclarer verbalement que puisqu'ils s'éloieut pourvus 
trop tard l'on ne pouvait rien changer au décret obtenu par le suplié, 
mais qu'à l'avenir l'on aurait soin d'empêcher que la communauté 
d'Horbourg ne soit surchargée de Juifs. 

Je remets M rS le tout à Votre haute disposition dans les sentiments 
du très profond respect avec lesquels j'ai l'honneur d'être, 

(La signature manque.) 

Arch. dép. de Colmar, E. 445. 

IX. 

L'avocat au conseil souverain d'Alsace soussigné, qui a vu deux 
mémoires au sujet des acquisitions de maisons faites par des Juifs 
du comté de Horbourg, et les pièces jointes : 

Estime, que le droit de recevoir et de congédier des Juifs, est un 
droit régalien, que les Constitutions de l'Empire n'ont accordé qu'aux 
Etats d'empire jouissants de la supériorité territoriale. 

Il est hors dedoute que ce droiteompétoitau seigneur de Horbourg, 
puisqu'il a été confirmé par lettres patentes du mois de juin 1768, 
accordées au Duc Régnant de Wurtemberg, l'article 18 y est formel. 

Un seigneur qui reçoit un Juif dans les terres de sa justice lui 
accorde nécessairement le droit ou la permission d'acquérir une 
maison pour son logement sans lequel le droit d'habitation devien- 
droit un être de raison. 

Ces deux concessions sont si étroitement liées, que l'idée de la 
concession de la permission d'habiter dans une seigneurie, renferme 
nécessairement celle d'acquérir une maison pour s'y loger. 

D'ailleurs la loi publique dans cette province, loi établie par la 
jurisprudence des arrêts, a toujours accordé aux Juifs légitimement 
établis du consentement des seigneurs la faculté d'acquérir des 
maisons pour leur logement ainsi et de la même manière, qu'en 
acquierrent les chrétiens, à cette seule différence près, que lorsqu'un 
Juif acquiert une maison le chrétien est en droit de demander la 



LES JUIFS HE H OR BOURG 125 

préférence, et le Juif est tenu de s'en désister et de recevoir du chré- 
tien le remboursement de ce qui aura été payé par le Juif. 

Il est donc évident, qu'il ne faut point de permission particulière 
pour authoriser un Juif à faire l'acquisition d'une maison après que 
le seigneur lui a accordé sa protection. Cependant il paroit, que dans 
le comté de Horbourg des Juifs ont fait des acquisitions de maisons ; 
ce qui présente la question de savoir, si pour assurer la validité de 
ces acquisitions, il auroit fallu obtenir la permission du seigneur, 
moyennant une certaiue rétribution en argent? 

Il parait dans le fait que plusieurs Juifs ont payé à la seigneurie 
des sommes plus ou moins fortes pour l'obtention de la permission 
d'acquérir des maisons pour leur logement, ce fait est attesîé par 
des pièces authentiques, mais cette rétribution pourra-t-elle être 
envisagée dans le tribunal de la justice comme un droit légitime? 
Où est le titre qui authorise le seigneur de Horbourg à établir un 
droit pécuniaire sur les acquisitions des maisons des Juifs? L'on ne 
pourroit envisager ce prétendu droit, que comme une espèce de lods 
et vente, droit qui n'est pas un fruit naturel de la juridiction, il faut 
pour l'établir un titre exprès, ou la possesion immémoriale. 

Il n'est pas défendu à un seigneur qui a droit de recevoir et de 
congédier des Juifs, de recevoir une reconnaissance pécuniaire pour 
la permission qu'il accorde à un Juif d'habiter dans sa terre : cela est 
d'autant plus permis vis-à-vis d'un Juif, que les chrétiens mêmes 
sont obligés de pa>er aux seigneurs une certaine somme pour le 
droit de bourgeoisie ou de manance, qu'ils leur accordent, pourquoi 
donc ne seroit-il pas honnête ou permis à un seigneur de recevoir 
d'un Juif un droit pécuniaire en reconnaissance de la faveur qu'il 
lui fait de s'établir dans sa jurisdiction ? 

Bien loin donc, que les exemples rappelés dans le mémoire soient 
capables de fonder un droit. Ils ne seroient envisagés que comme des 
exactions. L'on ne considérerait la perception des sommes payées en 
raison de la permission d'acquérir maison, que comme une contra- 
vention à la loi du souverain qui a borné les droits des seigneurs à 
une somme fixe pour la protection des Juifs, qu'ils reçoivent dans 
leurs terres. 

L'on ne peut donc point se dissimuler que la demande que forme- 
roient les officiers de son altesse séréuissime pour la rétribution des 
permissions que les Juifs ne sont pas tenus de demander, seroit mal 
accueillie en justice, surtout à la vue de l'article onze du nouveau 
règlement concernant les Juifs d'Alsace portant permission expresse 
aux Juifs de continuer d'acquérir des maisons nécessaires pour leur 
habitation, cette loi contient tacitement des défenses aux seigueurs 
de mettre des entraves à cette permission par aucune exaction rela- 
tive à l'acquisition, et en effet, il seroit inconséquent de dire, que 
le roy permet aux Juifs d'acquérir des maisons, mais qu'il dépendra 
d'un seigneur d'y mettre à son profit un taux en argent sans quoi la 
permission du souverain restera sans effet. Le Juif ne tiendroit donc 



I REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

pas ce droit, celte permission du souverain. Il la tiendra uniquement 
du seigneur moyennant une rétribution pécuniaire, ce système seroit 

révoltant. 

Au surplus, un Juif qui possède déjà une maison qu'il habite, na 
plus la faculté d'en acquérir une autre soit pour la louer, soit pour 
la revendre. Le nouveau règlement y est formel, mais il ne porte 
aucune peine contre le contrevenant. Cela peut donner lieu à l'action 
populaire, c'est-à-dire que chaque habitant aura droit d'évincer le 
Juif de la seconde maison qu'il aura acquise et lui rendre le prix 
d'acquisition, cela n'intéresse pas le seigneur ni la partie publique, 
qui inutilement requerroit que le Juif vendra sa maison s'il ne se pré- 
sente personne pour Tacheter, et c'est ce que l'on doit présumer, si 
effectivement aucun habitant réclame contre l'acquisition ainsi qu il 
est authorisé par le règlement. 

Délibéré à Golmar, le 16 e mars 1785, signé Reichstelter. 

Gollationné et trouvé conforme à son orignal. Sandherr. 

Arch. dép. de Colmar, E. 445. 

X. 

A Golmar, le 19 novembre 1767. 
"Nos seigneurs, 
Il y a maintenant sept familles de Juifs domiciliés à Horbourg, parmi 
lesquelles ils régnent de temps en temps des désordres même jusqu'à 
se battre dans leurs assemblées judaïques. Ils se glissent quelquefois 
à Horbourg des Juifs non reçus de la seigneurie sous prétexte d'être 
valets de l'un ou de l'autre des Juifs dudit lieu, sans parler d'autres 
irrégularités. 

Dans tous autres endroits de cette province qu il y a des Juits et 
qu'ils soient même de petit nombre les seigneurs des lieux leur don- 
nent des préposés pour le maintien du bon ordre et pour veiller aux 
amendes du seigneur. Il n'y a qu'à Horbourg qu'il leur manque. 
Leur rabbin de Ribeauvillé leur a voulu commettre un préposé il y a 
quelque temps, ce que j'ai empêché, en lui faisant entendre que ce 
n'est pas à lui à en nommer, mais au seigneur du lieu, comme par 
toute la province cela se pratique, lequel en nommera lorsqu'il le 
jugera à propos, sur quoi il n'a rien osé faire jusqu'à présent. 

C'est pour le prévenir, pour maintenir le bon ordre parmi les Juifs 
au dit Horbourg et pour faire veiller aux amandes que je prends la 
liberté nos seigneurs, d'y établir sur votre bon plaisir un préposé de 
la communauté des Juifs au dit Horbourg et d'y nommer Marum 
Kahn Juif dudit lieu comme le plus âgé, le plus tranquille, et des plus 
capables sous les instructions dont j'ai l'honneur de joindre un projet 
où j'ai suivi autant qu'il était possible les instructions qui se don- 
nent de la part de la seigneurie de Ribeauvillé au préposé de Juifs de 
Berkheim et dont on m'a procure un formulaire allemand de la part 
des officiers de la dite seigneurie. 



LES JUIFS DE HORBOURG 127 

J'ai trouvé dans sa place d'en communiquer à M. Demougé, le 
Bailli, avec lequel je suis convenu des articles portés par le projet 
d'instruction ci-joint. 

Je remets cependant, nos seigneurs, le tout à votre prudence de 
choisir tel autre parti que vous jugerez à propos. 

J'ai l'honneur d'être avec un profoud respect, nos seigneurs, votre 
très h. et tr. obéissant serviteur, Rosé. 

Arch. Nat., K. 2362. 

XL 

Nomination de Marum Kahn aux fonctions de préposé des Juifs à 
Horbourg et spécification de ses devoirs, du 4 GV décembre 4767. 

Les Conseiller d'État, Président, vice-Président et Conseiller de 
Régence à Montbéliard pour son Altesse sérénissime Monseigneur le 
duc régnant de Wurtemberg déclarant à tous ceux qu'il apartiendra, 
que, pour le maintien du bon ordre et de la tranquilité publique, ils 
auroient nommé et institué, ainsi qu'ils nomment et instituent par 
les présentes jusqu'à bon vouloir et autre disposition, Marum Kahn, 
Juif d'Horbourg, à Voffice de Préposé de la communauté des Juifs aud. 
Horbourg aux honneurs et prérogatives, qui y sont attachées et à 
charge pour lui : 

\ . D'être fidèle et attaché au service de la sérénissime Maison de 
Wirtemberg, de faire en toutes occasions son possible, pour avancer 
les intérêts de la sérénissime maison et de détourner son dommage. 

2. Il observera le bon ordre et la tranquilité, sans aucune partialité 
parmi les Juifs à Horbourg, lesquels lui doivent obéir et comparaître 
pardevant lui à sa réquisition, lorsqu'il le jugera convenable pour 
des affaires loyales, seigneuriales ou des affaires des Juifs, même 
sous peine de douze livres d'amende pour cas de désobéissance et de 
plus forte le cas échéant. 

3. Il observera la Police particulière parmi la communauté des 
Juifs aud. Horbourg sans passion, inimitié ni partialité et mettra les 
coupables pour de petits cas à l'amende seigneuriale jusqu'à la con- 
currence de six livres, dont il fera état exact à la Recette seigneuriale 
d'Horbourg, et pour des cas graves il en fera son rapport à la Recette 
seigneuriale ou au Procureur fiscal pour y prendre le parti, qu'il 
conviendra. 

4. Comme il y a de certains cas d'amendes édictées par le Rabin, 
dont la moitié revient à la sérénissime seigneurie, le Préposé susd. 
y veillera, en lèvera des Extraits en français ou en allemand des 
Protocoles du Rabin, signé d'icelui et du Protocolliste et les remettra 
à lad. Recette seigneuriale pour en faire entrer le montant. 

5. Ii se conformera ponctuellement aux ordres royaux et seigneu- 
riaux qui sont ou seront donnés de tems à autre, il publiera à la 
communauté des Juifs aud. Horbourg ceux, dont il sera chargé et 
tiendra la main à l'exécution d'iceux, en faisant son Rapport fidèle à 



128 RKVl'K Di:S KTTDKS JUIVES 

la Recetle seigneuriale d'IIorbourg ou au Procureur tiscal de la sei- 
gueurie contre les contrevenants el contre tous ceux des Juifs qui 
sont dans le eus amendable, pour y prendre tel parti qu'il apar- 
tit'ii Ira, sans rien receler, ni entrer dans aucun accomoderaent de 
son chef, ii peine d'en être responsable eu son propre el privé nom. 

G. Si des Juifs étrangers venoient ù se glisser et introduire a Uor- 
bourg, sans avoir été reçus de la sérénissime seigneurie, sous pré- 
texte d'être précepteurs, domestiques ou autres, le Préposé susd. les 
fera sortir de suite du village, en faisant défenses aux Juifs du lieu 
de leur donner retraite sous peine de cinquante livres d'amende et 
en cas de désobéissance il eu fera son rapport à la Recette seigneu- 
riale d'IIorbourg pour y faire remédier. 

7. Il ne souffrira aucunes noces de Juifs, soit de ceux du lieu, soit 
des Juifs étrangers, sans en avoir obtenu au préalable la permission 
de la Recette seigneuriale d'IIorbourg, sous peiue de cinquante 
livres d'amende contre chaque contrevenant el de plus fortes le cas 
échéant. En cas de contravention il en fera son rapport sur le 
champ à lad. Recette seigneuriale pour y faire prendre tel parti, 
qu'il conviendra. 

8. Si l'un ou l'autre des Juifs domiciliés à Horbourg vouloit quitter 
ce village, pour s'établir ailleurs dans le Royaume, le Préposé susd. 
doit faire son rapport à tems à lad. Recette seigneuriale, pour pré- 
venir la perte des droits seigneuriaux annuels, et s'il en sortait pour 
s'établir hors du Royaume, ou que des Juifs étrangers ayant à re- 
cueillir quelque héritage à Horbourg, il en fera de même incessament 
son rapport à lad. recelte seigneuriale et veillera à ce que le droit 
d'Emigration revenant à la sérénissime seigneurie en pareils cas ne 
lui soit enlevé. 

De tout quoi led. Marum Kahn prêtera serment pardevant le Juge 
de Horbourg entre les mains d'un Rabin. En témoignage de quoi les 
préseules ont été expédiées sous le sceau de la chancellerie et la 
signature d'un secrétaire. En conseil à Montbéliard le premier Dé- 
cembre mil sept cent soixante-sept. 

Par ordre : 

Du Vernoy. 

L'an mil sept cent soixante-sept le dix décembre par devant nous 
François Demougé Bailli des Comté de Horbourg et seigneurie de 
Riquewihr est comparu Marum Kahn Juif demeurant à Horbourg 
lequel a prêté entre les mains de Salomon Wahl Juif d'Herrlisheim 
commis Rabin en notre présence le serment de Préposé des Juifs 
d'IIorbourg à lui enjoint parles Instructions d'autre part dont nous 
lui avons donné acte et dressé le présent Procès-Verbal pour servir 
et valoir ainsi (pie de raison et a le d. commis Rabin signé avec nou s 
fait le jour et an que d'autre part 

Sallamon Vahl, commis Rabin. Demougé. 

Arcli. dép. de Culinar, E. i 15. 



LES JUIFS DE I10RB0URG 129 

XII. 

Le 1 1 e décembre 1773. 

A Nosseigneurs les vice -président et conseillers de la régence de son 
altesse sereuissime Monseigneur le Duc Régnant de Wurtemberg 
establie à A ontbéliard. 

Supplient très humblement les Juifs de la communauté de cette 
nation à H. disant que pour obtenir de votre authorité la permission 
de construire une sinagogue au dit H., ils auraient joint à la requête 
qu'ils ont eu l'honneur de vous présenter la requête addressé à M. Néef 
procureur général au conseil souverain d'Alsace ainsi que son décret de 
permission, comme les supliants ont un besoin des plus essentiels d'a- 
voir laditte requête et décret pour obtenir de leur Rabbin la permission 
de quêter dans la province pour leur aider et subvenir aux frais de la 
construction de la ditte sinagogue sans laquelle requette et décret le 
dit Rabbin leur refuse cette permission, les suppliants espèrent que 
vous trouverez d'autant moins de difficulté de la leur faire remettre une 
coppie duement collationée au sieur receveur Rosé dans ces circon- 
stances, ils ont l'honneur de vous présenter leur très humble requête. 

Ce considéré Nosseigneurs vu ce que dessus, il vous plaise ordonner 
que la ditte requête au bas de laquelle se trouve le décret de Mon- 
sieur Néef, procureur General au Conseil Souverain d'Alsace, qu'ils 
ont joint à leur requête présentée à l'effet d'obtenir la permission de 
bâtir une sinagogue leur soit renvoyée pour s'en servir en cas de 
besoin aux offres qu'ils font d'en donner une copie duement colla- 
tionnée au sieur receveur Rosé s'il est nécessaire et ferez grâce. 
ns ^nn — .bas-i -d ^ — -Epr» nn n^DDba — .ïto» na t|b«l 
— .y"D -pne nn mb ïmïr — /pn b«£H na t|ov — "b«B.i 

Arch. Nat. K. 2362. ' 

XIII. 

Procès-verbal. 

Heute den II. Tag des 3 ten Monals im 2-Jahr der franzôsischen 
Republik haben wir maire und municipalbeamten der Gemein 
Horburg zufolg eines arrêté des Volksrepràsenlanten bey der 
Rheinarmee vom 17. Brumaire die gùldenen und silbernen Gelâss in 
der Judenschul allhier aufgenommen um dasselbe auf den Altar 
des Valerlands zu legen und befiudet sien demnach also wie folgt : 

an harlem Silber 13 lolh 1 achlel. 

an Spitzen weiss und gelb 3 — 7 — 

an gesticklem Silber weiss und gelb . 18 — 1 — 
Worùber gegenwârliger Procès verbal aufgeseîzt 
Actum Horburg wie obgemelt. 

Obreght, maire. Sigel Midglid, Mathias Ittel, Procurer. 
Joh. Wolffensberger, secret : greffier. 

L. 645. Arch. dép. de Colmar. 



T XLVÎ1I 



NOTES ET MÉLANGES 



NOTES EXÉGÉTIQUES 



I. Amos, vi, 1, et IIabacouc, ni, 14. 

M. Halévy (Revue sémitique, XI, p. 110) a proposé de cor- 
riger, dans bvnw ma ûrtb naai d"n»i n^dan ^aps, le mot lapa en 
n D p ? et de ponctuer vfcy. Le sens ainsi obtenu : « Prononcez (le 
nom des) peuples principaux et rendez-vous auprès d'eux, ô (gens 
de la) maison d'Israël » s'accorde très bien avec le contexte. 
Toutefois la traduction de mttfin par « principaux » est un peu 
forcée, et le mot lui-même paraît inutile. Nous serions portés à 
changera notre tourmtûfinen ^5fcO ou tûfen, et adonner à l'expres- 
sion ibéti nps le sens de «an wz» « dénombrer, énumérer, men- 
tionner ». De la sorte l'interprétation donnée par M. Halévy 
serait tout à fait satisfaisante 1 . Le sens primitif de apa parait 
analogue à celui de *Dï. 

Peut-être dans IIabacouc, m, 14, le mot ffîs «m rvm napa 
doit-il être expliqué de la même façon, et Ton traduirait : « Tu 
as énuméré par tribus les chefs (des méchants) », c'est-à-dire tu 
les surveilles (quand ils viennent m'attaquer). Le texte paraît 
d'ailleurs altéré, et on pourrait lire afa au lieu de napa. Le verset 
signifierait : « Les chefs (des méchants) se sont dénombrés par 
tribus », c'est-à-dire, ils se sont réunis (pour m'attaquer). 

II. Job, xi, 3, et xli, 4. 

Dans le verset wnrn ûvitt T^ ( Job > XI > 3 ) le mot na est illter " 
prêté par a mensonges » ; dans un autre verset, qui lui res- 

1 II faudrait aussi changer ûnb en anrN- 



NOTES ET MÉLANGES 131 

semble beaucoup, Tna umna ab (ib\, xli, 4), on traduit ria « ses 
membres ». 11 semble que le mot la devrait avoir le même sens 
dans les deux passages. L'explication courante du premier ver- 
set est d'ailleurs assez douteuse, parce que le verbe wniïn n'est 
d'ordinaire pas transitif, soit que l'on traduise : « Tes mensonges 
feront taire les hommes », ou « les hommes tairont tes mensonges ». 
Dans le second passage, je ne tairai pas ses membres est une 
façon de parler aussi singulière en hébreu qu'en français. 
Nous serions porté à voir dans l'un et l'autre endroit, non 
pas le substantif 15 mais une altération de via particule com- 
posée de a et de fc > fc 7. Le sens que l'on trouve pour cette particule 
dans Job même (xxxix, 25) : riNïi tjmt hûira "rça, ainsi que dans 
Jérémie (li, 58) et Habacouc (11, 13), pn V73, ^^ vn et dans Na- 
houm (11, 13) : vm-m i*ia, nous paraît s'adapter fort bien aux deux 
passages en question. Le premier verset signifie : « A cause de 
toi les hommes se tairont », et le second : « je ne me tairai pas 
en ce qui le concerne ». Peut-être aurait-on dû ponctuer i^a . 

Le mot la ne signifiant pas mensonges dans Job, xi, 3, cette ac- 
ception devient douteuse dans via p Nb (Is., xvi, 6 == Jér., xlviii, 
30). Là on doit probablement s'en tenir au sens de faux pro- 
phètes ; cf. Is., xl vi, 25. Il est difficile de penser à vis. On pour- 
rait plutôt y penser dans hSTM biaia v-n (Job, xvn, 16), et 
également dans m» -iiaa via baao iw ^a baao («&., xvm, 13). 
Malheureusement ce dernier verset reste encore très obscur. 



III. DlTTOQRAPHIES VERTICALES : EzÉCHIEL, II, 18 ; 

vu, 13 ; xxi, 27 ; Daniel, iv, 32 ; v, 16. 

Le livre d'Ezéchiel nous a déjà fourni plusieurs exemples de 
dittographies verticales. En voici trois autres : Dans la phrase 
nïE" 1 rr#a snm nm (in, 8), le mot 21m semble superflu, cf. v. 19, 
nw lava &nïl. Le mot peut venir de *im, qui est au-dessous. 

Dans vu, 13, le mot finr» a été changé en "jim sous l'influence 
des lettres pm, placées à la ligne suivante (la phrase même *a 
Fftlfctt ba ba liîn doit être une répétition des mêmes mots au v. 12 
ou au v. 14). Les mots aiur ab après remn viennent de aiuvi ab au- 
dessus ; et la ressemblance du groupes de lettres a^na toi aiur ab 
avec celui de imn isva tt^ai permet de supposer d'autres altéra- 
tions analogues, qui ont rendu le verset tout à fait inintelligible. 

xxi, 27, les mots tria ûi\ab dans la première partie du verset sont 
une anticipation fautive des mêmes mots dans la seconde partie 1 . 



Cet exemple nous a été signalé par M. Liber. 



132 REVUE DÈS ÉTUDES JUIVES 

Dans Daniel, rv, 32, les mots rcna ■nstn, après qu'il a été ques- 
tion des habitants de la terreau commencent! en I du verset, sont 
superflus. Ce u'esl sans doute qu'une répétition fautive de "héo 
bon», qui est au-dessus. 

Ih.. v, l(j, les exégètes remarquent qu'il devrait y avoir yrfc/n 
-,w'c?:b, au lieu de iiDDBb iniCD. Le copiste a dû être égaré par 
les mots snbîa "nsa «le la ligne précédente '. 

Mayur Lambert. 



DU SENS DE DIO^J DANS LE TALMOD BABYLONIEN 
(GUITTIN, 43*) 

A propos de la règle édictée dans la Mischna, Guiltin, iv, G : 
« Si quelqu'un vend un esclave à un non-juif ou hors du pays, 
l'esclave devient libre », le Talmud (Guillin, 43 b) cite la baraïta 
suivante : « Si quelqu'un a emprunté de l'argent à un non-juif 
et lui a donné en gage son esclave, (kxt> 101733 naa ib rtiDJUO fTO 
rvrpnb) cet esclave devient libre dès que le non-juif a accompli à 
son égard le D1723. » Le sens exact de cette phrase n'est pas clair, 
à cause du mot étranger oi^. La comparaison de la baraïta avec 
la Mischna nous apprend immédiatement que dans la première 
l'esclave 'est remis au non-juif à titre de garantie, et que le 
créancier, le non-juif, a accompli à son égard un acte qui, comme 
l'achat, le fait entrer en sa possession. Dans le Talmud même, 
les Amoréens babyloniens expliquent de deux façons ce mot étran- 
ger. R. Ilouna b. Yehouda croit que oi»i signifie v^ 5 > m °t qui* 
d'après Raschi, désignerait un sceau, la marque distinctive de 
l'esclave; d'après Kohut (Arucli, V, 395a), dtos serait un bra- 
celet. Par contre, R. Schcschct explique ce mot par 173T, temps 
lixé pour l'échéance, en opposant à R. Houna une baraïta dans 
laquelle ce même DIX» ne saurait être un sceau : rrrronm po*TBCl 
■f? nc^'-w ^d by t)N bcnœ^b imttî pia»tD "natii ma» via ww\ 
.*W3Wn 173 rmBB 10173:; <i Les fermiers qui reçoivent comme ré- 

1 M. Israël Lévi nous signale encore les versets : Daniel, I, 10 : UN TiZ'2 7wN 
ÛME PwN —«-1^ ri73b "V^tf DDTI1Z3E n«1 05558», OÙ le second TwN pour- 
rait être une répétition du premier, et Ezéchiel, xvn, 5 : VINH 3>~IT73 np^l 
2^21 0*73 bj TTp y"lT m\D3 ITOmi ynXTJ. np n'est pas dans la Septante 
et Corniil v voit une ditljg.'aphie. Mais la distance entre les mots semblables n'ett 
pas tout à fait ù'ui.e ligne. 



NOTES ET MÉLANGES 13J 

compense une partie déterminée de la récolte et ceux qui ne rap- 
portent au loueur. qu'une partie fixe de la récolte, les fermiers 
héréditaires et celui à qui un non-juif a engagé son champ, quoique 
ce dernier ait accompli le DnttS, tous sont exempts des dîmes lévi- 
tiques. » Dans ce passage il s'agit, comme pour l'esclave, d'un 
bien mis en gage , et le oi»3 a pour but, ici comme là-bas, de 
rendre le créancier, qui est ici un Juif, propriétaire du champ. 
L'impression que laissent ces passages est que les Amoréens ba- 
byloniens n'expliquent pas le mot lui-même, qu'ils ont dû con- 
naître, avec l'acception de vo^oç, par la Mischna Guiltin, vi, 5, 
et d'autres exemples, mais qu'ils expliquent la procédure légale 
désignée d'une manière vague par ce mot. Les lexicographes ne 
semblent pas plus avancés que le Talmud dans les explications 
qu'ils donnent de 01535. Levy (N.H.W.B., III, 400 1>) le traduit 
comme si c'était ^ni, ulcère, marque visible sur le corps des 
esclaves; Kohut (Ariich, V, 346 &) et Krauss [Lelmwôrler, II, 
360 a ) l'expliquent par procédure ; Perles ( Monatsschrift , 
XXXVII, 370) dit que oies appliqué à l'esclave serait l'abréviation 
de manumissio, mise en liberté, tandis que Di^n appliqué à un 
champ serait la corruption de dwm, x1\loç, évaluation. 

Il est hors de doute que non seulement le mot tel qu'il est écrit 
paraît être identique à owi, loi, mais que toute la locution ïra* 
1DW3 ib peut être considérée comme l'équivalent de celle qui se 
trouve dans la Mischna Guittin, \i, 5, avec le même sens. Là le 
mari donne un mandat à des personnes au sujet de sa femme en 
disant : ■naro nb ma* ow» ïib ma* îtiwid îttod « Rendez-la libre, 
entretenez-la, agissez envers elle suivant la loi, comme il con- 
vient », ou comme dans la baraïta citée à ce propos dans Guittin, 
65 b, ^xro Mb ma* DW3S nb ma* ma nb ma* « Agissez envers 
elle selon la règle, selon la loi, comme il convient. » Si l'on 
rapproche les expressions synonymes, il* en résulte avec évi- 
dence que le sens de oms*^ est « usage, loi ». Mais, outre que 
dans le texte qui nous occupe il n'y a pas oma^S, qui indi- 
querait une loi du pays ou un usage dominant, mais nomo^ 
qui paraît désigner un procédé particulier, on trouve dans le 
récit parallèle touchant le champ engagé (Tos. Teroumot, n, 
11, manuscrit d'Erfurt) : mb* ^om^ "ib rma*ïi ^s b* 5]N, ce qui 
semble prouver que Dmaa désigne une chose faite à propos du 
champ , comme un acte ou quelque chose de semblable dans 
le domaine de la procédure. De même, dans le récit parallèle 
touchant l'esclave hypothéqué, Tos. Aboda Zara, ni, 16, les pre- 
mières éditions et le manuscrit de Vienne de la Tosefta ont ïma* 
motoa "nnrs vb*, comme le texte précédemment cité a un mot 



I I REVUE DES ÉTUDES JUIVKS 

v»b*, qui exclut tout rapprochement avec la phrase ftb ma* 
owsa Ajoutez à cela que les textes du Talmud babylonien, 
Guittin, \:u> diffèrent; dans le manuscrit de Munich et la To 
Teroumot t on lil ^r::; le manuscrit de Saint-Pétersbourg porte 
DTOfcti voir Perles, toc. cit.), les éditions et le manuscrit delà 
Tosefta ont la leçon mora au pluriel, de sorte que l'identité de 
cvr: et de vôfio* parait douteuse. 

La valeur juridique de la procédure désignée ici par owrç est 
assez manifeste. Tant l'esclave que le champ sont mis entre les 
mains du créancier, comme gages du prêt d'argent; car du l'ait 
que l'hypothèque d'un champ appartenant à un non-juif se trouve 
discutée mi même temps que 1rs différents modes de location à un 
Juif, il résulte que le champ doit être la possession du Juif. Cela 
est d'autant plus certain qu'à ce propos est déhattue la question 
df savoir si le Juif est obligé de s'acquitter des dimes lévitiques. 
Le DW3 qui s'ajoute à l'hypothèque vient, comme le montre le 
^d by E|N de la phrase frt* 101)35 "ib ïWfto *D b? t|X, renforcer les 
droits du créancier, qui est en possession du gage tant que la 
dette n'a pas été payée. D'autre part, ûtos ne saurait vouloir dire 
que le détenteur du champ en devient le propriétaire, car alors 
on ne l'assimilerait pas à un fermier et il ne saurait être exempté 
des dimes lévitiques. Comme le créancier qui détient un champ 
en gage se distingue du fermier en un point important, à savoir 
qu'il garde tout le produit pour lui, sans donner aucune part au 
débiteur, et que cependant la baraïta l'assimile à un fermier et 
pose la question de savoir s'il doit payer la dime ou non, il faut 
nécessairement que le créancier ait acquis tous les droits sur la 
récolte du champ qui lui est engagé, et îrnos pourrait alors dési- 
gner l'entente survenue à cet égard entre créancier et débiteur. 
Cette explication pourrait aussi convenir au cas de l'esclave donné 
en gage qui se trouve à ce titre dans la maison du créancier, mais 
bien entendu ne devient pas sa propriété. De quelle façon était 
réglé le travail de l'esclave"? C'est justement le D*raa qui régle- 
mentait cette question de jouissance. 

La logique voudrait que le blES, qui ne fait pas du créancier 
juif le propriétaire du champ hypothéqué, ni ne l'oblige à donner 
la dîme, ne rendît pas davantage le créancier païen possesseur 
de l'esclave, ni ne fit affranchir celui-ci hors de la vente, tandis 
que la baraïta dit explicitement : le dtos libère l'esclave. Cela tient 
à ce que le Juif qui remet son esclave entre les mains d'un non- 
juif est toujours puni par les lois rabbiniques du 11 e siècle : 
d'abord son esi lave bénéficie de la liberté, puis lui-même se voit 
obligé de payer à son préteur des dommages-intérêts \Babli 



NOTES ET MÉLANGES 135 

Guittin, 43 b, Tos. Aboda Zara, m, 16). Par contre, cette même 
législation cherche par tous les moyens admissibles à procurer 
des facilités aux Juifs qui acquièrent des terrains situés en Pales- 
tine et appartenant à des non-juifs : par exemple, par l'exemption 
de la dîme lévitique, qui dure jusqu'au moment où il en devient 
propriétaire définitif. Ces différents points de vue se retrouvent 
dans d'autres lois économiques du même temps et elles expliquent 
les diverses conséquences du Difca. Il convient d'observer que le 
sujet de la phrase irhy "iDiïïi ib ™* (Guittin, 43 & ; Tos. Aboda 
Zara, ni, 16) concernant la mise en gage d'un esclave est donné 
formellement comme étant le créancier non-juif. A propos de la 
mise en gage entre les mains d'un Juif d'une propriété apparte- 
nant à un non-juif, le sujet manque, il est vrai, dans Guittin, 43£, 
mais il est nommé dans la Tos. Teroumot, n, 11, banw ib ma* 
irhy ">oto, et c'est le créancier qui est désigné comme auteur du 
OTO. Que signifie ce mot? 

Dans le code syro-romain datant du v° siècle , et édité par 
Bruns et Sachau (Syr. rôm. Rechtsbuch, Berlin, 1880), on lit 
(p. 29, § 99, de la traduction allemande) : 

« a) Si quelqu'un donne en gage un champ, et si les intéressés 
« ont convenu que le prêteur recevra à titre d'intérêts de son 
« argent le produit du champ, le contrat est valable. 

« b) Si quelqu'un donne en gage une ânesse ou une jument et 
« que les parties ont convenu que la bête travaillera pour le 
oc créancier aux lieu et place d'intérêts, au cas où la bête vient à 
« mettre bas, le petit appartient au débiteur. 

« c) Si quelqu'un donne en gage un troupeau de moutons ou de 
« chèvres, et que les parties ont convenu que les revenus du 
« troupeau tiendraient lieu d'intérêts, le contrat est valable. La 
« laine du troupeau tiendra lieu d'intérêt, et les petits qui sur- 
« viendront serviront à payer le salaire et la nourriture des 
« pâtres et des chiens de garde. L'accroissement du troupeau 
« servira à compenser les pertes des moutons qui meurent. 

« a) Pareillement si quelqu'un donne une esclave en gage et 
« qu'il la remette au créancier à titre de vop^ (awia) pour qu'elle 
« travaille chez lui, son travail devra tenir lieu des intérêts de 
« l'argent que son maître a emprunté. Si elle enfante, l'enfant 
« appartiendra à son maître, au débiteur. » 

Nous y trouvons les deux cas qui nous occupent, la mise en 
gage d'un champ ou d'une esclave. Cette dernière se trouve, 
comme l'esclave de la baraïta, dans la maison du créancier, 
comme le champ est en sa possession. Elle y occupe la place d'une 
voar h dont on peut aisément déterminer le sens. Comme on le 



136 REVUK DES ÊTUDE8 JUIVKS 

voit, on s'occupe aussi dans les trois premiers points du para- 
graphe d'autres objets mis en gage, et les conditions légales dans 
lesquelles ils se trouvent à l'égard du possesseur temporaire sont 
les mêmes que celles qui concernent l'esclave ; seulement on les 
précise parla convention passée entre le créancier et le débiteur 
qui donne au créancier le droit de jouissance. Cette convention 
portant sur un esclave est désignée par le mot vojnrç. Ce mot si- 
gnifie proprement « possession ». et le Code l'emploie aussi ailleurs 
dans ce sens; par exemple, p. 10, s, 24, il est dit : « Si quel- 
« qu'un écrit en laveur d'une personne une Bwpéa ou une xoct*- 
« Y^a-yY, portant sur un objet, mais ne lui remet pas en même 
« temps la voa/ r la Bwpéa n'a aucune valeur. S'il écrit cette Swpéa 
« en faveur de son fils ou de sa fille, mais ne lui donne pas le voji/rç, 
« la oossa est valable, tant que reniant demeure avec son père; 
« si le bénéficiaire est un étranger, cela n'est pas valable. » De 
là il suit que vo^ est la prise de possession, qui rend possible 
la jouissance. De même, p. 19, § 64 : « Si quelqu'un acbète une 
« propriété, un esclave, ou tout autre objet au nom d'un autre, 
« et qu'il possède la vo(j.Vj de l'objet ou de l'esclave acheté et qu'il 
« en use, il ne résultera pour lui aucun dommage du l'ait que la 
« xaray^a-yY, n'est pas écrite en son nom. Car partout on n'exige 
« que la vojx-q, et l'impôt du roi, appelé « annome », est payé (par 
a le propriétaire). » Ici aussi vojat, veut dire « jouissance, pos- 
session réelle » ; pareillement p. 9, § 22 ; p. 15, §43; p. 20, § 66 ; 
p. 37, § 120. Ducange est du même avis (Glnss. grœc. s. v. vê^eiv) : 
voy.r, possessio, voces jurisconsultorum in Basilicis fréquentes ; 
Glossar. grœc. lat. vojrq, xaroj^, possessio. Le mot syriaque fiWtt, 
le mot grec vojjltq, est expliqué de la même façon par Payne- 
Smith (Tfiesatir., s. v., col. 2322) avec cette interprétation plus 
claire et plus explicite : « Apud jurisperitos : usufructus (Anecd. 
Syr. t I, App. 36,37, 41, 44, 45), wvn D7j"i3 usus aqme pro irrigandis 
hortis (ibid., 57). 

Voilà la signification que nous avons trouvée pour D1703 de la 
baraïta ; seulement il ne s'agissait pas de la jouissance même, 
mais d'une convention sur la jouissance, ou peut-être d'un acte la 
concernant. 

Il est difficile de savoir quel était le mot exact, vu le nombre 
des variantes : zvz:. cim. ^ora, Ditt&c, û^to^. A vojrq répon- 
drait un autre mot du même sens et marquant l'action vé(i.Trj<rtç, que 
l'on pourrait retrouver dans tTDItta, corrigé on b^ttî. Dans 
zr:: même, ce n'esl pas le mot vofioç = loi que l'on retrouve, mais 
le mot vojjlôç = vojx^. 

Vienne, 13 mai 1903. A. BUECBLKR. 



NOTES ET MÉLANGES 137 



DEUX INSCRIPTIONS HÉBRAÏQUES 



I 

Voici une inscription hébraïque qui nous vient du Tonat, Ksar 
des Rormali, dans le Sahara oriental. Elle a été trouvée par 
M. Gautier, lors de son voyage d'études géographiques dans ce 
pays. Elle date du xiv e siècle et se compose de quatre lignes. 
Elle a été déchiffrée par M. Philippe Berger (séance de l'Acadé- 
mie des Inscriptions et Belles-Lettres, le 5 juin dernier), qui en a 
proposé cette lecture l : 

*)y[z}i masai pi.bn[nT]a 2 

©bri 3N3 û^tû? ro©a 3 

.osn mxs 4 

Elle signifierait, d'après le savant professeur du Collège de 
France : 

\ . Ceci est le tombeau de Monispa, fille d'Amram, qu'elle repose au 
Paradis ! 

2. A Zilha'oq ('?), et elle est décédée dans les douleurs [le l'enfan- 
tement], 

3. Le samedi vingt en Ab, (mois) qui vient en paix, 

4. l'an 5089 (= 1329). 

Nous ne croyons pas devoir accepter en entier ni cette lecture, 
ni, par conséquent, cette traduction, et voici nos raisons : 

Ligne 1 : il nous semble que la lettre clevenue-fruste en tête du 
nom propre est, non un \ mais un i, soit avec la lettre précé- 
dente l'abréviation 'ntt (pour m») « dame », selon l'usage cons- 
tant, pour les stèles de femmes, dans des centaines de textes 
similaires. — L'eulogie finale de cette ligne doit se rapporter 
au dernier nom, à Amram, père de la défunte, non à celle-ci, 
elle indique qu'il était décédé au préalable, car l'eulogie relative à 
la défunte ne serait exprimée qu'après la date de sa mort et après 
le nom du lieu où elle est décédée. Ce nom de lieu, assez bizarre, 
n'est donné par le savant épigraphiste que sous toutes réserves. 

Lignes 2 et 3 : outre que le dernier mot de la ligne 2 et le 
second mot de la ligne 3 sont de tournure suspecte dans cette 

1 Comptas-rendus des séances de cette Académie, 19Ù3, I, p 236. 



138 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

rédaction, il résulte de la^vérification du calendrier pour l'an 5089 
que le vingt ■ Al) u'étail pas un samedi, mais un lundi. Il faut 
donc lire différemment ce passage, et, en effet — scion l'idée sug- 
gérée par M. Clermont-Ganneau — on trouve la formule correcte 
dans une inscription de l'an 1154 à Benvento, publiée par As- 
COli 1 , et qui permet d'établir la lecture suivante : 

[pour 'nEïïb ^cmn) âbn a sa a*^ Va nataa v[anJa. M 

Voici, par conséquent, la nouvelle version, que nous pro- 
posons : 

1. C'est la tombe de dame Nespa, fille d'Amram, qu'il repose au 
Paradis ! 

2. A Zithaloq (?) ; elle est décédée le quatrième jour (mercredi) 

3. de la semaine, 15 e jour du mois d'Ab, qui sera changé (de l'af- 
tliction) en joie, 

4. l'an 5089 (=41 juillet 13?9). 

Il n'est pas nécessaire d'expliquer qu'au premier mot de cette 
restitution la seconde lettre effacée n'est pas un X, mais an, et que 
la dernière lettre 1 est un 1 épais. 

Au troisième mot, la première lettre, lue à tort *, est un ca ; en- 
suite il faut lire tp "i, au lieu de w, Enfin, la dernière abréviation 
avec le sens que nous avons cru devoir adopter s'adapte mieux au 
mois d'Ab Menanem. 

Ce petit texte confirme l'existence d'une communauté juive dans 
la région du Touat, vers ladite époque. Le fait avait été déjà si- 
gnalé par M. René Basset 3 . Au siècle suivant, les Juifs y sont 
persécutés, et leurs têtes mises à prix : c'est la fin de leur séjour 
au Touat. 

II 

M. le colonel du génie Allotte de la Fuye a bien voulu nous com- 
muniquer l'estampage d'une autre pierre tombale provenant du 
cimetière de Saïda , l'antique Sidon (Syrie), et appartenant à 
M. Feuardent. 

Elle est ainsi conçue : 

N^2i5 "pas: vp iyi sms 1:2b "m ■ni 1 

séparas m n *n >r'^i -/wb "m n *n 2 

1 Le texte publié par M. Berger porte le mot impossible 2" , ~^ , T3V qui serait dû à 
uue inadvertance du lapin. le. 
1 Iserizionc inediti, p. SI, n° 37. 
3 Journal asiatique, 1887, II, p. 323. 



NOTES ET MÉLANGES 13<J 

N^nn 'p'-w "ni *yi , î*oDNbtttt *yi ■ni 3 

"j^dd nasa ""il in y^i-iin^n n " n ^i 4 

î^">^73 ^nb in ryi "pijw "pr^b in m 5 

nm ty a"j> "i*n in nnn 'p-inrn mi m 6 

KObnïi nriDN m m nni n«iB b^ m m 7 

mman nb"«a rnn-pan rinafc hnt 8 

mlîia nbibo mtDiwaîl np^n 9 

nnNDnn nnisi mraian îiTon io 

r-nnosn c*r»ii rsD ^abun *idon ni» H 

pn pipri nnsn niz3n "paan *jn nusa 12 

b's'T ^rns V" 13 n"n73D nnn bia ïibiy 13 

-fi fapnïi P518 biba i'n pw an ^"nb^ ftakan 14 
r^iî? nini ûipi^^n ba mari nmaTti) 15 

û^i ^-iin mx ba^ ûbi^-b n^nb 16 

anb ididii aibiai û'uib û^n mauïi 11 

t^'-pâ tpnïïn nunni bais ïvxb e-*a *ty 18 

Cette épitaphe, de date moderne, commence par une curieuse 
série de doléances, en langue araméenne, qui occupent les sept 
premières lignes ; on doit noter en ce qui concerne l'exécution 
matérielle la particularité que les quatre premières lignes ont été 
tracées par le lapicide en relief; il en résulte que plusieurs lettres 
de la ligne 4 sont élimées ou effritées, ce qui rend la lecture un 
peu douteuse. Pour les quatorze lignes suivantes, le lapicide a 
renoncé au tracé en relief et les a exécutées en creux. Les hémis- 
tiches 1-3 riment entre eux, ainsi que les lignes 8 à 11 ; tandis 
que les quatrains des lignes 4-5 et 6-7 n'ont que trois hémistiches 
rimant ensemble. — Au lieu d'une traduction littérale, voici le 
sens du texte, à partir de la ligne 8 : Cette stèle commémore le 
souvenir d'une vénérable dame, pourvue de toutes les vertus et 
de toutes les qualités, Esther, épouse de feu M. Nathan Farhi, 
décédée le samedi 18 Eloul de l'an 5557 (9 septembre 1797). Après 
la date, suit une prière en quatre lignes, sollicitant la protection 
divine en faveur des fils de la défunte, en récompense de ses 
mérites, « jusqu'au jour de la venue du Messie et de la résurrec- 
tion des morts. Ainsi soit-il. Amen. » 

Pour faire rimer le dernier mot de la ligne 15 avec l'abrévia- 
tion finale de la ligne 18, écrite ârpa, le scribe a orthographié 
triTjy (aide), au lieu de JTiï*. Pour que cette licence fût poétique, il 
faudrait qu'elle figurât dans une poésie, ce qui n'est pas le cas. 

Moïse Schwab. 



U0 IIKVUK DES ÉTUDES JUIVES 



UN POURI.M LOCAL 



Parmi les manuscrits de l'Alliance israélite, dont nous comp- 
tons offrir prochainement le Catalogue aux lecteurs de la Revue, 
se trouve la petite pièce suivante : 

m&nb&a b*a ïp^asa bra m;'r:n- b*a rrmaan b:n ta^sa br 

.iTTTn i»Tai oaa a^a ir^;'::i asba amaasb ù^a mi»*o 
tanp'a a^-r ^b'priâ n:c p^: \znnb -rar acbea m- ûa^a ù£*a 
-:: a-m û v na\aa ûittsa nbiofca njNB "^sa rabib* irrr i ïoxaa 
tanEKa bjrra-n r-nam -np^b ma osasia aab aona fa orna ma 
aa*aaba Tnionb a^b* an ■qa ba asspsa baaa a-b ■pa nana r*n b* 
•onronb asna î-ibbaoa p^i rabiota "fana ab^poaa no^M aimq 
•raaapn ^ba asa^roab n»Tiaa 6|Ka asmaarû ^,ar rnaaaba 
ta^-nn a^T^a a^a aamaa "aa baa S'nca baa ïaaaaa 1 abab 
asnas anaiDa a^naa taa»»b asb nab^n anbuj -p*a tnwm asnaK 
en "aa bio aa^ra nara n* a^ '5 a« 'i tayanaa D^aa^n -rra 
ta^sbab nana (a)niûsraa nnsa aab nns: nas bo 'i Maaa a ûa^aa 
arnaaN naata pn arnaaîa ra\a ^b raîa pst ran^a ^"^ ^a raaNaba 
'i bai a^n ûab i-pa" 1 ab aaaisn ^a taraapa a^ra ^pra- raaaïaa 
a^a nmnb i^araai n?sa biaa "osa n?ab a:b («>. a"»a naa bffi tw 
biaa by nanaiDa *pid T»©ba ban: bbrab arbr aabap pba ranaob aab 
bbab r-aana— b nanaia ba rpa n* aar-iT b*a ar»b* aabapa naabMaa a:a 

.ï— rbo banaa *jai»b 

La copie est belle d'aspect, exécutée en caractères carrés cal- 
ligraphiés, mais l'orthographe et la langue laissent à désirer 2 . 
La vocalisation laisse encore plus à désirer : elle a été mise 
par un homme peu au courant de la grammaire, confondant le 
Uameç avec le patah, le cèrè avec le sêgol, le scheioa avec le 
cèrè. 

Mais le contenu de cette page est intéressant. Après la formule 
initiale, qui estime action de grâces imitée de l'introduction à la 
prière de llanouccact de Pourim, il est raconté que, le 13 Nissan 
5531 (28 mars 1771), des gens malveillants répandirent devant la 
porte du quartier juif (ab^a7:a) de faux bruits, d'après lesquels les 
Juifs auraient médit de la religion du pays; calomnies qu'on 

1 Avec a au lieu de N. 

1 Nous incitons cuire ^ ] les lettres à ajouter, et entre ( ) les lettres à supprimer. 



NOTES ET MÉLANGKS 1 '.1 

inventa pour tomber sur eux en masse, les massacrer, les brûler 
ou les lapider daus leur quartier. Grâce aux bonnes dispositions 
du gouverneur (•pttati) et des « gens de justice », les Juifs de la 
ville (voisine?) obtinrent l'envoi de troupes chargées de veiller 
sur eux et de les protéger contre les attaques des Chamites ("«3a 
un). Jusqu'à ce que la fureur de ces derniers fût apaisée, les Juifs 
citadins gardèrent les vignerons (?tW£>fi), cela durant deux ou 
trois jours. Après quoi, le quatrième jour de Pàque, la porte du 
quartier juif fut de nouveau ouverte, tout danger ayant disparu. 
— Pour commémorer l'heureuse délivrance, a été instituée la pré- 
sente solennité. 

La date est nettement indiquée; mais on regrette l'absence du 
nom de lieu où ces faits se sont passés. Ce n'est là aucun des 
Pourim locaux, dont la liste a été dressée par Simonsen l pour 
compléter celle de Zunz (Rilus, 127-9), par Kaufmann 2 , par G. -II. 
Marguliès 3 et par la Revue des Écoles de V Alliance Israélite 
(I, 148-152 et 211-215). 

En l'absence du nom de lieu, les termes du texte peuvent servir 
à circonscrire le champ des hypothèses : 1° Le mot nb^ott a bien 
le sens de « carrière », nom porté par les juiveries ducomtat Ve- 
naissin; mais il est évident que nous ne sommes pas en pays 
chréiien. C'est donc le quartier juif. — 2° Les Dn ^a qui s'as- 
semblent pour se jeter sur les Juifs sans défense, sont évidem- 
ment des Orientaux. Il ne peut s'agir ni des Turcs, ni des Arabes 
de TAsie ; car l'auteur du récit les aurait appelés D^o>m:\ Ismaé- 
lites, Musulmans. Les « Chamites » sont, en général, des Afri- 
cains, en particulier ceux de l'Ouest ou des Berbères. — 3° Le 
■pEWi nommé ici n'est pas un « évèque » (selon la signification 
fréquente de ce mot), mais un « gouverneur» assisté de grands 
personnages (ûmzi) et de magistrats, asiZiE 'a, probablement des 
Cadis. 

Ces diverses circonstances permettent-elles de supposer que 
ces événements se sont passés au Maroc ? Il y a de quoi hésiter, 
en présence de l'affirmation donnée par D. Kaufmann [Revue, 
XXXVII, 120), que les Juifs de ce pays jouirent du repos durant 
quarante ans, de 1*750 à 1790, y compris donc Tan 1771. 

Moïse Schwab. 



1 Monatsschnft, XXXVIII, 52i-7. 

2 Revue, XXXH, 129-30. 

3 J.Q.H., VIII, 1896, p. 274-9, avec remarques de D. Kaufmann, ibid., 511-2. 



1 ,j REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

NOTES SUR LES JUIFS D'ESPAGNE 

LES JUIFS DE BARCELONE 



La vieille communauté juive de Barcelone, qui fut si florissante 
aux xiii et xiv e siècles et qui produisit tant de rabbins, de savants 
el de poètes remarquables, était relativement peu importante au 
milieu du xi c siècle. C'est ce qui résulte d'un document que le 
P. Fidel Fita a publié récemment l , et qui est d'autant plus inté- 
ressant qu'il contient une liste des Juifs qui demeuraient à cette 
époque ancienne dans la capitale de la Catalogne. 

A la mort du comte Ramon Berenguer de Barcelone, des dis- 
sensions surgirent, au sujet de sa succession, entre ses deux fils, 
Ramon Berenguer II et Berenguer Ramon II. Les deux préten- 
dants au trône convinrent, le 17 mai 1079, qu'à tour de rôle l'un 
des deux frères habiterait, chaque année, depuis le huitième jour 
de la Pentecôte jusqu'au huitième jour avant Noël, dans le palais 
de Barcelone, et que, pendant ce temps, l'autre demeurerait dans 
le château appelé Castello del Puerto, situé sur le versant du Mon- 
juic. Le Castillo del Puerto, ou Vieux-Château, se trouvait, en 
face de la côte de la mer, sur le versant du Monjuic, ou Mons 
judaicus, ainsi appelé parce qu'une partie de cette montagne ser- 
vait, de toute antiquité, de cimetière aux Juifs. Quelques Juifs y 
avaient aussi des terres et des vignes. Les possessions, situées en 
cet endroit, d'un Juif, nommé Isaac, fils de Gento, qui avait eu 
des relations adultères avec une femme chrétienne du vivant de 
son mari, tombèrent, comme amende, entre les mains du comte, 
qui les vendit en 1023 avec d'autres terres lui appartenant 2 . Le 
Château-Neuf, ou palais de Barcelone, se trouvait dans le voisi- 
nage immédiat de la Calle ou Juderia, la Calle de l'Obispo d'au- 
jourd'hui. C'est là qu'étaient situées les maisons et possessions 
du juif Bonisac. Les familles juives qui vivaient à Barcelone en 
1079, au nombre de quarante, furent, conformément au traité, 
réparties par moitié entre les deux frères, sinon comme esclaves, 
du moins comme protégées et partant comme soumises à l'impôt. 

1 Boletin de la r. Academia de la Historia, XL1II, 301 et suiv. 

* Ibid., XL1II, 541» : Accidit etiam uni hebraeorum, cui nomen Ysaac filio genlo 
hebrei, adulterium exercere cum quadam christiana habeute viro 6uperstite ; pro quo 
advenit nohis. 



NOTES ET MÉLANGES 143 

Les Juifs attribués, comme soumis à l'impôt ou comme Rehenes, 
comme otages, au Château-Neuf, sont les suivants : 



1. Mosse Juahan(an)o. 

2. Salamon Barôni. 

3. Abraham Cavaler. 

4. Genatocumsuosfratres(,S'/c). 

5. Ruben major. 

6. Esdra Salamonis, gêner De- 

denato. 

7. Salamon Berlesma. 

8. Dedenad Bonempor Castro. 

9. Mosse Nassent Benvenist, fi- 

lium Vives Poe. 

10. Juda Sartor. 

11. Vives Bochadesca. 



12. Jucef Bonavida, filius Isaac 

Sutor. 

13. Bonnom Enespia. 

14. Vives Belid. 

15. Vidal, filium Barchinona. 

16. Bonisac, filium Barzele ore- 

ved. 

17. Davim, filium Mair. 

18. Isac Abram. 

19. Cinfa femina vidua, mulier 

de Barzele. 

20. Alia vidua, mulier Benve- 

nist. 



Au Vieux-Château sont attribués : 



21. 


Ahbraam Gros. 


31. 


22. 


Bonisac, frater Salamonis. 


32. 


23. 


Isac Mancip. 


33. 


24. 


Benjamin. 


34. 


25. 


Buben Boc et Salamonen fi- 


35. 




lio suo. 


36. 


26. 


Ab (sic) cum suo filio Sala- 


37. 




mon. 


38. 


27. 


Cimento Be(n)venist. 




28. 


Raz (sic) Salamon, filium 


39. 




Dedenad. 


40. 


29. 


Bonavida. 




30. 


Bonisac, avunculus Mosse. 





Bonet Benvenist. 

Samuel Bonassol. 

Abraam Batentrot. 

David cum filio suo Juda. 

Jucef Bonavida. 

Sento Vives. 

Gento Belid, filio Ruben. 

Abraam cum suo fratre Vi- 
ves, filio de Jucef. 

Anacaz, mulier qui fuit Isac. 
40. Ulemborsa, mulier de Jucef 
Lubricato. 



Nous allons essayer d'expliquer quelque noms qui figurent dans 
ce document , autant que permet de le faire l'orthographe 
inexacte et fautive de celui-ci. Abraham est écrit Abram (18), 
Abraam (33, 38), Ahbraam (21). 

Anacaz provient difficilement dep3? ; peut-être Annaca = Anna. 

Baroni = *jm ; voir Revue des Études juives, IV, 69. 

Barzele (16, 19) — Barselay ou Barsilaï ; voir Revue, IV, 69 ; 

Barzele oreved, cast. « orebec », « orifice » : orfèvre. 
Benvenist. Ancienne famille très répandue en Catalogne et en 

Aragon, féconde en hommes considérés et en savants. Déjà 



144 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

dans l'acte d'achal du comte Berenguer de l'année 1023 il est 
fait mention des terres el des vigne d'un Benevenisti hebreus 
,1,. Barcelone Bolelin, loc. citr 549). Mosse Nassent Benve- 
nist(9)es1 probablement Nassi B. ; le premier mot, Mosse, 
u'esl pas Moïse, mais, comme aunumérol, le mot catalan 
« Mosse » = Monsieur, employé pour Don. 

Bonet - - mu bfia ; voir Zunz, Gesammelie Schriflcn II, 26. 

Boncmi>(>r (8), faute pour Bonsenyor? 

Belid ^14, 3*7), d après F. Fita, diminutif de Bellido, gracieux. 

Cavaler ' v 3), Cavalero; un Abraham Cavalero vivait en 1273 à 
Barcelone, voir Jacobs, Sources, n° 09G. 

Cimento (21), espagnol : ciment, 

Cinfa (19j = amr*; la femme de D. David Negro, s'appelait 
Cinl'a, voir Mendes dos Remedios, Os Judeus em Portugal, 
p. 198 et suiv. 

Dcdcnat (G), Dcdenad (8, 28) est considéré par F. Fita comme 
étant Natanael, le français Dieudonné. En 1092, Juccf hebreo, 
de D- nart, vendit un vignoble à Barria, en Catalogne 

Enespia (13) =En-Espia; Kspia est, en Espagne, un sobriquet 
appliqué aux personnes très maigres. 

Gento, Gentto, Jenio, nom qui revient souvent en Aragon, en Ca- 
talogue et en Navarre ; il correspond à nvj ^n, comme Sento 
est formé sur ma D'à). 

Muirlll) « En Tiempo del Conde I). Raymund Berenguer el pri- 
mero y aun en el del Conde Don Borrel se baze mencion de 
ciertos campos de un Ilebreo llamado Magir ya difunto ». 
C. Diago, Uistoria de los aniiguos Condes de Barcelona 
[Barcelone, 1003], p. 10 fl). Nous supposons que ce Magir 
est le Mair = Méir (1T), qui est le père de Davim, c'est-à- 
dire David. 

Pour Boc (25), Bocbadesca (11), Poe (9) = Boc, Raz (28 = 
Rab?), Ulembrosa (40), nous n'avons pas d'explication. Batentrot 
(33) et Lubricato (40) sont des noms géograpbiques. Juda (10) est 
nommé, d'après sa profession, « Sartor^, tailleur, et Isaac (12) 
« Sutor », cordonnier. 

M. Kayserling. 



Le Garant : 

Israël Lévl 



VERSAILLES. IMPRIMERIES CLHF, 5'.», HUE LUPLLSSIS. 



ÉPHRAÏM BEN SCHEMARIA DE FOSTAT 
ET L'ACADÉMIE PALESTINIENNE 



Éphraïm est un des personnages dont l'existence et l'importance 
viennent de nous être révélées par la fameuse Gueniza du Caire, 
dont les trouvailles nous apportent chaque jour de nouveaux ren- 
seignements. A son nom se rattache une série de faits propres à 
jeter une vive lumière sur la situation et la vie intérieure des Juifs 
en Palestine et en Egypte dans la première moitié du xi° siècle, 
de sorte qu'il mérite largement une étude particulière. 

Son père, Schemaria, était originaire de Gaza et est appelé pour 
cette raison "nifea ou Tirai l . Mais il doit avoir émigré lui-même, 
dans le dernier quart du x e siècle, à Fostât, où Éphraïm l'accom- 
pagna encore enfant, à moins qu'il ne soit né seulement dans cette 
ville. Les deux pays, l'Egypte et la Palestine, étaient alors soumis 
aux khalifes fatimides, et les Juifs jouissaient sous leur gouver- 
nement d'une situation heureuse. Le premier khalife fatimide 
d'Egypte, al-Mo'izz (mort en 975) aurait eu pour conseiller et ami 
Paltiel, connu par la Chronique d'Ahimaaç, et s'il est vrai que 
cette Chronique contient sur ce personnage beaucoup de données 
légendaires, encore est-il que ces informations doivent cacher un 
noyau historique. On peut aussi considérer comme historique le 
renseignement que donne Ahimaaç au même endroit, à savoir 
que c'est Paltiel qui exerça le premier la dignité de Naguid chez 
les Juifs d'Egypte, et que al-Mo'izz lui conféra le gouvernement 
et la direction des Juifs de toutes les parties de son empire 2 . La 

1 Voir Appendice I et la lettre citée plus bas, éd. Wertheimer. Remarquons, en 
passant, que le père de Schemaria est appelé dans cette lettre : rPTÛtï) 'DIT 'H73 
173273?! TïT^ïl, ce qui montre que le titre de 173b73n était usité non seulement pour 
des Caraiies, mais aussi pour des Rabbanites ; cf. Revue, XL VII, 139, note 2. 

2 C'est ce que Kaufmaun [Die Chronik des Achimaaz, p. 31, n. 3) a conclu avec 
raison de ces mots d'Ahimaaç (dans Neubauer, Mcdiaeval Jewish Chronicles, 11, 

129, i. 2) : o^nna ana ij û^ei» nhfcbfcai .û'na&tt n-Db»a isrbtëm 

ûbC|-p IV ba^ÏÏ)' 1 ^!N b_D31. Paltiel est désigné quelquefois comme T*33 par 
Ahimaaç (p. 125, 1. 26; p. 129, 1. 9 ; p. 131, 1. 1). Les indications de Neubauer 
(J. Q. R., VIII, 551J sur l'origine de la dignité de Naguid auraient besoin maintenant 
d'être rectifiées. Sur un médecin juif de aî-Mo'izz, nommé Moïse b. Elazar, v. Stein- 
schneider, Die arab. Literatur d. Ji(den, § 55. 

T. XLV1II, n° 96. 10 



146 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Palestine est plusieurs fois citée au nombre de ces provinces 
de L'empire, e( il est raconté, entre autres choses, que Paltiel fut 
enterré par son (ils Samuel à Jérusalem 1 . J)u fils de al-Mo'izz, ai- 
*Àzîz, qui régna de \)îï> à 996, on dit qu'il avait favorisé les Juifs 
et les Chrétiens plus qu'on n'y ('tait habitué en Egypte*. Tu redou- 
table changement se produisit quand le dément al-IIàkim (qui 
régna de 990 à 1021) monta suc le trône <lcs Fatimides, et ce fut 
seulement les dernières années de son règne qui apportèrent une 
amélioration 3 . Toutefois, même sous al-Ilàkim, une vie intellec- 
tuelle assez intense dut se manifester parmi les Juifs d'Egypte, et 
particulièrement à Fostàt, c'est-à-dire au Vieux-Caire. 

Le premier renseignement que nous ayons sur notre Éphraïm 
se place précisément sous le règne de al-II;ikim, exactement en 
1016, et Éphraïm à ce moment s'occupait de commerce. C'est 
ce qui ressort d'un document de la Gueniza, qui est publié ici pour 
la première fois 4 , et dont le contenu doit être deviné en partie, 
cà cause du mauvais état de l'original. 

Le soir du jeudi 21 Tébet de l'an 1327 de l'ère des Séleucides 
(du 4 au 5 janvier 1010), y est-il dit, alors que la pluie et la boue 
des rues retenaient tous les habitants chez eux, on vit pénétrer 
dans la maison d'Éphraïm ben Schemaria, qui se trouvait dans la 
rue Kacr al-Schema s , trois domestiques d'un certain 'Amroûn b. 
Élia de Sicile, accompagnés d'un agent de police, qui traînèrent 
Ephraïm, sur l'ordre de ce 'Amroùn, au poste de police. Là, l'offi- 

1 C'est ce qui est dit, outre le passage cilé dans la note précédente, p. 130, 1. i : 

tF-flfc»a D*mn b« uv mb^npb (?) psan bfioabc 'n de ï-wbïi nmaai 
iB'HSEïTi etein msbwm onayn rrpbtta t\im Niri ^a .-..banÂr y-iNan 

D^b«"ltB^ yiNl Û^bWBTD"' ITpb&1; Sur son enterrement, ibid., 1.8: 'l ûp*H 

'idt msTi«a ûbizîrva ïeki va« nb*m ...rnnn i:a p«i?3©i Au sujet des 

5,000 deniers que Paltiel avait coutume de distribuer le jour du Pardon 'p. 123, 1. 21 

et s.), ii est du : .DTObvn ma rra&o qb«i •D'wnbi -r-:^ ©«nb tp* 

*iai Û^BUn na^ttî^b baab C|bR*1, et je suppose que ce n'était pas seulement le 
second millier qui était réservé aux « aifligés de Sion », c'est-à-dire à Jérusalem 

y. Kaulmann, l. c, p. 32, n. 1 , mais que le premier millier revenait également au 
chef d'école ei aux sages de la ville sainte (par opposition avec le troisième, qui était 
envoyé aux académies babyloniennes., v. plus bas. — Sur Paltiel et al-Mo'izz, cf. en- 
core Z. D. M. 67., LI, 436 ; LU, 75 ; Gottheil, Jervish Bncycl., V, 61 b, 68 a. 

2 V. Millier, Der Islam im Atorgen- uni Abendland, I, 628; Lane-Poole, A His- 
tory of Bgyyt in the Middle Age, p. 119 et s. 

3 Cf. Kaufmann, Z. D. M. 67., LI, 442. Un des médecins de al-llukira était un 
Juif, connu sous le nom 3*DîObN "VpnbN (l'utile pauvre), v. Ibn al-Qil'ti, éd. 
Lippert, p. 178; Ibn Abi Useibia, éd. Muller, II, 89. 

* V. Appendice I. 

5 Dans Cette rue se trouvaient aussi les synagogues, des Babyloniens et des Pales- 
tiniens dont il sera encore question, plus loin. Voir Munk chez Asher, 'J lie Itinerary 
of Rabbi Benjamin of Tudela, II, 199-200; Scbreiner, Z. D. M. 67., XLV (1891 , 
296. 



ÉPHRAIM BEN SCHEMARIA DE FOSTAT 147 

cier de police lui dit que 'Amroûn avait contre lui un mandat d'ar- 
rêt ', et qu'il n'avait pas donné suite jusqu'ici à toutes les som- 
mations de cet * Amroûn, de comparaître devant les juges. A quoi 
Éphraïm répliqua que les Juifs soumettaient d'habitude leurs 
affaires à un tribunal arbitral composé de coreligionnaires, mais 
que néanmoins il voulait obéir en tout au fonctionnaire de 
l'État. Celui-ci ordonna alors de les mettre tous deux, Éphraïm et 
'Amroûn, en prison 2 , ce qui plut particulièrement à 'Amroûn, qui 
dit : « Restons tous deux en prison cette nuit et qu'au matin on 
nous conduise devant le juge. » Mais il se trouva quelqu'un qui 
donna caution pour tous deux ; ils furent alors mis en liberté, à 
la condition qu'ils comparaîtraient de nouveau le matin. Cet évé- 
nement fut consigné dans un procès-verbal le 27 Tébet, et la 
pièce est signée par les quatre témoins suivants, dont la condi- 
tion n'est pas indiquée : Yehouda b. Hodeid ; ...ha-Cohen b. 
Abraham; Samuel ha-Cohen b. \vhy (?) et Joseph b. Benjamin. 
On ne dit pas dans quel but fut dressé ce procès-verbal, peut-être 
était-ce pour compromettre 'Amroûn, qui avait livré un coreli* 
gionnaire au pouvoir civil 3 . 

Mais Éphraïm devait bientôt acquérir une plus grande influence 
grâce à son intervention en faveur de l'académie (wnD*) de 
Palestine, sur l'existence et l'histoire de laquelle diverses décou- 
vertes de la Gueniza viennent seulement en ces derniers temps de 
projeter une vive lumière. Jusqu'à présent, on admettait géné- 
ralement qu'avec la clôture du Talmud et l'institution du gaonat 
en Babylonie, l'étude de la Halakha avait entièrement cessé en 
Palestine, et que la métropole recevait de Babylonie sa principale 
nourriture spirituelle. Tout au plus y cultivait-on la Massora et le 
Midrasch. Il n'en est rien. Il continua à exister en Palestine des 
écoles talmudiques, bien qu'elles ne pussent, à cause de l'oppres- 
sion politique et sans doute aussi par suite d'autres circonstances 
défavorables, que traîner une vie misérable, ce qui explique que 
nous en ayons conservé si peu de renseignements. Une notice, 
assez maigre à la vérité, sur des chefs d'académie palestiniens se 
trouve dans lAppendice du Sêder Olam Zouta. Il y est dit 
qu'après l'exécution de l'exilarque Mar Zoutrall, son fils posthume 

1 C'est sans doute le sens des mol?, 1. 14 : pn^S flT l J"Htt2 "^ ÊOSÎT "lHâ 
^îb^SUÎD. L'objet du débat entre 'Amroûn et Ephraïm n'est pas indiqué, mais on est 
peut-être fondé à conclure des mots, 1> 15 : Û\"3 ^3Ù32 *pb^... qu'il s'agissait de 
marchandises qui avaient été englouties dans la mer. 

s Cela ressort des mots, 1. 19 : ?*)p3ni] ntion rP33 ^72U)tt3 VnT) *)£« 

as'rajrî ba Ds[nbtDN. 

3 C'est peut-être ce qu'on peut conclure de ces mots incomplets,!. 25 : Û^liiT. .* 

rroitt &ok. 



1 Î8 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

fut amené eo 520 en Palestine et y devint Resch-Pirka farchiphé- 
rékite) 1 . On ônumère ensuite les descendants de Mar Zoutra III, 

dont les noms ont été conservés par trois relations", et qui repré- 
sentent huit ou onze générations. Brùll, qui a confronté et élu- 
cidé ces trois relations, remarque avec raison que ces archiphéré- 
kites avaient leur siégea Tibériade 9 , mais il n'a pas pu dire en 

quoi consistait l'activité des archiphérékites; or, connue il est 
dit dans l'addition du Séder Olani Zouta que Mar Zoutra devint 
en Palestine « Président du Sanhédrin » fpTnSD tacn), il n'est 
pas douteux que lui et ses descendants n'aient été les chefs de 
l'école talmudique. Car, ainsi que nous allons le voir plus loin, les 
membres des académies, aussi bien en Babylonie qu'ensuite en 
Palestine, se nommaient « membres du Sanhédrin 4 ». Une autre 
circonstance doit être prise en considération. Dans une notice 
supplémentaire de l'Appendice dont il vient d'être parlé on nomme 
trois fils de Tarchiphérékite Abdima, mentionné en dernier lieu, 
et le deuxième de ces fils s'appelait Pinhas. Brùll l'identifie, avec 
raison, avec le Massorète m^avi îatn orws r -i, qui est ainsi désigné 
explicitement comme « étant le chef de l'académie o de Tibériade 
(ville qui était le siège des Massorètes) 5 . La chronologie concorde 



nra bprs n^an fanr.b a^su» û^arn mN« ^din nattai ,^-p^t o^-ia 
«an mm bsnw yi»b nb* obu rwnab Devrai ûtinwï û^sb» n*a-i« 

'TDT ^mniO. Comme l'indication est répétée ici deux ibis, il est facile de voir 
qu'avec le mot rùTUai commence une addition, écrite en pur hébreu. La date est ou 
bien 522 ou bien 524, voir Lazarus, Die Hâupter der Vcrtriebenen, 170. 

' C'est, avec le SéJer Olam Zouta, le Youhasin de Zaccuto (éd. Filipowski, 
p. 93 b) et le Schalschélet ha-Kabbala de Ibn Yahya. 

3 Jahrbûcher, V/VI, pp. 94-97. Brûll suppose que ces Archiphérékites seraient 
identiques avec les grands-prêtres des Juifs à Tibériade [îfmîTH N2r5D "WH 
OT , "V3L32"î], mentionnés dans la lettre de l'évêque syriaque Siméon de Beth-Arscham 
sur les persécutions des Chrétiens du Nedjrftu, mais que l'évêque aurait changé par 
erreur le titre Np"PS v w"H en celui de NjTID ^tD*H- Cette hypothèse est bien fra- 
gile. Ainsi que M. Joseph Halévy l'a établi par des preuves sérieuses [Revue, XV11I, 
26 et s.), cette lettre est, en fait, un écrit apocryphe tendancieux, qui ne date que 
de la fin du règne de Justinien, et cette opinion est adoptée par Duchesne {Ibtd , 
XX, 222) et Duval {La littérature syriaque, 15T. 11 faut corriger dans ce sens Bâcher, 
Jfioish Encyclop., 1, 148 £. — D'ailleurs, Siméon parle en un autre passage des 
grands -prêtres de Tibériade et d'autres villes [Revue. XVIII, 30 : N2HD i© 1 "! 
Nn:"H?:i 60"n2m JO-QIû"! , et précisément ce fait pourrait être un nouvel argu- 
ment contre l'authenticité de la lettre. 

4 Cf. aussi la Meguilla d'Eln'atar qui sera mentionnée plus bas 1 , p. 9. 1. 10 : 

TO*ap"»i na^ic ©ni Nin« ■p'nnaon xowi -cip^w ban ro^ao ba»... 
'*i2~i paiann ima "nna. 

• Les passages où il est question de ce Pinhas ont été réuuis en dernier lieu par 

Ilarkavy [Studien uml Mitthcilungen, V, 114). Piuhas porte aussi le litre de TtiblOn 

v. Dikduhé ha-Teamxm, éd. Baer-Strack, p. 84), mais il ne faut pas, pour cela, qu'il 

ait été un Caraïle, comme nous l'avons vu plus haut, p. 145, note I, ce que prouve, 

d'biileurs son titre de nzr'wTî wlS"i. 






EPHRAIM BEN SCHEMARIA DE FOSTAT l'i9 

à peu près exactement, car les huit générations nous conduisent 
à peu près au début du vin e siècle, époque à laquelle doit avoir 
vécu Pinhas. C'est vers le milieu de ce siècle que, comme le fait 
remarquer Brùll, Aha de Schabcha quitta la Babylonie pour la 
Palestine, et il n'est pas impossible qu'il y soit devenu chef d'école, 
dignité qui, comme on sait, lui fut refusée dans sa patrie. 

Depuis le' milieu du vm e siècle, les lumières s'éteignent sur le 
so-t de l'académie de Palestine, pour se rallumer avec une clarté 
d'autant plus vive au commencement du x° siècle, et, ici, c'est 
encore la Gueniza qui nous fournit un chapitre entièrement iné- 
dit sur la vie intellectuelle des Juifs d'Orient. C'est en 921 que 
se place le débat sur le calendrier, qui éclata entre Ben Méir et 
Saadia, et qui est maintenant connu dans ses grands traits '. L'aca- 
démie a alors son siège à Jérusalem 2 et son chef Ben Méir prétend 
que la fixation des fêtes ne peut émaner que de la Palestine, 
établit une nouvelle règle d'après laquelle les fêtes peuvent parfois 
tomber deux jours plus tôt que d'après la supputation ordinaire, 
et trouve même des partisans en Babylonie, où il avait été aupa- 
ravant. Mais sa tentative'échoua devant l'intervention de Saadia, 
qui jouissait déjà, bien qu'il fût encore jeune, d'une grande auto- 
rité. Le futur gaon quitta l'Egypte, sa patrie, en 915, séjourna en 
Palestine, en Syrie et en Babylonie, et il se trouvait justement à 
Alep quand la lutte éclata 3 . Ben Méir fait ressortir à plusieurs 

1 On peut lire maintenant sur celte question l'article de Bornstein dans le '"'.t'O 
b-lVÏT, publié en honneur de Sokolow (Varsovie, 1904), pp. 19 et s. Le sujet est 
presque épuisé par ce travail, mais l'auteur a oublié de dire que c'est moi qui ai 
attiré son attention sur une foule d'indications et sur ditlérents détails. 

3 C'est ce qui résulte des paroles de Ben Méir dans sa lettre aux Babyloniens 
(chez Bornstein, p. 63 : dabttJ np^ ^pï bsi ÏTWn Ûd^b* frm^Dm... 

snb bN-rtS" 1 ba ynirpa i"i oip» "natt? bsn ...">""> ba^n bi?3 û'tptïï nna 

maori Stïl *>"^ nn (expression qui revient encore quelquefois sous sa plume, et même 
ailleurs, voir plus bas, p. 151, n. 2). Mais on ne comprend pas'ce que dit Saadia dans le 
di*WTOH IDD [ihid'.,p. 74) : hlîipb ^mn tSHrû 133 PS (T»» p) Tibias 
'Idl Qb'CÎ'rp N3"n 1E)bt>î tPPR73. Peut-être Ben Méir était-il alors en voyage. 

3 Cela ressort d'une lettre de Saadia adressée à ses disciples d'Egypte, et qui fut 
écrite en 921, l'année de la lutte [ibid., p. 82; cf. Saadyana,éd. Schechter, i.° Vil) : 

sb *a i3« Tiaoai ..."pirpa dap&oa w>xn Nb narrai d^tt œta ïin 
btfnç^ y-aa ■rç'ii* np? iy "a dPW ^a viba ■'i^baaa T*b« dnana 
na b^a73 o^-tobnn nsp7: n^3 àbna mira ^a w ...ûnànsip nma 
ynon (ybi naisba rboai ïniorha b"-i] a^apb asnn *ns«a p ^a vram 

'iai. Saadia mentionne son séjour à Bagdad dans une seconde lettre à ses disciples, 
qui est de la même année (ibid., p. 84 ; cf. /, Q. R., IX, 37) : "^m-pl "'"N " l P3'»d"1... 

m^a73 n^i7ûcn îiNa *,©« iy h"W2 p b"n) ba^p *a mao îrï^rn -naa 

'ïS1 ynatl dT^nart ^a- D'après une indication de Ben Méir (*>., p. 104 ; cf. Saa- 
dyana. n° V), le père de Saadia serait mort à Joppé : "iftVD p "naib da3>/2©31... 

d^n^tt yn^a œ^sasa pa^ i^n i-pïte . .."ir-ssb nnana nia» ^snbnrs 
•iai is^a ptsi a^n^To ynwn rprai ...■(*«) mt mwb. u est donc possible 



151 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

reprises qu'il descend de la dynastie des Patriarche*) hillélites, mais 
il est remarquable que nous ne connaissions pas son prénom 1 . 
Son titre officiel était sans doute na^n ©an, comme l'appelle un 
de ses correspondants ', ou, ce qui revient au même, rmann \atn 3 . 
L'essor de l'académie de Palestine était peut-être une réaction 
contre les progrès des Caraïtes qui s'y établirent on grand nombre 
au x° siècle et qui opprimaient même, semble-t-il, lesRabbanites 4 . 
Quant à établir un rapport entre l'intervention de Ben Méir dans 
la question du calendrier et la division qui se produisit en 91T, 
après la mort de Yehoudaï, à Pumbadita, entre Pexilarque David 
et les membres de l'académie relativement à la nomination du 
Gaon, c'est un point à laisser de côté 5 . Nous voyons en tout cas 
que Ben Méir visait avant tout à faire pénétrer son projet dans la 
Babylonie, qui, à cette époque, était toujours la métropole de la 
Diaspora, et pour les écoles de laquelle la Palestine elle-même 
payait des redevances G . 

Si Ben Méir ne réussit pas à faire de la Palestine le centre de 
la vie juive, l'école qu'il dirigeait n'en arriva pas moins à gagner 
de plus en plus en importance et à étentlre son autorité jusqu'en 
Europe. C'est surtout l'Italie et l'Allemagne qui subissent son in- 
fluence, au rebours de l'Espagne qui gravite vers la Babylonie 7 , 

que Saadia ne relourna plus jamais en Egypte, car Scherira allirme seulement que 
Saadia était originaire d'Egypte, mais non qu'il en lut appelé, v. éd. Neubauer, 

pp. 39-40: ^;att i^bi Épr an n^ na :-m?o an n»b rw»tt» nn ïT^nan 

'"Ol ">?3*Pba 3^T1 !-nn CnSW )12 fcON nin NnaTTOn "Jjan. Que si Abraham 

b. David le dit [iHd. } p. 05: an û^?û *rarn û^i:» ynab nb£ D"nKi 

'1D1 N^Dntt NPtta ÏW»'* ©jnb rrm W^b» m^O], c'est qu'il a mal com- 
pris Scherira, ou qu'il a puisé à une source défectueuse. 

1 Mais peut-être s'appelait-il Aron, voir mon Schechter's Saadyana % Francfort-sur- 
Main, 1904, p. 4. 

* Voir ibid.y p. 9, s. v. Ben Méir. 

3 ?a"Pn "1DS, p. "C (cf. encore p. 22, n. 1, et p. 65, n. 2). 

k Ibid., p. 106: ^:a -n nnn» ..'.nwi mai mns i5">b* nnay nu)«. . 

a^Njlian py (cf. encore plus bas). Ou trouve des savants caraïtes à Jérusalem seu- 
lement dans la seconde partie du x° siècle, tels : Salmon, Sahl b. Maçliah, Yéfet b. 
Ali, etc. Sur le prétendu séjour de Anan à Jérusalem, voir Revue, XLIV, 165. 

s C'est l'avis de Bornstein, p. 25. La réconciliation entre les âeux partis, qui se 
produisit en 922, serait aussi une conséquence de l'entrée en lutte de Ben Méir, qui 
dissimulait un perd pour la Babylonie. 

6 Ainsi, Abraham b. David dit (él. Neubauer, p. G" : SiaO •"HVÏI pb ÛTtpi 

nnso fia» &rpb« ^bin ïr»!"n8 ma 1 »^ bte apn mar*a rfapn nfctn 

•^airn yn^i û'nxtn «pnsôn any»n yntn. 

" On a déjà l'ait remarquer les rapports qui existaient entre l'Italie et l'Allemagne, 
d'une part, et la Palestine, de l'autre, et cette question mérite d'être examinée en 
détail. Sur les relations eutre l'Espagne et la Babylonie, voir le tableau de Harkavy 
en tête de sa Biographie de Samuel Hannaguid (dans le E10N7J, supplément du 
V"<r?3n, Saint-Pétersbourg, 1902 . C'est seulement la science mystique qui vint de 
Babylonie en Italie, et ensuite en Allemagne, et cela par l'intermédiaire du semi- 
mythique Aron, voir Epstein, npinïf, H> 8 et s. 



ÉPHRAIM BEN SCHEMARIA DE FOSTAT 151 

jusqu'au moment où l'arrivée de Moïse ben Hanoch émancipe ce 
pays lui-même de la tutelle des académies babyloniennes *. Nous 
ne savons pas qui succéda à Ben Méir ; ce fut peut-être son fils, 
dont il est si souvent question dans les documents relatifs au débat 
sur le calendrier. Mais déjà dans la seconde moitié du x° siècle, 
nous trouvons là un Joseph lia-Cohen qui porte le titre de Ab- 
Bet-Din et qui fut le chef des Gueonim palestiniens dont il va être 
question tout à l'heure 2 , de sorte que la direction de l'école passe 
des Hillélides aux Aaronides. De son temps, en 960, les « Juifs 
des pays rhénans » (oiï^ "«tt»») adressent une consultation aux 
savants de Palestine 2 . Notre Joseph est peut-être identique avec 
le Ab-Bet-Din de Jérusalem mentionné dans le Commentaire de 
Taanit attribué à Guerschom 4 . Mais les renseignements continuent 
à être rares et ils ne deviennent plus abondants que quand un 
petit-fils de ce Joseph, Salomon ha-Cohen, se trouve à l'école de 
Jérusalem. 

Salomon introduisit quelques réformes. D'abord il prit le titre 
de Gaon. Ses prédécesseurs se nommaient simplement î-n^zr> Uî&n 5 

1 C'est ce qu'atteste explicitement Abr. b. David (éd. Neubauer, p. 68) : rtlfcTl 

*>ï55Nb d^nss "imdbttnu) D^nrrn fwb 5>?3U5Uîd nb*n5 nriM nain hy 

bd!l. Que, d'autre part, les quatre captifs, dont Moïse b. Hanoch, vinssent non de 
Bjbyionie, mais vraisemblablement d'Italie, c'est ce qui peut maintenant être admis 
avec sûreté. Grâce à l'arrivée de Moïse, les traditions babyloniennes, qui régnaient en 
maîtresses en Espagne, furent fondues avec les traditions italiennes (c'est-à-dire pa- 
lestiniennes) qu'il y introduisit, suivant la juste remarque de l'auteur, d'ailleurs si 
aventureux, du ûTîTlE&nïl mm (tome III, pp. 287 et s.). 

2 Cf. Saadyana, p. 81, n. 1, où un descendant de ces Gueonim, écrivant en 1131, 
se nomme : "i 'n |nd!l ïl^bu) l""0 . . .TjpS^ "pÈU m^ ttfcTï pttïl trbsttt 

pdîi tp^ yn '"< 'a '* 'n '- î-rabio (i. p) pa 'i 'i"* 'n 'n ynri» p '- 1 'a 

'TOI p!2£ *JÏ~l!D p"n I"P2. Comme le Salomon nommé l'avant-dernier exerçait encore, 
ainsi que nous allons voir, ses fonctions de Gaon en 1047, son grand-père (tel doit 
être ici le sens de yft) Joseph doit avoir fleuri dans la seconde moitié du x e siècle. 
Nous ne savons pas qui était ild^^ 1UN*"I à l'époque de Joseph., mais il me paraît im- 
possible d'admettre que, comme le conjecture Bâcher (J.Q.R., XV, 84, n. 1), il aurait 
exercé en Babylonie la dignité d'un Y'3N- Cf. aussi mon Sckeckter's Saadyana, p. 14. 

3 Voir sur cette consultation l'article de Bûchler (Revue, XL1V, 237 et s.). Il est 
évident que la leçon exacte, pour les premiers mots, est celle du manuscrit de Reif- 
mann : btf-ltf^ y-)N H T23Tîl3 mbïlpîTf "ibNUJUÎ « que les communautés (des contrées 
rhénanes) adressèrent aux sages de la Palestiue », et non, comme portent les autres 
manuscrits : bfcntf^ flfct mbtTp nN ibfcHB. Remarquons, à cette occasion, que 
les mots qui se trouvent a la fin de la réponse : ïpfa^n blNU5b Ddb ÏT*rt STÙ! 
'pdl'-p^'l m^^i concordent avec l'opinion qu'ont encore aujourd'hui les Talmu- 
distes que ces deux traités (et, en outre, celui de Nidda) sont les plus difficiles. 

Dans 12a, on lit : '•^VP^UÎ "T'a 3N dV^tt 3> 73125^3 ÏTT1?1 1*\yy. Le dernier 
mot qui ne donue aucun sens a déjà été coriigé avec raison par Ratncr (120 
bnvïl, p. 511) en 'tfj-nima, c'est-à-dire d^bUÎTVailî. 

5 Voir plus haut, p. 150, ce qui a été dit sur Ben Méïr. Si l'hypothèse que j'ai 
émise, p, 146, n. 1, sur les dons de Paltiel est exacte, le chef de l'académie palesti- 
nienne ne s'appelait encore à ce moment (après 969) que ina 1 ^ U5N1. 



182 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

et évitaienl peut-être â dessein le titre de Gaon, qui désignait les 
chefs des académies babyloniennes. Mais nous ignorons les rai- 
sons qui déterminèrent Salomon à s'arroger néanmoins ce titre; 
tout ce que nous savons, c'est qu'il le portait déjà du vivant de 
Haï, c'est-à-dire avant 1038, et que, par conséquent, il ne se con- 
sidérait pas comme le successeur des Gueonim babyloniens 1 . La 
seconde innovation fut qu'à côté d'un "pi m'a a*, président du tri- 
bunal, dont la fonction existait de tout temps, il créa un ■'urbtt, 
c'est-à-dire un troisième en grade 2 . Si je ne m'abuse, ce « Troi- 
sième » devait correspondre au aan qui était, à l'époque talmu- 
dique, le troisième après le patriarche 3 , et on affirmait ainsi que 
la véritable continuatrice du Sanhédrin était précisément l'aca- 
démie de Jérusalem. Or, nous trouvons à la même époque un chef 
d'école, à Jérusalem, nommé Salomon ben Yehouda, qui exer- 
çait ses fonctions en 1046 et était appelé Gaon ; il avait à côté de 
lui un as, c'est-à-dire un Ab-Bet-Din,et un •wbœ, un « Troisième », 
et M. Bâcher admet avec raison que les deux Salomon doivent être 
identiques 4 . Mais le père de Salomon, Yehouda, est désigné seu- 

' Comme le dit Bâcher, l. c, p. 32 (cf., par contre, p. 96). Que Salomon se nom- 
mât Gaon, c'est ce qui ressort non seulement de la signature de son arrière-petit- 
fils Maçliah, citée plus haut [p. 151, note 2), mais encore des lettres adressées à 
Ephraïm ben Schemaria, qui montrent même qu'il portait ce titre avant 1030, voir 
xnfrà (p. 154, n. 1). Remarquons, d'ailleurs, qu'a vrai dire, le gaonat babylonien 
disparut, non pas avec Haï, mais avec Hizkia, qui en aurait encore exeicé les fonc- 
tions en 1046; voir Bâcher, l. c. t p. 80. (Une Consultation de ce Hizkia se trouve 
dans le rmt3ï5 'O de Juda b. Barzilaï, éd. Halberstam, p. 87.) 

1 Cela résulte de la troisième lettre adressée à Ephraïm b. Schemaria, voir plus 
bas (p. 155, n. 2. A l'époque de Ben Méir, il n'y avait pas encore de ^tti^btiî, car 
il écrit à ses amis de Babylonie {Revue, XL, 262) : ya*\ ^55353 b")"U Dlb*3 "1NUJ 

'idi irobb rown ;..rntei ïibna im mn v:i labe in ...pnsr, ce 

qu'il faut, avec M. Israël Lévi, compléter et corriger de la façon suivante : 172*1... 

naap fmrwoi ttbna j-mmo l*o*i -îsbio in [ma a«] pnar ; ™ voit 

que le Ab-Bet-Din e>t immédiatement suivi du Sanhédrin, c'est-à-dire des autres 
membres de l'académie. Les tentatives que fait Bornstein (/. c, p. "6, note 3; p. 80, 
note 4) pour établir que Ben Méir avait aussi un "î*©"*?©» sont caduques. 

3 Voir Horayot, 13 £ cf. aussi Moed Katon, 22b\ Kiddouschin, 33 3). L'opinion 
de Reifmann (1*n*Tft50, •» fine) qu'au ûan des écoles babyloniennes correspondait 
le titre de D'ibN, est erronée, car ce titre servait généralement à désigner les doc- 
teurs étrangers. C'est ainsi qu'il était porté, par exemple, par Saadia, déjà en 922, 
ou même plus tôt (voir Saadyana, p. 15), par Elazar b. Samuel de Lucène (voir 
Harkavy, Studien und Mittheilunyen, IV, 3*6!, par Y< bouda b. Joseph de Kairouan 
(voir mon SchechteSs Saadyana, p. 13, n. 1; aux titulaires du titre de ■nDfî ©8*1, 
qui sont cités en cet endroit, il faut encore ajouter: Saadia b. Ephraïm CN1 H a fin 
[na^n; m72n?] !im»n 6pb»n VOS! de Kairouan en 1034. voir J. Q. A'., 
XVI, 576, I. 3 en bas; Maçliah ha-Darschan de Damas, chez Benjamin de Tudèle, 
éd. Asher, p. 48 ; Llazar b. Çémah de Bagdad, ibid., p. 60, et Joseph ibn 'Akniu, 
le disciple de Maimonide, voir Munk, Notice sur Joseph ben-Jehouda, p. 59-67), etc. 

; L. c, p. 80. La date de 1046 est donnée par le passage de la Chronique de Yc- 
rahmeel, publiée par Neubauer [Med. Jew. Chron., I, 178), où il faut changer T"nn 
en Vnn, et, comme on le verra plus bas, il est vraisemblable que Salomon fonction- 
nait déjà depuis longtemps avaut celte date. Les autres renseignements sont puisés 



ÉPHRAIM BEN SCHEMARIA DE FOSTAT 153 

lement comme vm Tsn, il ne paraît donc pas avoir exercé la 
dignité de chef d'école. 

L'académie était donc réorganisée, mais elle rencontra beau- 
coup d'obstacles sur sa route. C'étaient d'abord les nécessités pé- 
cuniaires, contre lesquelles nous savons que les écoles babylo- 
niennes eurent aussi à lutter dans la dernière période de leur 
existence, et c'étaient les impositions exorbitantes qui pesaient 
lourdement sur l'école et sur lesquelles deux lettres adressées 
à notre Ephraïm ben Schemaria nous éclairent particulière- 
ment 1 . Elles nous apprennent que le principal revenu de l'aca- 
démie provenait du grand nombre de pieux pèlerins qui n'avaient 
pas cessé de se rendre à Jérusalem. C'était le cas surtout à la fête 
des Tentes, et une véritable fête se célébrait alors à Hoschana 
Rabba. En ce jour, le Gaon, entouré de ses collègues et des pèle- 
rins, se rendait au Mont des Oliviers, et, dans cette procession 
solennelle, en faisait sept fois le tour, comme jadis on faisait au- 
tour de l'autel du temple. A cette occasion avaient lieu des céré- 
monies publiques : on ordonnait les disciples arrivés à fin d'études, 
on récitait des bénédictions pour les bienfaiteurs et protecteurs, 
en même temps qu'on lançait l'excommunication contre les enne- 
mis et adversaires 2 . Il est donc dit dans l'une de ces lettres, écrite 

dans une lettre adressée d'Egypte à ce Salomon b. Yehouda. Il est dit, entre autres 
choses (voir Revue, XXV, 275) : in?3\nm £"73tfî 11È«!l 13'3T"Ï« 2PD ÊWtU H3 # 
bîlpb llD^bTOîTI 2N "17321. Tous ces laits permettent d'écarter les doutes d'Epstein 
[Monatsschrift , XLVII, 341) sur l'identité des deux Salomon, voir mon Schechter's 
Saadyana, p. 16, n. 3. 

1 L'une est publiée dans les ûblZJTV "^TSJl de Wertheimor, f'ascic. II, f. 17 
l'autre est reproduite ici pour la première ibis à l'Appendice II. Il est possible que la 
communauté jérusalémite et, avec elle, l'académie aient souffert aussi des Caraïtes à 
l'époque de Salomon, car la lettre éditée par Wertheimer commence ainsi : i33p? N"0 

-p:>3 diwntt D^mr: "pria 1373731 ûtoYin 1 * im» ïiKfc bina ûibra -onn 

'1351 mi&On ï-!3n£?n îiaibyn n33n ©Tpï"}. On voit qu'il s'agit ici très nette- 
ment des Uabbanites et qu'ils sont représentés comme le parti qui pâtit et qu'on 
injurie. Chose singulière, on trouve un passage tout à fait semblable dans une lettre 
de Jérusalem, datée de l'an 1188, voir Ozar Tob, 1877, p. 078, 1. 30 : d^smiTSI 
'1331 nnlOT J^SS IUÎN mib^n Ï1Ï15Ï1 Û^mïl m? 13N tD3)b. Cette expres- 
sion serait-elle devenue une formule stéréotypée ? 

1 L'ascension du mont des Oliviers pendant la réunion des pèlerins à la i'ête des 
Tentes est déjà mentionnée par Ben Méïr (voir supra, p. 149, d. 2J ; cf. Bûchler, /. c, 
p. 242), et les différentes pratiques qui avaient lieu à ce moment sont indiquées aussi 
dans les lettres de Salomon à Ephraïm ben Schemaria (voir plus bas, p. 15S). Celte 
coutume se maintint longtemps, car il en est question à plusieurs reprises dans la 
lettre précitée de 1188 (/. c, p. U79, 1. 8, 15, 19 ; p. 080, 1. 32) et aussi dans Harizi, 
Porte l (éd. Kaminka, p. 445) : ÛTlia^S rrpTOnn T 13312373 &W!": Pitpai 

'n "jb^b nnnntDttbi niNbss rvaiyb mbsn "pn^bi ûwïïi nn by nwb 

mN2!£. Les Caraïtes la pratiquaient également ; outre le t assage connu d'Abraham 
ben David (éd. Neubauer, p. 79 : -|Ï13 mdOfi Ml nN tT33in b«1W VTO351 

-»s^n ^311535 ûtm train ûwam . ..ni3n73 ni3ri73 nna d^3in T*n ûwth 



I i REVUE DES KTUDKS JUIVES 

avant 1030 1 , qu'en cette année le nombre des pèlerins fut res- 
treint, de sorte que les revenus ne suffirent môme pas à couvrir 
Les impôts. On dut donc contracter des dettes, et à ces maux vint 
s'ajouter une disette qui sévil justement cette année-là. C'est pour- 
quoi les auteurs de la lettre s'adressent, par l'intermédiaire d'un 
messager spécial, Joseph ha-Hazzan b. ïéfet i^bEri*, aux com- 
munautés égyptiennes, qui les ont déjà assistés plusieurs fois et 
pour lesquelles ils prient maintenant à chaque occasion et à 
chaque fête, sur le Mont des Oliviers. Mais surtout ils deman- 
dent des secours au destinataire de la lettre, Éphraïm ben Sche- 
maria, qui semble avoir pris à ce moment une situation hono- 
rable au sein de la communauté de Fostât 3 ; ils le prient de l< s 
assister encore, comme il l'a fait jusqu'alors, de donner des 
instructions et des recommandations à tous les messagers qu'ils 
enverraient à l'avenir en Egypte, et de recueillir, partout où il 
serait possible, des subsides au nom du Gaon, c'est-à-dire de 
Salomon 4 . 

Ephraïm se donna probablement beaucoup de peine pour l'aca- 
démie de Jérusalem, car celle-ci lui décerna le titre de « membre 
du grand Sanhédrin », ribYW 'p'TTffioa nan. On sait que les écoles 
babyloniennes se considéraient comme représentant le Sanhédrin 

dï"P5M 'pa^ri m 72 ta Ttt^-irrai min naa a\x^i72 d^anri *nm a^T?), 

voir ce que dit aussi le Caruïte Sabl b. Maçliah dans l'Introduction hébraïque de son 
m^tt!"! *ÎD0 (publié par Harkavy, aTH: t|OÔ«2, I, n» 13) : ...nmrt dbtt)W 

dwtn -,n b&o ...o-nn ■warai [?d*n* a'"- mt* . ..a^:a ira np*3ti 
a^psnsn ar?i2\ et encore : m72i'b"i ^ yiNn rn^bi anab naviN d^b» m:'*i 
'iai d^mîn nn ba mbj>bi vn^iû b*, et enfin : ^n ùbtei-p ^a n^nN un 
bM d^n* ...d^bona ndfca d^ttttï-n D v ::sm ...rima bab ai:?: nTr; 

a^rPTH "lït. C'est ainsi que d'après une légende aux couleurs tendancieuses, re- 
cueillie par le Se fer Hassidim (éd. Mekizé Nirdamim, § 630), liai va chaque année 
en pèlerinage à Jérusalem et fait, à Hoschana Rabba, sept ibis le tour du Mont des 
Oliviers, en compagnie d'Ebiatar ^qui a vécu soixante ans après lui, voir infra, 
p. 165 et s.); voir Epstein, Monatsschrift, l. c.; Bornstein, L e., p. 175. Cf. aussi 
Jérusalem, éd. Luncz, I, partie hébr., p. 65. 

1 Cela ressort de ce qu'Ephraïm, qui, dans un document de cette année, se nomme 
!"îb"n^ *p*n!-iiaa *an (voir Appendice III), ne porte pas encore ici ce titre, et, 
comme il est déjà question ici de "piO "|jj"nN (v. infra, note 4), il en résulte, d'un 
autre coté, que Salomon était déjà 'p&O avant 1030. 

i Nouvel exemple de cette épithèle appliquée à un Rabbanite, v. supra. 

3 Dans la suscription de la lettre, il est appelé : ïlbll'72!l "131"! H 2"HSN '"H '"172 

'nai bacm runaite* mTan ynaa Tttvrr. 

'* Le passage en question est ainsi conçu : "ia npn a"]~"2r! ^^ "« T"* TwwVI 

'nm '"ioa i"ii« "i::ttn ûuîa m«3pn^r; mais que Bignifie ici rnaopvi? (les 

mots aip72~ y!2"" "lCfitl ne signilieraient-ils pas : t et ce que Dieu donnera en 
présent » ?). Que par Gaon il faille entendre ici Salomon, c'est ce qui résulte de ce 
que, autant que nous sachions, il n'y avait pas de Gaon avant lui, et de ce qu'Ephraïm 
n'était en correspondance qu'avec lui. 



ÉPHRA1M BEN SCHEMAMA DE FOSÏAT 155 

et qu'à ce titre, les premiers rangs (a:n am) figuraient « le grand 
Sanhédrin » (rjbns •pTiï-fco), et les rangs suivants (netw am) « le 
petit Sanhédrin » (îisup ï^tti-ttD) '. Ces appellations furent aussi 
adoptées par l'académie palestinienne, déjà au tempsde Ben Méir 2 
et peut-être encore plus tôt, et elle donnait à ses bienfaiteurs étran- 
gers, ou à des savants distingués par ailleurs, le titre que nous 
venons de voir qui fut décerné à Ephraïm, et qui était quelquefois 
ainsi libellé : ïîbyq FTiWa nbwn nnnn ou aoi ami-iDO. C'est 
ainsi que les deux titres sont portés par le célèbre Naguid d'E- 
gypte, Meborach b. Saadia, qui florissait clans la seconde moitié du 
xi° siècle, et c'est ainsi encore que nous trouvons, en 1029, à Alep, 
un yn ma tpv *î*ù (ï-ibi^ •p-ïttiaoa =*) 'na 'on naritt ap?-< '-n 'n», 
et, à une époque indéterminée, un Eliézer ben Abraham 3 
(s-ib-m "p-rMos rtb"i3>^n =) a"brt ^onn. 

Si l'académie de Jérusalem fut , grâce à l'intervention d'É- 
phraïm, délivrée, peut-être momentanément, d'une détresse dé- 
peinte en termes si énergiques, sa situation fut affaiblie par des 
querelles intestines dont Salomon Gaon se plaint amèrement dans 
une lettre adressée à Ephraïm 4 . Malheureusement les faits y sont 
plutôt indiqués que décrits. Le début nous apprend cependant 
qu'un dissentiment s'était élevé entre Ephraïm et l'Académie, 
mais qu'une lettre antérieure de Salomon avait aplani la diffi- 
culté. Le Gaon se plaint maintenant de ce qu'il s'est formé à Jé- 
rusalem deux partis et de ce que la plupart des pèlerins, arrivés, 
comme de coutume, à la fête des Tentes, ne sont venus que pour 
attiser la lutte et terroriser ceux qui ne pensaient pas comme eux. 
Au commencement de la fête, on avait réussi, il est vrai, à maî- 
triser, par la parole, le peuple, mais à présent il est arrivé, au 

1 Voir les témoignages réunis par Bùchler, l. c, p. 239. On peut encore y ajouter 
le récit de Natan ha-Babli (dans Neubauer, Med. Jew. Chron., II, 87): TlÇ J-jf! 

Nn nanpa fimi lp^sn ^hto* rvjsbi pans Tai? ïwidi ttan dnn->u)"> 
■rçjfin )TQ2 't rasb "paiû-pra t-nt8*m m^*> rc&n ">as b^ ûît^bi wap 
hy n:itttt D!TE '« SatD mbs ^an DOT ^npi SIEbi d*nan 'ai mbd 
't dnu) ■pnirtto û^aiosn ...&•*•&« tpfcnpwi Dm "pvirwott i?a ïttoj 
tmw 't i* ïinw ûimnavi i:"idî£) ittd rûOT rbitafin m va m-ni» 
'"ûi swa^n ta an n 3D ba* dbd ^sn. ce aussi barrr nco. p- 62, n. 11. 

* Voir plus haut, p. 152, n. 2. 

3 Voir mon Schechter's Saadyana, pp. Il, 15. Jacob ben Joseph et Eliézer ben 
Abraham reçurent aussi vraisemblablement leurs titres de l'académie palestinienne; 
par contre, nous trouvons à Kairouan un personnage nommé tTHd nb}£ ai *"|73 
nm &rn!-rtO blbm 2"") ^^1 (Harkavy, Stud. u. Mitteil, IV, 24), qui, étant 
données les relations constantes entre Kairouan et la Babylonie, doit avoir reçu ce 
litre de ce dernier pays. 

4 Voir Appendice II. Cette lettre est plus récente que celle éditée par Wertheimer, 
car Ephraïm y porte déjà le titre dont il a été question. 



186 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

nom du vizir du Caire un ordre du pouvoir central 1 au gouver- 
neur de Ramlé, enjoignant, sous peine de châtiments corporels, 
qu'on ne se permit point de lancer l'excommunication contre des 
adversaires. Se conformant à ces instructions, le gouverneur de 

Ramlé ordonna à l'officier commandant à Jérusalem 2 de se rendre 
au Mont des Oliviers le jour de Hoscliana Rabba, où nous savons 
qu'on lançait ces sortes d'interdits, et de châtier et d'emprisonner 
quiconque oserait seulement mentionner une formule d'excom- 
munication. Quand la nouvelle en arriva à Jérusalem, le Gaon 
décida de ne pas faire du tout cette fois l'ascension du Mont des 
Oliviers, et de ne pas créer un précédent pour l'avenir en ne lan- 
çant pas l'excommunication, qu'on attendrait d'autres temps. Et 
ainsi, dit Salomon, la fête se changea en deuil et le peuple tomba 
dans l'affliction. 

Nous ne savons pas comment ces discordes prirent fin, mais 
nous apprenons par une autre lettre de Salomon à Ephraïm que 
la situation de l'Académie de Jérusalem devenait de plus en plus 
précaire 3 . Abandonnée et injuriée, dit Salomon en se lamentant, 



1 C'est ainsi que je comprends les mois, !. 17 : ni 25373!! ûïï3 WttînB NI 3 *13> 
mSrflari *PA3 ÛU331, et je crois que rnjtt73 désigne Foslât, car Fostât, comme en 
sait, signifie « camp ». A côté du nom de D^ilTS iJH^, cette ville est encore appelée 
en hébreu *p")B1ÏP (voir Bâcher, Jew. Quart. R':v., XV, 87, n. 1, et Goltheil, Jew. 
Encyclop., V, 60-61). Il n'y a pas lieu de faire valoir contre cette interprétation que 
depuis la fondation du Caire, en 969, le siège du gouvernement était dans cette ville, 
et non à Fostât ou le Vieux-Caire. 

2 Ainsi, Jérusalem était alors subordonnée à Ramlé. Cette dernière ville fut bâtie 
par Souleymân Abi al-Meiik en l'année 98 de l'hégire (716-717), c'est-à-dire encore 
avant qu'il devînt Khalife, et reçut son nom des sables (arabe 572")) qui s'y trouvaient 
en grande quantité (voir al-Belàdsori, Liber expugnatxonis reçionum, éd. de Gœje, 
p. 143); toutefois, il doit y avoir eu encore auparavant une localité à cet endroit, 
car il est déjà question des Grecs de Ramlé lors de la conquête de la Palestine par 
les Arabes (ibn al-Alhir, Chionicon, II, 388), et, après la conquête, Omar divisa la 
Pa'estine (entendez la partie méridionale, car la partie septentrionale est appelée par 
les Arabes Ourdoun, c'est-à-dire : Jourdainj en deux districts, et nomma deux gou- 
verneurs, le premier à Jérusalem et le second à Ramlé (ibid., p. 390). Mais Ramli 
était toujours considéré comme la ville la plus importante, surtout au point de vue 
militaire, et un cas tout à fait analogue à celui que nous fait connaître la lettre de 
Salomon nous est fourni par l'écrivain arabe chrétien Yahya d'Antioche, mort eu 
1066. 11 raconte que lorsque a!-flâkim ordonna, en 1009, de détruire l'église de la 
Résurrection ù Jérusalem, il envoya un ordre dans ce sens au gouverneur de Ramlé, 
Yarouch ; voir Mjednikoff, Palestine... d'après les sources arabes (en russe), II, 1 ,36S. — 
A lépoque de Salomon b. Yehouda, il y avait aussi une communauté juive à Uamlé 

voir Revue, XXV, 273), mais, dans notre lettre, les mots ftbï2H "P5.2 ne peuvent 
désigner que le représentant de l'autorité gouvernementale. Sur l'histoire de Uamlé, 
voir al-Mokaddasi, éd. de Gœ,e {Bibl. Geogra>.h. Arab., \\\), pp. 164 165; Yaqoût, 
11, 817 ; Moudjir ad-Diu (1496), Kitâb al-ouns al-djelil bi-tarihi-l-Kouds in'al-UalU. 
éd. du Caire, 1283 (= 1868), pp. 164 etss.,etc. ; quant aux Juifs de cette ville j'es- 
père en parler dans une notice spéciale. 

' C'est la lettre éditée par Schechter dans ses Saadyana, n° XLl. Schechter, et, 
après lui, Bâcher et Bornstein ont admis que le signataire de la lettre '»23&<"l '£!"• H 735123 



ÉPHRAIM BEN SCHEMARIA DE FOSTAT 157 

elle dépérit et tout son éclat de jadis s'évanouit ; ses amis l'aban- 
donnent et les disciples auxquels elle confère l'ordination sont 
couverts d'opprobre ' . A la suite de ces faits, ses revenus ont 
encore baissé davantage, et le Gaon s'est vu obligé d'envoyer son 
fils, sans doute Joseph, qui fut plus tard Gaon après lui et qui 
devait être à ce moment Ab-Bet-Din, dans un pays d'outre -mer 
(peut-être en Europe), probablement pour réunir des subsides. 
La détresse fut si grande que Salomon, n'eût été la navigation, 
aurait entrepris lui-même ce voyage 2 . 

Seul, Ephraïm, dit la lettre, resta fidèle à l'Académie de Pales- 
tine, la ^ns na*^ 3 ; mais il fut, lui aussi, engagé dans des diffé- 
rends sur lesquels cette épître ne fait pas toute la lumière dési- 
rable, mais qu'on peut cependant reconstituer dans leurs gran les 
lignes. 

Il y avait alors deux communautés à Fostât : la première baby- 
lonienne, la seconde palestinienne, c'est-à-dire que l'une suivait les 
rites babyloniens, l'autre les rites palestiniens *. Comme les deux- 
pays avaient maintenant chacun son Gaon, il est vraisemblable 

■^"D ap^" 1 l pN3 nD■ , U5■ , est Salomon b. Elia, petit-fils de Salomon b. Yehouda, 
voir infra, p. 170. Mais cela est impossible, car premièrement Salomon II vivait au 
commencemeut du xn e siècle et ne pouvait donc pas correspondre avec notre 
Ephraïm. Ed second lieu, notre lettre est écrite à Jérusalem, tandis que déjà Elia 
avait émigré à Tyr. J'avais d'abord, moi aussi, suivi l'avis de Schechter (voir Zeit- 
tchrift fur hebràische Bibliographie, VII, 144, 180), mais j'ai déjà pu rectifier cette 
opinion dans le tirage à part de mo:i article Schechter s Saadyana (pp. 11, 16). 

1 Recto, i. 4 : m ^7203 ba y^ttiBnb (i. nn rua) mrua rrarna ba. Un 

certain Yosia b. Aron b. Yosia, ainsi ordonné, en 1031, par la sainte académie de 
Palestine s'acheta en souvenir de celte ordination le Commentaire de Saadia sur 
Isaïe, voir Saadyana, n° XXVIII : ÏTH20 yp2T\ TOT! ÏTO©" 1 \T\nS HT "1DO 

'nw [Tittn] nanrs liT'W -172 pââ n.-.ap yiy im3 rrarra [»tvq] "psa 
fiyiaa vzxi'd ïai727272 [py] orna (?j i« imc»"» irai Tteri nbiywn "pris 
yn*^i D^sbN nj>a-i« roi» arn ^22 nn->i»"> rwnpn ïwiarai ^noim ïidttd 

'IDT ÏTVSPb nn^l Û"^1»m PINE- — L'expression "p731»n se trouve aussi 
dans la lettre antérieure de Salomon (voir Appendice II, 1. 14) : Ï172nb72 1722 "YOï^ 

2 Lettre, -î. 8 : çpn ba în&et "nns iht^ ba tt* iai"i72n b« nnaan nana?2 
">b* np^ nattabi naa biyim nwnb 11122 "pan matp th ^a nshanb an 
tun jpbDïïb ban» «b û"a ^aai niom» "pi "pa rwosô 1112 bas ihsas 

'iaT ïlb*n STHn ">blN NTH nSXb. Que ce iils ait été Ab-Bet-Din, c'est ce qui 
résulte de ce que Salomon ne prit conseil, dans le fait raconté par la lettre, que du 
• Troisième » (I. 11 : "»l»ibl»n ^ntf D3> "»nbba3"l); d'autre part, c'était la coutume, 
comme nous l'apprend la Meguilla d'Ebiatar (voir infra)> que le Ab-Bet-Din tût élevé 
au gaonat, et comme, à la mort de Salomon, cette dignité l'ut occupée par son fils 
Joseph, c'est de celui-ci qu'il doit s'agir ici. 

» L. 5 : rrba -man» ba -naaa pînnw -173a «b irpm -i72i»a nnwa aim 
'ia"i Tiaftb. 

* Ce sont là les baa *03 et les b&TH»"* V"")N ">D3, mentionnés 1 43, voir men 
Schechter" s Saadyana, pp. 11-12. Bâcher, l. c, pp. 93-94, a suivi une fausse piste, 
de sorte qu'il n'a pas pu se rendre un compte exact de la question. 



i s REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

qu'il se produisit des froissements, car il (levait y avoir naturel - 
lemenl une espèce do rivalité entre la Palestine et la Babylonie. 11 
esl même possible que Salomon b. Yehouda, comme autrefois son 
prédécesseur Ben Méir, continuait toujours à revendiquer la su- 
prématie de la Palestine sur toute la diaspora. Ephraïm ben Sche- 
maria appartenait naturellement à la communauté palestinienne 
et v exerçait certaines fonctions officielles et importantes 1 , c'est 
ain^i qu'il avait, entre autres, la surveillance de l'abatage rituel. 
()r, il semble que la communauté babylonienne eut le dessus et 
qu'Bphraïra fut évincé de ses fonctions de surveillant, lesquelles 
furent confiées à un homme immoral, fils de son adversaire * ; 
il semble aussi avoir eu à subir d'autres avanies 3 . Un certain 
Natan, homme d'ailleurs honorable, qui, lui aussi, probablement 
appartenait à la communauté palestinienne, car il lut ordonné 
« Haber » par Salomon 4 , parut suspect d'appartenir, pour dos 
raisons que nous ignorons, au parti des adversaires d'Ephraïm. 
Une lettre que Natan, à ce qu'il semble, avait écrite à Salomon 
revint, pour des raisons que nous ne connaissons pas davantage, 
à son expéditeur, sur quoi Natan lui-même souhaita que les 
fauteurs de désordre fussent excommuniés, pour que son inno- 
cence apparût 5 . Ephraïm informa le Gaon de tous ces faits par 
une lettre qui arriva à Jérusalem le 24 Siwan (l'année n'est pas 
indiquée), et Salomon convoqua aussitôt, le 25, une grande 
assemblée dans une caverne, lit apporter les rouleaux de la loi et 
lança l'excommunication contre tous ceux qui forgent des men- 
songes et provoquent des discordes pour satisfaire leurs intérêts 
personnels 6 . De plus, Salomon exhorta Ephraïm à veiller à ne 

1 L. 40, il est dit de l'adversaire d'EphrOm : D3 Nin tXbn ...173JÔ ibrPÏT... 

Dni DwN'wïïi dnnta NH5151 bNTwT? miz?n la-naN an b"n kiït 
» L. 36 : nattb menas pvb Dm û^BSTn trpitt)tt "jw nnaT nia ni 

ira twîi nœ»a "nwan, et, de nouveau, i. 46 : *pwh ib mn n^n*' a*s 

■nwn wmb im« nnbi n;-P72 im« nnpb (1. bab) bab n;b nttKa. 
: * l. 16 : man^n mat^n ban vers n\bN b"wrôn ba by nm lamam... 

wyp w îDïon ^ û^nttiN marcrorï matfn»ri bsn- 

k C'est à lui que paraissent se rapporter ces paroles de Salomon, I. 45 : rîfta 

nan a^a -rnnaî nœ« w N:ru:in û-na -naja wyaM. 

5 Voir 1. 30-32. 

6 L. 27 : i:bba: ira ara ia rô ûvai "jvoa na a-p rn n;ana» anah 
pN ^ppn ppin ba h* lattinm mmn naa iwœim an bnaa nm*7ja 

'iDT. Saioinon s'enferma dans une caverne, sans doute parce que, comme nous 
l'avons vu plus Laul, il lui avait été défendu de prononcer l'excommunication. Ou 
bien s'agirait-il de la caverne du prophète Aggée qui, d'après la Relation du voyage 
d'Obadia de Bertinoro, éd. Neubauer, Jahrbuch, III, 218, se trouvait sur le Mont des 
Oliviers?) Je conclus de la que cette lettre est postérieure à celle publiée dans l'Ap- 
pendice II, et qu'elle lut également écrite à Jérusalem. 



ÉPHRAIM BEN SGHEMARIA DE FOSTAT 159 

pas fournir aux perturbateurs un sujet de querelle, car les temps 
sont mauvais et la race corrompue. La plupart ne cherchent qu'un 
prétexte pour mal faire. Nous aussi, dit Salomon, nous n'aurions 
fait aucun cas de leurs paroles, s'il ne s'était pas agi d'une profa- 
nation du nom de Dieu ! . Pour ce qui est des fonctions enlevées à 
Ephraïm, chacun peut les exercer dans sa communauté 2 . Com- 
ment ce R. Natan, demande Salomon à Ephraïm, peut-il se rési- 
gner à voir disparaître toute trace de l'influence de l'école pales- 
tinienne en Egypte 3 ? Il aurait pu t'accorder son assistance pour 
qu'on ne t'enlevât pas ce qui te revient. Moi et le « Troisième », 
nous te rendons tes fonctions, et quiconque te les enlèvera de 
force sera atteint par le châtiment de Dieu. Salomon ajoute à sa 
lettre une autre adressée spécialement à ce Natan pour le calmer 4 , 
mais sans doute aussi pour le réprimander. 

Les renseignements que nous fournit la lettre de Salomon sur 
l'existence, à Fostât, d'une communauté babylonienne et d'une 
communauté palestinienne sont encore confirmés par d'autres 
témoignages. Benjamin de Tudèle nous en informe environ cent 
ans plus tard, quand il mentionne un détail particulièrement im- 
portant de la divergence des rites, et c'est à savoir le cycle 
annuel ou triennal pour la lecture du Pentateuque 5 . Maïmonide 
voulut mettre fin à cette division dans les rites et usages, mais le 
silence lui fut imposé par le Naguid d'Egypte de cette époque, qui 
s'appelait — nous le savons maintenant — Sar Schalom ou 
Zouta 6 . Makrizi (mort en 1442) parle également des deux syna- 
gogues, et il dit à ce propos que, sur l'entrée de la synagogue des 
Palestiniens, on avait dressé une table de bois où il était gravé que 
la synagogue avait été élevée en l'an 336 de l'ère des Séleucides, 
c'est-à-dire quarante-cinq ans avant la destruction du second 

1 L. 25 : bas d^EiDwn "nan ab b* (i. rau» ot: ab ûiart bibn ^bnbi 
û\an bibn û-rp^a b-^oa n:y ûbwi ^a1a i*n ba rrp^ -p *n*« h»k. 

[Salomon l'ait ici allusion au passage connu du Talmud, Sabbat, 30 3. 
* C'*est ce que signifient ces mots, 1. 42 : ïT>rp 173^ }*y j^n Û1p7:n "HZJ&O... 

>w y-iN 12a maa mi baa iaa û^a [ht] iot hy nriwNn ûip^n. 

3 C'est à Natan que je rapporte ces mots, 1. 43: na^C ÛU3 mp^b U5pa"* DDTOiSr; 

■nnbab itt^b an:p &nbtt ûuî ttb n-nn Tibab dnsa yinu '«51 -pN 

Ha naîn. Voir la suite, plus haut (p. 158, n. 4). 

4 l. 50 : pbtt Ta*nb itâ jna Niai bN ana m ana>:a ^na ï-j:rn n 
rappelle 1.30: -nanti "jn: an "17:. 

8 Ed. Asher, p. 98 : nriN nTOS!3 ^na i:tB D'wl Û"H"irP D^sbat n»a irai 

ba mo:a ban ^iî3:n no:a nnai i^enib b« rpo:a bww y-ia ^a:ab 
'iai min bus a^moai n-niznsa nna sudt: n^m: û:w "ppiN^. 

6 Voir le passage du 'j'HnNybN TT^CS d'Abraham Maïmuni édité par Biichler 
/, Q. B., V, 421, et cf. sur ce sujet Kaufmanu, Monatsschrift, XLI (1897), pp. 460 
et suiv. 



160 REVUE DES ETUDES JUIVES 

temple '. Obadia de Bertinoro dit la même chose dans sa Relation 
de voyage en 1488, sauf qu'il indique comme date Tan 38 ayant la 
destruction du second temple*. Obadia ne mentionne pas la dif- 
férence de rites et, sans doute, ceux-ci ne s'étaient plus maintenus 
longtemps. Il est vrai qu'ils sont mentionnés par Samba ri, qui 
écrivail en 1672 \ mais il est probable que ce chroniqueur ne fait 
que répéter ce qu'il a lu chez Benjamin, ("est par erreur qu'il dit 
que la synagogue babylonienne a été bâtie seulement par Maïmo- 
nide et. par-dessus le marché, en une seule nuit, grâce à l'invoca- 
tion du nom de Dieu. 

La dernière date que nous possédons actuellement touchant 
Ephraïm b. Schemaria est l'année 1030, au cours de laquelle il 
signe comme témoin un contrat de mariage, et comme ce contrat, 
par ailleurs, ne manque pas d'intérêt, je le publie intégralement 
dans l'Appendice III. Comme nous savons, d'autre part, que 
Salomon exerçait les fonctions de Gaon en 1046, il est vraisem- 
blable qu'il a survécu à notre Ephraïm. D'ailleurs, il n'est pas 
impossible que la Gueniza du Caire nous fournisse encore maintes 
trouvailles imprévues sur les rapports d'Ephraïm avec l'Académie 
palestinienne. 

Et maintenant, pour ce qui regarde les destinées ultérieures 
de cette Académie, nous sommes assez bien renseignés sur ce 
chapitre par le curieux écrit que Ton appelle la Meguilla d'Ebia- 
tar (publiée dans Saadyana, éd. Schechter, n° XXXVIII) et qui 
provient également de la Gueniza ; Bâcher 4 a si lumineusement 
exposé le contenu de cet ouvrage et les faits qui s'y rattachent 
qu'il a rendu toute autre étude superflue. Ce qui nous intéresse 
seulement, c'est un point dont nous voulons poursuivre l'examen, 
â savoir les rapports de l'Egypte avec cette Académie. 

L'exemple de Saadia montre que, déjà au commencement du 
X e siècle, une certaine activité intellectuelle s'était manifestée 
parmi les Juifs de l'Egypte, et les relations de ce pays avec la 
Babylonie sont attestées par l'énergique intervention du philo- 
sophe de Fayyoum en faveur de l'exilarque et des Gueonim des 
deux Académies babyloniennes, quand éclata la querelle de Ben 
Méir. Semblablement, Abraham ben David compte l'Egypte parmi 
les pays dont ces Académies tiraient leurs revenus. Dans la 

1 Cf. Scbreiner, Z. D. M. G., XLV (1891), 298. Schreiner a bien vu que cette 
date a été avancée pour des raisons tendancieuses. 
* Voir éd. Neubauer, p. 210. 

8 Ed. Neubauer, Mediaeval Jeioish Ckronicles, I, 118. Cf. Bucb'cr, /. c, 422. 
4 Dans Jewish Quarterly Jieview, XV, 79-96. 



ÉPHRAIM BEN SCHEMARIA DE FOSTAT 161 

seconde moitié de ce siècle, Schemaria b. Elhanan, l'un des quatre 
captifs qui fut racheté par la communauté. d'Alexandrie, vint à 
Fostàt et y fut choisi comme chef 1 . Schemaria déploya son acti- 
vité à la fin du x c et au début du xi e siècle, c'est-à-dire à l'époque 
de Scherira et de Haï. Nous ne savons pas s'il fonda une école 
importante 2 , mais nous le voyons adresser des Consultations à 
Scherira et recevoir de celui-ci des Réponses 3 . Son fils Elhanan, 
qui émigra à Kairouan, a, lui aussi, activement correspondu avec 
Haï 4 . Mais quand, au commencement du xi e siècle, l'Académie 
palestinienne acquit plus d'importance, les deux pays, l'Egypte et 
la Palestine, qui obéissaient, d'ailleurs, au même sceptre, se rap- 
prochèrent sans doute l'un de l'autre, et il est probable que 
l'Egypte aura été chercher ses enseignements plus souvent en 
Palestine qu'en Babylonie. Et, en effet, nous ne trouvons que 
fort peu de Réponses adressées de Babylonie en Egypte : si l'on 
fait abstraction de celles que reçut Schemaria et dont il a été 
question plus haut, il y en a, autant que nous sachions jusqu'à 
présent, quinze en tout, qui ont toutes pour auteurs Scherira et 
Haï. Ainsi dans un fragment de la Gueniza qui contient les Indices 
d'une collection de recueils formés par des Réponses de Gueonim, 
on dit que le sixième li\re de cette collection contient des Ré- 
ponses envoyées en Egypte par Scherira et Haï, qui était alors 
Ab-Bet-Din ; suit l'énumération de quatorze numéros 5 .D'un autre 



1 C'est ce que, comme on sait, Abraham b. David raconte (dans Neubauer, ibid., 

68) : rhv ûtûtti û-nirto bia N-mio^ban tmam 'n n« -dïï iz^brcm 

IIÎNlb ÎTÎTi Û^ISkEb. Mais ce récit a été fort ébranlé par la lettre écrite par Hou- 
schiel à ce Schemaria, et publiée par Schechter, /. Q. R , XI, 643 et suiv. 

' Schechter (ibid., 646, note 2) publie un document émanant de son tribunal de 
Fostât et daté de l'an 1022. Schemaria est toujours mentionné avec le litre 12)N"î!"î, 
mais jamais avec celui de ÎI^O" 1 123 N") (d'après quoi il faut aussi rectifier la resti- 
tution proposée dans Saadyana, éd. Schechter, p. 124, 1. 85, comme M. Harkavy 
m'en a fait la remarque par lettre). 

3 Voir mon Schechter' $ Saadyana, p. 5. La réponse envoyée à Fostàt en l'an 1303 
de Père des Séleucides (= 992) et publiée dans 3"iyfal mîft ^wlfiO mD!U5n, éd. 
Mûller, u° 72, pourrait également avoir été adressée par Scherira à Schemaria. 

K Vcir Harkavy, Stud. und MitteiL, IV, Index, s. v. fp H 72 125 '] 'pYlbN- Cf. aussi 
le fragment de la Gueniza publié par Neubauer, J. Q. R., VI, 223, mais d'où il ne 
ressort pas tout à fait que Schemaria était originaire de la Babylonie. 

6 Publié dans Wertheimer, !"îfabl2J nbïTp (Jérusalem, 1899), p. 72 : i£î12)!n ID^n 

pnnbN"ib"T 2N "pau ■««n iroi'wi «-rn© "WWtn nManiDn tnnsfcb. Parmi 

les 14 numéros mentionnés, j'ai pu, principalement avec l'aide de Joël Mûller, nnD7û 
CjIJOÏ"» DITTCnb, en idenlilier 6, qui étaient déjà connus auparavant, mais dont 
on ne savait pas qu'ils étaient adressés en Egypte ; ce sont les suivants : l° 1 
sur un passage de Pesahim, 101 a, concernant les prescriptions du Kiddousch, voir 
Consultations, éd. Lyck, n° 53 (attribué à Haï) ; n° 4, sur ce texte de Pesahim, 
49 6 : 'iDi yiNH D^D "HEM ,D^31 H1B1T,, voir milOn "Hy©-, n° 24 (attribué 
à Haï) ; n' J 5, sur cette question : "»3>p"ip?333 D^ODî 1TOV nbûl2 H2H 
T. XLVIII, N° 96. ; 11 



162 RKVUK DES ÉTUDES JUIVES 

côté, Haï, dans une Réponse touchant un passage du traité Mid- 
dot, dit qu'il a reçu, sur ce point, une question d'Egypte et qu'il 
y a répondu » o détail*. Si ma in tenant on compare ce nombre avec 
celui des Consultations envoyées, par ex., dans le Magreb, sur- 
tout à Kairouan, à Fez, Kabès, Tahert, Sidjilmasa et Tlemcen *, 
il apparaît comme très peu considérable. Peut-être faut-il mettre 
cette disproportion en relation avec ce fait que le Magreb n'était 
attaché à l'Egypte que par des liens très lâches et (pie les Zirides, 
par exemple, qui gouvernaient à Tunis, se considéraient presque 
comme indépendants, ce qu'ils proclamèrent, d'ailleurs, formelle- 
ment en 1048-1049 3 . Pour Salomon b. Yehouda, nous ne connais- 
sons, il est vrai, jusqu'ici qu'une seule lettre qui lui soit adressée 
d'Egypte 4 , mais il se peut que la Gueniza du Caire nous réserve 
encore des surprises. Quoi qu'il en soit, nous voyons par les 
lettres écrites à Ephraïm b. Schemaria que l'Académie de Pales- 
tine trouvait le plus d'appui en Egypte. 

Nous sommes encore renseignés sur les rapports de l'Egypte 
avec cette Académie par un très intéressant fragment de la Gue- 
niza publié par M. Elkan Adler 5 , mais qui contient encore bien 

■^boVOEttli est, sans doute, celui qui est cité dans Ittour (éd. Lemberg, I, f° 44 c 
en haui) : nb «^ dn ïTOVtëi noi-iN naa b"£T TafiO ^Rïl ir31 b"»lZ3mN1 
^O^i "ITCJ^y i n° 6, sur la question de savoir si "p-DI *Pj3 PDiriD a encore de la 
valeur aujourd'hui, voir Ascheri sur Ketoubot, chap. iv, § 24 (cf. aussi Ittour, I, 
f° 44 b, et les Réponses de Isaac b. Schcscheth, n° 106) ; n° 11, sur ce passage de 
Meguilla, 5 a : '*)m •vrPS flj^TS îlbsW, est cité dans les Consultations ni^bn 
mplOD, n° 00, au nom de Natronaï, et se trouve aussi dans le Siddour d'Amrara 
(voir la note de Millier, ad locum, p. 92, note 3) ; n° 14, sur ce passage de Sabbat, 
19 a : "Dl H^DDn 'pîPbBTa *pN, voir Consultations, éd. Lyck, n° 6 (attribué à IlaïJ. 
1 Harkavy, Stud. u. Mitteil, IV, n» 290 : W3N '"1 '7ûNpT !"TDTD , «b Nït nbN;»U)1 

naai rmn rrv-p ton *it rwi»ï5 ...mn mm^n ma-i*» inpai apy p 

'"D1 rFTVD mSU bN ÏTOtt-pD. Cf. encore ibid.,n° 312; pn£ n*©, f* 23 b, 

n" 6, et f" 25, n^ 15-16 ; mib'O nbnp, éd. Wertheimer, p. 47 et p. 92 (b^D Kttba 
^b^ *l£?3 bïlR ÏTY*D \9)i mais ces passages n'indiquent pas tous des Consul- 
tations adressées en Egypte. 

- Les Consultations envoyées à Kairouan sont si nombreuses que leur énuméra- 
tion doit être réservée pour une étude d'ensemble. Sur celles qui sont adressées 
à Fez, voir mon étude sur l'histoire des Juifs de cette ville dans le journal Ft"PD3fcHi 
1903, n os 3 etsuiv. Celles qui sont envoyées à d'autres villes du Magreb sont con- 
tenues pour la plupart dans Harkavy, Stud. itnd Mitteil., IV, voir l'index aux noms 
de lieux en question pour Kabès voir aussi rpsb'Ji nbnp, n os 3-7 ; Monatsschrift, 
XLIY, 142, et Consultations, éd. Lyck, n° 13; pour Sidjilmasa, voir l'Introduc- 
tion de Goldberg au Htsâla d'ibn Korcïsch, p. xvn, et Saadyana, éd. Schechter, 
n° XXXIV . 

3 Voir Mûl 1er, Der Islam tn Morgen- nnd Abendland, I, pp. 622-629. <>u trou- 
vera d'autres données dans Ibu al-Athir, Annales du Maghreb et de l'Espagne, trad. 
par Faguan, p. 452, n. 2. CI', aussi Lane-Poole, The Mohammadan Dynasties, p. 38. 

' Voir supra, p. 132, n. 4. 

5 J.Q.H., IX, 717. Cf. sur ce texte les observations de Kaufmann, ibid., X, 162. 
Bâcher, l. c, p. 06, parle aussi assez brièvement de ce fragment, mais c'est à tort 
qu'il en attribue la publication à Neubauer. 



ÉPHRAIM BEN SCHEMARIA* DE FOSTAT 163 

des énigmes. Un Naguid égyptien y raconte que déjà pendant l'ad- 
ministration de son prédécesseur (qui n'était pas son père, comme 
l'admet Adler), il s'est assis sur le siège des sages et a prêché 
publiquement aux fêtes. A la mort de son prédécesseur, dont il 
décrit en termes élevés la féconde activité 1 , il fut revêtu de cette 
dignité par le Khalife. De plus, il entra en fonctions avec l'auto- 
risation de l'exilarque, Hasdaï (ou X ben Hasdaï), à qui tout Is- 
raël est subordonné, et enfin le Gaon de l'Académie palestinienne 
le confirma dans sa situation 2 . L'auteur du fragment ajoute que, 
même dans le cas où le gouvernement du Kalife n'aurait pas 
ratifié sa nomination, le Gaon aurait veillé à ce que la dignité de 
Naguid se maintînt, car il aimait beaucoup son prédécesseur. 
Mais le Gaon fut assez heureux pour n'avoir qu'à ratifier la nomi- 
nation faite par le pouvoir 3 . 

Gomme il est question, dans ce texte, d'un exilarque et d'un 
Gaon palestinien contemporains l'un de l'autre, le fait ne peut 
s'être passé qu'au temps de Salomon b. Yehouda, et, de plus, 
avant 1040, année de la disparition de l'exilarcat babylonien; 
mais à ce moment nous ne trouvons pas d'exilarque du nom de 
Hasdaï ou ben Hasdaï. Et même si l'on admet que les prédéces- 
seurs de Salomon portaient déjà le titre de Gaon, l'événement 
mentionné dans notre fragment peut s'être passé au plus tôt dans 
le dernier quart du x e siècle (car le premier Naguid doit avoir été 
Paltiel, qui vint en Egypte avec al-Mo'izz) ; or nous ne trou- 
vons pas davantage, à ce moment, d'exilarque qui porte ce nom. 
On serait presque tenté d'admettre qu'il est question ici non pas 
d'un exilarque babylonien, mais d'un exilarque caraïte qui résidait 
au Caire. Et, en effet, nous en connaissons un du nom de Hasdaï, 
qui vivait vers 1030 4 . Que, d'ailleurs, de bonnes relations aient 
existé au xi e siècle, entre Rabbanites et Caraïtes, c'est ce que nous 
voyons par ce fait que l'exilarque égyptien David b. Daniel, dont 

1 Voir p. 718, 1. 11 : «nasa nfi* "pbttîm Wl "^ 55 îlbS TF3 i"i ^Dn *b 

* p. 717, 1. 14: -w i*s ^sb mifib ^Tua nra "pas» "O bfinioi bb wn... 
lanafi* niafi* rib^n 12 &n wvik TPtzna mnfi* ^ nyi nazi* ia« isi abi* 
^aatn ynfi* n:r»i iDfin îaanN dm ...nrrob» caau) nnn D\xa baniui bsi 
"•misa imiBa y^an n*on Tnarc n« Kbtn -i-nnfi* «a rœab imiD» l'on 

'lD1 1^53 fiîDD by 13S113Î11. — L'exilarque est appelé plus haut, 1. 10 : 13801153.. 
bfiniai bs miba 10 NI bfWÎI NHï33il i&HOn 1333103- Mais avant le mot 1&HOH 
il manque, d'après Kaufmann, environ deux mots, de sorte que ifiHOn pourrait aussi 
bieu désigner le père. 
3 P. 718, 1. 16-21. 

* Voir Fùrst, Geschichte des Karâerthums, II, notes, p. 77. — C'est aussi de Tan 
1030 que date une Ketouba caraïte de Fostat, publiée par M. Elkau Adler (J.Q-R>, 
XII, 684). 



1 64 REVUE DES ETUDES JUIVES 

il sera encore question plus bas, épousa sans scrupule une Ca- 
raïte *. Mais ce qui est gênant, c'est le titre de bim& bs nvba ©*n. 
Aussi voudrais-je émettre une autre hypothèse, mais je ne la 
donne que sous les plus expresses réserves: notre fragment ne 
parlerait-il pas de Natanel, que Benjamin de Tudèle mentionne 
comme Naguid d'Egypte? De son temps, en effet, l'exilarque de 
Bagdad était Daniel ibn Ilasdaï, dont il pourrait être question 
dans notre texte. Dans ce cas, il faudrait voir dans le personnage 
appelé "^^r; yns nrrup ©an Ezra, le chef de l'école de Damas, qui 
est désigné par Benjamin comme le chef de l'Académie palesti- 
nienne-. Quant au prédécesseur si vanté, ce serait Samuel ben 
Hanania, qui a pleinement mérité les éloges qui lui sont dé- 
cernés. Enfin, nous savons de Natanel qu'il ne fut pas seulement 
Naguid, mais aussi chef d'école 3 , c'est-à-dire savant, et c'est ce 
que montre aussi notre fragment. Mais il faudrait alors supposer 
que l'exilarque de Bagdad ainsi que le chef de l'école de Damas, 
avaient une influence aussi grande sur les affaires d'Egypte. 

C'est pourquoi une autre hypothèse est encore possible : ce 
serait que ce Ilasdaï (ou ben Ilasdaï) ait été un exilarque rabba- 
nite d'Egypte, jusqu'ici inconnu. 11 est, en effet, très possible 
qu'après que David b. Daniel eut fondé, comme nous allons le 
voir, l'exiiarcat en Egypte, il ait encore eu des successeurs 
après sa chute, survenue en 1094. Nous trouvons, en effet, 
à l'époque de Maïmonide un dignitaire appelé ariaa 6nD3fi ïmm 
VpistT BPMtt W©BF p ban^ nv^ te, et ce personnage, puisqu'il 
est nommé « prince de toute la Diaspora », pouvait être plutôt 
exilarque que Naguid 4 . Que, d'ailleurs, il ait pu y avoir en Egypte 
un Naguid à côté d'un exilarque, c'est ce que nous voyons par le 

1 Voir la Ketouba de ce mariage (datée de l'an 10S41 publiée par Schechler J.Q.R., 
XIII. 220). 
« Ed. Asbcr, I, 48 : bSltD 1 ' V"lwN 3tt3 M*»'' (l.»«l) "Wl pttîtt^a b"- 2'wl 

'■di rw^s^a ■'O^nnn tpv wi yn rra as ûibia -ns T»n*n enî* "«an njoiai. 

Remarquons, en passant, que puisque celte académie se considérait comme le succes- 
seur de celle de Palestine (v.plus loin. p. 170), et se modelait probablement en tout 
sur celle-ci, il faut sans doute lire ici ^^C" au lieu de itt^Jonfl» R- Joseph était 
donc le « Troisième ■, et exerçait une fonction qui n'existait, uous le savons mainte- 
nant, que dans l'académie palestinienne. 

3 Ce n'est pas seulement Benjamiu qui l'appelle (éd. Asher, p. 98 fia^O^H DNH ; 
il est encore désigné dans une Ketouba de l'année 1164 sous les titres de H3^©^ 'wN" 

ïrbia bis et de rrnnn "hr m- rn 1 , v. j.q.r., viii, 554, et MonattKkrift, 

XLl, 21 i. 

4 Sambari, éd. Neubauer, p. 116, 1. 20 ; p. 133, I. 0. Il n'y a même pas de place, à 
l'époque de Maïmonide, pour u:i Naguid de ce nom, car a Natanel succéda Zouta, 
appelé Sar Schalom, et à celui-ci Maïmonide; voir Kaufmann, Monalsschrift, XLI, 
/i60 et s. — Un lils de ce Yebouda b. Yosia élait peut-être un exilarque (?J Yosia, 
qui portait ninsi le nom de son grand-père, voir mon Schecktcr's Saadyana, p, 14. 



ÉPHRA1M BEN SCHEiMARIA DE FOSTAT 165 

cas de David b. Daniel, que le Naguid Meborach aida, comme nous 
le verrons plus bas, à recevoir l'exilarcat. Et maintenant, si Hasdaï 
devint exilarque , en Egypte, après David, le Gaon palestinien 
pourait être Ebiatar, dont il sera question plus loin, et le Naguid 
aurait été un successeur de Meborach '. 

Quoi qu'il en soit, ce Hasdaï doit faire partie des exilarques 
post-babyloniens, car c'est seulement chez ceux-ci que nous trou- 
vons, à ma connaissance, le titre de [nvb}] bs (ou anaa) nrh tt&n, 
binu)" 1 -. Mais revenons à notre sujet. 

Après Salomon b. Yehouda, dont la mort ne survint pas pro- 
bablement longtemps après 1046, le gaonat fut exercé par son 
fils Joseph, dont nous avons déjà parlé et qui avait occupé, du 
vivant de son père, la dignité de Ab-Bet-Din. De son temps, le 
gaonat sortit, pour quelque temps, des mains des Aaronides et 
fut exercé par un certain Daniel b. Azaria de Babylonie, qui des- 
cendait de la dynastie des exilarques babyloniens et est, pour 
cette raison, désigné comme aru». C'est seulement lorsque Da- 
niel mourut en Elloul 1062 que le gaonat fut rendu à Elia, frère 
de Joseph, qui était mort dans l'intervalle, tandis que son fils 
Ebiatar l'assista comme Ab-Bet-Din 3 . Elia quitta Jérusalem, peut- 
être à la suite de la prise de cette ville par les troupes du prince 
Seldjoukide Mélik-Schah en 1071, et émigra avec l'Académie à 
Tyr*. Il y mourut en 1084, laissant le gaonat à son fils aîné Ebia- 
tar, déjà nommé, tandis que le cadet, Salomon, le «■ Troisième », 
devenait Ab-Bet-Din. C'est pendant le gaonat d'Ebiatar que se 
passe l'événement dont il est surtout question dans la Meguilla 
composée par lui et qui est importante aussi pour la question qui 
nous occupe 5 . 

1 Nous trouvons encore Meborach en 1098 (J.Q.B., IX, 116), mais il peut être 
mort aussitôt après, de sorte que son successeur occupa encore la dignité de Naguid 
du temps d'Ebiatar. Dans ce cas, les éloges décernés dans notre fragment se rappor- 
teraient à Meborach. 

' Ainsi David b. Daniel est appelé deux fois b^^T^23 ,, bs TWOÙ ÊOEÎj dans la 
Ketouba citée précédemment. De même Harizi (Porte i, éd. Kaminka, p. 24) appelle 
l'exilarque de Damas : n"l"»b^ N v ^3 bilan fi^UJ3n ÎT^ÎO ...131*11 13117: p""0 

bi rrpba k^d bilan e^rcsn yo* "riariDa p"zh p b"pT barrên bs 

b"pT bN1E3i (cf. aussi Porle xxiv, p. 355). 

3 C'est ce que dit expressément Ebiatar dans sa Meguilla, p. 2, 1. 19. C'est de celte 
époque que date la Réponse adressée par Elia et Ebiatar à Meschoullam b. Moïse, a 
Mayence, voir Monatsschrift, XLV1I, 345. 

* Cf. sur ce qui a été dit jusqu'ici sur les deux fils de Salomon b. Yehouda, 
Bâcher, l.'c, pp. 84-85. Que jusqu'à ce moment Jérusalem ait été sans interruption 
le siège de l'académie, c'est ce qui résulte par exemple de Saadt/ana, n° XL1I, 
11. 3, 14. — Une lettre écrite, en 1029, par la communauté de Tyr à Jacob b. Joseph 
d'Alep (v. supra, p.1i>5) a été éditée par Wertheimer dans ses ûbOlTT ">Tj3, IH> 
feuillet 15. 

B Je suis ici généralement l'exposé de Bâcher, pp. 86 et s. 



166 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

En l'année 1081. c'est-à-dire trois ans avant l'entrée en fonc- 
tions d'Ebîatar, David fils de Daniel ben Azaria », précédemment 
mentionné, vint, à l'âge de vingt ans, de Babylonie, <>ii il avait été 

emmené sans dont»' après la mort de son père, en Egypte, et il y 
trouva assistance auprès du Naguid d'alors. Meboraeh h. Saadia, 
et de Yosia ha-Cohen, qui était un fils d'une tante de David et qui 
dirigeait l'école de Fostàt, où il avait succédé à son père Azaria ha- 
Cohen. Tous deux parvinrent à proclamer David exilarque et à 
faire ainsi revivre sur les bords du Nil l'exilarcat babylonien qui 
avait disparu à la mort de llizkia. Mais le nouvel exilarque se 
montra bien ingrat pour ses bienfaiteurs. 11 lit dénoncer auprès 
du gouvernement le Naguid Meboraeh, qui courut le péril d'être 
mis à mort et ne sauva sa vie qu'en s'enfuyant à Fayyoûm. Quant 
à Yosia, il fit publiquement lancer contre lui de fausses accusa- 
tions dans les synagogues, et mit sans doute un autre savant à sa 
place, comme chef de l'école de Fostàt. Sa puissance ne s'étendit 
pas seulement sur les communautés juives d'Egypte, mais aussi 
sur celles de la Palestine et de la côte phénicienne. Tyr, siège du 
gaonat, conserva longtemps son indépendance vis-à-vis de Texi- 
larque. Mais quand cette ville retomba, en 1089-1090, au pou- 
voir de l'empire égyptien *, David b. Daniel mit aussi la main sur 
cette ville, contraignit le Gaon à la quitter, le réduisant à une 
grande détresse 3 . 

Ainsi les rapports étaient renversés et c'était maintenant la 
Palestine qui devait obéir à l'Egypte. Mais la lutte ne s'arrêta pas 
des deux côtés et chaque pays s'efforça de faire valoir ses pré- 
rogatives. David aurait exercé une effroyable tyrannie à Tyr par 
l'intermédiaire de son représentant, qui est flétri par la Meguilla 
d'Ebiatar sous le nom d'Abiram ben Datan. C'est sur l'Académie 

1 J'ai admis, avec Schechter et contre Bâcher, que David était un fils de Daniel b. 
Azaria {Schechter's Saadyana, p. 10, n. 1). Une nouvelle preuve en est que, dans la 
Ketouba mentionnée plus haut, p. 64, n. 1, ce n'est pas seulement David, mais aussi 
son père Daniel qui est désigné comme N^'OS et même aussi comme ^Q'*C , 'CNH 
apSUVMW, t. J.Q.K., XIII, p. 220, 1. 9; p. 221, 1. 5. 

1 Ibn Al-Athir, X, 116. Mais le lieutenant du gouvernement égyptien dut enlever, 
à deux reprises, la ville de Tyr à des révoltés, en 1093 et en 1097, voir ibid., pp. 151, 
180. En 1124, Tyr lut pris par les Chrétiens et resta en leur pouvoir jusqu'en 1291, 
cf. RôhrL-ht, (îeschichte des Kônigreichs Jérusalem (Insbruck, 1898), pp. 169, 102$, 
Sur la situation des Juifs à cette époque, voir Lucas, Gcschichte der Stadt Tyrus zut 
Zril der Kreu:ztif/e (Marbourg, 1895), p. 56 (cf. Rôhricht, op. et*., p. 986). 

• C'est un t'ait intéressant que nous trouvons pourtant parmi les témoins de la Ke- 
touba précitée de David b. Daniel, un petit- lils de Salomon Gaon, qui était Ab lit t- 
Din, voir /. Q.R., ibid., 1. 13: b"T "pNa ïlEbtt 'p bvnW br> b« 1*1 ma 3N. . . 
Peut-être le nommé b"XT ~3" ,, ^" , n 3N 7[OV '""PS "jnrrr TîTsbo qui a signé, en 
1092, un document du tribunal de David, à Fostàt [v. Saadyana, p. 81, n. 2) des- 
cendait-il de la famille des Gueonim palestiniens. 



ËPHRAIM BEN SCHEMARIA DE FOSTAT 167 

surtout que son pouvoir pesa lourdement, au point que le repré- 
sentant du Gaon, le Ab-Bet-Din qui y était resté (c'était alors 
Salomon, frère d'Ebiatar), dut aussi s'enfuir 1 et que seul le 
« Troisième » demeura. En 1093, l'impie Abiram dut, il est vrai, 
quitter Tyr, mais David envoya aussitôt un autre représentant, 
qui, comme son prédécesseur, usa d'arbitraire et de précipitation, 
essaya d'attenter à la \ie du Ab-Bet-Din, et, comme il ne pouvait 
pas l'atteindre, détruisit tous ses biens ; il tenta même d'anéantir 
la subsistance du « Troisième » et de sa famille 2 . Abiram lui- 
même revint, convoqua la veille du jour de l'an la communauté 
et lui enjoignit de se soumettre (sans doute à nouveau) à l'auto- 
rité supérieure de l'exilarque. Mais alors Tyr releva la tête et le 
« Troisième » prononça un très long discours qui forme la plus 
grande partie de la Meguilla d'Ebiatar 3 . 

Ce serait — tel est le thème qu'il développe — une profanation 
du nom de Dieu que l'ordination d'un exilarque en Egypte et en 
Palestine, car : 1° L'Egypte ne s'appelle pas « Diaspora » (SrVtt) 4 , 
ce nom ne sert qu'à désigner la Babylonie, de sorte que ce pays 
pouvait avoir un exilarque, conformément à l'interprétation tal- 
mudique du verset Genèse, xlix, 10 : Le sceptre ne sortira pas de 
Juda 5 . 2° Mais l'exilarque de Babylonie lui-même n'avait aucune 
espèce de droits en Palestine, au point qu'une autorisation con- 
férée par lui n'avait aucune valeur dans ce pays 6 . 3° La Pales- 
tine n'est appelée nulle part « Diaspora », pour qu'on puisse y 
nommer un exilarque. 4° Il doit toujours y avoir un Nasi en Pa- 

» Meguilla d'Ebiatar, p. 3, 1. 21 : "p plûtt Û*P3N ©JH? rpbtf fibtt'H... 

t^Msn d5iy7û» ùrr^sn ^ *ty ...rrrtavT 3N "»bnDù pn ynn'b-n ...^m 
'131 wp. 

2 lUd., i. 26 : iï-n-w^ .,.ûvà " ,,/ " 1 "îiibistH isnnb 3n "nriN wvn.-.. 
^isnVajrs ^m s-wn y? ïr.'n ...wvra f-iao in^a ma "insti isisnb 
*t Nb ^n biyn vttan aT3N pn dïton nbu5*n i^biBo bisb'os'i 

'131 P1153. Pendant le ^aonat d'Ebiatar, le « Troisième » était Cadok b. Yosia 
(■#., p. 2,1. 18). 

3 P. 4, 1.4-p. 9, 1. 27. 

4 Pourtant, dans cette même Meguilla, Yosia de Fostât, le personnage précité qui 
aida David à devenir exilarque et qui fut si outrageusement traité par lui, est appelé 

(p. 3, i. 6) •. br: nàroï raan ïi-Dn ww -^a-, "p irrm p ii-ptbéo nn 
b"T snbw. 

5 Voir Sanhédrin, 5 a, et passages parallèles : "^N"! "I5N 1TT1ÏT33 U3U5 TID" 1 tfb 
U3U53 bfintt5^ PN j^llltt b 33115 P'pbji. Cf., sur ce sujet, l'ouvrage tout récent de 
Adolf Posnanski, Schiloh, t. I (Leipzig, 1904). 

6 L'auteur invoque ici l'affaire de Rabba bar bar Hana (Sanhédrin^ ibid.), mais d'où 
il résulte juste le contraire (voir la note de Schechter, ad loc, p. 93, u. 5). Pourtant 
nous trouvons une opinion conforme à celle du * Troisième », et également appuyée 
sur Rabba bar bar Hana, dans le *pftTÎTl (éd. Freimann, I, 51a), ainsi que 
M. Epstein en a déjà fait la remarque [Revue, XL VI, 202, note). 



168 KKVUU DKS ETUDES JUIVES 

lestine pour régler le calendrier et fixer les fête» 1 . Là-dessus, le 
« troisième ■> cite la plus grande partie du vm" chapitre des Pirké 
R. Eliézerei différents passages du Talmud pour édifier sa théo- 
rie du calendrier. Déjà Adam reçut, par une révélation divine, 
le secret du calcul pwn no), qui se transmit chez les élus de 
chaque génération, jusqu'à ce qu'il tomba dans l'oubli on Egypte. 
Puis il fut de nouveau révélé a Moïse, et. depuis ce temps, il est 
connu sans interruption de chaque chef du Sanhédrin. Que s'il 
est question ensuite de la fixation du calendrier par l'expérience 
(man), ce mode ne fut introduit qu'à cause de l'intervention des 
hérétiques Çadok et Baithos, pour montrer que l'expérience et le 
calcul concordent entièrement. C'est seulement le patriarche 
Juda I, qui, comme Israël était de plus en plus dispersé, que les 
discordes devenaient plus nombreuses et l'ignorance plus grande, 
révéla le « secret » à tous les sages et à tout le Sanhédrin 2 ; pour- 
tant la proclamation du calendrier et des fêtes doit être faite aussi 
chaque fois, d'après le calcul maintenant connu, par le chef du 
Sanhédrin, c'est-à-dire le chef de l'académie. Tous ceux qui se 
conforment à ce calcul doivent le faire avec l'intention préalable 
qu'ils le font de la part du chef de l'école 3 . Il faut donc que 
celui-ci existe toujours et un attentat contre lui, comme celui 
projeté par David, est un projet criminel. 

Le discours du « Troisième » fit un grand effet, et le secours 
vint de l'homme même qui avait contribué à l'élévation de David. 
Le Naguid Meborach, qui paraît avoir reconquis une certaine 
importance, organisa une grande réunion dans laquelle David 
lut déclaré déchu de ses droits et le gaonatde Palestinien rendu à 
son détenteur légitime *. Cet événement se passa en 1094 ; depuis, 
la Palestine triompha de nouveau de l'Egypte, et l'Académie 
palestinienne put, encore une fois, être obéie sur les bords du Nil. 

1 Les Gueonim palestiniens regardaient donc leur n3 v «II 1 comme succédant au 
Sanhédrin, avec tous ses attributs, voir supra, p. 148. 

1 Le • Troisième • partage ici tout à l'ait le point de vue de Saadia, qui a égale- 
ment soutenu contre les Garaïtes l'antiquité du calcul du calendrier avec toutes ses 
règles, voir Monatsschrift, XLI (1897), 209. Ce qui est nouveau, c'est seulement l'af- 
QrmalioQ que Juda I a lait connaître le secret du calcul. 

5 JUcf/uilla dEbiata,\ p. ( J, 1. 11 : ■pS'Hi: "pa^nn imX ?" ■pOlJJfi bai... 

nai b* ipaob a^btfn va\x rrs» T»a v '"> mas t:\nd rmnn mawaa \n 
i.x-ipn -TO3N ■«"i ^iyv2 nbws '5ttj i;?d?3 b^&wsœnbn y*wrib 'pai mnn- fiea 
aiianb -,- "prmx 'xsn nvba baa naiûi nais baa ■pai* jrro bai cm» 
•jn^-in vp "pasiT 2:"N p "pun* c:*n d»i "pian* an "PdE ...*2. Cf. à ce 
sujet ba^n nsO) p. so. 

4 Paul-être aieborach, en récompense de cette aclion, a-til reçu de l'Académie pa- 
lestinienne, désormais rétablie, le titre de : N2"1 N~HrîjO ou "piiruOD ",2U 
n?"l"ï}, v. plus haut, [>. 1 



ÉI'HRAIM BEN SCHEMAR1A DE FOSTAT 169 

La victoire d'Ebiatar marqua la défaite non seulement de 
David, mais aussi de l'école de Fostât, dont l'importance devait 
maintenant décroître de nouveau. Et c'est ainsi que nous avons 
le témoignage opposé d'un fragment de la Gueniza d'un rare in- 
térêt l et dont le contenu intéresse principalement la question qui 
nous occupe. Les auteurs de ce texte affirment que l'exilarcat 
d'Egypte s'étend aussi sur la Palestine et la Syrie et que l'aca- 
démie palestinienne n'a jamais exercé son autorité sur l'Egypte, 
attendu que ce pays doit, tout comme la Babylonie, être consi- 
déré comme terre étrangère (c'est-à-dire « Diaspora ») 2 . Mais, 
disent-ils, comme notre seigneur et prince Daniel (c'est-à-dire 
Daniel b. Azaria, père de David) était Gaon et prince en son 
temps, comme R. Juda I, les communautés égyptiennes furent 
soumises à sa juridiction. Mais ses successeurs (Elia et Ebiatar), 
qui déplacèrent les frontières délimitées depuis une antiquité 
avérée et éloignèrent la précieuse racine de sa magnifique plan- 
tation, prennent des sentiers tortueux, etc. Fostât a maintenant 
sa propre académie, qui procure une consolation dans ces temps 
difficiles, où la multitude des souffrances lasse le courage, où la 
pauvreté est si grande qu'on est obligé de vendre ses propres 
habits, où la détresse et le malheur s'accumulent, et où, de 
plus, règne la discorde dans la communauté (sans doute à la 
suite de notre affaire) 3 . Les auteurs du fragment font appel 
à l'union, afin que des hommes indignes ne tourmentent ni 
ne martyrisent, comme ils le font jusqu'à présent, le judaïsme 
égyptien 4 , car — ■ ils l'affirment encore une fois — l'Egypte ap- 
partient aux pays étrangers (et ne doit donc pas être subordonnée 

1 Saadyana, n° XL. Cf., à ce sujet, Bâcher, /. c, p. 92. 

s Feuillet 2, verso, 1. 9 et suiv. : VHÏ13 IWHIO^ NOS "O n3Hb dnb Nbn 

ba ba* naWB nn-naii \anp pTsa *a iy n:?a7a :a:a;a -no* 1 ab wrp 
y-ixa ^zn: nrpÉr: n^n Nb Dttimpjn navnaa wtti rrmai ^as ynan 
'"Di rtarûn baaa y-iiô n^in a"ni:7a ^a naTai pbn o^nat». Mais cette 

dernièie affirmation ue correspond pas aux faits, comme le montre la suite de notre 
exposé. 

3 Feuillet 1, recto, 1. à : 15T10T ...ïfvinb OVl* DV ÛV 133>ap Û^O !"!7aa7an 

'ian lawviaja y-i&u ia"\-i»na ion n»n ...D^aya n»a amo n-^an». 

La terrible détresse est décrite xbid.^ verso, 1. 3 et suiv., après quoi vient l'éloge des 
bienfaits du gouvernement égyptien (voir à ce sujet, outre Bâcher, l. c, Goldziher, 
J.Q.R., X, 73). L'importance de l'Académie de Fostât est clairement indiquée feuil- 
let 3, recto, i. 9 et suiv. : rrjn rrnsD a^n a^a?a nias rmonn ria^m 
tsnas maa na^rn w*«x ...Drnbn» ba> rrnaa nrvpp-n arrara ninap 
'iai arrra anapn m«an mnm arrba» bna:«n iir^ ma. 

* Feuillet 4, recto, i. 7 : D'ibis rnnN narsa Ba^a r;a^b vaabîa ibwsn... 
'".ai rranïi&na tsîo aambabi camaa»b ïibna» ">aa -ispa-p »bi mm. 

Par Ï1213T 133, on pourrait entendre les Gueonim de Palestine, auxquels se rapporte 
aussi l'expression (feuillet 2, verso, 1. 4) : "J"pba> ma^3>7a ^D^HTa. 



170 BEVUE DES ETUDES JUIVES 

à la Palestine); c'est là qu'ont demeuré Jacob, Joseph et les 
ancêtres dea douze tribus; c'est là que naquit Moïse, de sorte 
que les descendants doivent jouir des privilèges hérités des 
aïeux '. 

Mais la lutte devint presque aussitôt inutile, car l'Académie 
palestinienne disparut probablement à la suite des troubles poli- 
tiques que la première croisade apporta avec elle. Pendant cette 
expédition, nous trouvons Ebiatar à Trabulus (Tripoli) », où il 
s'était peut-être réfugié déjà auparavant devant David b. Daniel 
et où il émigra probablement avec l'académie. Nous ne savons 
absolument rien d'une activité quelconque exercée par son frère 
Salomon en tant que Gaon 3 . Il doit être allé s'établir à Fostàt, 
car nous trouvons dans cette ville, en 1131, son fils Maçliah, qui, 
malgré tous les changements, continue toujours à porter, tout 
comme Salomon, le titre superbe de ap** iièw ro-^ racn *, mais 
qui ne l'est plus que in partibus, comme Bâcher le dit avec rai- 
son. Mais déjà, dix-neuf ans plus tôt, c'est-à-dire en 1112, nous 
trouvons un fils d'Ebiatar, Elia, également à Fostât 5 . Les rap- 
ports entre les deux pays, et particulièrement entre la famille des 
Gueonim aaronides et Fostât, étaient donc toujours actifs. Mais 
l'Académie palestinienne se releva peut-être dans la seconde 
moitié du xn e siècle, loin de son foyer, à Damas, et l'ancienne 
organisation fut également reprise 6 ; toutefois, elle ne put pas 
hériter de l'autorité de sa devancière. 

C'est ainsi que les trésors de la Gueniza nous font assister à des 
scènes qui, jusqu'à présent, nous étaient presque entièrement 

1 Feuillet 4, verso, 1. 1 : -priN "T , T:i dm fnfiô ÏIlTin Û*niStt y-iN »bn 

m3T bmstn îbiD m d^ac b« d^d ' 1 "' , irr -itaan m via nrn naatD 
mnpn tn -iidn tpannKb m vnn d^vû&n. 

1 Tripoli est la ville qui résista le plus longtemps à l'attaque des Chrétiens; elle 
ne lut définitivement prise que le 12 juillet 1109, et lut recouquise par les Musulmans 
le 26 avril 1289, v. Kuhricht, /. c, pp. 81, 1000. La population se serait composée 
auparavant, pour la plus grande partie, de Perses qu'y avait transportés Mouawiyya, 
le premier khalife omayyade ; voir Al-Yaqoûbi, éd. de Gœje [Bibl. Geograph. Arab., 
VII), p. 327. Benjamin de Tudèle y trouva une communauté juive, voir éd. Asher, 
p. 27. 

3 Ce que Bâcher dit, l. c, p. 93, sur ce Salomon repose sur la prétendue lettre 
adressée à Ephraïm b. Schemaria (Saadyana, n° XLI), mais, comme nous l'avons 
démontré, l'auteur de cette lettre est Salomon b. Yehouda. 

4 V. sa signature supra, p. 151, n. 4. 
■ V. Bâcher, L c, p. 95, n. 1. 

6 C'est ce que Bâcher conclut avec raison du passage de Benjamin de Tudèle cité 
plus haut. Voici encore une autre analogie : à Damas, à ci^té du Gaon Ezra, c'était 
son frère Sar Schalom qui exerçait les fonctions de Ab-Bet-Din, tout de même qu'en 
Palestine les deux frères Joseph et Elia à la mort de leur père Salomon b. Yehouda, 
et, après Elia, Ebiatar et son frère Salomon II. 



EPHRAIM BEN SCHEMARIA DE FOSTAT 171 

inconnues, et il faut espérer que de nouvelles trouvailles nous 
permettront de combler les lacunes encore béantes et de résoudre 
les multiples problèmes encore pendants. 

Varsovie. 

Samuel Poznanski. 



APPENDICE 



I 

UN ACTE DE L'AN 1016. 
Ms. Bodl. Hébr., b 13, fol. 42' (Suppl. au Cat. Neubauer, n° 2834"). 

ût> n'anba "O ïisattb û^mnrt lamaa la^aca sut»™ . . . 

spN naia naa uj-ina in^n û^nuî^ Miras nauîa [iront!] 

aNMDsa 12 mattb pbw 1MN5 p»b h^aïai a^ltfîsn [m»» cabrai] 

D^puaa rrann tablai -iï3?a rt->rr naiaitt ama oi[b-<a ban a-nat»] 

an^pn ^ana ï-i7ain72 iaa>»tti rrnn ia-wna ... s 

•jaisba natpa a»Mb« ispa awn aip7a:i 

nazp?a biaisa «ar ^mab» 13*7 aibrai oi 

•^ayfc mabia nam naia (*•>) laaaoïanim yma 

rî-«b->p- | 2C rWTatt mba *ia "pi?^ imi "on*» 

âne» rr^rtn ■utbN a>nian sthe© na û*hdn ma io 

(«m) Ninarr Kiari huîn a^riiab riT fn»* nEN io 

impars tun ia> -irisa imb'wn ï-jt a-nsa 

*rïD-iia Mû^bvnC tiiaba «ini» i&m ^ab a> 

-nain ^auja pms î-st 'jrnja' ">b aoan naa antsa] 

baip «tann ht "piftjb ©i ^ai a">a yataa vby 15 

rit û*nsK a"»^n i7aa> ^bin nnx "pan a^rasntia] 

«■n îanaa a^im ->a airi p a6 na-ï -ipœ rrvra 

1 Ces appendices ont été copiés pour mon usage par M. I. Last, l'éditeur des ou- 
vrages de Joseph Caspi. Je dois une nouvelle collation sur les originaux à l'amabilité 
de M. A. Cowley d'Oxford, que je remercie cordialement. 

1 Ainsi répété dans le manuscrit. 

3 C'est-à-dire jkyi, garde (clause). On sait que Abraham b. Hiyya porte le titre 
de ïlta"Habtf arttflS, qui est ensuite devenu, par corruption, Savasorda. 

* Ou uîmn. 



172 REVUE DES ETUDES JUIVES 

boifcïi nn«i irpo*a îirn n:'m v w i? z^ 

nïiosn rr*aa n»«»a TWi.nEN roaw ^b n»[»n ttn . . . 
anta n»fcn ni ïnna* pra: Berôn b w x O0[nbuj« ?npaai 20 

caDWti b» irn:c^ npaai nb^br; Nim i:n 

npnaai ûwjk ^n buiran b« -173» rr 

npiaa nvwb *Ha vsoba ifiOPi B^btîïi i 

bTfi nn«b rrwib ib n-nnb îFKne n 

naana ■û'^nffl rsTan maiTa t»*b8 û**wi 2S 

nata tonrtb 0*»»^ tt*a\Di d'hw **nn[tt naca *©*be d^] • . . 
nnott paab patt rvawi ûpnwi mawa oboi E|b« naia 

thj-i na sirop 
orna» n3 frion . . 
Tnb* in pan btrav) 30 



II 

LETTRE DE SALOMON GAOxN A EPHRA1M BEN SCIIEMAMA 

Ms. Bodl. Hébr. c 13, fol. 23 (Cat. n° 2807 18 ,. 

{recto) 

ïlbvtt '303 nann ointa ni h p55 îanaoai ian*p*i îananb 

ito ma aci inata*»! îansaOT ttpo ban mT* lis w 

■o amiftb ht ^asb ans» larnii» b« aip ai rmtto ^ana 

"latin nsioa «bi i^nan îajaKai abîa no Bjbn aba sroi nta» 

mar nioa ■nvas bai inan mam icca aa^n Tnna plpnb 5 

anb r*r»atîa!ib onsobi non boa ynan oa» na»n ma nvnb 

a->an *p*nbn mao w * na^ataua nm^i innaob ^jmn 

-pn s^rn 731 ^an t**m»a 'pan maoi ^pan tdoo yky 

rinoonsE maiï vn« tn o^s naab aab iisn OTOG Mrnao 

£ô nann p nnaa t**bi *pœ ba e**b ta^an ^T»nbri it pn it io 

ma a^-P vnan an b'n btt ïmpbnna ^n[73]C pn«n ^a % ^a 

■«a *i^a î^sb îba» ns?N am ^a îbbo ba» mn nanïàa naja 

anamnb bab nnn«n non p: bnartb onnnbi npibnnb sn 

n73nb73 i7aa> ica^'' orra bws a»73ttJ^ t^b nctti nan baa a-Tar 

"iTn a^ nam 'jiob rac ba? imby^i an7a t^n~ *»a nnix^co^ is 

omnn ^nanb û^a^opai dvîdio aa>7:a ann c»na arn 

1 l'orme païtamquc pour na^TP- 

1 44o/, IV, 12. La forme ^"lan "71300 n^DJ* a^an est beaucoup plus exacte que 
la forme ordinaire "pOO l^ba? a^an, v. Taylo-, Sayings of the Jcwish Fathers, ad 
loc. 

3 SaMa/, 34 a. 



ÉPHRAIM BEN SCHEMÀR1A DE FOSTAT 173 

TM'bR frnan»h Taa ûiaan n>ob»fi ataa latana r<ia w 

■p 12 nbw -nayi ntaN bai wm bab -pntnb nb»n 

MS^TSir! ava nnn ba mb*b smpn t* bein b« anan 

no&oi npb"' ann T'pr -iusn bai itt? pTioi ^bai 20 

un *!73N3 ^a nrsn bN mb*b n^Dirr jxb rsîn Win ^ûàna "m 

nann diut ps&nn anaTaa anannb b*ô ^a naun naœa yyp^ 

t*r\79b xh *o amsn yyn p ^a nain -na&oi miinb a>ap 

û^n mi mroan T^b :nn *pnai Y»*** nbpnm i-m-in ^nn p 

aman ybn ira >*b ^a twibn» a^pasa dtûîw an?aï û^ia 25 

a^araon nab ana e-tibn anb nnsyi nbwa nb« b"Hàm 

np'Ha iba iba» *o b* nba» nb« 'nbin ^a nbnaa g^ion 

mmpMïi ba l bN 3 -r -pa 1 nnpbn a-inab | "nw^i iznnb | lab 2 n» 

■ibi | *na^o n^nn I p -ien ^a l p m«*b I aman ^asb | ïiaa î^bi 

! aa>n anma | ay»a rr[n] l annn mis | navaanaâ | anannb I imn 

I ■vama bnN | amanbna | aa>n wrn i -pmb s**b 1 15 îen bas 

I ...b tnbian 1 oiptttt ^pnan | a™ pnn | t^sbn aibta | aibn aim 

1 5 âa nam b« ysrb | nanan n»b«3 1 -taa ib baa | ...an. . . 

p* ima smtttt fin ha p d^isn nrâ pâb naa^n^i nanan np* 1 [b«] 

■m î-iEia 'la pnnaan nann 

an 9w* 

III 

UNE KETOUBA DE L'AN 1030 6 . 
Ms. Bodl. Hébr. a 2, fol. 4 r° (Cat., n« 2805*). 



irrom iaa-n ao:**» ^atà^oai «a^ t>*u:naa 
n&oa nbm Baba natt par™ rmb p^r] rr^a-iN Niïn xsaa nnbna 

1 Par fîblfi, il faut peut-être entendre Ramlé, le nom de cette ville venant, à ce 
qu'il paraît de l'arabe bttn, sable = blH, v. supra, p. 156, n. 2. Nous trouvons, d'ail- 
leurs, dans la littérature talmudique, le mot tlbin pour désigner un pays de sables, 
une steppe, par exemple : KiaiûaN nbin (j. Horayot, III, 7, f° 48 a, 1. 40). etc., 
v. Levy, Neuhebr. Wôrtetb., 111, 23,*. c, nbin ; Neubauer, La Géographie du 
Talmud, p. 312, et Krauss, Revue, XLV, pp. 39-40. 

* Les lignes qui suivent jusqu'à la fin sont écrites dans la marge, et comme elles 
sont fort courtes, je les ai mises les unes à la suite des autres, les séparant simplement 
par des traits verticaux. 

3 Serait-ce le grec xs«'p» ^ sc trouve aussi dans le Talmud dans le composé 
frTp^aTai-pa, et le mot signifierait-il quelque chose comme « écriture autographe »? 

* Peut-être faut-il lire ïl^O. 

5 On voit par ce passage que l'abréviation 'z r Z ne signifie pas toujours 12D3 ItTia. 

6 La forme de cette Ketouba est semblable à celles qu'on a déjà trouvées dans la 
Gueniza, cf., à ce sujet, Kaufmann, Znr Geschichte dev Ketubba, dans Monatsschrift, 
XLI, 213-221. 



174 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Dib*»a ban b*nawa ^n^dd3 ?r»a M33*bwi r^a^Tab *p3U5 im "pa^anen 

nanab nb *n»M n?ab[tt la] t^ann no^ mt* rtama mïia 

-w<: ma irûMb "»b "ton ïmttB na «nba t^nbina 5 

i y< m 1310^1 np^Ni prm nbe» h:ni bMrw^i 

fnanoioi vnp^m i^nbei v NT >m rn M ivobro 

mb mm r*n nana ïttuhowi f**tannpa ytivm m 

r^nbina *tfrwa s^Doan ^nt mnsm ymaa» ^ 3rrn wrô 

Vna*i -no* ©Tan siroiro ba> nb rpaïao r^mmN )a nb ïîm i° 

m»* mb* ■wnpMi fna*i n\D»n yma» nb am 

gratis, "pi Wn» f*n «naina bba "nMiTi isaîm T^-n 

^Vrax rrbMb^ai *oio mn rrora "pEnaa ' ïib^ïtt ^mba» nbram 

rutbim mi ïrwapan para pym npwai Epatfi "ïp^an aim 

'prTOD&oi rthbb b*na»i nbntt •pnpm'm ^oio [3]im ip^an 15 

ïtvdj fra MThi BjMmbi *7&cp?a na>aoi xoxvt 2 ï"*w •p-ua? "pia 

mMaTa 4, pm"H miaa» fi ta ■nara mmm p^Maat sit :t )nn 

stotoqi nuna ïr^ttai jMïiDbb mm bu^i p-nato notai 

t^na-ina bba ■nwm •'pna'H !maa» iiu) na rron mai nwa 

Mann tnïn niaTam "pmc n^ii;i 8**r»oim mm?: s^n 20 

ïa*i r^ann ns** wb* baipi î^Doai mt nœ»m T-uaan 
mtnjtiM 

■^pnptott nb 13*731 Wina tnnm ba»n an r^nama 

t>*na»DNa «bn mena b^i KTa^ba 17a ib^sMi ■■bïabïaTaïan 

ntatt ba nmnan pnna Nb« "nsa©*! Noc-iua t^bm 

1 On trouve encore ailleurs une énumération des objets apportés par la fiancée, v., 
par exemple, la Ketouba (mentionnée plus haut) de l'exilarque David b. Daniel [J. Q.R., 
XIII, 220), et une Ketouba caraïte de Jérusalem, datant de 1028, et publiée dans 
Q^btûim, éd. Luncz, VI, 238, mais où les lignes en question sont omises. Il m'a été 
malheureusement impossible de trouver le sens de tous les objets énumérés ici. 

1 &ï^ju*2 \JlXj^a> (ou ipia'H ?) ipia^T <_j>-"> d«xjuto xteA^j >$»}*» v>* **** yt^*» 

CJ - tï _^-5 r x_^ - j v9->-* l>j% ( ? ) IpW î-INblBn J> (l. *jrf^J fj *jnlrj J°^? ^*-»J 

(?) p!n73î3S01 *?->JU JljJ<J^ i^JjUUu c'est-à-dire : des anneaux à cacheter en ar- 
gent et un vêtement de Suse (?), et une balance en bois de sandal et un vêtement 
de... avec des passements et une calotte (v. Dozy, II, 121 a : âS-jl*, * calotte faite 
de poil de chameau. . . ou de coton ») et une matrice en métal blanc et une perle en 
l'orme d'amande (?) et. . . et un vêtement de Suse (?) et deux calottes à trois pointes (?) 
et une mantille pour le visage et... d'une valeur de dix deniers. 

' *b^ <J^3 >>tj>= Juo-a«5 J^l^» c'est-à-dire : un lit et sept oreillers et une cou- 
verture'de lit et un manteau d'une valeur de dix deniers. 

* l^y^ £*?**) ^j.^Uao T »j, c'est-à-dire : une paire de colfres et un lit nuptial (ou 
un siège) du Tabaristan d'une valeur de dix deniers. 

*('?)rntoa x.idL.3 (?) nii^a **-A u'^ju ^"Jo^ j^j omJc* tyL* 

c'est-à-dire : un chandelier et une cuvette et un pot à eau et un seau à puiser et 
un coffret à poudre et un certain nombre de... et ce qui y est contenu de la valeur 
de dix deniers. 



EPHRAIM BEN SCHEMARIA DE FOSTAT 175 

in «av» j^abja parai pa-i irpm r^nairùi 25 

Nnb*ina i-Diab rrabio na irr t^ann npi la tO-'api ûb^bn 

t<3aa «b^b iD-isai aTOT rta bsa ïtnaiiî na ni î^nba 

Dinn n. . .ia nt t^naina bbo ^«m ma >r>Dpab niaai 

ia"r»a }m[nj . . .ta^pi -vn® pnan bn «m "pia fii-pb* 

imn Tnh] 30 

55 b&natt -ia -nbr; û!-na« nas na miaa û^n na ïiabw 
û-nsa ja orw^B] ûiz^n 

pn na nraa 33 amas* na -nbn run^ "nbn mstta T'a Epr 
rmau: na ioa nanrr * a>i a^nsN 



1 Au-dessus et au-dessous du mot î"Ptt5a se trouve encore une fois, tour à tour 
droit et renversé, en petites lettres, le mot TPtfîa ainsi que rP1Z573. Voir sur ce nom 
Steinschneide^/.Q.iÊ., XI, 149. 

* Que signifie cette abréviation ? 



CONTRIBUTIONS 

A LA GEOGRAPHIE DE LA PALESTINE 

ET DES PAYS VOISINS 



SUITE 



Rudement châtiés par Asurbanipal, les Qédréens durent cer- 
tainement rechercher la tranquillité, mais les événements les 
entraînèrent dans la tourmente prédite par Jérémie (ix, 25-26) : 
« Voici que je châtierai tous les circoncis quant au prépuce, Miç- 
raïni, Juda, Edom, les Benô-Ammon, Moab et tous les habitants 
du désert coupant l'extrémité. » Un nouveau cri d'alarme retentit 
dans la quatrième année du règne de Joyakim : Nabuchodonosor 
venait de monter sur le trône, Jérémie s'annonce comme l'envoyé 
de Jahvé, chargé de faire boire un breuvage de perdition à Jéru- 
salem, à Juda, à Miçraïm, aux rois du pays de Ouç, aux princes 
des Philistins, à Edom, à Moab, aux Benê-Ammon, à Tyr et 
Sidon, à Dedan, Théma, Bouz, à tous les gens se coupant l'extré- 
mité, à tous les rois d'Arabie, aux populations mélangées du 
désert (Jérém , xxv, 18-24). Et effectivement le roi chaldéen 
apparut bientôt en Syrie, en Phénicie, en Judée; tous s'incli- 
nèrent devant le vainqueur de Carchemis, le roi de Juda Joyakim 
le premier, mais quand Nabuchodonosor eut repris le chemin de 
Babylone*, chacun revint peu à peu de sa stupeur. Trois ans plus 
tard, un soulèvement éclatait, tant en Syrie 3 qu'en Judée*. Des 

1 Voir Revue, t. XXX.V, p. 185; t. XLHI, p. 161; t. XLIV, p. 29; t. XLV, 
p. 16H ; i. XLVI, p. 184 ; t. XLVI1, p. 23 et t. XL VIII, p. 29. 

1 Bérose, fragment 1i, dans Muller-Didot , Fragmenta Hi.ttoricorum Grœcorum, 
t. II. p. 506 507. 

* D'après une tablette du Brilish Muséum publiée par Strassmaier dans Hebraica, 
IX, p. S : Die Kcilinsrhriften und dus alte Testament, 3 e édit., p. 100. 

* Le roi Joyakim lut pendant trois ans un vassal ûdèle (Il Roi-, xxiv, 1 . 



CONTRIBUTIONS A LA GEOGRAPHIE DE LA PALESTINE 177 

bandes de Kasdim, d'Iduméens, de Moabites et d'Ammonites 
assaillirent Jérusalem 1 . 

Quand Nabuchodonosor arriva, Joyakim était mort, son fils, 
âgé de dix-huit ans, lui avait succédé. Jérusalem fut investi, le 
jeune roi fut capturé dans une sortie et emmené à Babylone avec 
tous les princes de Juda et 8 à 10,000 hommes. La première par- 
tie de la prophétie de Jérémie se réalisait. 

Sédécias, placé par Nabuchodonosor sur le trône de Juda, cher- 
chait bientôt à organiser un nouveau soulèvement et se concertait 
avec des délégués des rois d'Edom, de Moab, des Benê-Ammon^ 
de Tyr.et de Sidon. Jérémie dénonçait la folie de pareilles tenta- 
tives de rébellion, en se promenant dans Jérusalem avec un joug 
de bois sur le cou, en adressant de semblables jougs à ces diffé- 
rents rois et en leur annonçant que la nation qui refuserait de se 
plier au joug de Nabuchodonosor serait châtiée par l'épée, par la 
lamine et par la peste (Jérémie, xxvn) ; un nabi ayant rompu 
le joug de bois qu'il portait, Jérémie déclarait que Jahvé avait 
substitué au joug de bois un joug de fer (xxvm, 13). Nabucho- 
donosor amenait pour la seconde fois devant Jérusalem ses bandes 
redoutables, si bien dépeintes par Habacuc (i, 8-10); il entourait 
la ville d'une ligne de circonvallation. Après bien des jours de 
siège, la famine et une brèche pratiquée à la muraille amenaient 
la chute de la ville; le temple, le palais et ses principaux édifices 
devenaient la proie des flammes; Sédécias était traîné à Ribla, où 
Nabuchodonosor avait établi son quartier général. 

Pendant qu'une partie des troupes chaldéennes opérait dans la 
Judée, d'autres détachements devaient promener le fer et l'in- 
cendie dans Damas (.Jér., xlix, 23-27), chez les Benê-Ammon 2 
(Jér., xlix, 1-6) et les gens de Moab (Jér., xlviii) emmenés les uns 
et les autres en exil avec leurs dieux; ils ravageaient Edom 
(Jér., xlix, 7-22), s'attaquaient à Qédar (Jér., xlix, 28-33). « Sous 
la tourmente plient les tentes de Kouschan ; les pavillons de Midian 
frémissent d'effroi » (Hab., m, 7). La prophétie sur Qédar appelle 
plus particulièrement l'examen. 

1 Winckler, Altorientalische Forschungen, II, p. 250, voudrait y voir des incur- 
sions de bédouins. 

2 II n'est pas certain que les opérations contre les Benê-Ammon, Moab et Edom 
aient immédiatement suivi la prise de Jérusalem. On sait que Nabuchodonosor confia 

'administration du pays à Guedalya, que les enfants de Juda fixés en Moab, parmi 
les Benê-Ammon ou en Edom, accoururent se grouper auprès de Guedalya (Jér., xl, 
11), et, enfin, qu'à l'instigation de Baalis, roi des Benê-Ammon (Jér.,xL, 14), il fut 
assassiné par Ismaël ben Nethanya (Jér., xli, 2), qui se réfugia chez les Benê- 
Ammon (Jér., xli, 15). Ce meurtre appelait la vengeance. L'incendie une fois allumé 
devait se propager. 

T. XLVIII, N° 96. 12 



[7 g hkvi K DES ÉTUDES JUIVES 

SurQôdat et la reine de Knaçor que Nabuchodonosor, roi de Babel 
frappa, v 1(1 <, parle Jabvë : Qu'ilg se Lèvent, qu'ils parlent, lesQ edréen8 ' 
nu-.N se retirent chez les Benô-Qëdem ; qu'ils emmènent tentes e bétail, 
qu'ils chargent sur leurs chameaux tuiles de tente et effets, et quils 

rient l'un à l'autre: alarme, fuyez vite, cachez-vous dans les ca- 
vernes», gens de Khaçor (parole de Jahvd). Car Nabuchodonosor, roi de 
Babel, a pria un- décision el arrêté un plan contre vous : allons, marchons 
,. ,„„,. un peuple tranquille, qui vit paisible sans portes ni verrous en ses 
demeures ; que ses chameaux soient notre proie, ses grands troupeaux notre 
bu , in. Je veux les disperser à tous les vents, les crânes rases ; je veux dé- 
vaster ions les oueds, et que Khaçor devienne le repaire des hôtes sau- 

s, un lieu à tout jamais abandonne- ou personne ne séjourne, ou nul 
homme ne se réfugie. » 

Le prophète est muet sur les Nabatéens ; mais il mentionne 1< 8 
Benê-Qédem. Le dernier né dlsmaèï s'appelait Qedmâ ; la ques- 
tion se pose: est-on en présence d'une tribu ismaélite, ou bien 
s'agit-il d'un terme géographique « les fils de l'Orient », les 
a Orientaux », contrepartie du mat Akharri, « le pays de 1 Ouest » 
des Assyriens ? 

Il convient, avant de se prononcer, de passer en revue les difle- 
rents textes relatifs aux Benê-Qédem. 

Lorsqu' Abraham, voulant assurer la paisible transmission de 
ses biens à Isaac, éloigne les fils de ses concubines, il les envoie 
au pays de l'Orient (Gen., xxv, 6): aucune ambiguïté n'est pos- 
sible. • _ . , 

Le passage I Rois, v, 10: « La sagesse de Salomon fut plus 
considérable que celle de tous les Benê-Qédem et plus que toute 
celle de Miçraïm », ne prête également lieu à aucune hésitation : 
le monde oriental est opposé au monde égyptien. 

Mais lorsque Job est qualifié « le plus considérable des Bene- 
Qédem » (Job, i, 3), il semble qu'il soit ici question d'une popula- 
tion bien définie, que cette population corresponde aux Anbi, aux 
Scénites de Pline et de Ptolémée, ou à d'autres tribus du désert. 
Lorsqu'on trouve Amaleq et les Benê-Qédem rangés derrière les 
Midianites (Juges, vi, 3, 33; vu, 12), on ne peut pas se résoudre a 
traduire les Benê-Qédem par les Orientaux. Il doit s agir d un en- 
semble de tribus de même origine, telles que les Ismaélites. G est, 
d'ailleurs, ainsi que le Talmud de Jérusalem* traduit Wipn de 
Gen., xv, 19, par les Nabhatiya, c'est-à-dire les Nabatéens. 

■ Winckler, dont nous suivons à peu près la traduction \Â*»*Vf "f*?! 

scku^en, II, p. 240} écrit : ^BKI • cherchez vos demeures enfoncée », c» qui est 
un non-sens dans noire cas.' Les Bédouins ne peuvent pas cacher ^^ ^ r ; ^7^ 
dans la terre, et leur refuge naturel est dans la steppe. ÎNous avons mi que dans 
Trachonilide le contraire était vrai. 

» Neubauer, Géographie du Talmud, p. 427. 



CONTRIBUTIONS A LA GÉOGRAPHIE DE LA PALESTINE 1/é 

L'oracle de Jérémie sur Qédar peut être encore rapproché des 
prophéties d'Ezéchiel contre les Benê-Ammon : « A cause de cela, 
je vais vous livrer en possession aux Benê-Qédem » (xxv, 4), et 
contre Moab : « J'ouvre, moi, le flanc de Moab, je livre la terre aux 
Benê-Qédem, près des Benê-Ammon, je la leur donne en posses- 
sion (xxv, 10). » Il s'agit, dans ces textes, d'expéditions dirigées 
contre les Benê-Ammon et contre Moab par Qédar et l'ensemble 
des tribus de la région. L'oracle de Jérémie est de la fin du 
vi e siècle, les prophéties d'Ezéchiel de la période 539-530. 

Le texte attribué à Isaïe (xi, 14) : « Ils voleront sur l'épaule des 
Philistins à l'Ouest, ensemble ils pilleront les Benê-Qédem; sur 
Edom et Moab, ils jetteront leurs mains, et les Benê-Ammon leur 
seront soumis », pourrait bien être interprêté comme une opposi- 
tion des Philistins et des Benê-Qédem, constitués par l'ensemble 
des Benê-Ammon, des Moabites et des Edomites. Mais ce texte, par- 
lant de la déportation de Juda, d'Elam et de Pathros, appartient 
plutôt au recueil du second Isaïe, contemporain de Cyrus;il est 
donc de la même époque que les prophéties d'Ezéchiel. 

De cette discussion il semble qu'on puisse retenir qu'à une cer- 
taine époque, l'expression Benê-Qédem a été souvent employée 
pour désigner des tribus appartenant au même groupement que 
Qédar. 

Au surplus, il est très délicat de chercher à tirer des déductions 
des passages des Prophètes où il est question de Qédar. 

On ne sait jamais quelle date assigner à ces textes classés dans 
des recueils portant le nom d'Isaïe, de Jérémie, Ezéchiel, Za- 
charie, etc., ni à quels événements historiques il convient de les 
rattacher. L'histoire elle-même du peuple juif ne nous est qu'im- 
parfaitement connue, les traditions nous sont parvenues sous une 
forme plus ou moins altérée, de telle sorte que la légende a parfois 
usurpé la place de l'histoire. 

Une première série de textes relatifs à Qédar précise simple- 
ment l'horizon géographique des prophètes : « Passez donc aux 
îles des Kittim j , et voyez ; envoyez à Qédar et considérez bien » 
(Jér., ii, 10). Cet horizon est limité à l'Occident par les îles des 
Kittim, à l'Orient par Qédar. 

Même opposition dans Isaïe, xlii, 10-12: « Chantez à Iahvé un 
chant nouveau, et sa louange du bout de la terre, ô vous qui navi- 
guez sur la mer, ô tout ce qui remplit ses flots, ô îles et leurs habi- 
tants ! Que le désert et ses bourgs élèvent la voix, et les enclos où 

1 Même expression chez Ezéchiel, xxvn, 7. 



1- l REVUE DES ETUDES JUIVKS 

réside Qédar! Qu'ils jettent des clameurs joyeuses, les gens de 
Scia ' ' Que du haut des monts ils poussent des cris ! Qu'ils pro- 
clament la gloire de fauve et répandent sa louange dans les lies ! » 
De môme, « Psaumes, lxxii, 10, oppose Tarschiscb à Schebâ 

et Sebâ, les deux littoraux arabe et africain, du golfe Avalitique, 
pour représenter les extrémités du monde au Nord-Ouest et au Sud- 
Est. La même opposition se trouve dans Ezéch., xxxvm, 13, entre 
Tarchisch, d'une part, Schebâ et Dedân, de l'autre*. » L'horizon 
s'est élargi ; ces textes sont donc d'une époque plus voisine de nous. 
Isaïe, lx, nous montre bien les fils et les filles de Jérusalem 
arrivant de l'Arabie ou amenés des îles par les vaisseaux de 
Tarsehisch, mais il ne se borne pas à une énumération de pays 
plus ou moins riches, il trace un tableau des contrées orientales : 
« Elles foisonnent chez toi les caravanes de chameaux; voici les 
dromadaires de Midian et de Epha; ils accourent tous, ceux de 
Schebâ, apportant or et encens et publiant les louanges de lahvé; 
il s'assemble en tes murs, tout le menu troupeau de Qédar; les 
béliers de Nebayoth sont tes serviteurs; ils montent pour mon 
agrément, sur mon autel, afin que je rende glorieuse la maison 
où je suis honoré » (lx, 6-*7). 

Ce texte est évidemment bien plus récent quTsaïe, xlii. 

L'oracle d'Ezéchiel sur Tyr (xxvn) passe en revue tous les pays 
avec lesquels Tyr était en relation commerciale. Les connais- 
sances géographiques de l'auteur de la prophétie paraissent 
dépasser de beaucoup celles constatées dans les textes déjà exa- 
minés; il y est parlé de Regma, qui est une ville du littoral du golfe 
Persique. On s'est demandé jusqu'ici en vain de quelle époque 
était cet oracle : on y lit toutefois que Tyr faisait venir des esclaves 
et des objets d'airain de Iavan, Thoubal et Méschek (xxvn, 13); 
or, dans la Lamentation sur Psammétique, Méschek-Thoubal et sa 
foule immense sont déjà descendus dans le Scheol (xxxn,26); 
l'oracle sur Tyr est donc antérieur à 526; s'il en était ainsi, il 
nous dépeindrait la prospérité de Tyr sous le roi Hiram III. 
L'oracle parlait de Qédar dans les termes suivants : « L'Arabie 
et tous les nassis de Qédar sont tes marchands, te livrant des 
agneaux, des béliers et des boucs » (xxvn, 21). 

Ce classement chronologique des textes basé sur une considé- 
ration géographique ne saurait être considéré comme définitif : 
il convient d'examiner ces textes le flambeau de l'histoire en 
main, et, à cet effet, de rappeler les événements les plus saillants 
des annales du peuple juif au vr siècle avant notre ère. 

1 Les LXX écrivent : oî xaTOixovvre; rcé-pav. 

1 Fr. Lenormant Le.] origines de l'histoire, t. 11,2' partie, p. 98. 



CONTRIBUTIONS A LA GÉOGRAPHIE DE LA PALESTINE 181 

En 562, Amil Mardouk, le fils de Nabuchodonosor, nomma 
Joyakin prince (nassi) de Jnda, et l'autorisa à reconstruire Jérusa- 
lem. Le renversement du roi entraîna l'abandon du projet. En 
539, Cyrus victorieux permit aux Juifs exilés de retourner à Jé- 
rusalem, et nomma comme prince Chechbaççar, fils de Joyakin. 
Celui-ci, sous Cambyse, se souleva ; il fut vaincu et le nouvel État 
juif disparut. Ezéchiel nous renseigne sur cet événement : « C'est 
le nassi * de Jérusalem que vise cet oracle, et toute la famille d'Is- 
raël habitant là-bas. . . ; ils s'en iront en déportation et en cap- 
tivité. Leur nassi, à la brune, soulèvera son fardeau sur son 
épaule et s'en ira ; on percera pour le faire sortir une brèche dans 
le mur; il se couvrira la face pour ne pas voir le sol. Sur lui je 
déploierai mes rets, et il sera pris dans mes filets. Je le conduirai 
à Babel au pays des Kasdim, mais sans qu'il le puisse voir, et là il 
mourra » (Ezéch., xn, 10-13). Ailleurs il nous met au courant 
des agissements de Chechbaççar. « Voici que le roi de Babel est 
venu à Jérusalem, a pris le roi et les sars de la ville, et les a 
emmenés à sa suite dans Babel. Saisissant quelqu'un de race 
royale, il a fait avec lui un traité, exigeant son serment. Cepen- 
dant il s'empara des principaux du pays pour que le royaume 
fût déprimé, sans pouvoir se soulever, afin qu'il gardât le pacte et 
subsistât. Mais sous le roi de Babel le roi s'est révolté, envoyant 
des messagers en Miçraïm demander des chevaux et une armée 
nombreuse. Réussira-t-il ? Échappera-t-il, celui qui a fait de telles 
choses? Après avoir rompu l'alliance, échappera-t-il? Par ma vie, 
parole du seigneur Jahvé ! là môme où réside le roi qui lui a 
donné la royauté, dont il méprise le serment et enfreint l'al- 
liance, oui, dans la ville de ce roi, à Babel, il mourra! » (Ezéch., 
xvn, 12-17). « Je le mènerai à Babel et là lui ferai le procès du 
forfait qu'il a commis contre moi. Tout le meilleur de son armée 
lombera sous l'épée, le reste étant dispersé à tout vent » (Ezéch., 
xvn, 20-21). 

Avant l'arrivée du roi de Babel, on se battit d'ailleurs à Jéru- 
salem : « ville répandant le sang dans tes rues pour amener 
ton heure » (Ézéch., xxn, 3) ; « malheur à la ville sanguinaire ! » 
(Ézéch., xxiv, 6) s'écrie le prophète. 

Cambyse, marchant sur l'Egypte, envoya devant Jérusalem une 
armée perse ; « la ville a été frappée » vint-on dire à Babylone 
(Ézéch , xxxin, 21). A la suite de cet événement l'autorisation 
donnée de reconstruire Jérusalem fut retirée. 

Jérusalem ne fut, d'ailleurs, que l'un des premiers objectifs de la 

1 L'emploi du terme nassi exclut toute possibilité d'appliquer ce texte au roi Joya- 
kiu ou au roi Sédécias, 



182 REVUE DES ETUDES ÏUIVES 

campagne. Ézéchiel nous montre le roi de Babel arrêté prés d'une 
ville à la bifurcation de deux chemins conduisant l'un à Kabba 
des Benô-Ammon, l'autre à Jérusalem-la-Forte, et consultant les 
entrailles des victimes : s'il adresse au prince de Juda la viru- 
lente apostrophe: « Et toi, percéde l'épée, mauvais nassi d'Is- 
raël, donl vient lejour.au temps de l'iniquité finale, voici com- 
ment s'exprime le seigneur lahvé : Qu'on ôte cette tiare ! Qu'on 
enlève cette couronne! Tout va changer! « (Ézéch., xxi, "25-26), il 
prophétise aux Benê-Ammon le châtiment des outrages infligés au 
peuple de Juda : « L'épée, l'épée est dégainée peur le mas- 
sacre. » 

Pour cette œuvre de dévastation les troupes de Cambyse 
durent être secondées par les Arabes. On ne peut en douter en 
écoutant Ézéchiel : 

Parce que vous avez crié : Ha ! Ha ! 

Contre mon sanctuaire au moment qu'il fut profane', 

Et contre le pays d'Israël au jour de sa désolation. 

Et contre la maison de Juda, quand on la déporta, 

A cause de cela, je vais vous livrer en possession aux ReiuVQédem, 

Lesquels asseoiront au milieu de vous leurs enclos 

Et y dresseront leurs tentes ; 

Ils mangeront vos fruits 

Et boiront votre lait. 

Je ferai de Rabba une demeure de chameaux 

Et de la terre des Benô-Ammon un gîte de moutons, 

Pour vous montrer que moi, je suis Jabvé (Ézéch., xxv, 3-5). 

Et le prophète nous montre les razzias des Benê-Qédem s'éten- 
dant jusqu'en Moab. Au retour de pareilles expéditions, des cla- 
meurs joyeuses devaient retentir dans les tentes de Qédar, selon 
le mot d'Isaïe, xlii, 10-12. 

En Edom les Arabes avaient alors une situation encore plus 
forte. Ezéchiel, se lamentant sur le Pharaon que Cambyse va 
renverser, passe en revue tous ceux qui sont déjà descendus au 
Scbeol, Assur renversé par les Mèdes (608), Elam Coulé aux pieds 
par Asurbanipal (vers 650), Méschek-Thoubal écrasé en Syrie et 
Palestine (vers 620), Edom, les princes du Nord et les Sidonites : 

Là est Edom avec ses rois et ses nassis, 

mis, avec leur force, au milieu des navrés à mort Ezéch., xxxu, 29). 

Ainsi dès .720 les prophéties avaient été accompli' 

Fils d'homme, tourne ta face vers la montagne de Séir et prophétise 
contre elle. Dis lui : Voici ce que déclare le Seigneur Jahvé : Je t'en veux, 
ô mont de Séir ; j'étendrai ma main contre toi, je te réduirai eu désert et 



CONTRIBUTIONS A LA GÉOGRAPHIE DE LA PALESTINE 183 

en lieu dévaste- De te* villes je ferai une solitude et de toi une mine, pour 
que tu saches que je suis Jahve'. Parce que tu as e'té pris d'une immor- 
telle haine et as fait couler à coups d'e'pée le sang des Benê-Israël, au 
temps de leur malheur et de leur iniquité consommée, à cause de cela, 
par ma vie, dit le Seigneur Jahvé, je t'ensanglanterai et le sang d'Israël te 
poursuivra (Ézéch., xxxv, 1-7). 

Voici ce que déclare le Seigneur Jahvé : Edom ayant accompli des actes 
de vengeance contre Beth-Juda et s'étant ainsi rendu gravement coupable, 
le Seigneur, Jahvé s'écrie : 

J'étendrai ma main sur Edom, j'en retrancherai hommes et bêtes; de- 
puis Théman je le réduirai en désert, et vers Dedan ils tomberont sous 
l'épée. C'est par la main de mon peuple Israël que j'assouvirai ma rancune 
sur Edom (Ézéch., xxv, 14-15). 

Isaïe, ch. xxxiv, annonce que l'épée de Jahvé va descendre sur 
Edom, sur le peuple qui a été voué au jugement. On immole pour 
Jahvé â Boçra, on fait une vaste boucherie dans la terre d'Edom. 
C'est un jour de vengeance pour Jahvé, une année de rétribution 
pour la querelle de Sion. Ses hommes libres, il n'y en a plus pour 
proclamer une royauté, tous ses sars auront pris fin. 

En dépit de ces textes, on aura peine à croire que Juda ait été 
l'instigateur de la ruine d'Edom : à peine de retour à Jérusalem, 
il a peut-être cherché â se venger des avanies dont il avait été 
l'objet, en excitant les Arabes contre Edom, comme en secondant 
l'action du représentant du roi de Perse dans l'Eber ha-nahar. 
Mais l'on n'hésitera pas à reconnaître que Qédar put de ce côté 
également se livrer à de fructueuses, expéditions. 

En 521 ou 522, Zeroubabel est installé pèha de Jérusalem ; il 
entre presque aussitôt en fonctions en même temps que le grand- 
prêtre Jésua. La reconstruction du temple est entreprise : Zerou- 
babel et Jésua, représentant l'un le pouvoir politique, l'autre la 
puissance théocratique , entrent en lutte, témoin le prophète 
Zacharie. D'autre part, les descendants des populations étran- 
gères transplantées en Juda par Asarhaddon veulent entraver la 
restauration et s'adressent, d'ailleurs, en vain, à Ustani, pèha 
d'Eber ha-nahar. C'est â cette époque, d'après Winckler 1 , — la 
septième année de Darius (514) — , qu'Ezra aurait ramené à Jéru- 
salem les vases sacrés : il conduisait une colonie juive, qui allait 
renforcer la situation du grand-prêtre. 

La vingtième année de Darius (501), la muraille de Jérusalem 
était rompue et ses portes détruites par le feu (Neh., i, 3). Entre 
la sixième année de Darius, pendant laquelle fut achevé le temple 
(Ezra, vi, 55), et la vingtième année du même règne, un nouveau 
drame s'était donc déroulé â Jérusalem. Zeroubabel, mécontent, 

1 Winckler, Altorientaltsche Forschungen, II, p. 242. 



184 KKVUK DES ETUDES JUIVES 

cédant peut-être aux excitations du satrape d'Egypte, s'était sou- 
Levé ; fine nouvelle armée persane en avait eu raison ». 

On a voulu retrouver une (rare de cet événement dans la pro 

phétie d'Obadia*, prophétie qui a d'ailleurs passé dans le recueil 

de Jérémie, au chapitre xux ; mais en constatant que les faits 

reproches à Edom sont identiques à ceux invoqués par Ézéchiel 

xxv et xxxv et Isaïe (xxxiv), on écartera ce rapprochement. 

Après cette revue historique, il deviendra plus facile d'as- 
signer une date aux textes des prophètes mettant en scène 
Qédar. 

L'oracle d'Isaïe sur l'Arabie contient le passage : 

Encore une année, comme l'année des ouvriers, 

Et toute la gloire de Qe'dar prendra fin ; 

On le comptera aisément, le reste de ses archers, 

Et les vaillants parmi les fils de Qédar seront diminues (xxi, 16-11 . 

De fortes raisons ont été invoquées par Winckler 3 pour voir 
dans cette phrase une allusion à la terrible campagne d'Asurba- 
nipal contre l'Arabie, dont on a lu plus haut le compte rendu as- 
syrien. D'autres, s'attachant à des expressions employées parle 
prophète dans le même chapitre : « Monte Elam, presse ô Mède » 
(xxi, 2), « Elle est tombée, elle est tombée, Babel » (xxi, 9), ont 
envisagé la prise de Babylone par Cyrus; il s'agirait dès lors de 
l'expédition de Cambyse. 

On a plus haut laissé en blanc la date de composition du cha- 
pitre lx du recueil d'Isaïe. En relisant ce texte attentivement, on 
doit reconnaître : 

1° qu'il annonce le retour à Jérusalem de tous ses enfants 
(lx, 4i. — Même nouvelle ib., xlix, 19 ; « Ils reviendront, les 
rachetés de .Tahvé et rentreront dans Sion pleins d'ivresse » 
iib., li, 11). 

2" qu'il prédit la réédification des murailles (ib., lx, 10). — 
Passage à rapprocher des suivants : « Certainement Jahvé va 
consoler Sion et réparer toutes ses ruines » (ib., lt, 3) ; « De tes 
gens rebâtiront les ruines anciennes ; les fondements des généra- 
tions antérieures, tu les relèveras; aussi t'appellera-t on le répa- 
rateur de brèches » [ib. t lviii, 12); « Us rebâtiront les désolations 
antiques ; et les lieux ruinés des ancêtres, ils les remettront dé- 
lient ; ils restaureront les villes renversées, et les destructions 

1 Winckler, Alttesta»ientlichc Untersuchungen, p. 432 et 455. 
* «.,11, p. 125. 
3 Jd., p. 120. 



CONTRIBUTIONS A LA GÉOGRAPHIE DE LA PALESTINE 185 

de plusieurs époques » (ib., lxi, 4) ; « Ne lui donnez point de repos, 
qu'il n'ait rétabli Jérusalem et qu'il ne l'ait restaurée glorieuse- 
ment dans le pays ! » (ib., lxii, 6-7). 

3° que Jérusalem était alors délaissée et haïe ; personne n'y 
passait (<&., lx, 15) — « Sion s'est écriée : Jahvé m'a délaissée »> 
(ib., xlix, 14) ; « On ne te donnera plus le nom de délaissée » (ib., 

LXII, 4). 

Le en: lx se trouve donc intercalé entre des documents de 
la même époque : or ces pièces relatent deux faits qui per- 
mettent de les dater : Jahvé revient à Jérusalem, les objets du 
culte de Jahvé y sont amenés (Isaïe, lu, 8 et 11) ; une thora va 
être établie (ib., li, 4). A ces signes on reconnaît l'époque d'Ezra. 

Nous voilà donc fixés sur la date de la pièce lx d'Isaïe qui in- 
troduit dans l'histoire d'Israël Nebaioth au second plan en ar- 
rière de Qédar. Le groupe des tribus arabes s'est donc avancé 
vers l'Ouest peu à peu, en profitant des circonstances ; aucune 
immigration soudaine de peuples ne s'est effectuée à travers le 
désert pendant les derniers siècles. 

Après la reconstruction du second temple, le silence se fait sur 
Israël, et sur les peuples d'Arabie, et se prolonge près de deux 
siècles. Que se passa-t-il durant ce long laps de temps? on ne sau- 
rait le dire. On ne peut que constater la situation dans laquelle 
le pays se trouvait d'après Diodore de Sicile ' en 312. Il n'est plus 
question de Qédar, mais des Arabes Nabatéens. Ceux-ci occu- 
paient à 300 stades (5G kilomètres) du lac Asphaltite, situé au mi- 
lieu de la satrapie dldumée, un lieu naturellement fort, la Roche, 
la Pétra actuelle; ils étaient donc installés sur le territoire 
d'Edom, dont les anciens habitants avaient été chassés dans le 
cours du sixième siècle. 

« Les Arabes, écrit Diodore, passent leur vie en plein air dans 
des solitudes sans habitants, sans ruisseaux ni sources vives 
propres au ravitaillement d'une armée ennemie. Il est défendu , sous 
peine de mort, de semer, de planter, de boire du vin, de construire 
une maison, afin de ne laisser aucune prise à de plus forts. Une 
partie élève des chameaux, d'autres des moutons dans les pâtu- 
rages du désert. Entre les nombreuses tribus arabes menant la 
vie pastorale, on distinguait les Nabatéens, au nombre d'environ 
dix mille : beaucoup convoyaient à la côte lencens, la myrrhe et 
les aromates, précieux amenés par les caravanes de l'Arabie Heu- 
reuse. » Les Nabatéens recueillirent donc l'héritage des Qédréens 

» XIX, 94-100. 



186 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

comme intermédiaires dans le commerce de l'Arabie Heureuse 
avec T] r, Damas, Jérusalem el < raza. 

Eratosthène, qui vivait en 190, rapporte que «le la ville d'Hé- 
ropolis, située à l'extrémité septentrionale de la Mer Rouge, en 
passant par Pétra, capitale des Nabatéens, la distance jusqu'à Ba- 
bylone était de cinq mille six cents stades. Ce renseignement nous 
apprend qu'il y avait à cette époque une piste assez pratiquée pour 
(pie sa longueur ait été mesurée. C'est la route que suivirent les 
[sraélites au retour de l'exil. A ente des Nabatéens, le géographe 
antique place les Chaulotes et les Agréens (X«uXot«(o)v x» 'AYpauuv'), 

En 181 Hyrcan, repoussé de .Jérusalem après l'assassinat de 
ses deux frères, passe dans la TransJordanie et force les barbares 
à lui payer tribut. Il faisait, nous dit Josèphe*, une guerre con- 
tinuelle aux Arabes auxquels il tuait ou capturait beaucoup de 
monde. Il éleva entre l'Arabie et la Judée transjordanique non 
loin d'Hesbon la forteresse de Tyr (aujourd'hui Araq el-Emir 3 ). 

Quelques années après, le grand-prêtre Jésua, frère d'Onias, 
celui qui se faisait appeler Jason, supplanté par son frère Ménélas, 
s'enfuyait à son tour dans l'Ammonitide''. 11 y composait peut-être 
le Psaume : 

« Malheur à moi qui dois être à l'étranger près des Masa, qui 
habite dans les tentes de Qédar. Dans Uabbat je dois habiter, 
chez un peuple qui hait la paix » (Ps. t cxx, 5-G). 

Winckler 4 a suggéré l'idée de lire ^do au lieu de "Nrua (s au 
lieu de 1) ; ce qui amènerait à substituer aux mots : qui hait la 
paix, ceux : voisin des Salamiens. 

Cette remarque devrait être prise en considération, s'il était 
d'autre part démontré que les Salamiens étaient, à l'époque con- 
sidérée, lixés dans l'Ammonitide ou dans un pays voisin. 

Or l'on a vu plus haut que les Nabatéens étaient une tribu plus 
influente que nombreuse. Diodore de Sicile évalue à dix mille têtes 
le chiffre de la population ; même en admettant que ce nombre 
doive être doublé, voire même triplé, on reconnaîtra que les 
Nabatéens ne pouvaient à eux seuls occuper les vastes étendues 
correspondant à Guilead, l'Ammonitide, Moab, Edom et â l'hinter- 
land de ces pays. Il y avait place à côté d'eux pour d'autres tribus 
arabes, On n'est. donc pas étonné d'y rencontrer deux autres 
tribus ismaélites, Masa et Qédar, et rien ne s'opposerait â ce qu'on 
y trouvât d'autres Arabes, tels que les Salamiens. 

1 Strabo, Geogr., I. XVI, p. 707. 

1 Josèphe, Ant. Jud., XII, 4, 9 et II. 

3 II Macch., iv, 26. 

* Altorientalischc Forsrhuni/en, II. p. 563. 



CONTRIBUTIONS A LA GÉOGRAPHIE DE LA PALESTINE 187 

Qu'étaient ces nouveaux venus? On ne le sait pas, car on ne 
saurait accorder créance au renseignement transmis par Etienne 
de Byzance, qui en fait une tribu arabe tirant son nom du mot 
Salma « paix », en raison d'un traité et de la paix faite avec les 
Nabatéens. Il semblerait plus vraisemblable de voir dans les Sa- 
lamiens une confédération de tribus arabes analogue à l'ancien 
groupement des Agrites, à celui des Benê-Qédem. 

Pendant longtemps on a pu croire que les Salamiens n'étaient 
pas mentionnés dans l'Ancien Testament ; cela tenait à ce qu'on 
lisait à la place de leur nom tantôt Salomon et tantôt le mot 
Salam, paix ; mais leur importance a dû cesser d'être méconnue, 
le jour où de nombreuses inscriptions nabatéennes nous ont eu 
livré la formule : « Cette tombe doit être sacrée comme le sanc- 
tuaire des Nabatéens et des Salamiens. » 

Les Salamiens sont associés à Qédar par le Cantique des Can- 
tiques : « Je suis brune comme les tentes de Qédar et comme les 
toiles de tente des Salamiens » (i, 5). Cette leçon ou plutôt cette 
rectification de Winckler, — on avait lu précédemment « de 
Salomon » — en suggère une autre. La Schonlamite du Cantique 
des Cantiques, vu, ], ne serait-elle pas une Salamienne? Elle 
est experte dans les danses de Mahanaïm, localité de la Trans- 
jordanie sur le territoire de l'ancien Gad. La couleur de ses yeux 
est comparée à celle des eaux des étangs de Hesbon, autre loca- 
lité de la TransJordanie. Quel rapport peut-il avoir existé entre 
ces localités et Solam de la plaine d'Esdrelon ? Si l'on songe que 
le Cantique des Cantiques passe pour avoir été écrit au 11 e siècle, 
et que les endroits cités appartiennent à la région visée par le 
Psaume cxx et considérée par nous comme voisine des pays des 
Salamiens, on accueillera peut-être cette nouvelle rectification. 

Winckler a voulu demander à l'analyse de I Macch., v, 3-54, la 
détermination de la contrée dans laquelle s'étaient fixés les Sala- 
miens, et il a été conduit par cette étude à des indications qui 
s'écartent de celles que nous venons de donner. Quelques explica- 
tions sont donc nécessaires. Winckler voudrait découper le texte 
considéré en cinq tranches correspondant à un double récit de 
deux campagnes qui se seraient déroulées Tune au sud de la 
Palestine, l'autre à l'est du Jourdain. Il est difficile d'admettre ce 
système, le savant orientaliste a été frappé de ce qu'on lit : 
« Judas Macchabée attaqua les Benê-Ezaven Idumée dans l'Acra- 
batène », il a considéré comme inconciliables l'expression « les 
Benê-Ezav en Idumée — l'Idumée étant, à l'époque, la région au 
sud de la Palestine, — et l'expression dans l'Acrabatène — canton 
au nord de Jéricho, — il a conclu à la suppression de la glose 



188 REVUE DES ETUDES JUIVES 

g dans 1'A.crabatène » etil a admis une première campagne au sud 
du Jourdain. A ['encontre de cette opinion, on invoquera l'autorité 
de Diodore de Sicile, qui, on l'a vu, place le lac Asphaltite au 

milieu de la satrapie d'Idumée : l'occupation de l'Acrabatène par 
des populations venues du territoire avant jadis appartenu à 

Kdom n'a d'ailleurs rien d'impossible. Du reste, on possède, si 
l'on y fait attention, un second récit d«s mêmes événements dans 
11 Macch., ii, 10-31, et l'on se convaincra en suivant les deux 
textes de l'unité des opérations. 

Juda, après avoir châtié les Baïanites, passe chez les Benô- 
Ammon ; il franchit le Jourdain à la tête de huit mille hommes 
pour dégager les Israélites réfugiés dans le tort de Dathema. <i 
la suite du massacre par les gentils de nombre de leurs frères 
du pays de Tob ; après trois étapes dans le désert, il rencontre 
les Nabatéens, animés de sentiments pacifiques, dit une ver- 
sion (I Macch., v, 25), — une petite armée arabe de cinq mille 
hommes et cinq cents cavaliers, qui l'ut défaite et demanda 
l'aman, dit l'autre version (II Macch., xn, 10-12). Winckler a 
proposé, avec raison semble-t-il, de mettre les deux versions 
d'accord en corrigeant le premier texte et en lisant « les Sala- 
miens les rencontrèrent», puis la glose explicative « les Nabatéens 
les rencontrèrent ». Suivant la première version, Juda aurait en- 
suite occupé Bosor, puis, tombant sur les derrières des troupes 
de Timothée assiégeant le fort, aurait délivré les Israélites; 
poursuivant le cours de ses succès, il aurait enlevé d'assaut et 
brûlé Maspha, puis Ilasphon, Maked, Bosor et les autres villes de 
Guiléad. Suivant la seconde version, le Macchabée aurait attaqué 
une ville forte nommée Kaspis, habitée par un mélange de toutes 
nations, et s'en serait emparé ; tant de sang aurait été répandu 
que le vaste étang voisin de la ville serait devenu tout rouge; 
Juda aurait ensuite atteint Charax, où étaient les Juifs Tubéniens 
(du pays de Tob), et massacré près de là une garnison laissée par 
Timothée. Kaspis semble correspondre à Ilesbon, Ilasphon de la 
première version. 

Suivant cette version, Timothée aurait assemblé une autre ar- 
mée et établi son camp devant Raphon au delà du torrent. Winc- 
kler a pensé à Raphia au delà du torrent d'Egypte; il s'agit, en 
réalité, d'un affluent de gauche du Jourdain, peut-être du Jabbok. 
Juda aurait entraîné tous ses gens à l'attaque du camp ennemi, 
et poursuivi l'ennemi jusqu'au temple et à la ville de Karnain, qui 
devinrent la proie des flammes. Il dut, au retour, briser la résis- 
tance de la ville d'Ephron et repassa le Jourdain à la hauteur de 
Iîethsan. Suivant la seconde version, le Macchabée aurait infligé 



CONTRIBUTIONS A LA GEOGRAPHIE DE LA PALESTINE 189 

à l'armée de Timothée une complète défaite, marché contre le 
Karnion et l'Atergation, où il y eut une sanglante tuerie, enlevé 
Ephron et gagné Scythopolis, c'est-à-dire Bethsan. 

Il y a donc accord complet dans les grandes lignes des deux 
récits : ils se réfèrent l'un et l'autre à une seule et même cam- 
pagne en Ammoniticle et Guileâd. Le peuple que commandait Ti- 
mothée ne pouvait être les Nabatéens, qui avaient alors à leur tête 
Arétas (II Macch., ix, 8) : c'étaient donc les Salamiens, et ils se 
présentent à nous dans les régions où nous les avions précédem- 
ment entrevus. 

D'ailleurs, par les détails donnés, I Macch., ix, 33-36, sur la 
campagne de Jonathan contre Bacchide, on est fixé sur la posi- 
tion plus méridionale des Nabatéens. Jonathan s'était réfugié sur 
les bords du lac Asphar (Asphaltite) ; il avait jugé a propos de 
demander aux Nabatéens, ses amis, de garder en dépôt ses ba- 
gages, et il avait confié à son frère Jean le soin de leur amener le 
convoi. Celui-ci tomba dans une embuscade des Benè Iambri de 
Médaba. Médaba était donc sur la route qui menait de l'embou- 
chure du Jourdain chez les Nabatéens. 

Si le rôle des Nabatéens grandit ensuite, celui de Qédar dut dé- 
croître sans cesse. Il en est toutefois encore question dans Pline 
(1. v, 12) : « Ultra Pelusiacum Arabia est, ad Rubrum mare per- 
tinens, et odoriferam illamac divitem beata? cognomine inclytam. 
Hsec Catabanum et Esbonitarum et Scenitarum Arabum vocatur, 
sterilis, praeterquam ubi Syriae confinia attingit, nec nisi Casio 
monte uobilis. His Arabes junguntur, ab oriente Canchlei,a meri- 
die Cedrei, qui deinde ambo Nabatœis. » Arabie déserte, Arabie 
des Catabans — inconnus d'ailleurs, — des gens d'Hesbon — sans 
doute les Salamiens — et des Arabes de tente. A l'Orient les 
Arabes Canchléens — également inconnus — au midi les Arabes 
Qédréens, les uns et les autres confinant aux Nabatéens. 

Puis Qédar disparaît de l'histoire ; on ne sait bientôt plus rien 
sur le théâtre de son activité. Les auteurs de YOnomasticon le 
placent quelque part dans le désert des Sarazins, et ils font de 
Boz et de Dadan des centres Qédréens, ne sachant, d'ailleurs, pas 
distinguer Thema d'Arabie de Theman d'Edom. Le Talmud de 
Jérusalem l rapporte que dans le groupe de peuples Kéni, Ke- 
nizi et Kadmoni. un docteur voulait reconnaître les Arabes, les 
Schalmia et les Nabhatiya, différenciant ainsi les Arabes des 
Nabatéens. Le Targoum d'Ézéchiel rend Qédar par Nabat et le 
distingue également des Arabes. De la discussion approfondie à 

1 Neubauer, La géographie du Talmud, p. 427. 



1,„, REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

laquelle dous nous sommes livrés, il ressort, au contraire, que les 
Nabatéens sont bien Identiques aux Nebayoth, et que les rela- 
tions les plus étroites ont existé dans toute la période historique 
entre ce peuple et Qédar, lequel, de l'avis unanime, descend 
d'Ismaël. 

Toutefois il y a lieu de distinguer entre Arabes et Arabes. 
La Genèse se garde de confondre la descendance d'Ismaël avec 
celle de Qetoura «le parfum d'encens». Abonlféda 1 range les 
Arabes en trois groupes, Baïda — les disparus, — 'Ariba — les 
Arabes du Yémen de la race de Kahtani — et Mostha'riba —des 
descendants d'Ismaël. Cette classification pourrait être admise, 
mais, en tout cas, Ja thèse de Quatremère 2 sur l'origine ara- 
méenne des Nabatéens doit être abandonnée, malgré l'appui qu'elle 
a reçu de MM. Glaser et llommel 3 . C'est à cette conclusion qu'a 
été amené le R. P. Hugues Vincent dans son étude récente sur les 
Nabatéens 4 . 

Diodore de Sicile nous a appris que les Nabatéens convoyaient 
à la côte les aromates amenés par les caravanes de l'Arabie-Heu- 
reuse. Ce qui revient à dire que les Ismaélites recevaient d'autres 
Arabes, des Madianites, par exemple, les précieux produits. 
Parlant des négociants des caravanes, le Jahviste a pu donc, dans 
l'histoire de Joseph (Gen., xxxvn, 25), dire Ismaélites où l'Elo- 
histe dit Madianites (Gen., xxxvn, 28), bien qu'Ismaélites et Ma- 
dianites appartinssent à deux branches bien distinctes. Une con- 
fusion cependant a pu en résulter ; d'où la glose : « Car c'étaient 
des Ismaélites » (Juges, vin, 24), à propos de Madianites. 

Toutefois le Livre des Juges (vu et vm) fait apparaître les 
Madianites dans une région où nous avons trouvé les Ismaélites. 
Faudrait-il donc admettre que le rayon d'action des Madianites 
s'était étendu vers le Nord à une époque plus ancienne, et que 
ce peuple dut se replier vers le Sud à la suite d'événements dont 
l'histoire n'aurait conservé aucune trace ? 



G. Marmier. 



(A suivre. 



1 Abulfeda, Historia anteislamica, éd. Fleischer, p. 181. 

* (Juatremère, Mémoire sur les Nabatéens. 

3 Glaser, Skizze der Geschichte und Géographie Arabicns, l. II, p. 12, 2.8 s., 274 
et 409; Hommel, Vie Altisraelitische Ueberlxeferuwj, p. 208. 

' '* K. P. Hugues Vincent, Les Nabatéens dans la Revue biblique internationale, 
1898, p. 567 I. 



UNE INSCRIPTION JUIVE DE CHYPRE 



Dans le Voyage archéologique de Le Bas et Waddington, on 
trouve mentionné, au tome III, p. 640, sous le n° 2776, parmi les 
inscriptions grecques de l'île de Chypre, le texte suivant, qui au- 
rait été copié (en 1865) par M. Duthoit au monastère d'Achiro- 
piti 1 « sur une stèle » : eù/t, pa6êr ; 'Attixou. Le texte est classé 
parmi les inscriptions de Lapethos (ou Larnaca tis Lapethou), 
ville ancienne sur la côte N. de l'île, dont l'emplacement de ce 
monastère a dû être une dépendance. 

J'ai retrouvé cette inscription — ou, pour parler plus prudem- 
ment, une inscription identique, — dans la capitale môme de l'île, 
à Nicosie. Au cours d'une visite trop brève que j'ai faite à cette 
ville au mois d'avril 1904, en compagnie de MM. Georges Bous- 
quet et Raymond Kœclilin - notre tournée des églises nous amena, 
dans la partie sud de la ville, à l'église de S L Jean de l'Hôpital, 
ainsi décrite dans une excellente petite notice qui était distribuée 
aux membres de la croisière de la Revue générale des Sciences : 
« S 1 - Jean, aujourd'hui métropole grecque de Nicosie, construite 
sur l'emplacement d'une maison et d'une église des Hospitaliers 
de S 1 Jean de Jérusalem. Il ne reste rien des constructions primi- 
tives. L'église actuelle date du xv e siècle et a été restaurée en 
1736. Au sommet de la façade est encastré un intéressant sarco- 
phage. L'intérieur est curieux par les peintures byzantines de la 
voûte. » Tout à côté de l'église se trouve un édifice occupé par 
l'archevêque 3 et dont quelques papadès nous firent les honneurs. 
En descendant l'escalier extérieur de cette maison, j'aperçus, 
parmi les balustres de la rampe, à l'angle d'un palier, une colon- 

1 Voir, sur le monastère d'Acheropiitou [sic), Enlart, L'Art gothique... en Chypre 
(1889), I, p. 240. Il est situé « sur le rivage de la mer... au-dessus du gros bourg 
de Lapithou et non loin de Gérines, sur un petit promontoire ». M. Enlart y signale 
des restes de constructions antiques, fûts de colonnes, petit chapiteau corinthien en 
marbre blauc, etc., mais rien qui réponde exactement à la description de notre 
monument. 

* C'est à ce dernier qu'est due la photographie que nous publions ; qu'il en reçoive 
ici tous nos remerciements. 

» Cf. Enlart, op. cit., I, p. 184. 



192 REVUE DES ÉTUDES JUIVE 

Dette en marbre blanc, d'un travail assez soigné, qui attira mon 

attention. Le lût cylindrique s'élève sur une base peu saillante, 

formée de cinq tores superposés. En haut, deux moulures et une 
grosse tresse ménagent la transition enire le lut et un chapiteau 

corinthien «le style dégénéré. Les feuilles d'acanthe, à peu près 
intactes, sont évidées au foret; la partie supérieure de la corbeille 
avec les volutes est mutilée. La hauteur totale de ce petit monu- 
ment est de m ,92 (dont m ,*29 pour le chapiteau), gorge comprise ; 
la circonférence du lut est de m ,37. Sur le lut, immédiatement au- 
dessous de la gorge, est gravée en caractères peu profonds mais 
bien nets l'inscription suivante : 

axH 

PABBI 

ATT'i 
KOT 

C'est-à-dire eùyj*) paêêt 'AttixoC. Sauf une lettre [paêêt au lieu de 
paêêTj) c'est, on le voit, exactement le texte de Waddington. Très 
probablement il s'agit de la môme inscription transportée dans 
ces derniers quarante ans à Nicosie (l'archevêque est amateur 
d'antiquités); paSê^ sera une faute de lecture de Duthoit. 11 est 
vrai que Duthoit parle d'une stèle, tandis que l'inscription de 
Nicosie est gravée sur une colonnctte. Mais il faut observer qu'en 
grec moderne le mot sty/t, signifie colonne, et si la prétendue 
« copie » de Duthoit lui a été, en réalité, fournie par un indigène \ 
le malentendu s'explique. Je n'ai pu malheureusement obtenir sur 
place des renseignements sur la provenance de la colonnette et 
l'époque de son insertion dans la rampe de l'escalier métropolitain. 

Le style de la sculpture, aussi bien que les caractères de l'ins- 
cription, nous reporte au m siècle environ de l'ère chrétienne. 
L'emploi du tréma sur Viola ne se rencontre dans les inscriptions 
attiques qu'à partir de la fin du n° siècle (CIA., III, 1171 ; Ath. 
Mitt.i XIX, 241). Cf. Meisterhans, Grammatih der atlischen In- 
schriflen. 3 e éd., p. 13). L'upsilon barré se rencontre dès le mi- 
lieu du second(C7A., III, 1111, 1116). L'epsilon arrondi est sensi- 
blement plus ancien. 

Il est inutile de démontrer l'origine juive de notre inscription : 
le mot paêêt suffit à l'établir. On sait que ce terme, employé pri- 
mitivement dans le sens interpellât^' « mon seigneur », « mon 

! Ce qui le donne a croire, c'est que la division des lignes n'est pas indiquée dans 
1 a transcription de Waddington. 



UNE INSCRIPTION JUIVE DE CHYPRE 193 

maître », a fini par prendre, dès le premier siècle de l'ère chré- 
tienne, la valeur d'un simple titre honorifique, porté surtout par 
les docteurs de la loi. Il est extrêmement rare dans l'épigraphie 
gréco-latine. Schùrer (II 3 , p. 316) n'en cite que deux exemples : 
l'un de Venouse [CIL, X, 648 = Lenormant, RÉJ., VI, 205), où la 
forme est rabbi {duo rebbitês), l'autre, assez douteux, de Jopé (Be- 
peêi, Sitzimgsb. de Berlin, 1885, p. 681, n° 54). 




Stern, dans la Jùdische Zeitschrifl de Geiger (IX, 78, cité par 
Vogelstein et Rieger, Geschichte der Juden in Rom, 1, 46) fait al- 
lusion à une inscription romaine où on lirait paôêivou comme 
transcription de iaan ; mais je n'ai pas connaissance de ce texte 
et je n'ai rencontré aucun exemple de ce mot à la Vlgna Ronda- 
nini ou ailleurs. Partout on emploie son équivalent grec ypajx- 

(J.QCTEUÇ. 

T. XLYIII, n° 96. 13 



I „■ UF.VUK DES ÊÏODES JUIVES 

L'emploi de cet < ae constitue pas le seul intérêt de 

„„,,,. inscription. On devra désormaisen tenir compte en écn- 
^histoire des Juifs de Chypre'. On sait que la «tawj™ 
de cru, lie avait pris sous la domination ptolémaïque et dan les 
premiers temps de la domination romaine, une importance ai 
^foes textes nombre**. Mais en 116 ou M, dans les der- 
„,,' mois du règnede Trajan, un vent de folie et de révolte passa 
sur les Juifs de Chypre, en même temps que sur ceux d autres 

TlSnto «le Chypre, dit Dion Cassius, ou plutôt son abré- 
viateurXiphiUn(LXVIII,32),les Juifs commirent des atroci- 
tés semblables à celles qu'ils flrent à Cyrene et en Egypte. Ils 
va.îït pour Chef un certain Artémion Ml périt ta. cen 
quarante mille hommes». C'est pourquoi il est interdit a tout Juif 
émettre le pied dans cette île ; mémo si l'une 'eux I»u** j- 
la tempête vient à s'échouer dans l'Ile, il est mis a mort. » Un épi- 
ode de cette sanglante insurrection nous a été conserve par 
Eusèbe iCHron., II, p. 104, Schône) : . Les Juifs extermineren 
les Grecs de Salamine de Chypre et détruisirent (x«t.«^ov) cette 

Y î 1 1 P * » • 

Dion Cassius écrivait les derniers livres de son histoire vers 
215an J-C.Onpeut donc tenir pour assuré qu a cette époque 
la loi qui excluait les Juifs de Chypre était encore en pleine 

Vj LeTraisons alléguées par Krauss pour admettre que quelques 
Juifs aient continué à Habiter l'Ile sont vagues et sans va le ur 
Si le Talmud mentionne certains produits cypriotes, ce n est pas 
une preuve qu'il y eût des Juifs à Chypre. M. Krauss nous ap- 
"n gaiement \ue dés l'époque d'Héraclius (610), les Jmts de 
C bvnre étaient redevenus assez nombreux pour se joindre à lin- 
surrec ion qui éclata alors contre les Grecs. Mais le renseigne- 
mû donné sans références, paraît s'appuyer uniquemen sur un 
t xt ' extrêmement sujet à caution, des Annales du patnarche 
EutyclL d'Alexandrie (lbn Batrik) où on lit ceci (II, P- 220 de 
fa Traduction Pococke, 1658 = Migne, Palrologie grecque, 
tome 111 p. 1084) : « Au temps où Chosroès assiégea Conatan- 

, Voir en dernier lieu sur ee sn.et P.rticle de S. Krauss dans 1. J~i* *<*,d» 

jiedia (1903). 

» Uni^cviim conjecture Artimon. 

aux yeux. 
« Orose, Vil, 12, ne fait que copier Eusèbe. 



UNE INSCRIPTION JUIVE DE CHYPRE 195 

tinople, la Syrie resta dégarnie de troupes romaines. Il y avait 
alors à Tyr quatre mille Juifs. Ils écrivirent aux Juifs de 
Jérusalem, de Chypre, de Damas, de la montagne de Galilée et de 
Tibériade, de se réunir tous le jour de la Pâque chrétienne et de 
massacrer les chrétiens de Tyr, etc. » Le caractère évidemment 
légendaire de ce récit ne permet guère de l'invoquer pour établir 
l'existence à Chypre, en 610, d'une forte population juive. En 
revanche, notre inscription prouve qu'aux environs de l'an 300 
les Juifs ont de nouveau été autorisés à habiter l'île de Chypre et 
sans doute à y rebâtir des synagogues. L'hypothèse que notre 
colonnette aurait été importée dans l'île de quelque pays d'outre- 
mer est, en effet, peu probable : ni la valeur artistique de l'objet, 
ni son utilité architecturale n'auraient justifié cette importation. 
Les nouveaux colons juifs venaient de pays grecs ou hellénisés; 
ainsi s'explique le nom Atticus porté par notre rabbin, nom 
fréquent à cette époque dans l'onomastique païenne, mais qu'on 
n'avait pas encore, je crois, rencontré chez les Juifs. 

Sur la destination précise de notre petit monument on ne peut 
faire que des hypothèses. Le mot zùyq exclut l'idée d'un monu- 
ment funéraire ; il s'agit d'un objet votif, consacré au culte de 
Dieu; mais Y ex-voto consistait-il uniquement dans cette colon- 
nette, ou celle-ci n'était- elle pas plutôt le support de l'offrande 
proprement dite, par exemple d'un chandelier ou d'un vase de 
bronze destiné à une synagogue chypriote ? J'inclinerais assez 
vers cette seconde hypothèse. Malheureusement l'état mutilé de 
la partie supérieure du chapiteau ne permet pas de distinguer 
la nature ni même les dimensions de l'objet auquel il servait de 
support. 

Le mot eù^t) — ex voto — est un terme emprunté à Tépigraphie 
païenne. Par exemple, dans un inventaire de Délos {Bail. corr, 
hell.,Yl, 29 = Dittenberger, Sylloge, 2 e éd. 588), 1. 148, on lit : ^xe- 

cpàviov £7riYpacpï)V ïyov « Kdtvxoç IIAn/ioç 'AttoAAwvi sù^vjv ». De même 

dans une inscription de Thasos (Sylloge 2 , 788) Ilocriocovtoç xoù 2t&a- 
T7|yU Tu^yj ©àffou eùxTp- L'emploi du nominatif eù^ (tou 8s?voç) * 
est, dit M. Salomon Reinach (Traité d'épigraphie grecque, 
p. 383), une formule de l'épigraphie chrétienne 3 ; il en cite comme 

1 Plus lard on trouve ôsvjtrtç. — Ouep eOy^C est très fréquent. 

* Il y a bien un exemple de zùyr\ (nominatif) dans un texte païen, Inscr.SiC. ItaU, 
904. eùx^ 'HpaxXrj 6aX)o<popw, etc., mais j'ai quelques doutes sur l'exactitude de 
cette lecture, quoique vérifiée par Mommsen, le nom dts dédicants venant ensuite au 
nominatif. 

3 Le mot grec correspond exactement à HIS « vœu de » (c'est la traduction ordi- 
naire de la Septante) ou à rQTD « offrande de ». La formule est de style aujourd'hui 
encore. (Note de M. Israël Lévi). 



t96 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

exemple un texte de Conané [Bull. corr. hell. t III, 343); j'avoue 
n'en avoir pas rencontré d'autres. t 

H semble résulter de notre texte que dans L'emploi de cette 
formule Les Chrétiens n'ont fait que prendre modèle sur les Juifs «. 

Théodore Reinach. 



I Je suis porté a croire que, par analogie avec notre monument, on uoit restituer 
dana la pierre de Myndoa (/&»«*, 1901, 1, p. 1) vr/ï 9]etoiœtt7CTT);, elc. 



LE ROI JUIF DE NARBONNE 
ET LE PHILOMÈNE 



Il y avait à Narbonne un personnage juif important, chef de 
l'école ou de la communauté, surnommé Nasi, « prince », et dé- 
signé parles chrétiens sous le titre de roi juif. 11 possédait dans 
la ville des biens en franc alleu héréditaire. Quelle fut l'origine 
de ce privilège ? 

Pour répondre à cette question, on a coutume de citer un 
roman chrétien qui confirme en partie diverses relations juives. 
Comme on se borne à signaler la rencontre, qu'on croit suffisam- 
ment probante, il ne sera pas mauvais d'étudier avec soin les 
pièces, sans parti pris. 

Ce roman est un récit des exploits de Charlemagne, attribué à 
tort à un certain Philomena, dont le nom paraît dans la narra- 
tion. Ce roman s'est conservé sous deux formes : en latin, sous 
le titre de Gesfa Karoli Magniad Carcassonam et JSarbonam, et 
en provençal sous celui de Philomena. On disait généralement 
cette version plus ancienne que le latin, mais le dernier éditeur, 
qui avait partagé d'abord l'opinion commune, est maintenant d'un 
avis opposé ». 

Ces Gestes, dit Mol i nier , sont « une compilation faite au 
xn e siècle, à l'abbaye de la Grasse (près de Carcassonne), d'après 
des poèmes français et le Pseudo-Turpin 2 ». « Le fonds du récit, 
dit Gaston Paris 3 , est une de ces misérables supercheries monas- 
tiques comme nous en avons déjà rencontré plus d'une. Illustrer 
le monastère de la Grasse, lui faire reconnaître d'énormes privi- 

1 Ed. Schneegans, Gesta Karoli Magni ad Carcassonam et Narbonam. Latein. 
Text u. Provenzal. Uebersetzun»-. Halle, 1898 (Romanische Bibltothek, u° 15). Le 
.même auteur avait déjà pub'ié une étude sur ces Gestes, Die Quellen des sogenannten 
Pseudo-Philomma, Strasbourg, 1891. 

1 Les sources de Vhistoire de France, 1901, t. I, p. 209. 

} Histoire poétique de Charlemagne, p. 90-91. 



198 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

lèges, authentiquer de fausses reliques, et, par-dessus le marché, 
édifier les fidèles par quelques pieuses anecdotes, tel est le but es- 
sentiel de ce triste roman. » M. Paul Meyer porte sur ce1 écrit le 
même jugement 1 . 

D'après Schneegans, l'ouvrage ne serait pas antérieur à Tan 
1200. En effet, il a été écrit par un certain Guillaume de Padoue 
sur les instances d'un abbé Bernard. Or, il y a eu à la Grasse deux 
abbés Bernard, l'un vers 1205-1208, l'autre entre 123T et 1255. 
C'est probablement au premier que l'on serait redevable de ces 
Gestes. 

Schneegans, moins sévère que ses devanciers français, ad- 
met que ce mauvais roman n'est pas une pure invention, mais 
une compilation mal faite de traditions locales et de Gestes an- 
térieures. On verra tout à l'heure que cette opinion peut être 
corroborée par des textes dont Schneegans n'a pas fait usage. 
Au surplus, Guillaume de Padoue lui-même prétend avoir extrait 
son récit d'un ouvrage plus étendu. 

Voici maintenant le résumé 2 du récit de la prise de Narbonne 
qui nous intéresse : 

Charlemagne est devant Narbonne et propose au roi païen Ma- 
tran de lui céder Girone et Barcelone avec deux fois autant de 
terres qu'il en possède, s'il consent à lui livrer sa ville et à rece- 
voir le baptême. Sur le refus du prince sarrasin, l'empereur 
donne l'ordre de se préparer à une attaque. Le lendemain une 
lutte s'engage sous les murs de la ville, et les Sarrasins sont re- 
poussés. Aymeri passe la rivière et vient attaquer Narbonne. Les 
chrétiens obtiennent d'abord l'avantage, mais Matran dirige une 
sortie contre les assiégeants et se met à leur poursuite. Peu de 
temps après, Marsile, roi d'Espagne, envoie des renforts à Matran. 
De nouveau des combats ont lieu, qui sont heureux pour les chré- 
tiens, mais n'entraînent pas la prise de la ville. Charlemagne 
n'en accorde pas moins Narbonne à Aymeri. La lutte se poursuit 
sans merci. Enfin, les Juifs, qui occupaient une partie de la cité," 
proposent de la rendre à Charlemagne. « Ils avaient appris par 
leurs sorts que Charlemagne prendrait la ville. » Après s'être 
concertés, ils vont dire à Matran l'issue qui l'attend, que, pour 
eux, avant de mourir, ils se rendront à Charles. Malgré la dé- 
fense de Matran, ils choisissent Isaac et dix autres Juifs et les dé- 
lèguent à l'empereur avec "70,000 marcs d'argent. Lorsqu'ils sont 
arrivés devant Charles, Isaac lui dit : « Nous savons bien que la 

1 Bibliothèque de l'École des Chartes, XXVIII, p. 53. 

* Nous suivons en partie l'analyse de Demaison, Aymeri de Narbonne, t. I, 
p. ccxxxv et suiv. 



LE ROI JUIF DE NARBONNE ET LE PHILOMENE 199 

ville ne peut plus vous résister ; nous sommes Juifs et vous de- 
mandons grâce pour nous et pour tous ceux de la ville ; nous 
ferons ce qui vous plaira. » Charlemagne leur répond : « Celui 
qui demande merci doit obtenir merci ; je vous reçois sous ma 
juridiction et sous ma garde. » « Ne croyez pas, reprend Isaac, 
que nous commettions une trahison, car Matran n'a aucun pou- 
voir sur nous et nous ne tenons rien de lui ; nous lui donnons 
seulement pour droit de protection une certaine somme annuelle. 
En outre, nous vous demandons quHl y ait toujours à Narbonne 
un roi de notre nation, parce qu'il doit en être ainsi et qu'il en 
est ainsi actuellement. C'est de sa part que nous sommes venus 
près de vous ; il est de la race de David et de Baldachi. » Char- 
lemagne leur accorde tout ce qu'ils demandent et reçoit l'argent. 
Les Juifs veulent ensuite rendre la ville à Charlemagne, mais 
Matran, avec la multitude de ses troupes, les en empêche. Sur ces 
entrefaites, la femme du roi sarrasin s'échappe de Narbonne et 
vient se baptiser dans le camp de Charles. Matran, indigné, défie 
en combat singulier Charlemagne, qu'il appelle « traître ». Le duel 
s'engage, et Matran est tué, A cette nouvelle, les Juifs livrent 
une porte de la ville aux chrétiens, qui y entrent, enfin, après 
un long siège. Charles alors tient « sa cour générale » et divise 
la cité. Il en assigne le tiers à l'archevêque Thomas de Norman- 
die, un autre tiers aux Juifs, à qui « il donne un roi suivant leur 
désir », puis, ayant fait venir Aymeri de Narbonne dans le palais, 
il lui dit : « Aymeri, j'ai donné un tiers de la ville à l'archevêque 
un autre aux Juifs, le reste sera ta part. » 

Voici maintenant le texte latin des passages que nous re- 
tenons 1 : 

P. 476. — Judei autem in civitate permanentes in sortibus suis 
cognoverunt quod Karolus caperet civitatem et totius terrée, que citra 
mare erat, dominus efficeretur. Et habito inter se consilio venerunt 
ad Matrandum et dixerunt ei quod qualemcunque posset cum Ka- 
rolo concordiam faceret vel sciret pro certo quod civitatem amitteret 
et ipsemet interficeretur et omnes sui fautores. Et ipse indiguatus 
respondit quod hoc nullo modo faceret et asseruit quod taie et tam 
bonum suceursum haberet et in brevi, quod Karolum devinceret et 
se et suos occideret ; et de hoc erat certus per proprios nuncios 
Almassoris. At illi responderunt quod hec consolatio non valebat et 
quod ipsi, antequam interficerentur, reiderent se Karolo et ejus vo- 
luntatemin omnibus adimplerent. Et ipse prohibuit eis ne hoc face- 
rent. Sed ipsi spernentes eius inhibitionem elegerunt Ysaac et alios X 

• Nous conservons l'orthographe du texte. 



200 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

et cum LXX milio marchas argenti eos ad regem Karolum miserunt 
Qui coram Karolo venientes salutaverunt cum et Ysaac primo locu- 
tus fuit dicens ei : Domine rex,bene cognoscimus quod Narbona non 
potcst vobis ulterius resistero et nos sumus Judei et petimus mise- 
ricordiam tam pro nobis quam pro omnibus de villa et quicquid vobis 
placuerit, facienius. Et ille respondit ci : Qui miseiïcordiam petit, 
misericordiam consequi débet, et ego vos recipio iu mei juridictione 
etcustodia. Et Ysaac dixit : Domine, non credatis quod nos aliquam 
proditionem faciamus. Nam Matrandus oichil habet in nobis noc 
aliquid tenemus ab ips >, nisi quia pro amparancia dabamus ei certam 
pccuniam annuatim. Preterea rogamus vos ut semper sit in Narbona 
rex de gente nostra, quoniam ita débet esse et est hodie. Et ex parte 
ipsius nos ad vos venimus et est de génère Davidis et Baldachi et 
mittit vobis per nos LXX milia marchas argenti et, si plus vultis, 
plus habebilis, et quicquid habemus vestrum erit. Preterea ex parte 
ville nostre impngnetis Xarbonam et capietis eam, nam C. brachias 
de muro tenebimus et plus et, quod nullus vobis erit ausus lapidem 
prohicere nec inferre aliquod nocumentum. Et Karolus concessit eis 
omnia que petierant et recepit pecuniam. Et ipsi in civitatem redie- 
runt et aliis Judeis omnia que Karolus dixerat retulerunt, de quo- 
rum responsione fuerunt omnes quamplurimum gratulaii. 

P. 182. — Et circumquaque inpugnaverunt villam et Judei volc- 
bant eam reddere Karolo. Sed Matrandus occurrit illuc cum magna 
multitudine militum et, quia plures erant, prohibuit eis ; tamen rixa 
fuit inter eos maxima. 

P. 1 86. — Judei mortem ipsius audientes plus quam quingenti 
armati ascenderunt Portam Regi-am et quatuor G. et plus in palacium 
Matrandi et non permiserunt Sarracenos intrare. Et Rotolandus et 
totus exercitus impetum in eos faciens occiderunt extra portam plus 
quam Vil milia. Postea venerunt ad Portam Regiam et Judei permi- 
serunt eos intrare. Et Aymericus venit ad palacium regium et Judei 
reddiderunt ei eum et posuerunt vexillum Karoli superius. 

P. 188. — In capite vero octo dierum captionis Karolus tenuit 
curiam suam generalem et divisit civitatem. Gonstituit namque 
archiepiscopum nomine Thomam de Normandia et X episcopos ei 
submisit. Dédit preterea ei terciam partem civitatis et construxit 
ecclesiam Beale Marie et possessiones alias et reddilus quam plu- 
rimos ei dédit. Similiter aliam lertiam partem civitatis dédit Judeis, 
qui eam ei reddiderant et dédit eis regem ad voluntatem eorum. 
Postea sedens in palatio in sede regali ceptrum eciam tenens cir- 
cumdatus infinita multitudine virorum nobilium Aymericum de 
Narbona fecit coram se venire dicens ci : Aymerice, terciam partem 
civitatis dedi archiepiscopo, aliam terciam Judeis, reliqua pars erit 

vestra. 

» 

Toute cette histoire, comme l'a très bien montré Demaison ', 

1 Qp, laud., p. cxxxiv et suiv. 



LE ROI JUIF DE NARBONNE ET LE PHILOMÈNE 201 

est une transposition des événements qui s'étaient passés au temps 
de Charles Martel et de Pépin. Mais le rôle attribué aux Juifs 
par le roman de Pliilomène est joué alors par les Goths qui ha- 
bitent Narbonne. Ceux-ci (en 759) se soulèvent contre les infi- 
dèles et livrent la place aux Francs à la condition d'être main- 
tenus dans l'usage de leurs lois et coutumes '. 

Dans un autre écrit, cette substitution des Juifs à des chrétiens 
serait tendancieuse, ce serait une altération voulue, destinée à 
noircir les Juifs. Mais ici l'auteur n'a nullement eu un pareil des- 
sein; il n'est animé d'aucune hostilité contre les Juifs ; aussi leur 
fait-il dire que leur acte n'est pas une trahison, puisqu'ils ne 
sont pas soumis au roi sarrasin ; d'ailleurs, se comporter ainsi 
contre des infidèles et au profit de Charlemagne eût été, à ses yeux, 
faire œuvre pie. Le récit des Gestes doit donc refléter autre chose 
que des dispositions malveillantes à l'égard des Juifs. 

On a coutume encore d'étayer les renseignements que nous 
venons de lire par une note de Dumège ainsi conçue : 

Il existait, avant la Révolution, dans les Archives de l'abbaye de la 
Grasse, un manuscrit dans lequel on lisait que, sous l'empire de 
Charlemagne, un roi des Juifs, qui descendait de la race du prophète 
Daniel, possédait dans Narbonne un quartier de la cité et que ce roi, 
l'an 791, envoya à Charlemagne une ambassade de dix Israélites, 
présidée par Isaac, l'un des plus riches juifs de ce temps. Ces am- 
bassadeurs offrirent à l'empereur 70 marcs d'argent et le prièrent de 
conservera leur nation le privilège d'avoir toujours dans Narbonue 
un roi particulier. Charlemagne accéda à leur demande et leur 
donna, en outre, la partie de la ville de Narbonne où ils étaient éta- 
blis. Ils rirent construire plusieurs édifices dans cette ville, et entre 
autres deux beaux moulins, l'un sous le pont vieux, et l'autre hors 
des murs, au lieu nommé mate Pesovls *. 

Mais la simple comparaison de ces mots avec le texte du Plii- 
lomène montre que le manuscrit qui existait avant la Révolution 
dans les archives de l'abbaye de la Grasse était simplement notre 
roman. Au surplus, Dumège, dans ses additions à Y Histoire de 

Schneegans, p. 27-28, dit à ce propos : « Dans i'hisloire des luttes entra les Sar- 
rasins et les chrétiens dans la France méridionale, ces scènes se répètent souvent; 
tantôt ce sont les Juifs, tantôt les Goths qui livrent les \illes aux Sarrasins ou aux 
chrétiens par des conventions secrètes. » « Souvent » est peui-ôire exagéré ; nous 
venons de voir, ea effet, que pour Narbonne, ce sont les Goths qui font une de 
ces conventions. Reste donc, et uniquement, le récit de la vie de Théodard attribuant 
aux Juifs la reddition de Toulouse aux Sarrasins, lesquels n'ont jamais pris Toulouse ! 
* Mémoins et dissertations sur les antiquités nationales et étrangères publiés par la 
Société des antiquaires de France, t. V11I, 18^9, Mémoire sur quelques inscriptions 
hébraïques à Narbonne, par M. Dumège, ex-ingénieur, p. 340. 



202 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Languedoc, semble bien vouloir enlever tout doute à ce sujet. 
Parlant des mss. du Philomène, il dit : « L<> quatrième provient 
des archives mômes de l'abbaye de la Grasse et es! placé aujour- 
d'hui dans la bibliothèque publique de la ville de Carcassonne 1 . » 

Que s'il remplace David par le prophète Daniel, c'est suis doute 
parce qu'en 1829, il n'avait pas bien lu le nom de David, ou s'en 
était rapporté à quelque auteur, mal informé. La ressemblance 
entre Daniel et David est assez grande pour autoriser la suppo- 
sition d'une telle confusion ; en tous cas, la mention des dix dé- 
putés et du montant de la somme ("70 marcs d'argent, au lieu de 
70,000) est tout à fait probante. 

A partir du xm e siècle il est plusieurs fois question, dans des 
documents chrétiens, de ce roi juif et de ses biens en franc alleu 
héréditaire. « En 1217, lors de la concession des Juiveries à la 
communauté, le vicomte Aymeri de Narbonne constate que le roi 
des Juifs possède seul dans l'intérieur de ce quartier des biens en 
franc alleu héréditaire (excepto solummodo honore Régis Judei 
quem habet et tenet ex successione patrimonii sui), et le procès- 
verbal de confiscation de 1307 reconnaît encore ce caractère allo- 
dial aux seuls biens du Roi des Juifs à cette époque 2 » (Videlicet 
hospicia et domus que Mometus Taurossii judeus, alio nomine 
Rex Judeus Narbone, ejus tempore captionis possidebat in Ju- 
daicis predictis, que sequuntur : scilicet hospitium quod est in 
curtada sita in ipsis Judaicis que curtada vocabatur communiter 
Curtada Régis Judei). Les Consuls de Narbonne, en 1364, font 
valoir que dès le temps de Charlemagne Narbonne était une ville 
royale habitée par deux rois, l'un juif, l'autre sarrasin (erant ibi 
duo reges, unus Judeus et unus Sarracenus) 3 . 

Plus ancien que ces divers documents est un passage du Trac- 
tatus adversus Judœorum inveteratam duritiem de Pierre le Vé- 
nérable, ouvrage composé en 1146. L'auteur parle de ce roi juif, 
mais pour se moquer de la naïve prétention des Juifs (Sed non 
ego, ut aliquid ridendum ponam, regem illum suscipiam, quem 
quidam tuorum apud Narbonam Galliae urbem... se habere fa- 

1 Histoire générale de Languedoc, par Dom Claude de Vie et Dom Vaissète, com- 
mentée et continuée... par Al. Du Mège, t. 11 (Toulouse, 1840), p. 18 des Additions 
et notes du livre VIII. 

1 Saige, Les Juifs du Languedoc^. 43, 156 et 278. 

3 Cité d'abord par Célestin Port, Histoire du commerce maritime de Narbonne, 
p. 161, note 1, puis par Saige, ibid., p. 44. La mention du roi Sarrasin l'ait allusion 
à l'histoire de Matran racontée par le Philomène. C'est à tort que M. Saige dit que, 
d'après le roman de Philomène, Charlemagne accorda aux Juifs, de même qu'aux Sar- 
rasins, habitant Narbonne le droit de vivre sous l'obéissance d'un roi juif et d'un roi 
sarrasin, et nous avons eu plus tort encore de reproduire, sans les vérifier, ces mots dans 
notre travail sur les Juifs de France {Rapport sur le Séminaire Israélite, 1903, p. 19). 



LE ROI JUIF DE NARBONNE ET LE PH1LOMÈNE 203 

tentur 1 ). Le fougueux adversaire des Juifs a-t-il recueilli le pro- 
pos, à son retour d'Espagne, en passant par Narbonne, ou le te- 
nait-il de l'apostat qui lui a communiqué les extraits du Talmud 
dont il fait des gorges chaudes? Il est impossible de le savoir. En 
tout cas, c'est un témoignage irrécusable de la tradition déjà ré- 
pandue alors chez les Juifs. 

Après celui-ci il faut enregistrer celui de Benjamin de Tudèle, 
qui, ayant traversé Narbonne vers 1165, rapporte : « On y voit 
des savants et des princes très célèbres, à la tête desquels est 
Calonymos, fils du grand Nasi Todros, qui est nommé dans sa 
généalogie parmi les descendants de David. Il a plusieurs terres 
et possessions qui lui ont été données par le seigneur de la ville 
et que personne ne peut lui ravir par force 2 . » 

Ces renseignements sur le titre porté par Todros, sa généalogie 
et ses possessions territoriales sont corroborés par un autre 
auteur, contemporain de Benjamin de Tudèle. M. Neubauer a 
publié ici même 3 un passage du Sêfer Ilakabbala d'Abraham ibn 
Daud, qui mourut à Tolède avant 1180. Ce passage, il est vrai, 
manque dans les éditions de l'ouvrage, mais il est cité briève- 
ment par l'auteur du Yonhasin, comme appartenant au S. Ha- 
kabbala. En outre, s'il n'était pas d'Abraham ibn Daud, il serait 
sûrement d'un contemporain de ce chroniqueur, car il y est dit : 
« Todros mourut et laissa un fils appelé aujourd'hui Calonymos 
le jeune 4 , qui est encore vivant ». C'est précisément le Nasi 
rencontré par Benjamin de Tudèle. En outre, ce contemporain 
anonyme ne serait pas Provençal, car, parlant des savants de la 
France, DOT*, il dit : « Nous savons qu'il y avait parmi eux, à Nar- 
bonne ». C'est montrer doublement qu'il n'est pas de la région, 
car un Provençal réservait à la France du Nord le nom de nsTst. 
Ces lignes sont donc d'un Espagnol, et dans ce cas il n'y a pas de 
raison de les dénier à Abraham ibn Daud s . 

Or voici ce que cet auteur savait : C'est le roi Charles (Charle- 
magne, qui écrivit au roi de Babylone pour lui demander l'en- 
voi d'un Juif de ses États qui fût de la race royale, de la maison 
de David. Le roi de Babel se conforma à ce désir et lui expédia un 
grand savant nommé Machir. Charlemagne l'établit à Narbonne et 

1 Migne, Patrologia latina, CLXXXIX, col. 560; voir Loeb, Revue, XVIII, 
p. 45. 

» Voir Jew. Quart. Review, XVI, 459. 

3 Revue, t. X, p. 100 et suiv., puis dans Mediceval jetvish Chronicles, II, p. 83. 

4 Evidemment par opposition au premier Calonymos ben Todros, son grand-père. 
M. Neubauer n'a pas traduit ce mot. 

B M. Gross ne met pas en doute l'authenticité du passage, Gallia judaica, s. v, 
Narbonne, 



204 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

lui donna une grande propriété territoriale lorsqu'il s'empara de 
la ville. Abraham ibn Daud sait aussi qu'à la prise de Narbonne, 
Charlemagne divisa la cité eu tf ois parties, dont il attribua Tune 
au seigneur de la ville, Don Aymeric, une autre à l'évoque et la 
dernière à R. Machjr, qu'il lit libre, expression qui doit s'entendre 
de ses possessions. Charlemagne donna aussi aux Juifs de la ville 
des lois justes qui sont inscrites dans une charte portant le sceau 
de Charles et qui esl entre les mains des Juifs. Ces notions sont 
certainement l'écho fidèle d'une tradition juive locale, car ensuite 
Abraham ibn Daud raconte avec détails des guerres qui eurent 
pour théâtre Narbonne vers le milieu du xn° siècle et dont les 
Juifs eurent à souffrir. Ces détails ne pouvaient être parvenus à 
sa connaissance que par un écrit ou un Juif de Narbonne ». 

Qu'il y ait une parenté entre la relation de Benjamin de Tudèle 
et les traditions recueillies par Abraham ibn Daud, d'une part, et 
le récit des Gesfa Karoli, d'autre part, il est inutile de le montrer. 
Mais quelle est cette parenté? 

En un point, les Get>ta s'inspirent de la tradition juive, c'est 
quand elles font descendre de David ce roi juif de Narbonne. Un 
tel détail ne saurait avoir été imaginé que par un Juif. Il y a même 
plus, ce roi est de génère Davidis et Daldachi. Or ce dernier mot 
est la forme italienne de Bagdad au moyen âge*. Si ce sont les 

1 D'après lui, Todros, fils de Calonymos, fut témoin d'événements douloureux qui 
se produisirent à Narbonne. Le vicomte de la ville, Don Aymeric, mourut dans la 
bataille de Fraga (et non Praga, comme l'écrit M. Neubauer), sans laisser de fils. Le 
pouvoir passa à sa sœur cadette (et non à une de ses parentes), Dona Esmenjaras, 
encore mineure. Les seigneurs, qui convoitaient son héritage, cherchèrent à la séduire 
pour l'épouser. Parmi eux était Don Autos, comte de Toulouse. Le comte de Barce- 
lone, Haymon Beranger, qui était sou ennemi et qui était parent d'Esmenjaras (détail 
passé da.is la traduction de Neubauer), persuada à celle-ci de refuser Don Anfos. Elle 
obéit à ses conseils et épousa Bernard d'Anduze (et non d'Andduse). Alors il y eut 
guerre et la ville se divisa en deux camps : la moitié était pour la vicomtesse et ses 
conseillers, et la juiverie (lï^aE ; Neubauer traduit: « et les autres ») pour le comte de 
Toulouse, Don Alphonse. Cette guerre dura dix ans. Les Juifs, qui jusque-là étaient 
au nombre de 2,000. furent dispersés en Anjou, Poitou et France. — Or, tous ces traits 
concordent parfaitement avec l'histoire locale. Le vicomte Aymeric III lut bien tué à 
la balai. le de Fraga en 1134. Il laissa la vicomte de Narbonne à sa sœur Ermengardc. 
Celle-ci lut mariée deux fois, d'abord en 1042 au comte Alphonse, nommé aussi An- 
fosse, Anfous 'remarquer qu'Abraham ir.n Daud a même cette orthographe). Catel, 
Mémoire de l'histoire de Languedoc, p. 589, dit ne pas savoir d'où était cet Alphonse. 
Abraham ibn Daud est mieux renseigne que lui. D'après le iimne historien, Ermen- 
garde aurait épousé en secondes noces Pierre d'Anduze, (ils de Syinlle. Mais lui- 
même fait observer qu'un acte authentique la dit femme de Bernard d'Auduze, ce que 
confirme le texte hébreu. Il esl à présumer que si nous étions mieux renseignés sur 
l'histoire de ce temps, la véracité du récit consigné par le S. Hukabbal* serait attestée 
aussi en ce qui concernera gu< rre de uix ans dont Naibonne r>it le théâtre et les suites 
qui en lurent si lâcheuses pour les Juifs de la ville. 

» VoirDucange, s. v. Baldakinvs. Le mot figurant aussi dans la version proven- 
çale, c'est un argument de plus en faveur de la paternité de Guillaume de Padoue 
sur les Gesta. 



LE ROi JUIF DE NARBONNE ET LE PHILOMENE 205 

Juifs qui ont dû faire descendre de David leur Nasi, ce sont 
sûrement eux, et eux seuls, qui ont eu l'idée de le faire venir de 
Babylonie, car eux seuls devaient connaître l'existence, en cette 
région, du Resch Qalouta se prétendant de la lignée davidique. 

Il est donc indéniable que sur ce point, au moins, l'auteur des 
Gesta Karoli s'est borné à recueillir une tradition vivante chez 
les Juifs de son temps et constatée déjà avant le milieu du 
xn e siècle. On s'explique mieux ainsi le ton qui règne dans son ré- 
cit de l'acte des Juifs * . 

Seulement cette tradition juive, le moine de la Grasse n'a pas 
eu besoin de la tenir de la bouche des Juifs de Narbonne, il a pu 
la recueillir dans une copie d'un document ou écrit en possession 
de ceux-ci. Nous savons, en effet, non seulement par Abraham ibn 
Daud, mais encore par un rabbin de Narbonne (en 1245) 2 , que 
les Juifs se vantaient et de la possession d'écrits constatant les 
services rendus par leurs ancêtres à la prise de Narbonne et du 
dépôt de ces chartes ou relations dans un établissement chré- 
tien. Ces archives étaient dans la maison & obédience, terme qui 
désigne « les maisons, églises, chapelles et métairies auxquelles 
étaient préposés des religieux 3 ». 11 n'est pas impossible qu'un 
écrit de cette nature ait été conservé à l'abbaye de la Grasse, car 
dans le même cloître se trouvait un des diplômes accordés par 
Louis le Débonnaire à des Juifs de la province 4 . Toutefois.il 
n'est pas invraisemblable non plus que ces fameux documents 
soient tout simplement les Gesta ou leur source. 

Mais si ces diverses relations s'accordent sur le fait de privi- 
lèges octroyés au roi juif de Narbonne, elles divergent à propos 
de l'origine de cette faveur, et cela montre que ces chartes — si 
chartes il y a — n'étaient pas des copies authentiques, auxquelles 
il faille ajouter une foi absolue. Dans la tradition enregistrée par 
Abraham ibn Daud, c'est évidemment parce que Machir, le premier 
de ces rois juifs, descend de David que Charlemagne lui confère 

1 C'est faute d'avoir connu cette dépendance que Schneegans dit : * Cette idée que 
les Juifs doivent avoir alors leur roi propre est dénuée de sens ; elle s'éclaire si les 
Juifs sont les remplaçants des Goths-, leur demande de garder un roi de leur race est 
une traduction poétique de la ph. "'■•mitterent eos legem suam habere du Chronicon 

Moissiacense . » (Die Quellen des sogenannten Pseudo-Philomena, p. 34) C'est aussi 
pour n'avoir pas fait cette remarque que M. Gross s'est trompé, à notre avis, sur la 
valeur du témoignage du roman de Philomène. Constatant qu'à Toulouse et à Bor- 
deaux ou accuse les Juifs d'avoir livré la ville ici aux Sarrasins, là aux Normands, 
M. Gross conclut de l'attitude toute différente du conteur provençal à l'authenticité 
de son témoignage. Pour avoir violé ce qui était une loi du genre, à son avis, il faut 
que l'auteur ait respecté malgré lui la vérité [Monatsschrift, 1881, p. 447). 
Voir Revue, X, p. 102. 

* Voir Ducange, s. v. 

* Vaissète, Hist. générale de Languedoc^ t. II, Preuves, col. 211. 



206 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

un privilège quasi royal. Il le lui accord." lors de la prise de la 
ville, à laquelle les Juifs n'ont pas contribué. C'est bien ainsi. 
d'ailleurs, que l'imagination juive devait interpréter le fait. Dans 
le récit de Méir b. Simon, Charlemagne récompense par l'octroi 
de ce privilège le service que lui a rendu un Juif anonyme qui 
a sacrilié sa vie pour sauver celle de l'empereur. La contradiction 
est formelle entre cette explication et la précédente. D'après les 
desla. en outre, il y a déjà un roi juif à Narbonne avant la prise de 
la ville par Charlemagne, et c'est pour récompenser la reddition 
de la place que l'empereur permet aux Juifs de conserver leur Roi 
et leurs institutions et môme qu'il leur distribue le tiersde la cité. 

Cette comparaison montre que, si les Gesta dépendent de la tra- 
dition juive pour ce qui a trait à l'origine du roi juif, ils en dif- 
fèrent ([liant à la donnée même qui justifie le privilège accordé au 
roi juif. 

Est-il possible maintenant de retrouver sous ces divers récits 
fabuleux un résidu d'histoire? Celui de Méir b. Simon inspire le 
soupçon, encore qu'il se prétende fondé sur des textes écrits, 
car il procède de la légende : 1° en croyant à la prise de Nar- 
bonne par Charlemagne, 2° en parlant d'un combat de l'empe- 
reur devant la porte de la ville et, 3°, en mettant en scène une 
assemblée de barons et de prêtres tenue par lui, toutes circons- 
tances qui rappellent les Gesta. Celui d'Abraham ibn Daud est con- 
taminé aussi par la légende, car d'abord la mention d'Aymeri de 
Narbonne en dérive ; en outre, l'initiative prise par Charlemagne 
de faire venir de Babylonie un savant n'a rien d'historique. 

Reste le récit des Gesta. Nous avons déjà dit qu'en tout état 
de cause, ce ne peut être qu'une transposition du rôle joué par les 
Goths, et que cette transposition n'a pas le caractère d'une inven- 
tion malveillante. Pourquoi donc aux Goths l'auteur ou son mo- 
dèle a-t-il substitué les Juifs? C'est parce qu'au temps de Charle- 
magne il n'y avait plus de Goths et que peut-être le conteur 
savait que justement alors les Juifs étaient de nouveau en grand 
nombre à Narbonne. 

En définitive, aucun de ces textes n'offre la moindre valeur 
documentaire et il est aussi puéril de parler à ce propos de Pépin 
le Bref ou de Charles Martel que de Charlemagne. Le champ di^ 
hypothèses est donc ouvert pour l'explication du privilège dont 
jouissait le roi juif, c'est-à-dire simplement le Nasi, chef reli- 
gieux des Juifs. Si l'on veut à toute force une hypothèse, on dira 
qu 'après la prise de Narbonne, Pépin le Bref aura voulu assurer 
la prospérité de la ville, qu'y trouvant une forte colonie juive, 
revenue sans doute pendant l'occupation arabe, il aura tenu à 



LE ROI JUIF DE NARBONNE ET LE PHILOMÈNE 207 

l'attacher à la cité par des privilèges accordés soit à son chef 
seulement, soit à la collectivité. Justement, comme on le sait, une 
lettre du pape Etienne III à l'archevêque de Narbonne, Aribert, 
qu'on place en 768, apprend que les Juifs possédaient alors des 
biens héréditaires, en vertu de concessions accordées par les rois 
de France, titre qui, sous la plume du même pape, est appliqué, 
en la même année 768, à Pépin, Charles et Carloman *. 

En résumé, s'il est indéniable qu'il y a eu à Narbonne un Nasi, 
appelé par les chrétiens et, semble-t-il, par les Juifs au xn e siècle, 
le roi juif de Narbonne, on ne sait rien de positif sur l'origine 
de ce fait intéressant. Dès le xn e siècle, les légendes juives et 
chrétiennes, qui veulent l'expliquer, s'entremêlent et réagissent 
les unes sur les autres. 

Ces conclusions négatives doivent être opposées à tout ce qui 
a été déjà dit à ce sujet par Renan-Neubauer % Saige 3 , Gross * et 
nous-même 5 . 

Mais si de toutes ces légendes les historiens du Judaïsme n'ont 
rien à retenir, il n'en est pas de même pour les romanistes. 11 reste 
acquis, en effet, croyons-nous, que l'auteur des Gesta Karoli 
■magni a mis à profit une fable juive — l'origine davidique et ba- 
bylonienne du Nasi deNarbonne, — que la compilationutilisée par 
lui avait transposé le récit de la reddition de cette ville par les 
Goths, en remplaçant ceux-ci par les Juifs. Maintenant, si l'on 
considère qu'Abraham ibn Daud, avant 1180, connaissait déjà 
indirectement des traits distinctifs de cette œuvre, il en résulte 
que cette source du Gesta est dûment constatée bien avant 1180, 
vers 1170. N'est-ce pas une chose piquante que des textes hébreux 
fournissent une utile contribution à l'histoire de la légende de 
Charlemagne ? 

Israël Lévi. 



1 Voir Jaffé, Regesta Pontificum romanorum, I, p. 285. 

* Les Rabbins français, p. 561. On a vu ce qu'il faut penser de ces mots : « On 
trouve le récit complet des relations légendaires des Juifs avec Charlemagne pendant 
le siège de Narbonne dans les extraits du roman provençal de Philomena publiés par 
M. du Mège... D'autres fois à Charlemagne on substituait Charles Martel. >» Nous 
ne savons pas à quoi font allusion ces derniers mots. 

3 Les Juifs du Languedoc, p. 7 : « Dès que les armes victorieuses des Francs 
eurent arrêté le Ilot de l'invasion (des Sarrasins), ils paraissent s'être unis aux 
chrétiens et toutes les traditions sont d'accord pour les montrer favorables à la cause 
des Carlovingiens dans leur lutte contre les envahisseurs. » P. 8 : « Ici comme dans 
beaucoup de légendes, Charlemagne est confondu soit avec Charles Martel, soit avec 
Pépin le Bref, et ce serait à la prise de Narbonne par Pépin qu'il faudrait faire re- 
monter l'origine de cette tradition (du Philomène). » 

4 Monatsschrift, 1881, p. 445 et s. 

J Jetoish Encyclopedia, s. v. France, t, V, p. 445, et Rapport sur le Séminaire 
israélite, p. 19 et 20. 



LES JUIFS DANS LES DEUX BOURGOGNES 

ÉTUDE SUR LE COMMERCE DE L'ARGENT 
AUX XIIP ET XIV e SIÈCLES 



AVANT-PROPOS. 

Jusqu'au xn c siècle, le commerce fut médiocre dans les deux 
Bourgognes, dans le duché comme dans le comté, séparées par le 
fossé large et profond de la Saône, barrière naturelle qui, aux 
temps de l'indépendance gauloise, délimitait déjà Éduens, Lingons 
et Séquanes. Au duché de Bourgogne, — grâce au transit des ca- 
ravanes de marchands venus d'Italie par les routes de Lombardie, 
les défilés du Piémont et de la Savoie pour gagner, par Chalon ou 
Saint-Jean de Losne, la Champagne, l'Ile de France et l'Angle- 
terre, — une certaine activité se maintenait et gagnait de proche 
en proche, entre Troyes et Chalon, Auxerre et Langres. Dans 
cetterégion essentiellement agricole, la production des laines était 
assez considérable pour motiver un trafic dont Châtillon-sur-Seine 
était le centre et qui desservait les tissages de la Toscane ou de 
la Flandre *. 

Au comté de Bourgogne, les mœurs étaient plus rudes, le ter- 
roir moins fécond, partant moins riche. Sauf à Besançon, mé- 
tropole ecclésiastique dont relevaient trois évêchés de langue 
différente délimités par les Vosges, le Rhin et la rive droite du 
Rhône, sauf à Salins, dont les puits salés avaient comme tribu- 
taires toute la Suisse et une partie de la Bourgogne, le commerce 
n'existait pas. 

Pour faire entrer dans le courant commercial deux provinces si 
arriérées quand on les compare aux régions méridionales de 

1 J. Garnicr, Préface (encore inédite) des Charles de communes cl d'à franchisse- 
ments en Bourgogne, Dijon, Kabutot et Darantièrc, 1867-1877, 3 vol. in-4. 



LES JUIFS DANS LES DEUX BOURGOGNES 209 

l'Europe, il fallut le mouvement irrésistible des Croisades, les émi- 
grations de milliers et de milliers d'hommes de guerre, le trafic 
considérable que déterminent forcément des armées en marche. 

A côté des Croisades, qui jetèrent entre l'Orient et l'Occident les 
bases de relations étendues, la création d'un ordre monastique, 
l'ordre de Cîteaux, qui, né en Bourgogne, entoura avec une éton- 
nante rapidité l'Europe entière d'une blanche ceinture de monas- 
tères, eut sur les communications internationales une influence 
indiscutable dont le commerce ne fut pas le dernier à recueillir 
le bénéfice. 

Enfin, quand la guerre des Albigeois amena le choc du Nord et 
du Midi à l'aurore du xm e siècle, au contact de la civilisation mé- 
ridionale, les races du Nord, encore à demi barbares , vinrent 
puiser des notions nouvelles et s'initier, entre autres choses, aux 
routes, aux procédés, aux règles du commerce. Les initiateurs ne 
leur manquèrent point et, — à la suite des croisés d'Orient ou de 
Languedoc regagnant les provinces du Centre ou du Nord de la 
France, non sans s'être tous endettés en Italie, en Provence, en 
Languedoc, pour entretenir leurs équipages, auprès des prêteurs de 
tout ordre qui foisonnaient dans les camps, — maints créanciers 
méridionaux, marchands italiens, juifs, lombards, caorsins, péné- 
trèrent sur les rives de la Loire ou de la Saône, ne fût-ce que pour 
récupérer leurs créances ou user d'une tolérance qu'un débiteur 
accorde toujours à son créancier. Et de la sorte le xm e siècle vit 
sinon éclore, du moins prendre une extension considérable dans 
les deux Bourgognes, aussi bien le négoce des marchandises en 
général que le commerce d'argent en particulier. 

Avant les événements de haute importance que nous venons 
d'indiquer, l'échange et le colportage des denrées tenaient plus de 
place que le négoce ; le numéraire était rare, les prêteurs peu 
nombreux, la circulation de l'argent très limitée. Les monastères 
Clunisiens ou Bernardins et les chapitres détenaient une part 
énorme de la fortune publique, des terres immenses ; les ducs, les 
comtes, leurs grands vassaux possédaient le reste et le parta- 
geaient avec un peuple de laboureurs ou d'artisans vivant de peu 
et vivant mal ; les plus fortunés des prélats ou des grands sei- 
gneurs ne pouvaient compter que sur de maigres ressources en 
argent, malgré de gros revenus en denrées difficiles à convertir 
en espèces monétaires. Les expéditions lointaines avaient appris 
aux ducs de Bourgogne à puiser dans la caisse des marchands ou 
des usuriers étrangers * : ils n'auraient pas trouvé des facilités 

1 Emprunt fait à des marchands de Sienne par la duchesse de Bourgogne en 1222, 
à Bar-sur-Seine (E. Petit, Histoire des ducs deBonrgor/nede la race capétienne, IV, 7). 

T. XLVIII, N« 96 14 



.,,„ REVUE DES KTUDËS JUIVES 

aussigrandes et des ressources aussi sérieuses dans la caisse des 
changeurs ou des trafiquants établis dans leurs Etats. 

H premiers changeurs qui apparaissent au duché de Bour- 
gogne Ut signalés dans la charte de franchises de Dijon concé- 

déeen us: La ville s'oblige envers le duc à lui payer cinq cents 
ma rcs d'argent « tali argents quale cambitoresin nundinis inter 
^Tntetrecipiunf». Aux foires et marchés déjà célèbres à 

Chalon comme à Dijon, ces préteurs sur gages, ces bailleurs de 
fonds sm- cédules dûment garanties affluent donc déjà comme ils 
afflueront plus tard», A Châtillon-sur-Seine, en 1206, on u'ad- 
■„„, au change que les monnaies de Dijon et de Langres, selon 
leur valeur»! A Saint-Thibault, la charte de franchises de 1265 
spécifie que les changeurs devront observer dans leur commerce 
es règles posées au temps d'Albéric et de Ponce, abbes de Véze- 
lav • Au xiv» siècle, il y a des changeurs accrédites a Beaune, a 
Dijon, à Chalon : c'est une preuve que dès le xm« siècle au moins, 
et très probablement plus tôt, ils jouent autour des Hotels des 
monnaies de Langres et de Dijon, - créés parles évoques de 
Langres. rétrocédés plus tard aux ducs, - le rôle de pourvoyeurs 
de métal le rôle de distributeurs d'espèces neuves qu appelle 
chaque émission de monnaies et qu'on imposa de tout temps aux 
changeurs officiels ■ institués ou tolérés en Bourgogne comme au 
diocèse de Besançon. _ . 

Au comté de Bourgogne, les changeurs paraissent au xn siècle, 
les caorsins au x.n», mais l'existence d'une Monnaie a Besançon 
au xi» siècle, son installation auprès du pont romain ou au 
xn» siècle, nous trouvons établi le change appartenant aux arche- 
vêques en vertu de leurs droits régaliens, tout concorde à prouver 
nue les changeurs apparurent en même temps que la monnaie 
devenante, sous l'épLopat d'Hugues I- (1031-1066). En 1164, 
les Bisontins, par une usurpation flagrante, entreprirent de créer 
des tables de change à l'angle de leurs maisons, en concurrence 
avec le change épiscopal. L'archevêque Herbert les traduisit de- 
vant la chambre impériale, qui les condamna, et un diplôme de 
Frédéric Barberousse du 30 décembre 1164 consacra a Besançon, 
sous peine d'une amende de 100 livres, le monopole du prélat . 

i 1 ft armer Chartes de communes, I, 13. 

• Au. I 13, et Arch. Côte-d'Or,' B 3573, I- 26 v° ; 3574, P 54 r et T.. 

3 Ibid., I, 340. , ..... - ,,!;« 

4 lbxi il 327. - Les abbés Albéric et Ponce vivaient de 1131 a IIOl. 

s Bii 11 229 ; - Arch. Côte-d'Or, B 1388, i° 13 ; 3132 i-> 5 1 i 3133 f« 7, 3.) , 
- Simonnet, Lu Changeurs [Mém. Académie de Dijon, 1865), PP- »>*£• 

« A. Castan, Les origines de la commune de Besançon [Mém. de la bocx?té A ±.mu 
lation du Doubs, 1858), 280. 



LES JUIFS DANS LES DEUX BOURGOGNES 211 

Ce monopole, affermé à des officiers spéciaux dont la race prit le 
nom générique de Du Change, se perpétua à Besançon même jus- 
qu'au xiv e siècle, et l'hôtel du change, « avec les tables et bancs 
permanents », y demeura sur la rive gauche du Doubs près du 
vieux pont romain de Battant jusqu'au xiv e siècle '. Dès le xm e 
siècle, ce change eut une concurrence et Besançon eut des cor- 
sins - ; en 1290-1291 il y en avait encore, et cela trente ans après 
que les Lombards y avaient établi un comptoir, mais le nom de 
Perrinque porte le caorsin de 1290-1291 3 , nous permet d'identifier 
ce personnage avec le lombard Perrin Gandulphe ou Gant-de-fer, 
banquier originaire d'Asti, et ce renseignement, joint à d'autres 4 , 
nous autorise à constater qu'en Franche-Comté et en Bourgogne 
le mot « corsin » est un vocable générique désignant au xm e 
siècle les prêteurs et changeurs chrétiens 5 . 

A coté du change officiel de Besançon, d'autres changeurs appa- 
raissent. Dans le chartrier de l'abbaye de Theuley, en 1136-1142, 
figure un certain « Odo, lucrator » c ; au xm e siècle, un « Petrus, 
fenerator ' ». A Salins, en 1300-1306, un changeur, nommé Etienne 
Moreau, dit Chambier (c'est-à-dire changeur), sert de banquier à 
ceux qui fréquentent aux Salines s . Dans quelques-unes de nos 
chartes de franchises des bourgs ou villes du comté de Bourgogne, 
l'exclusion du privilège est prononcée formellement contre usu- 
riers manifestes et caorsins : à Arlay en 1276 9 , à Poligny en 
1288 10 , à Abbans en 1298 u , à Annoires en 1304 12 . 

Avant que les changeurs et caorsins aient pris dans le commerce 
de l'argent la position prépondérante qu'ils devaient peu à peu 
conquérir, avant que Juifs et Lombards soient venus leur dis- 
puter, grâce à leurs aptitudes et à leur expérience toutes spé- 

I Castan, op.cit., 236, 249, 281, 282, 338, 340; — Bibl. Nat., Coll. Moreau, m, 
f» 28 v°; — Dunod, Histoire de l'Eglise de Besançon, I, 137. 

* t Stephanus corsinus », xin" s. J. Gauthier et J. de Sainte-Agathe, Obituaire du 
chapitre métropolitain de Besançon, p. 9 (Besançon, Jacquin, 1901, in-8). 

* A. Gastan, Mém. Soc. d'Émulation du Doubs, 1868, pp. 413, 415. 

k Pièces just., n° 20. Le mot lombard s'y trouve remplacé plusieurs fois comme 
équivalent par corsin. 

5 Voir pour la Bourgogne : J. Garnier, Chartes de commîmes, II, 218 : « Saul cors- 
sins prestans et juif preslans », Seurre, mai 1278. 

6 Bibl. Nat., Coll. Moreau, 873, (°* 130 v% 131, 175, 186 v°, 187. 

7 Ibid., i° 167 v°. 

8 Arch. cantonales de Neuchâtel (Suisse), F 8, n° 22 ; — L. Stouff, Les comtes dé 
Bourgogne et leurs villes domaniales. . .d'après le cartulaire d'Arbois, 136, 139 (Paris, 
Larose, 1899, 1 vol. in-8). 

9 A. Dey, Conditions des personnes au comté de Bourgogne, 312. 

10 A. Tuetey, Étude sur le droit municipal en Franche-Comté, 208. 

II Documents inédits publiés par l'Académie de Besançon^ II, 503. 

11 A. Tuetey, op. cit., 56. 



212 REVUE DKS ETUDES JUIVES 

«•ialcs, la clientèle, la confiance et le crédit, les questions d'argent, 
les emprunts stipulant «les avantages matériels, des gages ou 
d'autres combinaisons différant sensiblement de ce qu'on appellera 
un jour des « montes » ou intérêts, étaient réglés journellement 
entre particuliers, seigneurs ou bourgeois, moines ou chanoines, 
par des contrats que nous possédons par milliers. Sans vouloir 
ni pouvoir les étudier ici, nous en donnons quelques-uns aux 
Pièces justificatives, la comparaison se fera d'elle-même entre les 
contrats ou obligations primitives et les actes similaires que des 
commerçants plus habiles, les Juifs et les Lombards, rompus aux 
transactions commerciales, rédigeront vingt ou trente ans plus 
tard. On y trouvera déjà quelques actes de prêteurs profession- 
nels, menant de front commerce et change dans les villes des deux 
Bourgognes ! . 

A ces renseignements sommaires, il serait facile de joindre bien 
des indications inédites sur les constitutions de cens en argent, 
constitués en échange de prêts plus ou moins considérables de 
numéraire 2 , sur les gages immobiliers donnés à d'autres prêts 3 , 
sur les « montes » ou intérêts que nous rencontrons en Franche- 
Comté dès 1260 4 , sur des constitutions de rente établies au profit 
de Cîteaux en 12"n 5 . Mais nous nous écarterions de la brièveté 
nécessaire au court tableau qui devait précéder cette étude sur la 
condition des Juifs et le commerce de l'argent dans les deux Bour- 
gognes au xm e et au xiv e siècles. 

Qu'il suffise de dire, pour nous résumer, que dans la région que 
nous allons étudier, des avantages réciproques déterminèrent dans 
la première moitié du xni e siècle l'exode des Juifs de Provence et 
de Languedoc dans les États des ducs et comtes de Bourgogne. 
Du côté des ducs, les avantages pécuniaires, cens d'argent pério- 
diques que de temps immémorial les villes, les seigneurs, les pré- 
lats tiraient des Juifs établis chez eux pour y commercer ; du côté 
des Juifs qui venaient de perdre en Languedoc, à la suite de la 
guerre des Albigeois (1209-1229), une grande partie de leurs privi- 

1 Voir notamment sous la date 1229 (Pièces just., n° 3) un acte de prêt par un 
marchand de Besançon et de 1275 à 13GI des actes émanés de caorsins et chan- 
geurs Pièces just., n os JO,21, etc.). 

1 Cens constitué par les Prémontrés de Corneux au profit de l'abbaye de Saint- 
Bénigne de Dijon, avril 1210 (Bibl. Nat., Coll. Moreau, 875, f ' 595-596;. 

1 Engagement de dîmes par l'abbaye de Bellevaux, pour prêt de 25 livres, 1220 
(Ibid., 870, !"- 6H v<\ 612) ; — autre par l'abbaye de Theuley à Guillaume du Vergy, 
1237 [lèid., 873, f° 41). 

* Vente faite par 1000 livres à Alix de Méranie par Jean de Rans qui se servira de 
cette somme pour payer ses dettes grevées de « montes », c'esl-k-dirc d'intérêts (Bibl. 
Nat., Coll. Bourgogne, 102, f° 136). 

• Arcb. du Jura. CUeaux. n» XXLX. 



LES JUIFS DANS LES DEUX BOURGOGNES 213 

lèges *, le désir de trouver plus de sécurité sur les deux rives de 
la Saône que sur celles de la Garonne et d'étendre l'activité de 
leur négoce dans des régions où tout était à créer, exploitations 
commerciales et administration financière. 

Ces considérations expliquent assez bien comment, sur un ter- 
roir qui avait échappé jusqu'alors presque complètement à leu» 
diffusion, les colonies juives devaient recevoir bon accueil. 



CHAPITRE I. 



Les Juifs apparaissent au duché de Bourgogne à la fin du x e siècle. (D'après la 
Loi Gombette et les canons du concile de Mâcon, ils ont pu y exister antérieure- 
ment.) — Au xn e siècle, ils y commercent. — Au xm* siècle, Juifs bourguignons 
et champenois sont visés par nombre de textes communs. — Ils paient les uns et les 
autres un cens annuel à leurs maîtres. — Contribution extraordinaire prélevée sur 
les Juifs de Bourgogne en 1256. — Emplacement des principales colonies juives. 
— Répercussion sur les Juifs de Bourgogne des mesures prises contre eux par les 
rois de France. — Expulsion de 1306. — Détails sur les confiscations à Dijon, 
Chalon, Buxy-le-Royal, Semur, Montbard, Salives, Baigneux. — Liquidation des 
créances des Juifs. — Expulsion de 1321. — Retour des Juifs, ordonnances ducales 
de 1374, 1380, 1381, 1384, limitant le nombre et réglementant les privilèges des 
ménages juifs. — Expulsion définitive de 1394. 

Les Juifs n'apparaissent au Duché de Bourgogne, d'après des 
textes positifs, qu'à la fin du x e siècle. Il est vrai que la loi Gom- 
bette leur consacre un article, en réglant l'indemnité pécuniaire 
fort élevée, dont ils devront racheter les coups et blessures faits 
à des chrétiens, s'ils veulent échapper à la mutilation de la 
main 2 . Ii est vrai encore, que deux canons du concile de Mâcon, 
tenu en 581, les mentionnent en fixant à 12 sous le prix de l'es- 
clave chrétien qu'on doit leur racheter, et en leur interdisant 
tout emploi de magistrat ou de receveur d'impôts 3 . Mais rien ne 
prouve que ces canons aient trouvé leur application immédiate 
au terroir bourguignon, pas plus qu'il n'est prouvé que les Juifs 
dont parle la loi Gombette aient séjourné plutôt dans telle ou telle 
parlie des territoires soumis à Gondebaud. Le champ reste donc 
libre à toute hypothèse. 

1 G. Saige, De la condition des Juifs dans l'ancien comte' de Toulouse [Bibl. de 
l'Ecole des Chartes, XXXIX, 268 et suiv.). 

' Dom Bouquet, IV, 280, Leg. Burg. s tit. XV, addit. I. « Quicumque judaeus in 
christianum manum prœsumpserit. . . manus excisione damnatur ; . . .si voluerit redi- 
mere, LXXV solidis. . . et mulctse nomine solidis XII. . . » 

3 Concile de Mâcon, can. 13-16. Labbe et Gossart, Concil., VI, 661-662 ; — Ragut, 
CartuL de Saint Vincent de Mâcon, GGXXXVII-CCXXXV1I1 ; — Bédarride, Les 
Juifs en France, en Italie, en Espagne, 43. 



21 i HEVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Le premier document très explicite est la donation faite par 
Hugues [•', comte de Ghalon.au prieuré de \.-\). de Paray-le- 

Monial, de « la terre d'un Juif, au lieu dit Thecomenas, ainsi que 
de tous les biens des Juifs dans un village nommé CurtU Ju- 

dea ! ». Vers 1008, les chroniques racontent qu'un Juif bourgui- 
gnon fut envoyé vers le Soudan de Babylone comme émissaire 
des Juifs de France-. En 1033, au milieu de calamités publiques, 
l'abbé Odilon vendit à des Juifs les ornements de l'église de Chili) 
et jusqu'à la couronne impériale d'Henri II pour nourrir des 
affamés 3 . En 1109, Etienne, abbé de Cîteaux, emploie à corriger 
des bibles « des Juifs habiles dans la langue hébraïque et cbal- 
daïque * ». On connaît la lettre pleine de charité et de tolérance 
écrite par saint Bernard en faveur des Juifs en 1146 5 , et celle de 
Pierre, abbé de Cluny, à Louis VII, dans un sens absolument 
contraire 6 . De cet ensemble de faits et de textes, la présence 
d'une colonie juive au Duché de Bourgogne semble démontrée 
pour la période qui va du x e au xn e siècle. 

En 1182, 1196, 1 197, des chartes montrent des Juifs établis aux 
environs de Tonnerre et à Dijon. En 1182, Mathilde, comtesse de 
Nivernais, donne au prieuré de Jully-les-Nonnains une vigne 
achetée par elle au juif « Dieu le bénisse » [Deiis benedicat eum)~ . 
En 1196, le duc Eudes III donne à la commune de Dijon les Juifs 
qui lui appartenaient dans cette ville et le droit d'en attirer 
d'autres s . En 1197, le même fait présent à un certain Vigier ou 
Viguier, du juif Élie et de ses enfants 9 . On peut attribuer à ce 
prince le développement de la colonie juive qui va se renforcer 
au xm e siècle dans ses États, car, livré à des embarras financiers, 

1 Canat de Chizy, Origine du prieuré de Paray-lc-Monial,\81Ç>, Autun, Dejus- 
sieu, 18. 

> Bibl. Nat., Coll. Bourgogne, III, f. 218; — Raoul Glaber (éd. Prou, Coll. de 
textes pour servir à l'enseignement de l'histoire, 1886, pp. 71-72) dit que ce fut un sert' 
de Mouliers (dioc. Auxerre) * ...videlicet girovagum. . . nomme Kotbertum fugili- 
vum utique servum » et doone pour date 1007. En 1015, Rainard ou Renaud II, 
comte de Sans, aimait les Juifs et leurs coutumes au point qu'on l'avait surnommé 
le Roi des Juifs (d'Arbois de Jubainville, Hist. des comtes de Champagne, I, 229-230). 

1 E. Petit, Hist. des ducs de Bourgogne, 1, 127. 

'*■ Bibl. Nat., Coll. Champagne, 2\,f° 95. — Voir dans Œuvres de saint Bernard (éd. 
Mabillon, Paris, 1G90, in-f°j, Cbronologie, col. xi-xii, une lettre, à ce relative, de 
l'abbé Etienne. 

i Dom Bouquet, XV, 606; — V. Graetz, Hist. des Juifs, IV (trad., in-8°, 1893), 
103. 

6 Graetz, »&*<*., 101. 

7 E. Petit, Chartes de Jullg-les-Nonnains (canton d'Ancy-Ie- Franc, Yonne) Bull, 
du Comité des Travaux Historiques, 1897). 

s Pérard, Recueil de 2>lusieurs pièces curieuses servant à l'histoire de Bourgogne, 
Pans, 1664, p. 341. 
» lbid., 348. 



LES JUIFS DANS LES DEUX BOURGOGNES 215 

il fut, dès 1204, le client des banques juives de Champagne 1 . 
C'est de Champagne, d'ailleurs, que semblent être venus nombre 
de Juifs bourguignons ; c'est en Champagne que l'abbaye de 
Saint-Bénigne de Dijon, comme le duc lui-même, allait emprunter 
auprès des Juifs, sans négliger pour autant les prêts de Juifs 
dijonnais 2 . En 1210, la comtesse Blanche de Champagne et 
Eudes IV. convinrent d'exercer réciproquement dans leurs États 
le droit de suite sur les Juifs champenois ou bourguignons 3 . 

Dans une lettre du 15 juillet 1205, Innocent III, s'adressant à 
l'archevêque de Sens et à l'évêque de Paris, leur rappelle qu'il a 
écrit au roi de France, au duc de Bourgogne et à la comtesse de 
Troyes pour les inviter à réprimer l'insolence des Juifs 4 . 

En 1222 et 1223, la duchesse Alix de Vergy, tutrice du duc 
Hugues IV, paie les dettes contractées par Saint-Bénigne de Dijon 
envers les Juifs dijonnais et champenois 5 ; en 1223, elle s'engage 
à faire exécuter en Bourgogne l'ordonnance de Louis VIII sup- 
primant les intérêts des créances juives et le sceau spécial des 
Juifs 6 . La législation française sur les Juifs fut imposée à partir 
de saint Louis (1230) aux grands vassaux de la couronne 7 ; rete- 
nons ce fait indispensable â connaître pour comprendre le sort 
des Juifs bourguignons et les soubresauts de leur existence. 

En 1232, Hugues IV confirme au maire et aux échevins de 
Dijon la possession des Juifs dijonnais en ces termes : Volo quod 
desint de sua communia, qui, rapprochés du texte de 1196, ego 
dedi communiœ bannum et judœos et altractum libère jadœo- 
rum, empêchent d'adopter l'opinion de M. Simonnet, qui a cru 
comprendre que les Juifs de Dijon, à partir de 1232, jouirent des 

1 Eudes IV est débiteur d'un Juif champenois, Valin, en novembre 1204 (d'Arbois 
de Jubainville, Hist. des comtes de Champagne, IV, 28). 

2 Pièces just.. n° 1 (l'évr. 1208); — d'Arbois de Jubainville, Hist. des comtes de 
Champagne, V, 48. — Grâce au courant commercial des grandes foires, les juiveries 
étaient florissantes en Champagne. V. d'Arbois de Jubainville, I, 229, 111, 160; — 
IV, 72,79, 86, 102, 412,413; — IV 1 , 572, 588, 598; — Catal. d'actes, n° 1422, etc. 
— En juin 1250, Eudes Archambaud de Bourbon, fils d'Hugues, duc de Bourgogne, 
retient à Moulins, sur la demande de Thibaut de Champagne, le Juif Dieudonné de 
Bar-sur-Aube, pour douze ans, au cens annuel d'un marc d'or (d'Arbois de Jubain- 
ville, V, 445). 

8 Brussel, Usage général des fiefs, 580; — d'Arbois de Jubainville, V, 60 ; — 
Pièces just., n° 2. 

* D'Arbois de Jubainville, V, 38 ; — Dom Bouquet, XIX, 478, E ; — Reg. d'Inno- 
cent 111, Migne, 694, D. 

5 Simonnet, Juifs de Bourgogne {Bull, de l'Acad. de Dijon, 1865', 152. 

6 V. deux sceaux spéciaux des Juifs pour Paris et Pontoise, 1206 et 1204, dans 
Douët d'Arcq, Inventaire de la Collection de Sceaux des Archives Nationales, n os 4495 
et 4496. 

7 Brussel, op. cit., 589. 



216 REVUE DES KTUDES JUIVES 

mêmes privilèges que les bourgeois 1 . L'erreur est manifeste; les 
Juifs étanl partout, dans les textes de franchises, formellement, 
dans la coutume, tacitemenl exclus des franchises et privilèges 
communaux. Puisque uous parlons de la Bourgogne, c'est ici le 
cas de citer un des textes qui excluent les Juifs : « Li juer ne son 
pas de cette franchise », dit la charte de Seuire, en février 
1245*. Môme clause à Chaussin en septembre 1260 l . L'opinion de 
M. Simonnet ne saurait, d'ailleurs, tenir devant les faits géné- 
raux : « Les Juifs étaient serfs, c'est-à-dire taillables à merci, 
leur seigneur pouvait exiger d'eux à titre de taille telle somme 
qu'il lui plaisait ; ainsi, au fond, c'était le seigneur qui profitait 
des actes d'usure commis par les Juifs, tandis qu'aux yeux des 
populations les Juifs en supportaient tout l'odieux 4 ». 

En Bourgogne de même qu'en Champagne, les Juifs, propriété du 
seigneur ou des villes, comme à Dijon, payaient un cens annuel 
plus ou moins élevé, tel que celui d'un marc d'or imposé à Mou- 
lins au Juif Dieudonné, de Bar, par le fils d'Hugues de Bourgogne 
en 1250 '•>. 

La rareté des documents au début du xin° siècle nous oblige à 
nous reporter à l'an 1275-1276 pour trouver le chiffre des cens 
perçus par le duc sur les Juifs de Bourgogne : « De judeis.V c .XV. 
livres » [1275]. « ...Des juis .V e . LV. livres » [1276] 6 . On peut 
donc supputer à ce taux moyen ce que le Trésor ducal, dès 1250, 
prélevait sur le commerce des Juifs. 

En 1256. les Juifs pour la première fois, furent soumis à une 
contribution extraordinaire, en vertu du droit que tout seigneur 
endetté avait de tailler ses serfs; un arrêt des Olim, retrouvé par 
M. Ernest Petit, établit cet événement peu connu et indique même 
le chiffre, quatre livres, prélevé sur un Juif nommé Abraham, 
appartenant au roi, et momentanément fixé en Bourgogne par 
son mariage avec une Juive de Châtillon-sur-Seine 7 . 

Chàtillon-sur-Seine était le centre d'un groupe important de 
Juifs ; nous le savons encore par une charte du 19 mai 1273 par 

1 Simonnet, Le Clergé, les Juifs et les Lombards en Bourgogne (Mém. de l'Acad. 
de Dijon, 2" série, tome 13» 1865, pp. 1-273 , 151. 
1 J. Garnier, Chartes de communes, II, 208. 
3 lbid., II, 314. 

* D'Arbois de Jubainville, Ilist. des comtes de Champagne, IV », cli. xn, 827-836 
— V. Pérard, 412, charte de 1228 concernant Dedon (Dieudonné), juif du Duc; — 
V. chartes de 1243, 1264 (Gerson. Essai sur les Juifs de liouryogne, 19) ; — de 1250 

Bibl. Nat., .ïUO Colbert, 56, 1°' 197 v-, 198 v°i. 
D'Arbois de Jubainville, V, 445, déjà cité. 

* Arch. Côte-d'Or, B, 342, Compte de Jean de Pommard ; —cité par E. Pelit, Hist. 
des Ducs, VI, 164, 174. 

E. Petit, Hist. des Ducs, V, 93. 



LES JUIFS DANS LES DEUX BOURGOGNES 217 

laquelle le duc Robert concède à sa belle-mère, comme partie de 
son douaire, la chàtellenie, la garde de l'abbaye et les Juifs de 
Châtillon '. 

Cette contribution extraordinaire de 1256, conséquence des 
exemples donnés et renouvelés en France et en Champagne, 
semble ne s'être point réitérée dans le duché de Bourgogne avant 
la grande confiscation et la persécution générale de 1306 -. 

Les colonies juives de Dijon, de Châtillon, de Chalon, d'Auxonne, 
de Buxy, Semur, Saulieu, Avallon, Montbard, devinrent floris- 
santes, quelques-unes assez nombreuses, puisque, parmi les trafi- 
quants, des rabbins, des écrivains appréciés, au dire des auteurs 
compétents en littérature hébraïque, sont sortis de Dijon, de 
Saulieu, de Nuits, d' Avallon, de Pierre 3 . (Nous n'avons qu'à in- 
diquer ce fait caractéristique, sans avoir, et pour cause, rien à 
y ajouter ou à en distraire). 

A Dijon, les Juifs possédaient vingt-deux maisons, une syna- 
gogue (« la grant maison de l'escole ») et ses annexes, un cime- 
tière, un lieu de réunion pour le sabbat * ; — à Auxonne, dans la 
rue de Sâone, « vers la rue de la Cognerie », « un meix du sabbat 
ou synagogue 5 » ; — à Beaune, toute une rue G . A Chalon les 
Juifs affluent ; on y connaît dès 1221 « la rue aux Juifs » ou vicus 
Judœorum 7 ; à Givry 8 , à Mâcon 9 , à Montbard 10 , ils possèdent 
des maisons, des quartiers, des cimetières. On en rencontre à 
Plombières (1276), à Pontailler, à Saint- Jean de Losne lf , à Saint- 
Florentin (1295), à Tonnerre (1182) 12 , à Salives, àBaigneux 13 , 

1 Dom Plancher, Hist. de Bourgogne, II, Preuves LXXIX ; — E. Petit, VI, 19. 

* A moins qu'on ne rencontre preuve d'une confiscation nouvelle dans les terres de 
Pommard provenant des juifs Bonenfant et Mouxeron, dont le Duc jouissait en mai 
1274 (Arch. Côte-d'Or, Hecueil Peincedé, 1, 60-66; — E. Petit, Hist. des Ducs, 
VI, 224). 

3 Gerson, Essai, 24-25, notices d'après Zunz, Die Rittts et Litt, Geschichte, et 
Carmoly, Univers israélite, 459, 464, et diverses sources spéciales. 

* Pièces justif., n° 31 (1306). 

3 Bibl. Nat., Coll. Bourgogne, 97, pp. 256-258. 

6 « La rue des Juifs », décembre 1274. E. Petit, VI, 230; —Voir sur le quartier des 
Juifs, les emprunts faits à ces Juifs par le commerce, Rossignol, Hist. de Beaune, 
125,141,201,202. 

7 1221 (Bibl. Nat., Coll. Bourgogne, 97, p. 712) ; — 1266 (Bibl. Nat., Coll. Baluze, 
142, f° 114) ; — Rue du Four-aux-Juifs, v. 1270 (Arch. Saône-et-Loire, H, 81) ; — 
V. Pièces just., n° 33. 

8 Vers 1303 (Arch. de Givry, GG, 74). 

9 Mâcon . Boro judeus », 1193, janvier (Bibl Nat., Coll. Bourgogne, 81, p. 279). — 
Cimetière en « Moujuyf », 1309-1310 (Arch. Nat., JJ, 42 dis, n° 200, f° 95 ; — JJ, 41, 
n° 202). 

10 Pièces just., n° 32 ; - Arch. Côte-d'Or, B, 1261. 

11 Arch. Cote-d'Or, B, 1388; — V. Pièces mst., n° 51. 

12 Bibl. Nat., Coll. Bourgogne, 15, f u 39. 

13 Pièces just., n« 30. 



ils REVUE DES ETUDES JUIVES 

et leurs établissements s'étendront, plus tard, encore à divers 
lieux. 

Avec une Incroyable activité tout ce petit peuple, qui repré- 
sente à peine une centaine de ménages, prête, vend, achète, 

commerce avec les grands et les humbles, le plus souvent avec 
ces derniers, pratiquant surtout le prêt sur gages, depuis le cor- 
set ou corsage d'une femme du peuple jusqu'au château du plus 
grand seigneur. Le Duc est le premier client de ces prêteurs si 
commodes : en 127G, quand il part pour la Castille, Aliot, Juif de 
Ghàtillon, lui avance du numéraire ' ; la maison de Vienne les en- 
courage et les exploite 2 . En 1295,1e duc Robert l'ait arrêter un Juif 
dans la grand'rue de Châlon par ses sergents et donne à l'évêque 
des lettres de non préjudice 3 . Quand il dicte son testament, il 
insère une clause pour permettre aux Juifs de continuer leur 
séjour au Duché, tout en spécifiant que leurs débiteurs ne seront 
jamais contraints de leur payer aucun prêt entaché d'usure 4 , et 
dans son codicille de 1302 : « Je vuel que, se je n'ay meillor con- 
soil, que le Juif demouraint en ma terre, principalement por hu- 
manité, et qu'il marchandoit léaulment, sans usure, et vivent de 
lors labours, et vuel que desor en avant Ton ne soit contrains 
payer à eux de ce où il liait usure 5 . » L'idée qui domine dans les 
dernières volontés de Robert II, c'est la conciliation entre le Juif 
et le chrétien, plutôt que l'âpre volonté de dépouiller les uns et 
les autres ou les uns par les autres, qui domine dans la législation 
française du temps de Philippe le Bel °. En 1304, au mois de mai, 
ce roi date de Saint-Germain en Laye une ordonnance qui renou- 
velle les constitutions de saint Louis, son aïeul, sur l'usure des 
Juifs, et ordonne de les exécuter dans les terres du duc Robert 
de Bourgogne, « promettant à ce prince d'empêcher qu'on ne 
poursuive et que l'on ne contraigne les particuliers du Duché au 
paiement des prêts usuraires que les Juifs leur ont faits, ou des 
autres dettes qu'ils ont contractées envers eux avec usure ». Le 
roi défendait à ses officiers de poursuivre aucun de ces débiteurs 



1 E. Petit, Hist. des Ducs, VI, 28. 

* Pièces just., n° 2o : Obligation de 1200 1. au profit des héritiers de Jasuot de 
Montbard souscrite en mai 1301 par Philippe de Vienne, seigneur de Seurre ; — en 
1390, un sire de Vienne emprunte encore aux Juifs dijonnais (Arch. Cùte-d'Or, B, 
11312, 1" G) ; — v. aussi une reconnaissance de rente sur une vi^ne de Savigny, due 
a un Juif, novembre 1289 (E. Petit, VI, 366). 

» E. Petit, VI, 424. 

* Doni Plancher, Hist. de Bourgogne, II, 120. 
1 Joid., Preuves, pp. 1 13 et 130. 

6 V. Vuitry, Étude sur le régime financier de la France, 1, 91-93. Mesures prises 
contre les Juifs par Philippe IV en 1284, 1292, 1295, 1299, 1303. 



LES JUIFS DANS LES DEUX BOURGOGNES 219 

autorisés par le Duc à ne point rembourser les Juifs leurs créan- 
ciers % quand les contrats seraient frauduleux. 

« Vers le milieu de l'année 1306, le Trésor royal eut un si 
grand et si pressant besoin d'argent 2 , que pour se procurer im- 
médiatement des sommes considérables Philippe le Bel se décida 
à perdre dans l'avenir le revenu variable, mais permanent, qu'il 
tirait des Juifs : il les bannit tous et s'empara violemment de leurs 
biens meubles et immeubles. » La répercussion de cette mesure 
ne tarda pas à se produire en Bourgogne, et le 2£J juillet 1306, 
jour de la Madeleine, on arrêta tous les Juifs du Duché 3 . 

Des commissaires du Duc opérèrent à la fois à Dijon, centre 
principal de la juiverie de Bourgogne \ à Chalon et Buxy-le- 
Royal 5 , à Montbard, Semur, Avallon 6 , à Salives et à Baigneux \ 
ailleurs encore, car les archives publiques n'ont gardé qu'une 
faible part soit des documents confisqués sur les Juifs, soit des 
enquêtes et des inventaires dressés par les commissions. Il en 
reste assez pour reconstituer les grandes lignes de leurs opéra- 
tions et résumer les résultats de cette confiscation générale. 

A Dijon, les commissaires étaient au nombre de trois: Pierre de 
Saulon, chanoine de la chapelle ducale de Dijon, Guillaume de 
Braisey et Hugues L'Orfèvre s . Leurs opérations, accomplies tout 
entières en 1306, portèrent sur les vingt-deux maisons appar- 
tenant aux Juifs Aquinot, Chauderon, Croisseiin, Habrenin, Jo- 
celot, Justot, aux héritiers de Jasuot de Montbard, à Mandant, 
Mouton, Rabby Donin et Salomon de Couches, ou à leur commu- 
nauté en bloc, comme la grande maison de l'École des Juifs, le 
cimetière et les « chambres » devant et la place du Sabbat avec 
une maisonnette 9 . 

On inventoria, on estima, on réalisa tour à tour les meubles, 
l'argent, les créances, le bétail, enfin les cheptels, les vignes et les 

1 Pièces just., n° 26 ; — Dom Plancher, Hist. de Bourgogne, II, 130. 

1 Vuitry, Régime financier, I, 94 ; — Historiens de France, XXI, contin. de Gnill. 
de Nangis, I, 355; — juin 1306, Dom Vaissette, X, 1. XXIX, chap. îv. 

3 Pièces just., n° 33. — Le document original porte, fol. 8 : « le vauredi 22 e jor 
d'ahost, jor de la Magdeloine ». Il y a ici une erreur, car le 22 août est un lundi et 
le 22 juillet, fête de S ,e Marie-Madeleine, tombe bien un vendredi. C'est donc le 
22 juillet 1306. M. Simonnet commet une autre erreur de lecture en imprimant 
(p. 157) : « le samedi 22 e jor d'ahost ». La plupart de ses lectures, pour les noms 
de personnes surtout, sont fautives. Nous n'insistons pas, car malgré ses défectuo- 
sités, son étude a sur bien des points facilité la nôtre. 

*■ Pièces pist., n° 31. 
■ 3 Ibid., 33. 

6 Ibid., 34. 

7 Ibid., 30. 

8 Pièces just., n° 31, § F i. 

9 Ibid., art. 60-61. 



s:« REVUE DES KÏUDES JUIVES 

terres labourables (dix-huit journaux en tout) appartenant aux 
Juifs; mais ce qui prit le plus de temps, ce fut l'estimation et la 
vente des gages « réels », c'est-à-dire mobiliers, détenus par les 
Juifs. Sur la niasse énorme (art. *)3 à 1003 du n° 31 des Pièces 
justificatives), quand on eut prélevé un certain nombre d'objets 
confiés aux banquiers non comme gages, mais pour les vendre 1 , 
quand la duchesse eut fait prendre pour elle le butin qui lui con- 
venait, représentant une valeur totale de 912 livres, 9 sous, 6 de- 
niers *, le prix total de la vente s'éleva à 3,411 livres, 9 sous, 
7 deniers tournois faibles. 

Notons cette particularité curieuse qui nous montre les Juifs 
dijonnais et leurs coreligionnaires d'Auxonne, Montbard, Saint- 
Jean de Losne, Semur, rachetant un certain nombre d'objets pré- 
cieux, notamment 24 livres de « leur loy », pour la somme totale 
de 441 livres, 12 sous 3 . 

On comprendra que nous n'entrions pas dans le détail de cette 
saisie colossale, quoiqu'il y ait dans les inventaires dressés une 
foule de détails curieux pour l'histoire du costume, du mobilier et 
pour le glossaire; nous donnons du reste dans nos Pièces justifi- 
catives tous ces inventaires inédits 4 . Voici les chiffres produits 
par les ventes dirigées par les commissaires de Dijon. 

Mobilier des Juifs et argent monnayé versé par Guillemin 

d'Arc 2,589 1. 10 s. 8 d. 

Créances recouvrées 20,354 1. 3 s. 6 <1. 

Maisons 6,940 1. » » 

Vente de gages 3,411 1. 9 s. 1 d. 

Total 33,295 1. 3 s. 9 d. 

En dehors de ce total, restaient à réaliser le vin, le blé, le bétail, 
les vignes et les champs, enfin les joyaux et autres choses qui 
furent portées « au jugney (?) » dit le texte. 

A Chalon et à Buxy-le-Royal, le tabellion ducal de Chalon dressa 
l'inventaire des créances dès que la saisie eut été effectuée par des 
commissaires dont on ignore les noms. On perquisitionna, on 
saisit à Chalon chez Héliot, dans la rue Saint-Georges, et chez 

1 Pièces just., n° 31, art. 677. 

» Voici le détail des principaux objets (Ibid., art. 687-699): 64 courtepointes, 
2(1 coussins, 280 draps, 402 aunes de toile blanche, 373 aunes de toile de nappes, 
5 collYes (2 de bois « de i'ou » (hêtre), 3 de noyer . 

3 Ibid.. l<- 71 2-73 'i ; les livres de la loi seuls n 726-734) produisent 35 livres, 
5 sous. (Erreurs de ce chef dans Siinonnet, 159.) 

* Pièces just., û°« IJ0-33. 



LES JUIFS DANS LES DEUX BOURGOGNES 221 

Bénion, dans la Grand'Rue. L'ensemble des lettres de créances 
trouvées chez ces deux banquiers, chez Jasuot, fils d'Isaac et chez 
Honorée, intéressait dix-huit Juifs plus ou moins mêlés aux opé- 
rations et représentait un capital de 18,800 livres, 15 sous, 5 de- 
niers tournois * . 

L'ensemble des titres de créances trouvés chez les Juifs de 
Buxy, intéressant seize Juifs dont quelques-uns associés : Mat et 
Vigne, Isaac et Bonne Vie, représentait seulement 2,057 livres, 
13 sous, 1 denier tournois. 

Le total des créances, en y joignant ce qui restait aux mains du 
tabellion et de Philibert de Russille, gardien du Juif Justot, 
montait à 22,909 1. 18 s. 4 d. t. 

En y joignant les ventes de gages des 
Juifs de Chalon 492 1.15 s. 5 » 

Les ventes de gages des Juifs de Buxy 88 1. 16 s. 11 » 

Et les ventes de gages et meubles des 
Juifs de Couches 99 1. 3 s. 5 » 

On obtient le total pour Chalon, Buxy 

et Couches de 23,573 1. 9 s. 8 d. t. 

En dehors de ces chiffres, le tabellion de Chalon, qui en fut 
comptable envers le duc de Bourgogne jusqu'au 24 novembre 1308, 
n'a laissé, dans un volumineux registre que nous analysons aux 
Pièces justificatives (n° 33), que le détail des lettres de créance, 
c'est-à-dire des opérations purement financières faites de 1275 
environ à 1306 par les Juifs du ressort. 

A Semur, à Montbard, à Avallon, à Nuits, à Vitteaux, Dar- 
cey, etc., les commissaires ducaux vaquèrent, du 1 avril au 3 oc- 
tobre 1307, en juin et septembre 1308; enfin, le 22 janvier 1309, 
ils semblent s'être délivrés de leur mission en portant à Montbard 
leurs inventaires 2 . 

A Salives, et à Baigneux, -— le seul village de la Bourgogne qui 
ait retenu dans la forme actuelle de son nom le souvenir des Juifs : 
Baigneux-les- Juifs 3 , — à Darcey, après avoir saisi le mobilier des 
Juifs, leurs créances et les Juifs eux-mêmes, on les emprisonna et 
des enquêtes secrètes rétablirent après coup le détail de leurs 
meubles, de leurs gages, de leurs créances et de leurs dettes, et, 
semble-t-il, de certaines vexations, détournements, emprunts 

1 Pièces just., n° 33. Analyse détaillée du registre B 10412 des Archives de la 
Côte-d'Or. 

2 Pièces just., n° 34. 

: V. Courtépée et Béguillet, Description générale et particulière du\duché de Bour- 
gogne, 2 e édition, y° Baigneux, t. IV, 210. (Dijon, V. Lagier, 1847-1848, 4 voJ. 
m-8°.) 



222 REVUE DES ETUDES JUIVES 

forcés, don! les officiers du Duc semblent .-noir usé à leur égard *. 
il v eut aussi des enquêtes secrètes à Châtillon-sur-Seine * ; il dut 
\ en avoir encore à A.uxonne, à Saint-Jean-de-Losne, à Seurre, 
car les lettres royales n'admettaient nulle exception. 

Nous en saxons assez, même en l'absence d'autres textes, pour 
connaître les épreuves infligées aux diverses colonies juives de la 
Bourgogne par l'arrestation de leurs membres, la confiscation de 
leurs biens et la liquidation de leur fortune. 

Après avoir décrit les opérations de la saisie en général, il est 
intéressant de voir, sur un point particulier, l'apura tion des 
créances juives tombées entre les mains des justiciers et commis- 
saires du Duc. Deux textes qui concernent les créances de Jasuot 
de Montbard, un Juif que ses affaires importantes amenaient à 
opérer à la fois à Montbard, à Dijon, à Chalon, vont nous livrer 
ce mécanisme singulièrement normal et précis 3 . 

Et d'abord, le moins important, c'est l'état des propriétés nom- 
breuses acquises par vente ou écbange sur le territoire de Nogent, 
de Montbard, de Semur, par le juif Jasuot de Montbard de 1251 
à 1306, détenues par ses héritiers jusqu'en 1306. Il a cet intérêt de 
montrer que jusqu'en 1306 l'interdiction de posséder des immeubles 
autrement qu'à titre précaire, n'existe pas pour les Juifs bour- 
guignons. 

Le second document, vraiment curieux, est la liquidation des 
opérations de banque de Jasuot: ce n'est qu'un fragment, les 
folios x-xi du registre qui servit aux exécuteurs des Juifs de 1307 
à 1308 pour apurer les créances. 

Le registre est divisé en deux colonnes : à gauche, l'énoncé de 
la créance, le nom du débiteur, la date de l'obligation, son mon- 
tant en argent, blé, etc. A droite, en regard, la liquidation de la 
créance et la défalcation du capital de l'usure. 

Exemple : a. — Martin Jodon, de Guillon, doit à Jasuot par 
lettre de juin 1305, 112 livres tournois remboursables en 6 ans. — 
b. — « Il est prouvé qu'il y a de chatel (capital) 48 livres seule- 
ment et 64 livres d'usure ». — Le débiteur a payé 18 livres, 13 sous, 
4 deniers, qu'on réduit à 8 livres. Reste à payer : 40 livres. Mais 
un amendement de 4 sous, 8 deniers par livre produit 9 livres, 
6 sous, 8 deniers; la lettre coûte 20 sous dijonnais. Donc la dette, 
majorée de ce supplément, vaudra net 51 livres, 13 sous, 8 deniers 
tournois à solder*. 

1 Pièces just., n° 30. 

* Ibid., art. 34. 

3 Pièces just., n°- 32 et 3o. 

* Pièces just., n° 35, art. 9, dernier paragraphe. 



LES JUIFS DANS LES DEUX BOURGOGNES 223 

Autre exemple : a. — Martin le Bestiaz, de Bloignez, doit par 
lettre de janvier 1306, 6 livres, 2 sous tournois, à payer « es Feux » 
(24 juin) suivants. — &. — Rabattu 42 sous d'usure, payé 4 livres 
faibles * . 

Troisième exemple : a. — Marguerite, fille du prévôt Aimery, 
doit à Jasuot depuis le 6 mai 1306, 20 livres tournois à rembourser 
le 1 er novembre suivant, — b. — Rabattu 4 livres pour l'usure, le 
capital reste de 16 livres, plus 2 sous pour la lettre et pour la 
différence de monnaie (« amandance ») 4 sous, 8 deniers par livre, 
soit 75 sous, 2 deniers, total: 19 livres, 17 sous, 2 deniers tour- 
nois faibles. 

Étant donné un groupe de créances valant 781 livres, 6 sous 
tournois forts, plus 12 livres, 2 sous dijonnais, 6 setiers de fro- 
ment et 6 d'avoine, les modifications de la valeur du numéraire 
d'une part, la suppression de l'usure impitoyablement biffée, ra- 
mènent cette somme à 320 livres, 13 sous tournois faibles. 

En voilà assez pour faire comprendre, d'une part que le reproche 
fait aux Juifs de pratiquer l'usure (l'argent prêté du 6 mai au 1 er no- 
vembre 1306, dans notre troisième exemple est placé à 50 % !), 
n'était pas un vain grief, et de l'autre que les commissaires de la 
confiscation accomplirent généralement avec un grand scrupule 
leur tâche de liquidateurs. Nous reviendrons, du reste, au docu- 
ment que nous venons d'analyser quand nous étudierons à part 
le taux de l'intérêt chez les Juifs. 

La population bourguignonne était, paraît-il, exaspérée contre 
les Juifs en 1306 : cela semble résulter d'un trait de mœurs assez 
violent : à Labergement-lez-Frénois on allait enterrer un Juif que 
l'on conduisait à sa dernière demeure sur une charrette ; les ha- 
bitants « voloient l'ardoir. . . et. . . ils bastèrent un Juif vif 2 ». 

Que devinrent les Juifs expulsés du duché de Bourgogne en 
1306? Une partie se retira au comté de Bourgogne, où nous 
les reverrons dans un autre chapitre ; une partie obtint, sem- 
ble-t-il, de la tolérance ducale, le maintien de privilèges pas- 
sagers. En 1311, 1314, 1315, 1316, 1317 3 , on en retrouve çà et 
à au duché et à Drjon où Crescelin, un des expulsés de 1306, est 
de nouveau, où apparaît aussi le juif Beneme 4 . Les contrats passés 
à Dijon de 1315 à 1318 font ressortir â la fois des noms anciens 

1 Pièces just., n<> 35, art. 10. 

2 Ibid., n» 30, art. 19. — Labergement-lez-Frénois, Côte-d'Or, arrondissement de 
Châtillon-sur-Seine, canton de Saint-Seine. 

3 1311 (Bibl. Nat., Coll. Bourgôt/ne, 94, f» 550) ; — 1315 (ibid,, 71, f° 225) ; — 
1316-1317 (Arch. Côte-d'Or, B, 11222). Transaction par Crescelin avec son débiteur, 
auquel il remet les deux tiers de sa dette. 

4 Simonnet, op. cit., 170. — Pérard, Recueil de Pièces, 350 et suiv, 



REVUE DES ETUDES JUIVES 

tels qu'Abraham, Jocelot, Aquinet, fils de Rabbi Donin, Abraha- 
inin, et des Doms nouveaux tels que Doniot, fils d'Amand, Vivant, 
fils <l»' Salomon, Samson Jean, fils de .Jasuot, etc. '. 

Toute cette colonie juive s'est reconstituée légalement en vertu 
de l'ordonnance de Louis le I lutin, qui a permis aux Juifs, le 
28 juillet 1315, de revenir s'établir en France pour une durée de 
12 ans, et de recouvrer le tiers des créances qu'ils avaient au mo- 
ment de leur expulsion 3 . Le peuple vit, parait-il, avec joie rentrer 
les exilés. M. Boutaric l'affirme 3 en citant les vers de Geoffroi de 
Paris : 

« . . .Car Juifs furent débonneres 
Trop plus en faisant tels a fia ires 
Que ne furent ore chrestieu. 
Mais si li Juifs demouré 
Fussent au réaume de France 
Ghrestien moult grant aidance 
Eussent eu que ils n'ont pas. 
Car por po[uj trouvoit-on argent 
Où ne trouve l'en nulle geut 
Qui veuille l'un à l'autre prester. . . » 

Cette mesure avait été provoquée par une démarche collective 
du clergé et des nobles du duché de Bourgogne, des diocèses de 
Langres, Autun et Chalon, c'est dire qu'elle fut bien accueillie en 
Bourgogne, où, du reste, elle avait été appliquée par avance, 
comme nous venons de l'indiquer. Six ans plus tard, au printemps 
de 1321, pendant que Philippe le Long visitait le Poitou, on accusa 
les lépreux et les Juifs de s'être ligués pour empoisonner les puits 
et les fontaines. Le roi rentra en hâte à Paris et dirigea une nou- 
velle persécution contre les Juifs, qui valut au Trésor obéré, au 
moins 150,000 livres 4 . L'ordonnance de Philippe V fut exécutée en 
Bourgogne et nous donnons un mandement de ce prince, encore 
inédit, indemnisant par un don de 1,000 livres le Duc son gendre, 
qui, habitué à toucher 2,000 livres de cens annuel des Juifs établis 
dans ses États, s'en voyait privé par la saisie de leurs personnes 
et de leurs biens exécutée par les sergents du bailli royal de Sens 5 . 
En voici d'autres preuves : « les commis sur le fait des Juifs 
d' A vallon » qui versent pour la dépense de l'hôtel de la Duchesse 

1 Simonnet, 171. 

1 Ordonnances des rois de France, I, 59.". 

3 Boutaric, La France sotis Philippe le Bel, 303. 

4 Vuitry, Régime financier de la France. I. 102. 
'' Pièces just., n° 45. 



LES JUIFS DANS LES DEUX BOURGOGNES 225 

90 livres tournois à Perrenot de Montillot le 3 avril 1322 1 ; le com- 
missaire des Juifs de Ghalon, Perrenet Arnouf, qui paie à Hugues 
de Genlis le loyer de la maison du Juif Héliot de Cuisery « que mes- 
sires li dux de Bourgoigne a remie en sa main per le espace de .j. 
an après ce que li diz juiz fut pris avoie les autres juiz », le 29 août 
1322 2 . De ces documents, de tous ceux que nous trouvons dans 
les archives de la Chambre des Comptes de Dijon, il résulte que 
l'expulsion des Juifs en 1321 fut aussi générale qu'elle l'avait été 
en 1306 et tout aussi rigoureuse, sinon davantage ; que des com- 
missaires furent chargés, à Avallon 3 , à Chalon, comme nous ve- 
nons de le voir, à Autun, à Auxonne et Pontailler 4 , à Montbard, 
àDarney, Montcenis, à Châtillon-sur-Seine, à Saint-Jean de Losne 5 , 
d'inventorier, administrer et liquider les biens confisqués, et que 
le départ des Juifs du duché de Bourgogne fut absolu. Le recouvre- 
ment des créances se fit après qu'on eut dressé l'inventaire, et il 
dura fort longtemps : ici vingt ans au moins 6 , là, beaucoup plus 
tard 7 . 

A Auxonne, au mois de juin, le commissaire des Juifs, Pierre 
Moreau, avait vendu et versé 148 livres, 2 sous, 2 deniers, pour 
joyaux, blés, etc. ; il n'eut sa quittance définitive de 1300 livres 
qui restaient à recouvrer qu'en janvier 1331. 

A Montbard, le solde (847 livres, 10 sous, 10 deniers) fut payé à 
la même date. 

A Montcenis, Autun et Darney, il restait encore à lever le 25 no- 
vembre 1331, 2855 livres, 10 sous, 1 denier. 

A Saint-Jean de Losne, fin novembre 1331, 6908 livres, 3 deniers 
étaient levées; 6,815 livres, 19 sous, 3 deniers étaient à recouvrer. 

A Châtillon-sur-Seine, le solde (202 livres, 14 sous, 10 deniers) 
fut Versé en fin janvier 1332. 

Cette fois, ce fut vers la Franche-Comté qu'une bonne partie 
des Juifs chassés par l'ordonnance de Philippe le Long se dirigea ; 
un document que nous donnons aux Pièces justificatives s donne 
une liste de Juifs récemment émigrés dans cette province, en 

1 Arch. Côte-d'Or, B, 1 0414 ; — Pièces just., n° 46. 

2 Pièces just., n° 47; — v. aussi n° 48, une quittance analogue du 15 avril 1323. 

3 Ibid., n» 56. 

* Ibid., n° s 50, 51. 

8 Arch. Côte-d"Or, B, 1388, f° s 9, 28 v», 27 v, 13 V, 14, 29 v°; — B, 1390, f° 28. . 

6 L'an 1341, le 4 juillet, le châtelain de Pontailler, commis dès 1331 à recevoir les 
dettes des Juifs de son ressort, remet à Marot, juif d'Apremont, par ordre du Duc, 
20 pièces « de livres de sa loy ». 

7 Gui de Remilly, commissaire des dettes des Juifs, 1347 (Simonnet, 172). — 1374, 
Philippot de Valoiz (Arch. Côte-d'Or, B, 1441, f° 11). — V. aussi Pièces just., n°56, 
pour la liquidation d' Avallon. 

8 Pièces justificatives, n° 52. 

T. XLVIII, n° 96. 15 



226 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

faisant suivre leurs noms de L'épithète nouveau ou «■ venu de 
novei », qui justifie pleinement noire opinion. 

De 13*21 à 1359, le Juif n'apparaît plus au duché de Bourgogne 
qu'à titre exceptionnel '. En cette année 1359, le «lue de Bour- 
gogne prend à quinze riches usuriers juifs ou lombards de Chaus- 
sin, Chalon et Pontailler, 2,000 llorins et les fait mettre en liberté 
à condition que, s'ils réclament, ils retourneront en prison 2 ; la 
même année, deux Juifs de Seurre, Moussey d'Aumon et Aliot de 
Chalon. victimes d'un vol, demandent justice au maire de Dijon 3 . 
Les années suivantes, Dijon redevient comme autrefois un centre 
commercial pour les Juifs. Dès 1363, on y rencontre des mar- 
chands d'étoffes, des banquiers et même une femme, Marroine, 
femme du médecin Salomon de Baume, qui se livre au commerce 
de l'argent, un faiseur de sceaux, Meret, des Juifs venus de Mou- 
lins, de Chambéry, de « Marpoille » '.C'est encore un Juif, Guienoz, 
que, le 19 juillet 1363, le duc charge d'approvisionner ses troupes 
de 500 bœufs, 1.000 moutons et 200 porcs 5 . Mais la situation de 
ces Juifs, mal définie, — quoique certainement réglée conformément 
à celle des Juifs de France telle que le roi Jean venait de la déter- 
miner par son ordonnance de mars 1361 G , — demandait une 
réglementation. Philippe le Plardi la leur donna par des lettres du 
31 décembre 1374 7 , autorisant douze ménages juifs à séjourner et 
commercer au duché de Bourgogne durant dix ans, en leur con- 
cédant des garanties et des privilèges: garanties, au point de 
vue de la juridiction et de la liberté corporelle; privilèges, en 
leur permettant de lever 4 deniers d'intérêt par livre et par se- 
maine, en les exemptant d'impôt en dehors d'une redevance an- 
nuelle. Cette redevance fut fixée dans la seconde lettre a 12 francs 
par ménage et à une somme de 1,000 francs d'or une fois payée 
pour leur communauté \ Ces lettres avaient été obtenues par une 
démarche de deux délégués de la nation juive : David Lévy et 
Joseph de Saint-Mihiel. 

1 Ainsi, par exemple, la juive Belle et ses fils Eliot et Jocon de Saint-Laurent-lez- 
Chalon, 1333-13M7 (Arch. Côte-d'Or, B, 9699); — V. Pièces just., n° 54 ; Engage- 
ment de terres bourguignonnes à deux Juifs comtois avec l'assentiment du duc 
Eudes IV. 

1 Ed. Clerc, Essai sur Vhistoire de la Franche-Comté, II, 111 ; — Rossignol, His- 
toire de Beaune depuis les temps les plus recules, 226 (lieaune, liutault-Morot, 1854 
in-8). 

' Simonnet, 173. 

* lbid.i 174. — V. Pièces just., n°« 03, 64, 05, 66. 

■ Bibl. Nat., Coll. Bourgogne, 26, 1° 205. 

b Ordonnances des rois de France, III, 467, 471, 473. 

7 Pièces just., n" 69, 

8 Nous n'avons plus cette lettre mentionnée aux Pièces just., n« 70. 



LES JUIFS DANS LES DEUX BOURGOGNES 227 

Le 20 février 1380, huit nouveaux ménages juifs furent ad- 
joints aux douze admis en 1374, sous la surveillance de deux dé- 
légués, Joseph de Saint-Mihiel et Salomon de Baume, chargés de 
régulariser les admissions et de faire verser à leurs coreligion- 
naires leur quote-part d'amendes, et sous la protection du bailli 
de Dijon et des autres justiciers du duché ! . 

Le 10 janvier 1381, nouvelles patentes faisant passer le titre de 
gouverneur et garde des Juifs, jusqu'alors et depuis 1374 porté 
par le chambellan Gui de La Trémoille, sur la tête du bailli de 
Dijon, Guillaume de Clugny *. 

La colonie juive de Dijon était tellement florissante qu'un 
notaire, Gui de Gorpssaints, avait ouvert, en 1382, un registre 
spécial pour minuter ses contrats 3 . En 1377, elle était de 6 mé- 
nages 4 ; en 1378, de 10 s ; en 1382, de 12°, outre 3 ménages à 
Seurre. En 1383, surviennent 2 nouveaux ménages, ceux de 
Lyon Cohen et d'isaac Quinot 7 . 

Les Juifs bourguignons, en échange des lettres du 20 février 
1380, avaient promis au duc un subside de 1,000 francs ; ils le lui 
payèrent le 20 avril 1382 8 . 

Le 21 novembre 1384, Philippe le Hardi élargit encore les condi- 
tions de ses chartes précédentes et admit la résidence de 52 mé- 
nages juifs dans ses duché et comté de Bourgogne, son comté de 
Mâcon et sa baronnie de Donzy, moyennant le paiement régulier 
de 12 francs « par maignie » 9 . Trois délégués, Joseph de Saint- 
Mihiel, Salomon de Baume et David de Baume, son frère, étaient 
préposés à l'admission des ménages ; Gui de La Trémoille, sei- 
gneur de Suilly, était nommé leur gardien. Quant aux privilèges, 
quant à la juridiction, ils restaient sensiblement les mêmes que 
dans les patentes de 1374, y compris le taux de l'intérêt : 4 de- 
niers par livre et par semaine, et la durée du séjour était pro- 
longée de 12 ans. 

Cette concession nouvelle, contraire au désir des États de Bour- 
gogne qui, dès 1382, demandaient l'expulsion des Juifs et des 

1 Pièces just., n° 71. 

» Id., 73. 

» Id., 92. 

4 Arch. Côte-d'Or, B, 4424, f» 11. 

3 Ibid., B, 4425. 

« lbid., B, 4426, f°21. 

7 Arch. Côte-d'Or, B, 4013. 

8 Simonnet, 191. 

9 Pièces just., n° 111 ; divers documents secondaires fixent au 9 juillet 1384 la 
concession ci-dessus (Bibl. Nat., Coll. Bourgogne, 100, p. 621 ; 104, f» 116 v°). C'est 
en contradiction avec notre texte des Pièces justificatives et avec la Collection 
Bourgogne elle-même, vol. 98, pp. 625-631, et le vol. 64 des 500 Colbert, pp. 408-417 . 



REVUE DES ÉTUDES IU1VES 

Lombards' était dictée par Les besoins de la politique et, plus 
encorej par ceux des finances ducales. Un nouveau prêt de 1,000 
francs d'or, pour les dépenses de guerre, fut en retour consenti 
r , a communauté juive de Bourgogne el versé les2aoû1 el 10dé- 
cembre 1385, à s,., trésoriers». Ce prêt n'empêcha pas, du reste, 
de poursuivre et de condamner, pour abus el délits d'usure, 
nombre de Lombards ou de Juifs en 1385 et 1386, comme on m 
avait poursuivi déjà en 1381, 1382, 1383 », et, de la sort., satis- 
faction apparente se trouva donnée aux Etats, en même temps 
que les amendes prononcées permettaient de distribuer des gra- 
tifications aux officiers delà cour*. Les procureurs du duc pro- 
nonçaient, il est vrai, d'autres amendes contre ceux qui insul- 
taient les .Juifs, ou se servaient de leur nom pour insulter des 
particuliers : <• garse de juifs et de juives • \ mais c'était la une 
satisfaction platonique pour les .Juifs poursuivis et spoliés. 

En 1386-138*7, la Bourgogne compte 13 ménages juifs : 9 à Di- 
jon, 4 à Chalon. 
En 138*7-1388, 10 seulement : 6 à Dijon, 4 à Chalon. 
En 1388-1389, 9 : 6 à Dijon, 3 à Chalon. 
En 1389-1390, 8 : 6 à Dijon, 2 à Chalon. 
En 1390-1391, 8, répartis de même façon. 

En 1391 10 : 1 à Dijon, 2 à Chalon, 1 à Beaune. 

En 1391-1392, 11 : 8 à Dijon, 2 à Chalon, 1 à Beaune. 

En 1392 13 : 9 à Dijon, 3 à Chalon, 1 à Beaune. 

En 1392-1393, 15 ménages : 10 à Dijon, 4 à Chalon, 1 à Beaune. 
En 1393-1394, 14 : 10 à Dijon, 3 à Chalon, 1 à Beaune . 

Voici le détail de ces ménages en 1394, la dernière année où le 
cens ducal de 12 francs par ménage est soldé par les tributaires 

juifs : 

Dijon : Jacob Cohen, Durand de Carpentras, Joseph de Samt- 
Mihiel, Elias de Trêves, Aliot de Seurre, Salomon de Baume, 

i Bibl. Nat., Coll. Bourgogne, 72, f° 212 v°. 

» Ton francs le 2 août. 300 le 1i» décembre (Arch. Côle-d'Or, B, 1462, f° 2b v . 

3 \rch Côte-d'Or, B, 11306, r 19 v , 80 v°; - B, 1461, f°14 v°. —En 1381. on 
e-nprisonua et l'on saisit les Juifs de Beaune, libérés ensuite sans qu'on les dépouillât. 
V. Pièces jnst., n" S7 bis. 

* Bibl. Nat.. Coll. Bourgogne, 26, f° 40. 
• Pièces just., n° 112. 

» Arch. Côte-d'Or, B, 1429 F» 16 tM7 ; - B, 4431, M9 v° ; B, 4433, 1° 21 v- 
22-— B 1434 ; 12 V-13 ; - B, 4435, f" 20 v-21 ; B, 4437, f°' 11 v-12; - B. 
1440 r- |*8 ■ — B, 4441, l° 18 v ; — Bibl. Nat., Coll. Bourgogne, 100, pp. 643- 
644.'- Pièces just., n- 119, 125, 126. - En 1393, les Juifs des deux Bour- 
gognes accordèrent une aide de 300 francs au Duc (Bibl. Nat., Coll. Bourgogne., 
53, I 114 v°). 



LES JUIFS DANS LES DEUX BOURGOGNES 229 

Joseph de Trêves, Aliot Colon, David de Baume et Mossey de 
Vitry. 

Beaane : Samuel, dit l'Écrivain. 

Chalon : Perrot Cohen (de Tournas), maître Perret, Croissant 
de Bourg. 

Dans le compte du receveur du Dijonnais de 1395-1396, on lit 
cette mention laconique qui l'appelle le texte des obitnaires : 

« De la censé des Juifs, néant, pour ce que par ordonnance réal 
ils sont allez deraourer hors du royaume de France '. » 

On ne sait rien des circonstances 2 qui accompagnèrent l'expul- 
sion, conséquence forcée de l'ordonnance du 17 septembre 1394, 
par laquelle Charles VI bannissait à perpétuité les Juifs de ses 
Étals, sous peine de mort 3 , comme les privilèges de 1374, 1380, 
1384, avaient été celle des ordonnances bienveillantes de Charles V, 
édictées sous l'influence de Méiiessier de Vesoul, un Juif du comté 
de Bourgogne qui avait gagné la confiance et l'estime du roi 4 . 

Ce ne fut que trois cents ans plus tard que les Juifs bannis re- 
parurent en Bourgogne, à la suite du décret du 28 septembre 1791 
qui en faisait des citoyens ;; . 

Léon Gauthier. 
(.4 suivre.) 



» Bib\ Nat., Coll. Bourgogne, 100, p. 671 ; - 104, 1° 120 V ; — Arch. Côte-d'Or, 
B, 44H, B, 4445. 

* Le départ des Juifs dut. se l'aire par le Chalonnais. V. Sim&nnet, 215 ; — Arch. 
Côte-d'Or, B, 3o96, f° 12. 

3 Ordonnances des rois de France, Vil, 075 ; — Delamarrc, Traité de la Police, 
1,305. 

* Gerson, Essai sur les Juifs de la Bourgogne au moyen âge, Dijon, 1893, p. 02. 

8 Graet'î, Mst. des Juifs (irad. Bloch), IV, 280. — Cotait peut-être le père d'Hac- 
quin de Vesoul, médecin de Jean ?ans Peur? V. chap. vu, et Pières just., n° 135 bis. 



UN MAHZOR ILLUSTRÉ 



Le manuscrit n° 24 de la Bibliothèque de Y Alliance Israélite est 
un Recueil de prières pour toute l'année selon le rite aschkenazi. 
C'est un in-fol. de 451 feuilles sur fort vélin, en écriture carrée 
avec points-voyelles pour le texte ; les indications aux fidèles et 
à l'officiant sont données en lettres rabbiniques , les premières 
d'écriture italienne, les autres d'écriture allemande. Quelques 
additions, de date postérieure, sont en judéo-allemand. Il y a 
bien des passages barrés par la censure, mais ils restent lisibles. 

Ce ms. est enrichi de miniatures et de dessins multicolores, 
dont quelques-uns sur fond d'or. En outre, les lettres de mots 
importants ou des rubriques sont enjolivées de feuillages et de 
panaches. En raison de la similitude singulière qui existe entre 
les lettres k et » dans le texte « des usages », de la forme du « 
rabbinique, qui a le sommet pointu à gauche 1 , de la remarque 
faite, f. 21a (comme on le verra ci-après), concernant le rite 
français, et surtout des détails d'ameublement et de costume ou 
de coiffure fournis par les enluminures, on est porté à attribuer 
ce Mahzor au xnr 3 ou au xiv e siècle. 

Le volume commence au milieu de la série de versets qui suit 
la formule nttMD ^ra, et il se termine aux mots ûim Ntn (prière 
du soir), à l'issue du Kippour. Dans aucun des offices il n'y a le 
poème Timn Tn». 

F. 13 6. Sur cette page primitivement vide, avant la formule 
finale de la première section du matin, le mn©\ on lit une invo- 
cation cabbalistique aux anges "ppo"^ , "pN^K et ïvi:pd , en écri- 
ture rabbinique allemande ancienne, mais plus récente que le 
reste. 

1 Dans la partie écrite en lettres carrées, le point diacritique qui sert à distinguer 
le si» du schin est placé, non sur la dernière haste de droite ou de gauche, mais à 
droite et à gauche de la haste médiale, sans confusion avec le point-voyelle 6. 



UN'MAHZOR ILLUSTRÉ 231 

F. 14 &. Dans le -i&v de Rosch haschana le mot -fbtt occupe la 
moitié de la page, en lettres aux contours dorés, aux pleins 
bruns, aux jointures ornées de roses. Le tout est peint sur un 







carré de fond bleu au semis de fleur de lys d'or, formant un pa- 
rallélogramme à bandes de feuillage sur bleu clair, encadré de 
lignes rouges et orné de feuilles ronges à chacun des quatre 
angles. 

F. 15 a. et suiv/, Notes marginales, qui servent à expliquer cer- 
tains vers difficiles des Pioulim. 



•232 REVUE DES KTUDES JUIVES 

F, 23a. Les lettres du mot Imw, commencemi al d'une poésie 

du matin, sont tracées -'H lettres feuillagées à jour. 

F. JMfa, en marge: tPXTù ûnwBi « les Juifs de la France du 
Nord ont adopté l'usage d'intercaler a cette place le petit poème 
alphabétique : imba ktsi nna. » 

F. 30 fr. Le mot "jbtt, que l'on retrouve ici, est écrit en roui:»' 
plein, dans un rectangle historié de chimères et feuilles blanches, 
sur fond bleu, avec semis fleurdelisé rouge, encadré de lignes 
rouges et de trèiles rouges aux quatre coins (fig. 1). 

F. 42a en haut. Le mot yro de la bénédiction précédant la son- 
nerie du Schofar est en lettres d'or dans un rectangle à fond bleu 
semé d'étoiles blanches, encadré d'une bande d'or 1 et d'une ligne 
rouge, agrémentée d'un petit carré, or, bleu et rouge, à chacun 
de ses quatre angles. Cet encadrement trilobé caractérise aussi 
les deux petits tableaux suivants. 

Ibid., au milieu de la page. A droite, dans un carré du tiers de 
largeur de la page, bordé par deux bandes latérales verticales 
bleues et deux bandes horizontales, rouges en haut et en bas, 
agrémenté de carreaux d'or aux quatre angles, sur fond d'or, un 
très vénérable rabbin à longue barbe blanche , couvert d'un 
talith, coiffé d'une chape à double turban, ou tiare à deux cou- 
ronnes, est assis dans un fauteuil ancestral, à dossier arrondi. 
D'une main aux doigts effilés, il donne le signal de commencer à 
sonner du Schofar. Sa robe bleue, en soie brodée, est couverte 
d'un manteau brun clair. Le siège d'honneur où est assis le chef 
spirituel de la communauté, ressemble au modèle du xm° siècle 
donné par Viollet-le-Duc, Dictionnaire raisonné du mobilier 
(I, p. 42, fig. 2). 

Ibid., à gauche. Le sonneur de Schofar, au chapeau pointu, 
vêtu d'un manteau rouge, a le pied gauche posé un peu sur l'es- 
cabeau, que l'on voit à droite et dont on devine plutôt qu'on ne 
distingue nettement les garnitures ogivales. Le cadre et le fond 
sont semblables au petit tableau placé vis-à-vis, sur le môme 
plan. 

Entre ces deux vues, on lit chacune des trois séries diverses de 
Tehioth, une seule fois (fig. 2). 

F. 42 b. Le mot nroT, dans le Schemonê iïsrê du Moussaf de 
Rosch haschana, occupant le tiers inférieur de la page, est des- 
siné en grosses lettres, peintes alternativement en rose et en 
vert, aux linéaments blancs sur fond quadrillé d'or, encadre 

1 . Encore à la (in du xnr siècle, beaucoup de peintures se détachent sur un fond 
d'or brillant, cette couleur indiquant le ciel » , dit Au-. Molitiier, Les Manuscrits et 
les A/imatures, p. 20'.). 



UN MAHZOR ILLUSTRE 



233 



d'une bande rouge en haut et en bas, verte à droite et à gauche, 
avec addition de quatre petits carreaux vernissés d'azur, aux 
quatre angles. 

F. 53 & en bas, en 
réclame de la page 
suivante, le mot nssnuî 
empanaché.. 

F. 59 a. Le mot 
ï-rtnm (le premier de 
l'Elévation t]pm irenïi) 
occupe tout le second 
quart de la page, peint 
en rouge , en bleu 
foncé et vert pâle al- 
ternativement, les 
pleins des lettres sont 
historiés de chimères 
blanches, et les join- 
tures sont dessinées 
en rosaces sur fond 
noir. Les deux pre- 
mières lettres, l'une 
rouge, l'autre bleue, 
sous un fond jaune, à 
ramage damassé ; les 
deux suivantes, en 
vert pâle et jaune 
clair ont un fond 
rouge uni, et la der- 
nière lettre en rouge 
est sur fond vert pâle 
(flg. 3). 

F. 74 ô. Un autre 
sonneur de Schofar, 
au chapeau rouge 
pointu, vêtu mi-par- 
tie vert et mi-partie 
rouge, chaussé de 
gros souliers noirs , 
pose le pied gauche 
sur un tabouret tré- 
pied. Le fond du tableau carré est bleu foncé, avec semis de fleurs 
de lys d'or (fig.*4). 




^ 
£ 



I; i.\ | E DES ÉTUDES JUIVES 

Y 75& au bas Après le mot tw isolé, un griffon ou chimère 
' don1 la ,,„,,„. est une feuille de vigne, verte; la tête 

en jaune clair, el les deux 
pattes en jaune plus foncé 

(fig. - r >). 

F. 79 b. Un troisième son- 
neur de Schofar, le talith 
sur la tête, à la tunique 
verte, les chausses rouges, 
les souliers noirs, appuie le 
pied gauche sur une chaise 
en bois sculpté de style 
ogival primitif. Les mon- 
tants supérieurs ont ornés 
de pommes en bois tourné , 
(iig. 6). Le tout sur fond 
bleu. 

F. 84 b. Le même sonneur 
de Schofar (habillé comme 
ci-dessus) pose le pied droit 
sur une grande chaise à dos- 
sier, en style ogival. A sa 
gauche, le diable à tête de bouc, le corps terminé en feuille verte, 
est épouvanté parle son du Schofar et semble vouloir fuir (fig. 7), 




Fig. 




Fig. 5. 



Voir Viollet-lcDur. ibid., p. 43, 6g. 3, ot p. 4 ( J, r li ? . 9. 



UN MAHZOR ILLUSTRÉ 
Un jeune 



235 



F. 86 &. 
homme, au chapeau rouge 
pointu, couvert d'une tu- 
nique rouge en étoffe da- 
massée, chausses vertes et 
souliers à la poulaine, 
crie : Amen! (flg. 8). 

F. 88 a. Le mot ^btt, 
premier du Piout d'Ar- 
bith du deuxième soir de 
Rosch haschana, occupe 
plus de moitié de la page, 
peint dans le même style 
qu'au f. 14 b, sauf détails 
dans l'alternance des cou- 
leurs. 

F. 91 a. Autre -jbtt dans 
le même style, sauf que 
sur le fond rouge res- 
sortent des chimères et feuilles blanches. Sur le fond étoile de 




*tWtëe 




Fi g. 7. 



**1 

«3 





^ :r^*- 



Fig. 



UN MAHZOR ILLUSTRÉ 237 

blanc, est un rectangle à fond 
bleu pâle, garni de feuillage blanc 
(fig. 9). 

F. 101-102 a. Les initiales du 
poème ^d t^ttn composé en 
alphabet rétrograde pittn sont 
peintes, les onze premières en 
rouge, les onze dernières en vert, 
ainsi que l'acrostiche du nom 
d'auteur, pref na ïwà« (le pre- 
mier prénom deux fois) en vert. 
Même alternance vers la fin du 
■vrrn de l'office du Kippour au 
matin et au commencement du 
Moussaf. 

F. 104 a. Le mot «Yip est sur- 
monté d'une ornementation trian- 
gulaire, s'épanouissant en feuille 
au sommet, propre au xni e siècle, 
mais qui a pu être en usage en- 
core au xtv e siècle (fig. 10). 

F. 116 a. Le mot nptm, écrit dans toute la largeur de la page, 
en lettres creuses, est préparé pour l'enlumineur, qui à partir de 
là n'a pas continué son œuvre. 
F. 149 &, au bas. Dans le piout des msroT, à l'office du Mous- 
saf de Rosch haschana, en réclame 
de la page suivante, est écrit le mot 
û2*ttb, en lettres alternativement 
rouges et vertes, au-dessus d'un buste 
ailé et couronné, dont la langue est 
une flèche visant la page suivante. 

F. 196 &. Le premier mot du piout 
-nso dvn TN, au commencement de 
l'office du matin lir-p, de Kippour, 
occupe la tête de cette page dans 
toute sa largeur, dessiné et peint 
dans le goût des précédentes illustra- 
tions. Comme complément à gauche, 
figure une caricature moitié corps 
humain, moitié griffon, sur deux pattes fourchues, en tout sem- 
blable à la figure suivante qui est seulement plus grande. Nous 
ignorons le sens de cette image additionnelle, à la face juive, 
coiffée d'un chapeau pointu (fig. 11). 




Fig. 10. 



A 










r\^yix£~'-^^ 



j]jX£r*t 



-y 



2M) REVUE DKS ÉTUDES JUIVES 

1\ 259&. La môme caricature semi-humaine, semi-chimère, est 
reproduite également agenouillée, dont la position à genoux 

s'explique cette fois pari" texte. 
Cette figure est peinte dans la 
Kedouschâi vers la lin du piout 
ûrvoV», après le vers « toutes 
les créatures s'agenouillent de- 
vant toi » (fig. 12). 

F. 264 a. F. 264a. Dans l'of- 
fice du matin (Schemonè Esrè) 
de Kippour, le premier mot de 
la Seliha b*m nïk est ligure en 
lettres historiées comme précé- 
demment, mais dont les cou- 
leurs tendres sont remarquables. 
C'est la seule fois où le peintre 
s'est servi des nuances douces 
du lilas et du gris (fig. 13). 
F :*8T b Au commencement de l'office de Moussaf du Kippour, 
le mot wm occupe toute la largeur de la page, sous un rinceau 
de feuilles sur fond jaune très clair ; au-dessous est un rinceau 
sur fond noir. Les lettres peintes sur fond vert clair, et les join- 
tures sont de petites rosaces en blanc et rose. - Apres ixrom 
wV», le wnp et la TekW finale, sans la récitation des ratt, com- 
mence aussitôt la prière du soir ordinaire. 




12. 



Moïse Schwab. 



LES JUIFS DANS LA RÉPUBLIQUE DE SAN-MARIN 

DU XIV e AU XVII e SIÈCLES 



La présence des Juifs dans la République de San-Marin est at- 
testée, depuis la seconde moitié du xiv e siècle au moins, par les 
documents conservés dans les archives de cette République. Les 
Juifs y étaient venus, attirés par les mêmes conditions économiques 
que l'on retrouve dans les Marches, la Romagne et le Montefeltro, 
en un mot dans toute l'Italie. En ce temps-là, étant donné le 
manque d'institutions publiques de crédit, on ressentait vivement 
le besoin d'entreprises privées faisant la banque, le prêt sur gages, 
et les avances de capitaux aux citoyens et aux Etats. Ni les hautes 
classes, dont la fortune consistait surtout en biens fonciers, ni les 
classes inférieures, qui, tout en s'adonnant au commerce, étaient 
surveillées parles guildes et les corporations, et, par suite, étaient 
empêchées d'amasser des fortunes individuelles, et en particulier 
d'avoir de l'argent disponible, n'étaient aptes à remplir ce rôle. 
C'est ainsi que les Juifs, pourvus à la fois de capital et de capacités 
qu'ils devaient aux conditions très spéciales de leur vie privée et 
publique, se mirent naturellement à faire la banque (qui, au début, 
se réduisait au prêt sur gages et aux affaires d'intermédiaires) et 
réussirent presque à le monopoliser avec l'aide et sous la protec- 
tion des différents gouvernements, y compris le Saint-Siège, qui 
reconnaissaient tous les services pratiques et indispensables ren- 
dus par les Juifs. Les petites villes et les bourgs des Marches et de 
la Romagne, région où on ne faisait guère que de l'agriculture et 
où manquait, par suite, une classe indépendante et digne de 
confiance de marchands et d'industriels, dont les entreprises 
assurent la prospérité et l'emploi des capitaux, étaient les pre- 
miers en Italie à reconnaître l'utilité et l'activité des Juifs. 
On en était si convaincu, que lorsque les Juifs ne venaient 
pas de leur propre initiative, on les appelait et on les engageait, 

T. XLVHI, N° 96. 16 



242 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

comme on l'avait fait pour des maîtres d'école, des prédicateurs, 
des médecins et des juges de paix. 

Ce fut le cas pour la République de San-Marin. Des banquiers et 
des prêteurs juifs y vinrent, sur la demande de la régence, princi- 
palement des centres de Rimini, Aucune et Recanati. Nous savons 
cependant qu'il en vint aussi de Mirandoleet d'autres lieux, ce qui 
est assez naturel, car il y avait à peine une ville ou un village, 
dans toute la région, qui n'eût pas parmi ses habitants un ou plu- 
sieurs Juifs, et tous les Juifs semblent avoir été en relations ou, 
tout au moins, avoir correspondu entre eux pour affaires. 

On peut suivre la trace de la présence des Juifs à travers presque 
toute la série des archives (principalement dans les registres de 
résolutions et de comptes), en remontant jusqu'au xiv e siècle. A 
cette époque, les statuts concernant les débiteurs et les usuriers 
visent avec une clarté indéniable les transactions des Juifs. Ainsi, 
des lettres nous fournissent des informations plutôt sur les per- 
sonnes que sur les affaires, tandis que les registres des officiers 
publics et des notaires de contrats prouvent que les fonctions de 
banquier ou de prêteur juifs avaient, en quelque sorte, le caractère 
d'une institution publique. Le premier nom israélite qui se présente 
dans les documents de San-Marin est celui d'Emanuel fils de feu 
Jonathan de Rimini, qui, le 3 juillet 1369, garantit à un bourgeois 
de San-Marin un prêt de 340 ducats dûment enregistré par un 
notaire. Les documents de cette période ancienne étant générale- 
ment rares, on ne doit pas conclure du manque de données sur les 
Juifs entre 1369 et 1429 que ledit Emanuel fût seul de son genre. 
Quoi qu'il en soit, nous trouvons que, dans l'année 1429, un Juif 
de Pesaro arrive sur le territoire de la République, porteur d'une 
chaleureuse recommandation d'une dame Camilla Sforza del Drago, 
épouse du seigneur de Pesaro. Le Juif s'appelle Musetto et il vient 
pour réclamer à un certain Mathasias, Juif de San-Marin, une 
somme d'argent qui lui est due. Il est, chose curieuse, le maître 
de danse des beaux-enfants de dame Camilla, et celle-ci semble 
très désireuse qu'il reçoive un accueil honnête et courtois. Le 
même sentiment à l'égard d'un groupe de Juifs de ce temps inspire 
une lettre du comte Guidantonio de Montefeltro, adressée à la 
Régence. Le comte, étant informé des intentions hostiles qui ani- 
ment certains citoyens de la République contre les Juifs qui y 
résident, rappelle aux régents que lesdits Juifs « ont en mains 
beaucoup de dépôts et de gages appartenant aux habitants de 
Montefeltro et tout ce qu'il y a de mieux à San-Marin, de sorte 
que tout malheur qui leur arriverait serait la ruine du pays », 
et il ne semble guère juste qu'ils aient à supporter quelque 



LES JUIFS DANS LA RÉPUBLIQUE DE SAN-MARIN 243 

ennui (1442). Il est pourtant difficile d'affirmer que les Juifs ont 
toujours agi honnêtement, si, toutefois on peut avoir confiance 
dans les affirmations de leurs ennemis : on mentionne un voleur 
(1455), un traître prétendu ou suspecté, et un homme répandant 
de la fausse monnaie. 

Les « livres de comptes » mentionnent une femme juive nommée 
Anna (1454) et quelques hommes, parmi lesquels Musetto, qui 
fournirent à la Régence les fonds pour subvenir aux frais occa- 
sionnés par la visite du Comte Frédéric et de la comtesse Baptista 
de Montefeltro en l'an 1462; Mathasias, dont les comptes avec le 
gouvernement sont balancés le 17 mars 1478, et qui partagea avec 
son frère Joseph la possession d'abord d'une mule (1478), puis d'un 
cheval (1491), qu'ils louaient pour une rétribution aux régents et 
à d'autres. Le 4 mars 1492 leur place fut prise par Raphaël, fils de 
Joseph, qui signa un contrat spécial à cet effet et reparaît dans 
les comptes de janvier 1493 et ailleurs. 

Le 6 mai 1494 on balance les comptes de Mathasias, fils de 
Musetto, qui possédait aussi un cheval et le louait aux ambassa- 
deurs de la République pour quelques tournées à Gesena et ailleurs. 
Il louait aussi une courte-pointe et des draps de lit aux maçons 
travaillant pour le compte du gouvernement. Un Raphaël et un 
Joseph, peut-être les mêmes que nous avons déjà rencontrés, sont 
mentionnés de nouveau pour les années 1496 et 1497, cette fois 
comme ayant été précédemment à Mirandole et se trouvant pré- 
sentement à Pietracuta, village voisin. Nous voyons une femme 
« laGentile de Mathasia », citée (1501) à propos d'une provision de 
combustible. Le dernier jour de juillet 1502 un chrétien est puni 
d'amende pour avoir commis un maléfice sur la personne d'un 
nommé Aronino, Juif, qui est crédité le même jour d'une certaine 
somme d'argent, pour le compte d'un Ser Antonio nommé tout de 
suite après. 

Les Juifs, cependant, n'étaient pas toujours créanciers. Une 
lettre du comte Frédéric de Montefeltro (1464) nous informe qu'ils 
devaient de l'argent aux moines de San Francesco. D'autres 
lueurs intéressantes sur leur vie nous sont fournies par la com- 
tesse Catherine de Carpegna (1468), qui se déclare disposée à 
racheter certains objets engagés chez le Juif à San-Marin par un 
de ses ressortissants, pourvu que le Juif retourne certains sacs de 
blé aliénés à tort par son serf et passés pour le payement des 
intérêts au prêteur. Giovanni da Faenza (1472) évidemment un 
juriste, discute une affaire scandaleuse, dans laquelle un Juif est 
nommé comme complice dans un cas d'adultère avec une femme 
chrétienne. Une autre fois (1482) Tévêque de Forli et l'évêque 



244 REVUE DES ETUDES JUIVES 

de Tivoli, alors gouverneur de Romagne, témoignent pour et 
contre un Juif accusé de TOI ; et dans une lettre datée de 1502, 
le duc Guidohaldo d'Urbin plaide personnellement la cause d'un 
nommé Raphaël, Juif, « son homme », contre un citoyen de San- 
Marin. 

Après le début du xvi° siècle les documents concernant les Juifs 
sont assez fréquents et assez étendus pour nous autoriser pleine- 
ment à admettre que le prêteur sur gages et le banquier «les anciens 
temps, ayant amené peut-être avec lui un parent mâle ou un 
associé, avait bientôt trouvé moyen de s'établir a San-Marin avec 
toute sa famille et les familles de ses parents et de ses associés. 
Ainsi se forma une communauté juive régulière qui attira l'atten- 
tion du gouvernement et provoqua assez fréquemment des réso- 
lutions et des mesures restrictives. 

Tout un groupe de Juifs de Rimini, pendant la peste de 1523, 
envoya un messager spécial avec une requête écrite par l'un d'eux 
aux régents de San-Marin, à l'elfe t d'obtenir la permission de se 
réfugier sur le territoire de la République. Nous ne savons pas 
directement si la requête fut accordée, mais c'est probable, car 
quelque temps après une lettre de Malatesta de Rimini nous informe 
que le peuple de San-Marin trouva la présence de tant de Juifs 
insupportable et les molesta en conséquence. 

Quoi qu'il en soit,- un Juif fit des affaires en 1530 et le conseil 
de la cité trouva bon de lui ordonner de porter un signe et de régler 
ses comptes d'intérêt. D'autres décrets et résolutions semblables 
concernant les Juifs sont publiés à San-Marin, en 1539, 1542, 1547, 
1548, 1553, 1554, 1555, 1557, 1558 (année où un comité fut nommé 
pour examiner le moyen de protéger les banquiers juifs contre les 
sévices des babitants) 1560, 1561, 1601 (ordre donné aux Juifs de 
porter une rouelle bleue et décisions intéressant l'évêque de Foiii 
et le duc d'Urbin), 1608, 1610, 1613, 1614, 1652, 1653, etc., etc. 

Une lettre d'un certain Salomon, fils de Bonaventura et banquier 
à Ancône, adressée aux régents (28 septembre 1533) nous donne 
un aperçu des chagrins domestiques de la nièce de l'écrivain, 
nommée Dolcc, épouse de Raphaël, banquier à San-Marin. Cette 
pauvre femme, après avoir été dépouillée de tous ses biens, depuis 
sa dot de 200 ducats jusqu'à tous ses bijoux nuptiaux (y compris 
son alliance d'or) valant 50 ducats, s'était enfuie de chez son in- 
digne mari pour se réfugier chez son oncle* et elle avait été lésée 
aussi dans ses affaires par suite de la malhonnêteté et de l'insou- 
ciance du misérable Raphaël. Salomon nous raconte toute l'histoire 
avec une grande sincérité, et il donne au lecteur tout à fait l'im- 
pression d'un caractère honnête. Presque aussi intéressantes, 



LES JUIFS DANS LA RÉPUBLIQUE DE SAN-MARIN 245 

et peut-être d'une importance historique plus grande, sont deux 
lettres des échevins de San Léo (1537) et de S. Arcangelo (1546) 
annonçant la conversion à la foi chrétienne, l'un d'une pauvre 
Juive, l'autre d'un Juif. 

On trouve encore dans les archives de San -Marin d'autres docu- 
ments concernant les transactions commerciales des Juifs, mais 
ils ne sont pas assez nombreux ni assez importants pour nous 
permettre de retracer d'une manière plausible leur système d'af- 
faires et l'extension de leur commerce. 

On ne doit pas oublier qu'au xvii e siècle les Juifs réclamaient 
souvent l'assistance du gouvernement pour se débarrasser des 
gages déposés dans leurs banchi ou boutiques : un délai de deux 
mois était alors généralement assigné pour le rachat et notifié 
publiquement par les hérauts de la République. Le terme expiré, 
les objets qui n'avaient pas été rachetés devenaient la propriété 
absolue et légale des Juifs et ils en disposaient à leur gré. 

Il n'est peut-être pas nécessaire d'ajouter que ces affaires de 
prêts sur gages étaient menées seulement avec des personnes 
privées, tandis que les transactions avec les régents semblent avoir 
été des prêts sur contrats ou billets à ordre. Dans les derniers 
siècles l'importance et le nombre des Juifs de San-Marin va tou- 
jours en diminuant, sans doute à la suite de la création d'établisse- 
ments publics de prêts sur gages (monts de piété), de l'extension et 
de la modification des systèmes de commerce et de banque, du pro- 
grès général économique, qui étendit à d'autres les privilèges et 
les commodités qui avaient été jusque-là le monopole de la fortune, 
de l'industrie et de l'activité des Juifs. 

Amy A. Bernardy. 



PIECES JUSTIFICATIVES, 
i. 

S. Marin, 3 juillet 1369. 

Instrument du notaire Francesco Balduccio Davarini, moyennant 
lequel le Juif Emanuei de Rimini (« Manuelle quondam Gianittani 
da Rimini ») prête contre gages, à Guidiuo, fils de feu Giovanni di 
Giamarino Fagnani de S. Marino et à Giacomo, fils de feu Geccolo 
Marchi, la somme de 240 ducats. 

(Archivio Governativo. B. 185 doc. 7.) 



246 REVUE DES ETUDES JUIVES 

II. 

Pesaro, 30 août 1429. 

Camilla Sfor:a Del Drago recommande aux capitaines-régents 
le Juif Musetto. 

Spectabiles viri amici carissimi : El viene da le vostre spectabilila 
Musetto hebreo Citadino de questa mia Cita per exigere da uno Ma- 
thasia ebreo habitatore de li certa quantita de dinari de dote chel ha 
in deposito como dal dicto Musetto piu amplamente quelle intende- 
rano : Et quantunqua sapia essere superfluo reeomaudare li mei ad 
v ro pta gpta p er i a affectione che continuamente le hauo portato ad 
questo mio 111" 10 s 1- Gonsorte : nondimeno perche el dicto Musetto e 
homo da bene : et insigoa ad dauzare alli figlioli del predicto s. mio : 
Et perche parecchie iiate per questa casone le stato dal dicto Matha- 
sia : et non ha possuto consequire nulla anzi e straziato et tenuto 
in tempo con suo grau damno Iho voluto per questa mia recomman- 
darglilo : sperando che le mie recommandatione apprexo v. sp la 
habino ad produrre qualche fructo : et pregarle che constandogli 
musetto predicto essere vero creditore, gli piacia non lassarlo stra- 
tiare : anche ordinare chel habij el suo como e justo et honesto : el 
che me sera gratissimo OfTrendomi ad vostri piaceri paratissima. 

Pisauri die penultimo augusti -1429. 

Kamilla sfortia de drago Gomitissa cotiguole... Pisauri, etc. 

(Arch.gov. Carteggio alla Reggenza 1429.) 

III. 

Urbin, 12 décembre 1442. 

Le Comte Guidantonio di Monte fellro prie les Capitaines-Régents de vou- 
loir bien protéger les Juifs de S. Marin contre l'hostilité de quelques 
citoyens. 

Nobiles amici et dilecti carissimi, Noi sapiamo che testi giuderj 
che stanno li a Saumarino hanno de molti pegnj de nostrj homenj 
de monteieltro, et tucto el piu utile de quella Montagna in mano, 
Unde se sinistro alcuno li interuenisse, che hauemo inteso che per 
alcunj de testa terra se volea cercare farli nouila, séria la deflactione 
de dictj nostrj homenj, et séria gram vergogna et mancameuto atesta 
Gomunita. Epero vj confortamo aremediarce et che non voliate se 
possa dire maie de voj, corne non se e possuto dire per lo passato, 
pur laudabile séria, non vi satisfacendo loro, adarlj licentia, e loro 
satrouaranuo ben due stare, In altra ce rusirieno de gram scandalj. 
Epero semo contento haneruilo notificato prima. 

Datum urbinj xij décembre 1442. 

Guidantonius Montisfeletri Urbinj et Durantis cornes, etc. 



LES JUIFS DANS LA RÉPUBLIQUE DE S AN-MARIN 241 

(Au verso.) Nobilibus amicis dilectis nostris Gapitaneis Terre Sancti 

MariDJ. 

(Arch. gov. Carteggio alla Reggenia 1442.) 

IV. 

Cagli, 6 décembre 1451. 

Marino Calçigni, Podestà de la ville de Cagli et citoyen de St. 
Marin, conseille aux Capitaines-régents de donner deux ducats d'or 
au Juif Musetto, à l'occasion d'un « malefizio » commis par le fils 
d'un certain Vita contre le susdit Musetto. < 

(Arch. gov. Cart. alla Regg. 1451.) 

V. 

S. Marin, 26 février 1454. 

Reçu d'un prêt fait à la République de S. Marin par la Juive Anna. 

26 febbr. 1454. 
Lanna giudera dehauere liuere tre et soldj X dariento I qualj lej 
ce presto sopra el rexuto de Simone de Marino de giobanne I qualj 
toilimmo commo denari del fume per mandare Auixitare el S. miser 
Alixandro che Ando Kl bianco et Bertole de Agnole de cione. 

L 3 s 10 d 0. 
(Arch. gov. Libro di Entrate e Spese 1444-1465 — B. 264.) 

VI. 

Urbin, 4 juin 1454. 

Marino Calçigni envoie aux Capitaines-régents son avis sur la conduite 
à tenir à V égard d'un juif qui avait manqué à sa parole. 

Spectabiles viri et maiores honorandissimi. ho receuuta vostra 
lettera alaquale respondo. Che essendoui dati per obstaggi da abraam 
li figlolj et promessoue de batizarse. dicete che uolite tenere li obs- 
taggi per lafede rotta che va facta abraam. Et questo se voj hauite el 
modo a prouare che ue la desse per obstaggi. Et pure daxendoue 
lasigurta de pagare omne pena et omne cosa che abraam fosse in 
curso. renditelj lifigliolj ma videte di asigurarue bene state pure 
forte a volere tenere li obstaggi che viranno quellj cani giudej acio- 
che vorite racomandome a voj Urbiuj die iiij Junij 1454. 

Marinus de Calcignis 11. doctor. 

(Arch. gov. Cart. alla Regg. 1454.) 

VII. 

Urbin, 22 mars 1455. 

Le Comte Ottaviano degli Ubaldini prie les Capitaines-régents de 
vouloir bien s'intéresser au sort d'un certain « Abraham da laquila 



REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

gia et mo habitante de Sam Marino » qui est retenu en prison pour 
« une petite erreur » qu'il a commise. 

(Arch. gov. Cart. alla Regg. 1455.) 

VIII. 

S. Marin, 1458. 

Mémorandum de V argent emprunté au Juif Musetto par les Capitaines- 
régents. 
a. 1458. 
Quj sonno scripti et anotati tutti li dinarj li quali noj Menghino et 
Bariole de Michèle hauimo receuulj da Musetto ebrej per danarj dati 
a li nostrj ambaxiaturj per andate facte como appare disopra et per 
altrc facende como apparera. 

(Arch. gov. Libro di Entrate, etc., b. 264.) 

IX. 

Pietramaura, 20 juin 1459. 

Le Comte Ugolino Bandi prie les Capitaines-régents de faire rendre 
justice à une pauvre femme qui a reçu deux florins faux du Juif 
Musetto. 

Magnifici maiores honorabiles : La lucretia de marino da monte 
hauendo bisogno derescotere suo flglolo uenne li a sammarino adim- 
pegnare certe sue cose a Musetto giudeo el quai gledette doj fio- 
rinj falsi dej quali uene remanda uno, pregoui gle uoliate prouedere 
aquesto che e la deffatione de le pouere persone et gran uergogna 
auoj, et per niente e cosa da comportare. Perche uoj non crediate sia 
mancamento de laltra parte, ue mando questadonna propria che 
toise idicti fiorini pregoui gle uoliate prouedere, che pure inquesti di 
ne fo dato unaltro ala samaritana de qui per lo simile modo. Reco- 
mandome auoj. 

Petremaurj die. XX Junij 1459. 

Ugolinus de bandis. 

(Au verso). Magnificis maioribus honorabilibus Gapitaneis Terre 

Sancti Marinj. 

(Arch. gov. id., id. 1459.) 

X. 

Notes des dépenses faites par les Capitaines-régents avec de l'argent 
emprunté aux Juifs. 

S. Marin, 1462. 

A. 1402. 
Spesa facta per la venuta de lo Illu S. Conte de Urbino et de la 
Illustrissima Madonna Baptista sua donna a sau marino 



LES JUIFS DANS LA RÉPUBLIQUE DE SAN-MAR1N 249 

Item receuemmo da Mosetto bolognini vintedoj per pullj equalj 
receuette el Cap Riccio. libr \ s 2 d 0. 

Item pago eldicto Mosetto o uero de amarino de brantino bolo- 
gnini vinteotto. libre 1 s 8 d 0. 

Item de eldicto Mosetto per pullj doj bolognini de sale et doi manj 
de caxio monto bolognini vintedoj. 11 s 2 d 0. 

(Arch. gov. Libro di entrate, etc., b. 264 ) 

XI. 

S. Marin, 1464. 

Mémorandum de l'argent emprunté à la juive Anna par la régence. 
A. 1464. 

Item da lanna giudea bolognini diece dequatrinj. 

L0 slO. 

(Arch. gov. Libro di entrate, etc., b. 264.) 

XII. 

Casteldurante, 7 septembre 1464. 

Le Comte Federico di Montefeltro prie les Capitaines-régents de vou- 
loir bien obtenir des Juifs de S. Marin la restitution d'une somme 
d'argent qu'ils ont empruntée aux moines franciscains. 

[Spjectabiles amici carissi[mi]. 

Li fratrj de sanfrancescho me dicano che hanno adauere certj de- 
narj de certi giuderj deli et che maie li e tenuto ragione unde consi- 
derato che sonno persone pouere et che anche questo fatto sapar- 
tene adio vepregaria che noi li facieste tenere ragione sumarie et 
expedite et che possino hauere el loro senza alcuno litigio per che 
queste sonno limosine che non se perdano. 

Ex durante vij setembris U64. 

Federicus cornes urbinj Montisferetrj ac durantis, etc. 

(Au verso). [Spec]tabilibus amicis nostris [ca]rissimis capitanijs 
[tjerre Sammarinj. 

(Arch. gov. Cart. alla Regg., 1464.) 

XIII. 

Carpegna, 9 décembre 1468. 

La Comtesse Catherine de Carpegna prie les Capitaines-régents de vou- 
loir bien arranger pour elle une petite transaction avec le Juif de 
S. Marin. 

Spectabiles Virj amicj honorabiles. Elfo morto quj uno Alisandro 
elquale era mio fameglio et hauea moglie quj ala castelacia et eldicto 
feua ifattj mij et hauendo luj certj pegnj li algiudeo iqualj pegoj 



KM REVUE DKS ÊTUDE8 JU1VKS 

lisouno ancora et siendo inquesta stato la niastellj del mio grano 

per lusura algiudeo pertauto vipregaria vipiacesse daendo io el suo 
douere aldicto giudeo merendesse idittj pegnj acioche io non per- 
desse eMitto grano laquale cosa hauero inpiacere da uoj Quando io 
posso niente, per uoj so continuo aparechiata Et quando el giudeo 
volesse sicurta Ij che didictj pegnj che maj uô bauere impactio 
lidaro. 

Carpignj die 9 decembris 1468. 

Catherina comitissa Carpignj. 



XIV. 



(Arch. gov. id., id., 1468. 



Riinini, 7 août 1472. 



Giovanni da Faenza écrit aux Capitaines-régents au sujet d'un scandale 
dont on accuse un Juif. 

...Gum hoc sit : quod talis hebreus diceretur et inculparetur 
quod carnaliter cognouisset talem mulierem et ipse hebreus doceret 
non esse... In questo modo serae cauto benissimo el dicto hebreo 
ne per tal transactione se proua tal delicto essere stato comesso e 
anco lohonor de liparenti de quella femina. Io non ho dicto cosa 
alcuna de tal facende alsibitore ne ancora diro ad altri. perche non 
sono facende da publicar. Ve auiso che del dicto ex hibitore non se 
Keceuuto cosa alcuna séria stato meio chel giudio hauesse mandato 

luj che me aria pagato. per che era caso meritaua elpresio 

(Arch. gov. Cart. alla Regg. 1472.) 

XV. 

S. Marin, 17 mars 1478. 

Revision des comptes du Juif Mathasias avec l'État de S. Marin. 

Adj. xvii demarzo 4478 fo veduta laraxione de mathasia ebreo per 
li spectabilj homini Simone de maestro antonio et ludouico de mi- 
chele honorandi capitanei de Samarino per el tempo dei sei mes 
passati cio e da octobre 4477 fino tutto el présente mese demarzo 
1478 resta adare al comune per dicto tempo libre tredexie soldi cin- 
que et danari sei. 43 5 6. 

(Arch. gov. Liber olfitialium et debitorum communis 1478-1520.) 

XVI. 

S. Marin, 30 septembre 1478. 

Même oh jet. 

Adj ultimo de stembre 1478 fo ueduta laraxione per Noi Gapitanij 
Simone demarino et Giohanne de Icalcignj de Ipagamenti facti per 



LES JUIFS DANS LA RÉPUBLIQUE DE SAN-MARIN 251 

Madasia ebreo et Ioseph suo fradello et seruimenti del mulo al tempo 
de la nostra capitananza. et del salarie de aprile et maggio. che loro 
sonno tenuti alla comunita. perche de li Indreto li fo tolta la liceatia 
de la comunita de prestare resto hauere dicto madasia ueduti Idicti 

pagamenti libre doe et sol 

(Ibid.) 

XVII. 

Urbin, !«' février 1480. 

Le comte Ottaviano degli Ubaldini prie les capitaines-régents de 
vouloir bien s'intéresser au sort du neveu d'un archevêque qui s'est 
rendu coupable d'une faute avec la complicité et à l'instigation d'un 
Juif et d'un autre mécréant. 

(Arch.gov. Cart. alla Regg. 1480.) 

XVIII. 

Cesena, 22 mars 1482. 

Vévêque Tiburtin, gouverneur de la Romagne, demande aux Capitaines- 
régents qu'ils fassent arrêter et emprisonner un voleur juif. 

Spectabiles Viri Amici nostri Garissimi : 

Perche li ladri sonno moite uolte Gasc[ione] de La ruina de [li] fidi 
homini... siando accapilato li in San Marino uno Benedecto altra- 
inente Barocho hebreo el quale in sieme cum uno altro ladro el quale 
e preso qui nelemano del podesta de cesena ieri xe quindece di che 
rubarno in lo Bancho de uno datolo de lione. .. cinture et anella de 
valuta de circha ducento ducati et mo in quella nocte. . . hauea ru- 
bato pur adicto datolo de dicto bancho per ualuta de apresso dimolte 
altri ducati : quale robbe erano de diuerse per[sone del questa cita. 

(Arch. gov. Çart. alla Regg. 1482.) 

XIX. 

S. Marin, 1491. 

Comptes des juifs Mathasias et Joseph avec la Régence. 

(A. 1491.) 
Mathasia hebreo de hauere adj VI demaggio 1491 per la uectura del 
suo Gauallo. 

El capitano Antonio debe dare alacomunita 4 494 

Et più dedare 11 17 dô. è 

...da Joseph hebreo. L 17 d 6. 

(Arch. gov. Libri del Camerlengato 1491 :) 



2o2 REVUE DES ETUDES JUIVES 

XX. 

S. Marin, 4 mars 1492, 

Élection du juif Raphaël au o banco » de S. Marin. 

In Christi nomine anno 1492 lad X 1 die quarta mense Martij. 

Raphaël hebreus conduclus a coramunitate terre Sancti Marinj re- 
cepit eius olTitium ex commuai cuin pactis et conuentionibus in eius 
capitulis contentis manu Egregijs virj Santj Mauritij. 

Quj hoc breue mutuauit communitatj. . . libras denariorum quae 
non debent ex computarj nisi lapsis duobus annis. 

(Arch. gov. Liber of'fitialium, etc., c. 100, 1478-1520, b. 265.) 

XXI. 

S. Marin, 4 janvier 1493. 

Comptes du juif Raphaël avec la Régence. 

Adi 4 de genaio 1493. 
Rafel de Josef ebreo habitatore asan marino di hauere dalla comu- 
nita de desancto marino. lire quaranta uua etsoldi trj iqualj forono 
pagatj amaestro antonio murador de commissione de pagamento. 

Ll. 41 . 3 . 

Epiu dihauer dicto rafael adj 8 de genaro 1493 iquali haue Impe- 
guato Bonifacio soldj uintij et dinarj quatro. 

Ll. 1 .0.4. 

Epiu dihauere adj 6 degenaro 1493 iqualj haue... Christofano per 
mandare miser dolce a cesena ducatj duj doro. 

Ll . 6 . 20.0 

Epiu dihauere dicto rafael adj 18 degenaro i quali sonno dati 
amiser dolce per lasua fatiga ducatj dodexie doro. 

Ll 39 . . 

(Arch. gov. Libri del Camerlengato 1491-1512.) 

XXII. 

S. Marin, 6 mai 1494. 

Comptes du juif Mathasias avec la Régence. 

Matassia de muxetto ebreo dasamarino dihauere dala Comunita de 
samarino per lauettura del suo cauallo al tempo de sermenetto et 
francesco de antonio danextaxio in prima per una andata acessena 
stetle duj dj elquale haue antoûio de polinoro Item haue el dicto 
cauallo bonilatio duj dj che ando aparlare al S. ottauiano sopra el 
fatto delà trega Item haue el dicto cauallo ser antonio de girolamo 



LES JUIFS DANS LA RÉPUBLIQUE DE SAN-MAR1N 233 

trj dj perfare la trega cum lj homine de ueruchie monta in tutto fo 
veduta adj 6 demagio 1494 la dicta raxione. 

Ll. 1 . s. 15 dj 0. 

(Arch. gov. Libro del Camerlengato 1491-1512, c. 19.) 

XXIII. 

S. Marin, 31 juillet 1494. 

Matassia de moxetto ebreo da samarino dihauere dala comunita de 
samarino soldi vinteotto li qualj li fece bonj sismondo tesaro per 
resto del suo seruito ali contagiosi de la peste et questo fo de con- 
cessione de sismondo debitore del dicto matassia et de questo ne 
apare boletta ad in filza adj. ultimo de luglio 1494. 

LU s 8 d 0. 

E piu pago dicto matassia s 5 d 10. 

E piu pago dito matassia libbre tre et soldi dece sette per naulo de 
lenzole et coperta el quale tenue maestro antonio muratore mixe l 
undece monta. Ll 3 s 17. 

Epiu pago dicto matassia libre 7 per letto e coperta 7 lenzole per 
mixe quatordice e quale. Ll 7 s d 10. 

XXIV. 

S. Marin, juin 1496. 

Comptes de la Régence avec les juifs Raphaël et Joseph. 

(G. 144.) 
Et piu pago dicto Gapitano fabritio de pier lione bolognini Ginque 
arafaelle hebreo per partj de quelli homini al haueredal comune. 

L s 5 d. 
(G. 150.) 
Et adj VIII de giugno di dare dicto capitano bol. III et dinari sej 
per Capis. . . in Joseph hebreo de Jeronimo deberardo. 

L — s 3 d6. 
(Arch. gov. Libro del Camerlengato 14y4-l502.) 

XXV. 

S. Marin, septembre 1496. 

Comptes de la Régence avec le juif Raphaël. 

R[icevette] la Comunita de Samarino dal Contra scriptoMateo libre 
vinti i quale acordo rafaello ebreo al quale era Greditore de la Comu- 
nita de dinare prestj a la dicta Comunita iquale dinare a Cordate fo 
al tempo del Gapitano fabritio et Sabatino de biaucho et fo del mexe 
de Setembre 1496. Ll 20 s d 2. 

(Arch. gov. Libro del Camerlengato 1491-1512, c. 33.) 

1 =3 mesi. 



REVUE DÈS ÉTUDES JUIVES 

XXVI. 

S. Mario, 1497. 

Paiement fait par le juif Mathasias au capitaine-régent Nalteo 

di Tura. 

Epiu pago el sopra dicto Matasia al Capilano Mateo de turc soldi 
quindexe de qualrini el fo del 1497. L s 15 d G. 

(Arch. gov. Libro del Camerlengato 1491-1512. 

XXVII. 

S. Marin, 20 sept. 1497. 

Contrat entre les sindici de S. Marin et le juif Raphaël- 

In christi Domine Anno abeius natiuitate millésime- quatragix[imo] 
Nonageximo septimo Jndictione XV a tempore pontificatus dominj 
nostrj domiDJ aîexandrj papa sexti et die vigexima Septembris. 

Spectabiles virj Simon magrj Antonius de bellucijs et Evangelista 
quondam Jeronimi de bellucijs de terra sancti marinj. 

Sindici et procuratorcs Comuais et Universilatis terre sancti marinj 
et Raphaël quondam damirandola hebreus et habitator terre predicte 
sancti marinj. Et in presentiam habitator Gastrj petragutola. . . etc. 

(Arch. gov. Liber Oilitialium 1478-1520, c. 132 v.) 

XXVIII. 

S. Marin, 14 mai 1498. 

Comptes du juif Mathasias avec la Régence. 

E piu pago el sopra dicto al Gapitaneo ser giohanne libre tre et 
soldi sette i qualj haue el podesta et fo adj 14 de magio 1498. 

Ll 3 s 7 dO. 

Epiu pago dicto Mattasia ouer li fe boDj ser giouanne de menghiDO 
libre otto et soldi tredexe per parte de suo salario del capitaneo con 
valeate de paulo 1498. Ll 8 s 13 do. 

(Arch. gov. Libro del Camerlengato 1491-1512.) 

XXIX. 

S. Marin 1501. 

Prix de cinquante faisceaux de bois achetés par la juive Gentile. 

(G. 187 v. — a. 1501.; 
Item hauuto da la Gentile de Malhasia per cinquanta fasine de 
lignio che li uenditeno alafornaxa. Lbre s 10 d 0. 

(Arch, gov. Libro del Camerlengato, c, 187 v. — a. 1501.) 



LES JUIFS DANS LA RÉPUBLIQUE DE SAN-MARIN 2&> 

XXX. 

Fossombrone, 4 mai 1502. 

Le duc Guidobaldo d'Urbino prie les Capitaines-régents de vouloir bien 
faire rendre raison à son protégé, le juif Raphaël. 

Spectabiles Amici amantissimi. 

Raphaelle ebreo homo mio : dice hauere una causa con Jacobo de 
Rainaldo dafaitano : per la quale altreuolte ve hauemo scripto : exbor- 
tandoue ad farli expedita ragione : che non li fosse necessario omne 
di essere la spese : et viaggi. . . 

(Arch. gov. Cart. alla Regg. 1502.) 

XXXI. 

S. Marin, 31 juillet 1502. 

Crédits du juif Aronino. 

Aronino de Matasia ebreo di hauere per sue andate per uno letto 
dato in Gomune per li lonbardj como apare boletta ad infilza fatta 
per maao de Ser Antonio de mauritio ad ultimo de luglio 1502. 

L3 s 14. 
(Arch. gov. Libro di cred. e debiti, b. 265 — a. 1502.) 

XXXII. 

S. MariD, 31 juillet 1502. 

Créances du juif Aronino. 

Adj. ultino de Julij 1502. 

Maestro mateo de Jacomo Sarto da ferara di dare per uno malefitio 
comesso Iala persona de Aronino ebreo libre sette et soldi dece e 
questo e de Gomissione del Gonsiglio de i dodece Et a soj preghe et 
comandamentj Gristofano de maestro Jacome da Samarino li fe la 
sigurta non pagando m mateo sopradicto de pagare de si et de suo 
Et la dicta Comunita ouero Gonsiglio le fe termine quatro mixe pro- 
sime da venire. L 7 s 10. 

(Arch. gov. Débit, e crédit, b. 265 — a. 1502.) 

XXXIII. 

Rimini, 8 avril 1523. 

le juif Raphaël demande aux Capitaines-régents la permission de venir 
s'installer à S. Marin avec sa famille. 

Magnifiée Gapitanie salute etc. Mando el présente messo quai e 
Abramo mio garzone per fare Intendere auostre magnificentie como 



REVUE DES ETUDES JUIVES 

mia fantasia séria venire ad abitare la su convoi quando ve fosse Im- 
piaeere e questo chio facie none cliio. . . acio per che laterra sia tropo 
In defectto ma solo el fo per. . . venimo verso lastata che aliiempi de 
sospetti non e bono stare In questi lochi e macsime qua che per ogne 
doglie de testa se serrano In Casa senza rispecto per tante ue voglio 
pregare Garamente che me vogliate aceptare Gon la mia brigata che 
senuo nepti e sani dio gracie e piu siate seguri che gia sonno giorni 
dexi che uoi non hauemo aperta botega per respetto de la nostra 
pasqua e piu che sempre simo stale serali In Casa e piu che dio gra- 
tie nullo de nostri hebrei simo In suspetto alcuno e simelmente tuta 
la nostra Gontrada : ancora per una altra Causa me mouo laquale 
Intenderete da Gonsiglio e musetto non altro auoj signorie de Gonti- 
nino umilmente maricommando In rimino adi 8 de aprile 1523. 
El vostro fidelissimo amico, 

Rafaelle q. menachem hebreo de arimino. 

(Au verso.) Alimagnifice Gapitanie terra : S. Marino magiori houo- 
randi. In S. Marino. 

(Arch. gov. Cart. alla Regg. 1523.) 

XXXIV. 

Rimini, 9 mai 1527. 

Sigismondo Molatesta prie les Capitaines-régents de vouloir bien pro- 
téger les Juifs de Rimini gui demeurent à S. Marin contre V hostilité 
des citoyens. 

Magnifici Capitani di laterra di S 10 Marino Amici nostri Dilectis- 
si'mi : Essendo uenuli auoi Alcun hebrei di questa nostra cilla liquali 
haueano et hanno le loro famiglie di li in la nostra terra : dolendosi 
che ad nostra Inslanlia li homini di S. Marino li uogliono dare fuga 
et non uogliono che loro famiglie habitino in la lor Gorte dil che ni 
hauemo preso qualche et non poca admiratione che nostra mente 
non fo mai di exortarui a mandar uia predicti hebrei ne Altri solo 
quelli che nostri subditi ma inobedienti et mei et coxa nostra Contra- 
rij li quali parra a tucto El mondo facesti piu contode loro che del 
nostro proprio Gomodo di noi et di questa nostra Citta Perho ui 
dicemo et pregamo predicti poueri hebrei non Cognosciatj per quello 
che noi non li Cognoscemo Anci per Amor nostro li fareti ogni 
Gomodo che ci sera Grato et faremo ancora noi questo medemo et 
dipiu per Amor uostro ci ricommandiamo Arimini die VIIIj maij 
M DXXVIj. 

Di V. M. bono Amico. 

SiGISMUNDO DI MaLATKSTI. 

(Au verso.) Alli Mage' Cap. di la Terra di S. Marino Amici nostri 
dilectissimi. 

(Arch. gov. Cart, a li a Regg. 1527.) 



LES JUIFS DANS LA RÉPUBLIQUE DE SAN-MARIN 257 

XXXV. 

S. Marin, 5 avril 1530. 

Die 5 aprilis 1530. 

De Iudeo tenente banchum in dictam terram an debeat portare 
sigQum distinctum a christianis et an possit exigere 

Fuit conclusum 

Item quod hebreus debeat portare signum distinctum a christianis, 
et quod non possit se... super pignoribus nisi de mense integro 
computato de die ad diem Tantum et pro rata mensis et non ultra. 

(Arch. gov. atti del Cons. Princ, b. A. 3, c. 58 v.) 

XXXVI. 

Ancône. 28 septembre 1533. 

Salomon Bonaventura, banquier juif, supplie les Capitaines-régents de 
vouloir Men intervenir entre lui et le mari de sa nièce pour que ce 
dernier rende Vargent et les objets qu'il a volés à Salomon et à la 
Jeune femme. 

Mag ci s ri chapîtanij et s ri del conseglio mei patri honorando salute. 

Chredo che u. s. sia nota deli denari che raffeello figliolo de mena- 
chem da rimino marito de dolce mia nepote figliola de mia sorella 
charnale me debitore per contratti ducati tre cento quaranta de horo 
como che appare per contrattj qui in ancona de piu notari per aiu- 
tarlo et souenirlo al banco de là de S t0 marino de bando senza inte- 
resso alcuno et poi lifeci fare compagnia in arimino ne la strazaria 
de saluator et ezachia suo fratello barettari pure per che fesse bene 
et se leuasse del uitio del giocho che lui aueua pur tuta uia non 
passo uno anno emezo che bisognio pagare alli ditti soi compagni in 
la strazaria in rimino del banco Ij de s f0 marino ducati cento cin- 
quanta de oro per debito che luj aueua fatto per il suo giocho che 
aueua giochato corne se salamone deli fattor del ditto bancho che per 
man sue foro pagati ditti denarj elli spesi che ce fo fatto del banco 
de u. u. s. oltra de questo uendette la chasa ha gratia die de bolo- 
gnia... fora de tuta ditta chasa et bixogno che ce consentisse la 
donna per che laueua fatto obligare nel primo debito che luj aueua 
fatto sentendo et uedendo questi acti io uenni asanto marino et uolse 
che detto ar... me chautelasse deli mei denari et meseobligo sala- 
mone de daniello ten... schrochi fattore de ditto banco de santo 
marino pagarme ognie anno cinquanta ducati doro etmandarmeli qui 
in ancona attuti soi spei corne che appare del tutto per mane de ser 
antonio de pier tomasso deli tonzini deli de santo marino celebrato 
ditto contratto adi 26 de agosto 1528 corne che no la fede de ditto 
contratto de man de ditto notaro in man mia de ducati tre cento qua- 
ranta de oro del quale io non neo hauti se non cercha cento cinquanta 
ducati doro po.. .questo uedendo chel ditto raffaello andando sempre 
T. XLVI1I, N° 96. 17 



HKVl'K DES ÊÎUiTCS JU1VKS 

de maie in pegio in queslo ^uo giocho spoliando la sua donna mia 
nepota de tuti soi cose sottile de oro et de urgento et iine ala uer- 
getta duro eon che la sposo etuti li altri soi parramenti de lane et de 
lino liquali li aueua dati in dota oltra alli doi cento ducati doro largi 
contanti che feee la sumu In tuto de doi cento cinquanta ducati doro 
largi corne che appare per instrument puhlico et contralto dotale 
detilo io del mio in charta pecorina con lede de chancellero et con il 
sigiello de la comunila de rimino trouandome io in rimino et era 
présente el ditto rafaello et dolce sua donna mia nepota cl salamone 
sopra ditti futtor del ditto banco chiamai ser mstino de rimino nota- 
rio de banco et intrai in tenuta nel banco di s 10 marino per la ditta 
dotta de mia nepota et prodestai et séquestrai al ditto salamone fator 
de ditto banco che lui non desse denari ne robba ne nisciuna altra 
cosa finente che prima io non era fornito de essere satisfatto del de- 
bito deli tre cento quaranta ducati de oro che ditto ratï'aello ma 
addare et poi per li doi cento cinquanta ducati doro per la dota sopra 
ditta che io odate amia nepota sua donna : et cose el ditto rafTaello et 
ditta sua donna acceptarono tutti li sopra ditti cosi edissero al ditto 
salamone che fesse quanto io laueua ditto e cosi ser iustino sopra 
dito del tuto se ne rogo quantonque el ditto salamone fattore del ditto 
banco non erestato pero che non abia fatto stochi e mali contratti cou 
il ditto rafaello efatto quello che glie piacuto pur che li sia retornato 
eresultato in suo bruficio de ditto salamone et io sernpre pregando et 
exoi tanddo ditto salamone piu per mio amor non uoglia far tal cosa 
con il ditto rafaelo equesto lui il simile trouandome in rimino con 
ditto salamone in presentia de piu epiu ebrei io lo pregaj et exortai 
sel ditto rafïaello andaua li in santo marino che non lo aceptasse in 
chasa atento chel ditto salamone sera lamentato con mecho piu epiu 
fiati che ogne fiata chel ditto rafaello ueniua li setrouaua sernpre 
manco quai che cosa eche per tanto che dicesse chel ditto raffael 
strouasse adoue stenlare la uita sua altroue cheli gia che non asa- 
puto cognioscere il ben et io per uia de questa charestia et uedendo 
mia nepota in extremo denudata de. robba e de charne e acatando per 
la more de dio non houoluto auer tal mancamento che se dica che la 
nepota mia uaga acatando da nisuno et lo fatta uenire qui in ancona 
con il suo figliolo maschio in chasa mia so con laiuto de idio non la 
manchare da mangiare e la figliola femina la lassata in rimino in 
chasa de uno allro suo parento per lispesi. Et tuto questo ho fatto et 
fo per che la mia nepota con lisoi figlioli habiano qualche cosa enon 
uagano per merceda da nisciuno si che per questo suplicho de gratia 
eprego ad v. M. s. che ueneudo il ditto rafaelo li in santo marino che 
lidati licentia per che non habia mandare amale quel pocho resto che 
e nel banco quantonque ha il ditto salamone la uacchetta del banco 
dice in nome de rafïaello sa il ditto salamone quando foi ad rimino 
io glie ladetli con limei mani questo luio et sa lui tuti questi cose 
sopra scritti desopra si che per questo non po pecchare per ingno- 
rantia et dire cbe non losapeua ma io me ne ualero de lui e ariuaro il 



LES JUIFS DANS LA RÉPUBLIQUE DE S AN-MARIN 2'Ô9 

ditto salamone fine aterzo generatio con la rasione in mano che gia 
con maestro de lui ho hauto da fare et co la rasione lo fatti stari in 
deretto et lui e raffaello e stato chasoni che io non no meso piu de- 
nari del ditto banco li asanto marino : siche per questo ne prego v. 
m. s. che non ue in paciati in tali cosa per che la mia in tentione non 
e de auerce io uostri magnifici s. se non bona seruitu con tuti et non 
uoria che ditto raffaelle et salamone ue metessero u. m. s. in quel 
pelego che poi u. m. s. ne hauesero penti et sapiente paulo etc. et 
sapiati che io séria uenuto li insanto marino in persona se che io ho 
a expedire con la S. del R mo chardinal legato delà marcha certi breui 
de importanza che io adussi da roma etc. ma io me refido ne la pro- 
dentia de v. m. s. che sapeti dare expeditione amagio cosa che 
questa arestandome sempre seruitore de v. m. s. de qualunque cosa 
che per me sep[o] corne che minimo u. seruitor et aquella sempre 
maricomando et Bene ualéti. 

In ancona adi 28 de septemmoro 1533. El uostro seruitore sala- 
mone de bona uentura banchiero de ancona §. 

(Au verso.) Alli Mag c J s ri chapi nii et S ri Conseglieri del mag c0 con- 
seglio de santo marino Soi patroni honorando. 

(Arch. gov. Cart. alla Regg. 1533.) 

XXXVII. 

Ravenne, 3 février 1537. 

Le gouverneur de Ravenne informe les capitaines-régents que le 
juif Sanson de St. Marin a acheté un manteau de drap noir de Venise, 
qu'on a volé à Ravenne. 

(Arch. gov. Cart. alla Regg. 1537.) 

XXXVIII. 

San Léo, 12 juin 1537. 

Le Capitaine et les Priori de San Léo annoncent aux Capitaines- 
régents de San Marin la conversion et le baptême d'une Juive et les 
prient de vouloir bien lui faire l'aumône lorsqu'elle .arrivera à S. 
Marin. 

(Arch. gov. Cart. alla Regg. 1537.) 

XXXIX. 

Badia, 15 juin 1537. 

Le Vicaire Berardino Giannini prie les Capitaines-régents de vou- 
loir bien accueillir favorablement la Juive convertie de San Léo. 

(Arch. gov, Cart. alla Regg. 1537.) 



2G0 • REVUE DES ÉTUDES JUIVKS 

XL. 

S. Marin, 29 août 1539. 

Délibération du Souverain Conseil à l'égard du banquier juif 
de S. Marin. 
Die 29 augusli 4539. 

De Ilebreo bancherio petente sibi concedi licentiam uel tolerari ut 
mutuel pro tribus quadrantibus pro libra. — ...super salomoue 
hebreo et condemnatis. 

(Arch. gov. Atti del Cons. Princ, b. A. 3 — c. 128 v.) 

XLI. 

S. Marin, 7 novembre 1541. 

Délibération du souverain Conseil au sujet dujuifSalomon. 

Die lune 7 novembris 154!. 

De suplicatione Salamouis hebrei super suplicatione Salamo- 

nis hebrej quod dicta suplicatio signetur et concedaturei 

(Arcb. gov. Atti del Cons. Prim. b. A. 3. c. 157 v.) 

XLII. 

S. Marin, 4 septembre 1542. 
Die 4 septembres 1542. 
Quod Salomon hebreus bancherius petit sibi confirmari capitula 

banchi. 

(Id. id. c. 176 r.) 

XLIII. 

S. Arcangelo, 21 avril 1546 

Les anciens de S. Arcangelo invitent les capitaines-régents de S. Marin 
au baptême d'un Juif de leur tille. 

Magnifici s. fr eli bon. Angelo za hebreo nostro couteraneo Inspirato 
Da Dio lune proximo che uiene. Viene a latto del Batezarsi a farsi 
Xpiano alla nostra pieue de san Michèle qui et assendo cosa da pu- 
blicar e mandarne noticia a ciaseuui vicini nostri et in specie aquelli 
che speramo deuerne hanere geudio pero a vostre siguorie commo 
anostri hooorandi amici ne damo Noticia et le Jnuitamo se serra co- 
modo a Retrouarsi atal aquisto, et che lo uogliono fare publicare 
per II Reverendo padre predicatore suo. che ci farra gracia et ce gle 
ofleremo. et Racomandamo. 

Da s t0 Arcangelo li 21 de aprile 1546. 

De V. S. 

Commo fratelli li Antiani. 

De s t0 Ar 10 , etc. 



LES JUIFS DANS LA RÉPUBLIQUE DE SAN-MARIN 261 

(Au verso) Mag cis D ni8 Capitaneis Terre st marinj bene merito Nos- 
tris Tamquam Fratribushon [orandis]. 

In San Marino, etc. 
(Arch. Gov. Cart. alla Regg. 1546). 

XLIV. 

Rimini, 8 août 1546 

Gornelio dal Garro recommande très vivement aux capitaines-ré- 
gents le juif Salamon, qui leur apporte sa lettre. 

(Arch. Gov. Cart. alla Regg., 1546) 

XLV. 

S. Marin, 9 octobre 1547.) 

Délibération du souverain Conseil. 

Adi 9 de octobre 1547. 
De le cose del Giudeo... 

...Del Giudeo che non si lassi imprestare ne aluno ne alaltro 
giudeo... 

(Arch. Gov. Atti del Cons. Princ. b. B. 4, c. 4 v.) 

XLVI. 

Ancône, 10 octobre 1547. 

Les frères Juifs Samuel et Angelo du feu Salomon supplient les 
Capilaines-régents de vouloir bien s'intéresser à leurs affaires à St- 
Marin. 

(Arch. Gov. Cart. alla Regg., 1547). 

XLVII. 

Rimini, 8 février 1548. 

Le Juif Samuel & Ancône annonce aux Capitaines-régents renvoi à 
S. Marin de son représentant commercial. 

Mag ci S ri Capitaûij Mei patroni osser mi La de V. S. M ca diretta amio 
fratello l'habiamo riceuuta in ancone nel giorno de domenica prima 
passata. alla quele respondemo che de breue semandara II nostro 
homo li efarra tanto quanto deue in contentare el popolo deli pegni 
che chiegono. E per essere io acauallo perandare a ferrara per cosa a 
me de importanza sarro breue. Et alla bona gratia delà V. S. M ca ne 
racomandamo da Rimino ali 8 de Febraro 1548. 

D. V. S. 

Servitore Samueilo già de Salamon hebreo banchiero in Ancona. 

(Au verso.) Alli molto Mag ci S ri li s ori Gapitanij de s t0 Marino mei 
patroni Honorandi. 

[Arch. Gov. Cart. alla Regg. 1548.) 



262 H FAIT. DBS ETUDES J DITES 

\LVIII. 

Aucune, 8 lévrier 1548. 

Le Juif Angelo Bonaventura annonce aux Capitaines-régents l'envoi de 
Salamone da Cometo. 

Molto Mag ii et honorandi siguori-per una délie S. V. ho Inteso 
apieno II bisoguo et la scomodita di molti circa II potere riscotere, 
loro pegni, le quali subito monstrai a raio fratello, del che lui et io 
ci dolemo di tutti vostri dishagi, per II che subito deliberamo man- 
dare II présente Salamon da Cor[ne]to nostro ageute II quale habia II 
carico di restituire il pegni a quelli che uorranno scuotere Corne è II 
douere et si le S. V. M. si fossero risolute circa al sequitare lim- 
presto II quai luogho gia II delto Salamon da Cor to o altri starria et 
stanziaria Illi continuamente et tuttj quelli che volessero Impegnare 
ô riscotere sarano seruitj senza alcuno Indugio,pero quando a quelli 
piacia risoluersi per lo auenire se si ha da sequitare ô nô et dire lani- 
rao loro al detto Salamon II quale ci darra auiso del tutto che stare In 
questo modo non fa per le S. V. ne per noi, ne occorendo altro per hora 
resto al seraitio dele S. V. et basciandoli humilmentelemano del con- 
tinuo me li raccomando. Di ancona ali 8 de febraro 1548. D. V. M. S ri0 . 

Seruitore Angelo di Salomon bonauentura. 

(Au verso.) Alli molto Mag (i s ri li s^ Capitanj de S t0 Marino patronj 

honorandissimi. 

(Arch. Gov. Cart. alla Regg. 1548.) 

XLIX. 

S. Marin, 1" mai 1548. 

Le souverain Conseil s'occupe d'un Juif dans ses délibérations. 
(Arch. Gov. atti del Cens. Princ. b. B. 4, c. 10.) 

L. 

Ancône, 7 août 1550. 

Samuel fils de feu Salomon, Juif d'Ancône, répond aux Capitaines- 
régents qu'il attend son frère Angelo, arrivé de Rome, pour donner 
une réponse définitive à leurs communications. 

(Arch.Gov. Cart. alla Regg., 1550.) 

LI. 

Rome, 17 août 1550. 

Un bananier juif anonyme répond aux Capitaines-régents qui Vont 
invité à venir à S. Marino. 

Molto Mag ci Sig ri et padronj miei oss mi . 

La délie S. V. M. de 3 présente ho riceuuto et per essa inteso il 



LES JUIFS DANS LA RÉPUBLIQUE DE SAN-MARIN 263 

bisogno délia Mag ca Gommunita vostra di hauere uno hebreo che fac- 
cia un banco cosli, et ritrouandomi hora qui in Roma non ho potuto 
fare sopra cio deliberatione alcuna, glie ben vero che l'animo mio è, 
hora corne sempre fù de seruire quella mag ca Gomanita essendogli 
stato di conlinuo affettionato seruitore, et quella seruitù che la Casa 
mia ha hauuta con loro Tantj annj, desidero che perseueri mentre 
sarro uiuo, siche le S. V. sarran contenti soprasedere questa Causa 
sino a qualche giorno dopo il mio ritorno in ancona che sarra di corto 
piacendo à idio : la doue mi sarra molto piu facile il pigliar sopra ciô 
alcun bono apuntamento et per quella mag ca Gomunita et per mè 
il che mi sarra quanto piu puô essere caro et lo riceuerô da quelle 
per estremo piacere tenendogliene perpetuo hobligho, allequali fa- 
cendo per hora fine Humilmente mi raccomando basciandoli deuo- 
tamente la mano, et idio le conseruj di continuo felici, Da Roma. 

(Au verso.) Alli Molto Mag ci mei sig ri et padronj ossmi li sig ri Capi- 
tanij de la terra di sanmarino. (A San Marino) 

Ali 17deagosto1550. DiV.S. M. 

(Arch. Gov. Cart. alla Regg. 15*0.) 

LU. 

Rome, 17 août 1550 

Angelo Bonaventura prie les Capitaines-régents de vouloir bien at- 
tendre son retour à Ancône, parce qu'il est très désireux de les sa- 
tisfaire en établissant un « banco » à St-Marin. 

(Arch. Gov. Cart. alla Regg., 1550.) 

LUI. 

Rome, 14 janvier 1553. 

Pier Paolo Bonelli renseigne les Capitaines-régents au sujet d'un 

procès contre les Juifs d'Ancône. 

(Arch. Gov. Cart. alla Regg. 1553.) 

LIV. 

S. Marin, 16 avril 1553. 

Délibération du souverain Conseil. 

Adi 16 de aprile I553. 

Del mestro de la scola et mettere datij per potere pagare detto 
mestro 

Del mestro di la scola fu concluso si tollesse. .. et che cosi per pa- 
gare detto mestro di scola corne per bisogno délia comunita si to- 
gliesse uno Hebreo che uenisse a stare qui a imprestare con il datio 
solito et capitoli et datio corne parera al consenglio deli dodici al 
quale fu rimesso tal cosa... 

(Arch. Gov. Atti del Cons. Princ. b. B. 4. c. 83 v.) 



264 REVUE DES KTUDES JU1VKS 

LV. 

S. Marin, 25 juin 1553. 

Délibération du Souverain Conseil. 

Alli 25 de Giungno 4553. 

Dello hebreo de condurre a stare quj a Benefitio dellj huomenj del 
luogo nostro... 

Che possendosi hauere uno huomo da bene si conducesse quj uno 

hebreo quale hauesse a tenere quj el bancho et Imprestar denarj . 

]j Pegnj accio Ij huomenj di questo luogo fosseno seruitj quj ne lj 
loro bisognj senza hauere ad andare di Fuora.... 

(Arch. Gov. Atti del Cons. Princ. b. B. 4. c. 109 v.) 

LVI. 

S. Marin, 4 septembre 1554. 

Délibération du Souverain Conseil. 

Die 4 septembris 1554. 

Del condurre de lo Hebreo quai venera a stare qui e prestara per 
tre quatrinj per liuera et chel comune mandi uno in ancona ali he- 
redj de salamone ultimo banchero quj et si concordi con loro che pa- 
gara la spesa luj... 

Del Hebreo che si mandj secondo la petitione sua 

(Arch. Gov. Atti del Cons. Princ. b. B. 4, c. 120 v.) 

LVII. 

San Léo, 2 octobre 1554. 

Conseglio, iils de Leuccio, Juif, répond aux Capitaines-régents au 
sujet du « banco » à St. Marin. 

(Arch. Gov. Cart. alla Reg£. 1554.) 

(A suivre). 



DOCUMENTS RELATIFS AUX JUIFS D'ARLES 



(suite et fin) 



INDEX DES NOMS 



Abram Astrugii de Carcas- 

sona* 
Abram Avicdor 
Habram Bonafos 
Abraham Bonafos de Lilla 3 
Abraam Boneti Avigdor 
Abraam de Carcassona 



Abraam Duranti Avigdor, 

nlius Duranti Avigdor 
Abraham de Nemauso 5 
Abraam Salomonis 

Abraham Samuelis de Lar- 
genteria 6 



1423 


baylonus. 


j- 1402 


medicus. 


1401 






Judeus de Sallone 4 . 


j- 1423 




1420, 1423 


physicus, maritus Blan 




quête, filie magistri Bon 




senhor. 


1423 


medicus. 



1426, 1431 
1446 



1444 



medicus de Sancto Maxi- 
mino. 



1 Voyez Revue, XLVII, p. 238. Rappelons que cet Index comprend les noms des 
Juifs cités dans les pièces publiées par la Revue, XLI, pp. 77-97, XLVII, pp. 221- 
254 et XLVIII, pp. 48-81. — La première colonne donne le nom suivant l'ortho- 
graphe latine; la deuxième, les dates auxquelles les personnages apparaissent dans les 
actes ; la troisième, les indications relatives à leur profession, leur titre, etc. Les noms 
des Juifs non Arlésiens sont en italique. Le signe *J- dans la colonne des dates indique 
que le personnage est cité comme mort déjà à cette date. 

1 Carcassonne (Aude). 

1 L'Isle (Vaucluse), arr. d'Avignon ? 

4 Salon (Bouçhes-du-Rhône), arr. d'Aix. 

5 Nîmes (Gard). 

* L'Argentière (Ardèche). 



266 REVUE 

Abram, lilius Samuleti de 

Barrio ' 
Abram de Villanova 
Abrametus, lilius Vitalis de 

Borriano 
Aiuuetus Cohen 
Aronetus de Nemauso 

Asser Gardi 

Astrugeta, filia Estes sive 

Eûglesie, soror Duleiete 
Astrugia, filia Creyssentis 

Teflilos 
Astrugius Abraam 

Astrugius de Bellicadro ' 
Astruguetus Béton 
Astrugius Bondia Davini de 

Bellicadro 
Aslruc de Clarmont 
Astrugius Creguti de Gart, 

filius Creguti de Gart 
Astrugus Dieulosal 
Astrugius Duranti 
Astrugius de Latis 3 
Astrugius de Marvejulis 5 
Astruc 6 de Marueilis 7 

Astruc Porfach 
Astrugus Rosselli 
Astrugus Samiellis de Lar- 

gentiera 
Astruc Tamain 



DES ÉTUDES JllVES 


1434 




U07 


baylonus. 


1355 




1407 




U07, 1435 


consiliarius universitatis 




Judeorum [4428 . 


1407 




1402 


Judea de Arelate? 


1452 




1446 


medicus de Sancto Maxi 




mino. 


1407, -H 452 




1407 




1417 




1401 




1431 


habitator castri de Sallone 


1407, 1420 


baylonus (1420). 


1431 




1446 


Judeus de Aquis*. 


+ 1452 




1431, 1446 


consiliarius universitatis 




Judeorum (1446). 


1401 




1402 




1428 


consiliarius universitatis 



1424 



Judeorum. 
Judeus de Massilia 8 . 



Baronus Grescas 

Belestre, filia Salamonis de 

Carcassona, phyzici de 

Aquis 
Bellant Bellanli 



1401, 1407 
1431 



Sponsa Gresce Isaqui Na- 
thani. 



1402, 4 415 cirurgicus, baylonus (1402), 



1 11 existe de nombreuses communes du nom de Barry ou Le Barry dans cette ré- 
gion : Bouches-du-Rhône, Ariège, Gers, Vaucluse. 

4 Beaucaire ^Gard), arr. de Nîmes. 

* Lattes (Hérault), cant. et arr. de Montpellier. 

* Aix Bouches-du-Rhône). 

5 Trois communes du département du Gard portent le nom de Mnruéjols. 

• Doit peut-être, par suite d'une mauvaise lecture, ôtre identiiié avec le précédent. 
7 Meyreuil (Bouches-du-Rhone), cant. et arr. d'Aix. 

• Marseille (^Bouches-du-Rhône). 



DOCUMENTS RELATIFS AUX JUIFS D'ARLES 



267 



Bendig Aym 


4 386, f 4 402 


Bendich Bon Senhor 


1404 


Bendic de Borriano 


4 402,4 407, 




4 428 


Bendig de Ganeto * 


4 404, 1407 


Bendig de Pertusio ' 


4 452 


Blanqueta, filia Bonmaqueti 


4451 


Gresque Bonfilii, olim Ju- 




dei, et Astrugie, filie 




Greyssentis Teffillos 




Blanqueta, filia magistri 


4423 


Bonsenhor 




Bonac Aym 


1458 


Bonafilia, uxor Bonsenhor 


1402 


Brunelli 




Bonafossius de Scola (sive 


4 407 


Scala ?) 




Bonastruc Jacob 


4428, 4434 



Bonastruga, uxor Abraham 

Samuelis de Largenteria 
Bondia de Sancto Paulo 

Bonetus Avigdor 

Bonetus Orgerii 
Boniacus Vitalis de Aquis 

Boninas de Lunello 
Bonnizas de Massilia 
Bon Juas Galli 
Bonjues Garcassoni 

Bonjues Cohen 

Bonjues Duranti Dieulosal, 

filius Duranti Dieulosal de 

Bellicadro. 
Bonjuhes Passapayre 
Bonmaquetus Gresce Bon- 

filii 

Bonosa, filia Boneti Avigdor 
et uxor Vidas Ferrerii 



medicus, baylonus (1386). 
rector elemosyne Judeo- 

rum. 
medicus, baylonus (1402, 

4 428). 
cirurgicus. 



1444 

4402, 4 407, 

4 427,4 434 

4407, 4 420, 

f 1434 

4 357 

4402 

4407 

4 355 

4 401 

f 1452 

4 446 
4 431, -H 454 



1446 
1451 



Judeus de Sallone, 



auditor compotorum com- 
munitatis (1428). 



baylonus (1402, 1427), audi- 
tor compotorum (1431). 



syndicus generalis univer- 
sitatum Provincie. 



baylonus (1435), consilia- 
rius communitatis (1446), 
medicus de Massilia. 



Judeus de Pertusio. 
postea ad fidem catholicam 

conversus et vocatus Bo- 

bertus Francisci. 



1 Plusieurs localités portent ce nom dans la région, dont deux dans le département 
des Bouches-du-Rhône. 
* Pertuis (Vaucluse), arr. d'Apt. 



268 



RKNTK DKS ÉTUDES JUIVKS 



Bonsenhor Asday 4405,1407, 

1445 

Bonsenhor Asday Salomon 1 4 407 

Bonsenhor Brunelli 1402 

Bonsenhor de la Voûta * 4452 

Bonsenhor de Montiliis 3 1420 

Bonusfilius Bondia 4407 

Bonysacus Bondie de Sancto 4 4:5 1 

Paulo, filius Bondie de 

Sancto Paulo * 



physicus, baylonus. 



maritus Bonefilie. 



baylonus (1427). 



Cassive, relicta Boneti Avig- 

dor 
Cohen de Urgone * 



4 431 



syndicus generalis univer- 
sitatumProvincie.Judeus 
de Arelate? 



Gomprat 


1443 




Creguda, filia Bendig A?/m y 


1402 


Léo Jacar, Judeus de Sa- 


uxor Leonis Jacar. 




baudia. 


Cregut de Gart 


1431 


Judeus de Urgone. 


Cregut de Massilia 


4 422 


Judeus de Avinione. 


Crescas Avigdor 


1401, 1407 




Grescas Bondias 


4 402 


syndicus generalis univer- 
sitatum Provincie. Ju- 
deus de Arelate ? 


Crescas Bondias Cohen de Lu- 


1384 




nello 6 






Crescas Bonfilh 


4407 




Grescas Calhi 


1434 


consiliarius communitatis 

(1446). 


Cresque Duranti (uxor) 


4362 




Crescas de Infantibus 


1355 




Crescas Isaqui Nathani, fi- 


4402, 4434, 


habitator Arelatis, deinde 


lius Isaqui Nathani 


4 446 


Massilie (1446). 


Cresse Orgerii 


4 355 




Grescas Orgerii 


1407, 4 420, 


baylonus communitatis 




4434 


(1428). = Cresse Orgerii? 


Crescas Salamias 


4404, 4402, 


medicus, baylonus commu- 




4407 


nitatis (1401). 


Crescon Aron Gassin 


1357 




Cresse Ferrerii de Lunello 


1355 


Judeus de Sancto Remigio 7 , 



habitator Arelatis. 



1 Sans doute le même que le précédent. 
1 La Voulte (Ardèche), arr. de Privas. 

3 Monteux (Vaucluse), cant. et arr. de Carpentras. 

4 Saint-Paul-Trois-Chàteaux (Drùme), arr. de Montélimart. 
4 Orgon (Bouches-du-Hhùne), arr. d'Arles. 

• Lunel (Hérault), arr. de Montpellier. 

T Saint-Kemy (Bouches-du-Hhùne), arr. d'Arles. 



DOCUMENTS RELATIFS AUX JUIFS D'ARLES 
Greyssent Garacausa 4 401 



269 



Creyssent Teffillos 



f 1452 cirurgicusCastriRaynardi 1 . 



Davidenetus de Rodesio * 
Donella, filia Jacob Bon Ordi 
Dulcieta, relicta Bonsenhor 

de Moûtiliis 
Dulcia, filia Greguti de Gart 



1407 
1422 
1431 

1431 

1402 



Dulcieta, filia Estes, alias 

Englesie, uxoris Taurossii 

Bondie quondam 
Durantonus Dieulosal 1435 

Durantonus Dieulosal de 4428, 1454 

Bellicadro 

Durantus Avigdor, filius 1407, 1420, 

Abram Boneti -H 423 

Durantus Cohen 1446 

Durantus de Marueilis 1443 



Gregut de Gart, habitator 

de Urgone. 
Judea de Arelate? 



: Durantus Dieulosal? 
consiliarius universitatis 

(1428). 



Judeus de Aquis 



Estes, relicta Bendig Aym 1402 

Estes de Cailario 8 1 407 

Estes Dulcina ï 1 402 



Judea de Aquis. 



Ferrusolus Jacob 
Fosseri de la Voûta 



1402 
1401 



Gardeta, relicta magistriVi- 1355 

talis de Borriano 
Gardonetus de Cavallione* 1401, 1407 

GuersonBonafosdelaVouta 140! auditor compotorum ele- 

mosinarie. 



Habram. Vide Abram. 
Relias de Arelate 
Relias , filius Isaci 



•J- 1407 
1407 



medicus de Valenlia 5 . 



Isaac Astrugius Dellunis (?) 1423 
Isaac Bendich 1446 

Isaac Josse Ravan (?) 1401 



magister scoiarum. 
baylonus universitatis. 
auditor compotorum elemo- 



sinane. 



1 Châteaurenard (Bouches-du- Rhône), arr. d'Arles. 

% Rodez (Aveyron) ? 

3 Le Cailar (Gard), cant. de Vauvert, arr. de Nîmes. 

* Cavaillon (Vaucluse), arr. d'Avignon. 

• Valence (Drôme). 



27Û RKVUfc 


DES ETUDES 


JUIVES 


Isaac Jossef 


1401 




Izaquetus de Maruejolis 


1407 




Ijsacus Nathani 


1420, 1423, 


baylonus comnuinilatis 




\kVè t 1431 


(1433). 


Ysac Parati 


1407,1431 




ïsac Salvat 


1401 




Jacob Bon Ordi 


1422 




Jacobi Bon Senhor, alias de 


v 1417 


Judeus de Arelate ? 


Belle 






Jacob Salomon 


1431 




Jacob Salomonis, alias Lo 


1407 




Ros 1 






Jacob Samuel Mosse 


1431 




Jossef (Rabbi), filius Rabbi 


1407 




Matassies 






Jossef de Nemauso 


1407 




Jossef Samuelis 


1407 




Jossef, filius Samsonis 


1407 




Juflet de Golono 


1425 




Léo Cresque 


1381 


Judeus de Provincia. 


Léo Jacar 


1402 


Judeus de Sabaudia. 



1407 
1407 
I 401 
1407, 1420, 
1428 
Mardokaïs Salomo, filius 1402, 1431 

Estes Dulcine de Âquis 
Maruan Mosse + 1458 



Macipetus Abram 
Macipus de Carcassona 
Massip Grescas 
Massipetus de Pertusio 



Mayrona, filia Bonac Aym, 
Judei de Sallone, et relicta 
Maruan Mosse 

Meir Profag 

Meyr Vital 

Melos Dieulosal 

Mosse Bonafe 

Mosse Bonsenhor Asday, 
filius magistri Bonsenhor. 

Mosse Garcassonne 

Mosse Maruan 

Mosse Orgerii 



1458 



consiliarius universitatis 

(1428). 
medicus de Aquis. 



medicus. 
late ? 



Judeus de Are- 



1407 




1420, 1431 


combaylonus (1428). 


1446 


Judeus de Sallone. 


1421 




1423 




1468 


medicus. 


1454 


medicus de Apta. 


1446 


combaylonus communitatis 




Arelatis. 



Peut probablement être identifié avec le précédent. 



DOCUMENTS RELATIFS AUX JUIFS D'ARLES 



271 



Mosse de Villanova 

Mossona, alias Rossa de Aquis 
Moyse Vital 



4 407,4431, 
1452 
1402 
1431 



1381 



Judeus de Provincia. 



Regina Boneta, sive Regina, 


4402,1407, 




relicta Abram Boneti Avic- 


1431 




dor 






Regina, relicta Astrugii Bon- 


1417 




die Davini de Bellicadro 






Regina, filia Bonjuhes Du- 


1454 




ranti de Bellicadro 






Regina, filia Salomonis^Vi- 


1431 




vas 






Rossa de Aquis 


1402 


Vide Mossona. 


Ruben Vital 


1431 




Ruben Vital, pater 


1431 


= Ruben Vital ? 



Salamias, filius Creguti de 1422 

Massilia 

Salomonet Aviczor 1 402 

Salomon Abram Avicdor ' 1402 

Salomon Boniac 1401 

Salamo de Carcassona 1431 

Salomon Cohen de Regio * 1 402 

Salomon Dieulosal Profach 1 430 

Salomonetus de Meyranieis 3 1401 

Salomon Nasti 1355 

Salomo Orgerii 1402 

Salomonetus Roberti (?) 4 401 

Salomo Vivas i 1431 

Salonus Profag 1407 

Salves de Borriano 1402 

Samson 1407 

Samuel de Barrio sive del 1401,1407, 

Barri 1423 

Samuletus Bon Sennor de 1423 

Fossis 

Samuel Galhi 1386, 1402 

Samuel de Largientera 1431 



Judeus de Arelate sive de 

Avinione. 
combaylonus. 



pbyzicus de Aquis. 
syndicus generalis univer- 
sitatum Provincie. 

rector elemosinarie. 

Judeus de Massilia. 

Judeus de Gortesono. 

syndicus generalis univer- 

sitatum Provincie. 
Judeus de Arelate? 



macellarius. 
baylonus. 



1 Peut probablement être identifié avec le précédent. 

* Riez (Basses-Alpes), arr.de Digne* 

» Meyrargues (Bouches-du-^-Rhône), cant. de Peyrolles, arr. d'Aix. 



272 

Samuel Mosse 



REVUE DES l.TUDES JUIVES 

440T, 4 427, baylonus (1 407, 4 427), audi- 



Scereta, 

dor, uxor Vitalis Astrugii 

de Carcassonna 
Stes, uxor Boudie de Sancto 

Paulo 
Sullam Maruan, filius Mosse 

Maruau 



4 428, 1434 
4423 

1434 
4451, 1459 



tor compotorum commu- 
nitatis (4 428). 



Tauros Bondia 4 402 

Taurossius de Borriano 1355 

Tauros Nathan 1446 

Touian, filius Durauti Dieu- 4 447 
losal de Bellicadro 



medicus de Tharascone. 
magister scole Judeorum. 



Venguessonne Nathane 4 434 

Vidal Habram de Borriano 4 401 

Vitalis Asturgi 4434, 4433 

Vitalis Astrugius de Garcas- 4 423 

sonna, maritus Scerete, fi- 

lie magistri Duranti Avig- 

dor 



Vitalis Avigdor 


4 446 


Vital de Bezessio (?) 


4434 


Vital de Borriano 


f 1355 


Vitalis Calhi 


4404, 4402, 




4 407,4427 


Vidal Ferrerii 


4 434,4448 



baylonus. 

= Vitalis Asturgi ? 



Judeus de Aquis 



baylonus, deinde consilia- 
rius communitatis Judeo- 
rum. 

medicus, consiliarius uni- 
versitatis Judeorum. 



Vitale, filia Astrugi Tamain. 



Ysac. Vide Isac. 



NOTES ET MÉLANGES 



NOTES EXEGÉTIQUES 

1. ECCLÉSIASTE, I, 1. 

Siegfried (Manuel exègètique de Nowack) rapproche avec rai- 
son le nom de nbrrp du passage de I Rois, vin, 1, où il est dit 
que Salomon rassembla (bnp^n) les anciens d'Israël et les chefs du 
peuple. Le verbe bî-ipi se retrouve encore au verset 2 et le sub- 
stantif hnp aux versets 14, 22 et 55 du même chapitre. Ce rappro- 
chement entre le nom de l'Ecclésiaste et le passage des Rois est 
déjà fait par le Midrasch Rabba ad loc. 

2. Md., vu, 11. 

Le texte de vu, 11, porte que la sagesse est bonne avec l'héritage, 
ce qui voudrait dire que la richesse est bien placée dans la main 
des sages. Mais dans le verset suivant l'Ecclésiaste dit que la sa- 
gesse fait vivre son possesseur ; donc le sage n'aurait pas besoin 
de biens héréditaires. En outre, le chapitre contient une série de 
comparaisons montrant que telle chose est supérieure à telle 
autre. On est donc tenté de lire ïrbr&tt rjttsn narj, au lieu de 'n f 'û 
ïibna û3> ; cela s'accorderait mieux avec le contexte : « La sagesse 
vaut mieux que l'héritage et elle est un avantage pour ceux qui 
voient le soleil. » — c Etre à l'ombre de la sagesse, c'est être à 
l'ombre de la fortune, et l'avantage de la science, c'est que la sa- 
gesse fait vivre son possesseur. » 

3. Variantes du Targoum des Prophètes. 

A notre connaissance il n'y a pas encore de travail d'ensemble 
sur les variantes que peut fournir le Targoum sur les Prophètes. 
Ce sujet mériterait une étude approfondie. Nous signalons ici 
deux variantes intéressantes tirées de Jérémie : 

Dans xvii, 13, le texte hébreu porte nV> aVi *trt amp « la perdrix 

T. XLVIII, n° 96. 18 



27 , HEVUE DES ETUDES JUIVES 

couve sans ayoir pondu ». Le Targoum traduit : ©55)31 rtÉnipb an 
jwp tà wriai ïw©» ï^mom îrV^^ana « comme la perdrix, 
qui réunit dv* œufs qui ne lui appartiennent pas et couve des 
poussins qui ne la .suivront pas ». Au lieu de ib\ le Targoum a 
donc lu Y-* 1 . 

wxi, 4, le texte porte nbbrn d^taâ ira: « les planteurs ont 
planté et inauguré (la récolte) ». Le Targoum traduit nais 
iVTOTpbvnD. Il a donc lu : ibbrn û^a: ira: « plantez des plantes 
et inaugurez-les ». La lecture du Targoum est préférable à celle 
de la Massora, car elle supprime l'incorrection du passé avec le 
vav coordinatif. 

4. pb (Daniel, h, 0,9 ; iv, 24). 

Dans ces passages on traduit l'araméen jnb par « c'est pour- 
quoi », tandis qu'on l'explique par « si ce n'est, mais » dans Dan., 
ii, 11 ; m, 28; vi, G, 8, et dans Esdras, v, 12. 11 est difficile de 
comprendre qu'une même particule ait deux acceptions aussi dif- 
férentes. Ensuite, la préposition 'b « pour » n'a jamais de ynp en 
araméen. Les dictionnaires rapprochent flib du targoumique 
irrba ; or, ce mot signifie « seulement, mais », et non « c'est pour- 
quoi ». Quant à V hébreu pbïi dans Ruth, i, 13, il ne peut servir à 
déterminer le sens de l'araméen pb, d'autant plus que le sens 
du mot hébreu n'est pas lui-même très clair. 

En réalité , on n'est jamais obligé de traduire l'araméen pb 
par « c'est pourquoi ». Dans Daniel, n, 5-6, Nabuchodonozor dit 
aux magiciens : « Si vous ne me racontez pas le songe, vous serez 
mis à mort, et si vous me le racontez, vous recevrez des présents. 
Mais je veux absolument que vous me donniez le songe et l'ex- 
plication (pas celle-ci sans celui là). » En hébreu on aurait mis 
ici l'adverbe p-i. Au verset 9, le roi dit : « Si vous ne me racon- 
tez pas le songe, c'est que vous avez l'intention de me tromper. 
Mais dites-moi le songe et alors je saurai que vous m'en donnez 
la véritable interprétation. » Enfin, dans le chap . iv, Daniel 
annonce au roi qu'il sera privé du gouvernement ; toutefois la 
royauté lui sera rendue dès qu'il reconnaîtra la souveraineté du 
Ciel. Daniel ajoute : « Mais, 6 roi, rachète tes fautes, et alors tu 
seras tranquille. » Cette acception de frib donne dans les trois pas- 
çe un sens très satisfaisant. Il est donc superîlu de supposer 
deux particules identiques ayant un sens opposé, et de supposer 
un. 1 prononciation insolite de la préposition lamed. 

Mayer Lambert. 



NOTES ET MÉLANGES 27:) 



NOUVELLE NOTE SUR LA LÉGENDE DE L'ANGE ET L'ERMITE ' 

Je me suis efforcé autrefois de prouver que la célèbre légende 
de l'ange et l'ermite était d'origine juive et que les aventures de 
voyage d'Asmodée, telles qu'elles sont contées dans le Talmud de 
Babylone (Guittin, 08 a-b), sont une version altérée de la même 
fiction. J'ai négligé alors de montrer que le récit talmudique fait 
partie d'un ensemble de compositions, taillées sur le même patron, 
se distinguant par des formules identiques et ayant pour trait 
commun l'explication d'actions étrangères. Je voudrais aujour- 
d'hui réparer cet oubli. 

On se rappelle les extravagances commises par Asmodée : il 
rencontre en chemin un aveugle égaré — il le met sur la mau- 
vaise voie - ; un ivrogne qui s'est perdu — il le remet sur la bonne 
route ; une noce joyeuse — il fond en larmes ; il entend un 
homme commandant à son cordonnier des chaussures de sept ans 
— il se met à rire, pareillement en voyant un sorcier dire la 
bonne aventure. Benaya, qui Ta accompagné, lui dit à la fin : 
« Explique-moi toutes ces étrangetés ! Pourquoi, lorsque tu as vu 
l'aveugle égaré, lui as-tu fait ceci? » Et Asmodée explique sa 
conduite. La phrase revient pour chacun des autres actes : «Pour- 
quoi, lorsque tu as rencontré. . . », avec la réplique ad hoc. 

Dans Taanxt, 23 a, un thaumaturge du nom d'Abba Helkia, 
petit- fils du grand thaumaturge Honi Hameagel, est le héros 
d'une histoire analogue. Les rabbins vont le trouver pour lui de- 
mander d'intercéder auprès de Dieu afin qu'il envoie la pluie, qui 
tarde trop. Ils le rencontrent dans les champs en train de la- 
bourer et le saluent : il ne répond pas à leur politesse. Son travail 
terminé, il fait un fagot de bois, le charge sur une épaule et met 
son manteau sur l'autre épaule. Tout le long du chemin, il marche 
pieds nus ; quand il arrive à la rivière, il met ses chaussures. 
Pour passer au milieu d'épines et de ronces, il retire ses vête- 
ments. Quand il arrive à sa ville, sa femme vient à sa rencontre 
toute parée. Ensemble ils vont à leur maison, la femme entre la 
première, puis le mari, et les rabbins après eux seulement. Il se 

1 Voir Revue, t. VIII, p. 64 et 202. 

2 Selon ma correction. — Si l'on veut un autre exemple d'altération, qu'on com- 
pare la l'égende du long sommeil de Honi Hameagel (dans j. Taanit, 66^) avec 
celle d'Abimélech (dans le Baruch éthiopien), sans laquelle elle est incompréhen- 
sible! 



REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

met ;'i manger, mais n'invite pas ses hôtes à L'imiter. Il partage le 
pain à ses enfants : à l'ainé il en donne une part, aux plus jeunes 
deux. Ensuite il dit (secrètement) à sa femme: « Je sais que les 
rabbins sont venus me trouver en vue de la pluie. Montons sur le 
toit et prions; peut-être -Dieu se laissera-t-il fléchir et la pluie 
viendra-t-elle. Mais ne nous en attribuons pas le mérite à nous- 
mêmes. » Ils se rendent sur la terrasse; lui se met dans un coin, 
elle dans un autre. Alors les nuages apparaissent du côté de la 
femme. Abba Helkia redescend et demande aux rabbins la raison 
de leur visite. — Nous avons été délégués pour te solliciter d'im- 
plorer Dieu en vue de la pluie. Il leur répond : Béni soit Dieu 
qui a fait que vous n'ayez pas eu besoin d'Abba Helkia. — Nous 
savons cependant que la pluie est venue à cause de toi. Dis-nous 
maintenant l'explication des choses étonnantes que tu as faites. 
Pourquoi, lorsque nous t'avons salué, n'as-tu pas répondu à notre 
salut? Parce que, étant journalier, je ne devais pas me distraire 
de mon travail. 

Et pour chacune de ses actions, on l'interroge sous cette forme, 
et il donne l'explication de sa conduite. Il a mis son manteau sur 
une autre épaule que son fagot, parce qu'il l'avait emprunté, et 
non pour cet usage. Il n'a pas mis ses chaussures dans le chemin, 
parce que là il y voyait, ce qui n'était pas le cas dans l'eau. Il a 
enlevé ses vêtements pour passer au milieu des épines, parce 
qu'aux déchirures des habits il n'y a pas de remède. Sa femme est 
venue au-devant de lui toute parée, pour qu'il ne jetât pas les 
yeux sur une autre femme. Elle est entrée la première dans la 
maison, parce que ces rabbins ne lui étaient pas connus. Il ne les 
a pas invités à son repas, parce que la chère était maigre et qu'il 
se serait ainsi fait valoir pour rien. Il a donné aux cadets plus qu'à 
l'aîné parce que celui-ci reste à la maison, tandis que les autres 
sont toute la journée à l'école. Enfin, si la pluie est tombée du 
côté de sa femme, c'est parce qu'elle donne du pain aux pauvres 
et leur procure ainsi un bien immédiat, tandis que lui ne peut 
leur offrir que de l'argent. Ou bien, c'est pour la raison suivante : 
dans son voisinage demeuraient deux vauriens dont il avait 
souhaité la mort, tandis que sa femme avait prié pour qu'ils se 
convertissent, ce qui arriva '. 

Le même chapitre de Taanit, deux pages plus haut (22a), nous 
oflre plusieurs spécimens d'une variété de ces anecdotes. C'est 
l'histoire de gens qui, à en croire aux apparences, violent les 
prescriptions les plus élémentaires de la Loi et qui, en fait, sont 

1 Doublet de l'histoire do U. Méir et de sa femme Berouria. 



NOTES ET MELANGES 277 

justement ceux qui auront part à la vie future. Ainsi Rabbi 
Beroka, qui recevait fréquemment la visite d'Élie, lui demanda un 
jour : « Y a-t-il dans cette rue un homme qui entrera dans le 
monde à venir? — Aucun. — Sur ces entrefaites passa quelqu'un 
qui portait des souliers noirs (contrairement à l'usage juif) et 
n'avait pas de fils d'azur (cicit) à son vêtement (contrairement à 
la Loi) : «Celui-ci en sera », dit Élie.. Là-dessus Beroka courut à la 
poursuite de cet homme pour lui demander l'explication de ses 
actes étranges. Cette anecdote est elle-même une variété d'une 
« moralité » qui a passé du Judaïsme au Christianisme et à 
l'Islam : l'histoire du compagnon du Paradis. 

Ce qu'il faut remarquer dans cette page de Taanit, c'est le rôle 
d'Élie. Or, c'est précisément Élie qui, dans les versions non tal- 
mudiques de la légende de l'ange et l'ermite, sert de guide au 
rabbin troublé par le spectacle des maux qui régnent dans le 
monde et lui en fournit l'explication ! . 

On voit ainsi que la légende d'Asmodée rentre dans un cycle 
littéraire et appartient vraiment, par la forme comme par le 
fond, à la poétique juive, sinon judéo-babylonienne. 

Israël Lévi. 



ENCORE UN MOT SDR LA FAMILLE SCHWEICH 

M. A. Ury, grand rabbin de Strasbourg, a bien voulu me com- 
muniquer récemment un recueil manuscrit, acquis par lui d'un 
libraire de Metz, contenant un fragment du grand Memorbnch 
de la communauté de cette ville. Ce Memorbach avait disparu 
pendant de longues années. A la fin se trouve une élégie, com- 
posée par le rabbin Moïse Cohen Nérol, sur les persécutions des 
Juifs de la Pologne en 1655. Pour le moment nous n'y relèverons 
qu'une notice nécrologique consacrée à un membre de la famille 
Schweich ; elle est ainsi conçue : 

mattfi p pt^s pmr> ^"nn np^ n-iran uj^r: ntt£3 nia >î"-< 
ansm Dipim ï-ms bnou: nwa 'Y->'n'3'2 b"T "pi-ua in Ynï-hE 

1 Si dans la version du Coran (voir Revue, ib., p. 66) le rabbin est remplacé par 
Moïse, la transposition n'est pas sûrement due à Mahomet, car justement dans le 
Talmud c'est Moïse qui interroge Dieu sur le problème du mal : « Pourquoi y a-t-i 1 
des justes malheureux et des méchants heureux ? » (Berachot, 7 a.) 



REVUE DES KTUDES JUIVES 

k-fib*jaa bblDn» !T>în t3ip):ri na-Wai ftaïlÉto bsn ba*»p1 PW5*îj 
s-ibaprs irtiaato ta*ifcai ïm?:m- bba rrnna m**t ib mm niitti 
înwia vmri iirnm iraEta a^bvttM V- "ïnsa b*na d«i -p ib mn 
ion bmi a"mna ï-ttaa ibsN ïoa&na mi aatû t**b ftb^ba ûîn DWi ba 
t"d nwa npns n:n: mai irnDKi 2^^:;' tan û^î* e* fcarno* 

,DV :"i: /rr'a'S'a'rï 

[saac Eisiq Schweich était donc le (ils do David, mentionné 

également dans le Memorbuch de Metz (Revue, KLVII, p. 130, 
n' 6] e1 probablement le neveu du rabbin d'Endingen-Lengnau. 

La date de sa mort n*es1 pas indiquée, mais c'est, sans doute, 1703. 

[saac Schweich n'est pas un inconnu pour nous. La collection 
de lettres hébraïques provenant de la bibliothèque de Carmoly et 
conservée, à présent, à la bibliothèque de Francfort contient deux 
lettres adressées par lui à Joseph (Jessel) Reinau de Soultz, 
beau-père de R. Issachar Baer, l'auteur bien connu du *ttôw w* 
et grand-père de Carmoly. Par ces lettres nous apprenons 
qu'Isaac Sweich avait épousé Madel, fille de Gabriel Reinau de 
G-uebwiller ; il ressort même d'un document, que j'ai trouvé aux 
Archives départementales deColmar, que lui-même demeura égale- 
ment pendant quelque temps à Guebwiller. Gabriel Reinau mourut 
le 27 août 1741, laissant une veuve Hinna Elias, originaire de 
Bouxwiller. et deux enfants mineurs, Lémann uwb) et Hélène 
Kb?) ; Daniel Reinau, frère de Gabriel, devint leur tuteur, et, 
après sa mort, son fils Joseph lui succéda. Lémann mourut bientôt 
après et Hélène se maria avec un nommé Auscher, fils de Marx 
Bloch de Fort-Louis, le 15 Ab 17,52. Le mariage fut célébré à 
Soultz; Isaac Schweich donna la bénédiction nuptiale et écrivit 
la rmro, qui se trouve encore parmi les actes notariés de Gueb- 
willer aux Archives départementales de Colmar jointe au con- 
trat de mariage rédigé par le notaire royal Reichstetter de 
Guebwiller. 

Le mari d'Hélène Reinau ne parait pas avoir vécu longtemps, et 
sa veuve ainsi que la veuve de Gabriel Reinau allèrent demeurer 
à Metz chez leur gendre et beau-frère Tsaac Schweich. Or, connu.' 
Joseph Reinau de Soultz était le dépositaire de leur fortune, 
Schweich lui réclama, dans les lettres citées plus haut, les frais 
de pension. Je reviendrai, du reste, sur tout cela dans une étude 
sur les ancêtres de Carmoly. 

M. Gjnsburoer. 



BIBLIOGRAPHIE 



REVUE BIBLIOGRAPHIQUE 

2 e TRIMESTRE 1903 — 1°>- SEMESTRE 1904 

Les indications en français qui suivent les titres hébreux ne sont pas de V auteur du livr 
mais de l'auteur de la bibliographie, à moins qu'elles ne soient entre guillemets.) 



1. Ouvrages hébreux. 

mSTîa'il ÏTH5N Nouvelles et récits par S. Jtidson. New-York, impr. 
Rosenberg, 1904 ; in-16 de 58 p. 

Û^fi mmN 'O Orchoth Chajirn von R. Aharon Iïakohen aus Lunel. 2. Teil 
htfsg. von M. Schlesinger. IV. Lieferung. Berlin, impr. Itzkowski, 1902; 
gr. in-8° de p. 337-656 -|- lvi (introduction) p. (Publication de la Société 
Mekilzè Nirdamim). 

"JN"PTi Dîwân des Abû-1-Hasan Jehuda ha-Levi . . .von H. Brody. 2. Band : 
Nichtgottesdienstliche Poésie (Heft IL). Berlin, impr. Itzkowski, 1902 ; 
in-8° de 101-211 p. (Publication de la Société Mekitzé Nirdamim.) 

tpnytt 'O Sepher Ha-Ittim. Ritualwerk des R. Jehuda b. Barsilai aus Bar- 
celona nach Handschriften zum ersten Maie hrsg. u. erlâutert von Jacob 
Schor. Berlin, 1902 ; gr. in-8° de xxiii -j- 192 p. (Publication de la So- 
ciété Mekitzè Nirdamim.) 

ûbl^ïl IlSpttîïTl û^nn nDpUîït Lebensanschauung u. Weltanschauung. 
Historisch- philosoph. Skizze von D 1 ' David Neumark. Cracovie, impr. 
Fischer, 1903 ; in-8° de 44 p. (Tirage à part du Schiloah.) 

Nfa"P Joma, der Mischnatraktat « Versôhnungstag » hrsg. u. erklàrt von 
Prof. Dr. Hermann L. Strack. 2. neubearbeitete Auflage. Leipzig, Hin- 
richs, 1904; in-8° de 39 p. (Schriften des Institutum judaicum in Berlin, 
n°3). 

btiTW* y"lN mb Litterarischer Palâstina-Almanach fur das Jahr 5664- 
1903/1904, hrsg. von A. -M. Luncz. IX. Jahrgang. Jérusalem, chez l'au- 
teur, 1903 ; in-16 de 24 + 196 p. 



REVUE DES I il DES JUIVES 

an?: La Merope. Tragoedia... Marchionia Francisci Scipionia Maffei quam 
ez iialiro Bormone in linguam sacrum classicam convertit... Samuel 
A.aroD Romanelli. . . éd. l)'' P. -T. -A. Weikert. Home, Pustet, 1904; 
in-8° de kvj h 205 p. 

Û"»*1D10 mn-Tw": '0 Dictionnaire biographique dea rabbins et personnes 
mentionnés dans les Talmuds par Schulem Albek. I. De H. Abba à 

H. Abdimè de Kbaifa. Varsovie, impr. Sclmldberg, 1903 ; in 8° de 45 + 
L12 p. 

C'est un autre Séder Hadorot. Comme on le devine, l'auteur ignore les 
travaux de M. Hacher sur les Tanna'im et les A moral tQ babyloniens et 
Palestiniens, l'ne note du titre nous effraie : M. A. prétend utiliser pour 
la confection de ces biographies le Zohar, sans compter les Midraschira 
comme le Pirkè R. Elifzer, qui mettent les dires qu'ils citent sous des noms 
supposés. Malgré cela, l'ouvrage n'est pas mal fait; nous avons contrôlé 
certains articles, comme Abba Seroungia, par exemple, et constaté que l'au- 
teur, outre qu'il connaît tous les textes, sait les interpréter avec un sens cri- 
tique; c'est ainsi qu'il ramène justement à une même forme les diverses 
variantes de ce nom. — Suivant la détestable habitude des savants orien- 
taux, comme l'a déjà reproché M. Hacher à M. Hatner, le Talmud de Jéru- 
salem est cité d'après les chapitres et les halachot, ce qui n'est pas fait 
pour faciliter les recherches. 

D5>ba "p IT71ÏT '~ib 3HBW '0 3* ttWE Arabiscber Commentar zum Bucbe 
Josua von Abu Zakarja Jabja (R. Jehuda) ibn Ral'am, zum ersten Maie 
hrsg. von D' Samuel Poznanski. Franfort, J. KauUmann, 1903 ; in-8* de 
21 p. 

îabn "D ûn372 ^l ^"linD « Fragments de l'exégèse biblique de Menabem 
bar Ilelbo (auteur du xi e siècle), recueillis, édités et annote's par Samuel 
Poznanski. » Varsovie, impr. Scbuldberg, 1904 ; in-8° de 5G p. (Tirage à 
part du ba"pn 'O, publié en l'bonneur de M. N. Sokolow.) 

M. S. Poznanski, qui connaît si bien la littérature exégétique judéo- 
arabe, n'a pas voulu se cantonner dans ce domaine déjà si vaste; il a jugé 
que les commentateurs de la Fracice septentrionale méritaient d'être étudiés 
à nouveau et leurs œuvres encore inédites publiées. Ceux qui s'intéressent à 
l'histoire des Juifs de France, ce qui veut dire surtout à l'histoire de l'activité 
intellectuelle des rabbins français, ne pourront que se féliciter du concours 
d'un savant tel que M. P. De lui il faut dire ce que le Talmud érige en règle 
à propos du haber : « On doit être assuré qu'd ne laisse jamais rien sortir 
de ses mains qui ne soit en parfait état. » C'est un sentiment de confiance 
absolue qu'inspirent sa science, admirablement informée, et sa méthode, 
sobre et toujours judicieuse. Après nous avoir rendu le commentaire ù'Eliézer 
de Heaugency sur Hosée (voir Revue, XLVi, p. 276), remontant plus haut, 
M. P. nous offre aujourd'hui la collection des extraits qui ont survécu du 
commentaire de Menahem b. Ilelbo, le premier en date des exégèles juifs 
français. Suivant sa coutume, il ne s'est pas borné à enrichir le texte de 
notes savantes et indispensables, il a fait précéder cette collection d'une 
étude complète sur l'auteur. — Menahem b. Helbo est bien le plus ancien 
représentant de l'exégèse de la France du Nord, car il est plus vieux que 
Raschi, qui le cite, d'ailleurs. 11 était l'oncle de Joseph Cara, contemporain, 
lui aussi, du rabbin de Troyes. Son activité littéraire doit se placer approxi- 
mativement entre 1080 et 1085. Le nom de Ilelbo n'est pas, comme le 
croyait Herliner, la traduction de Lattes, car 1° Lattes est une localité de 
la France méridionale et 2° surtout *iabn est précédé dans certains textes de 
'""pa, ce qui indique sûrement un nom de personne et non de localité. Il fut 
porté, au temps du Talmud, par deux docteurs palestiniens (ce qui permet 



BIBLIOGRAPHIE 281 

peut-être de supposer que l'un de ses ancêtres était originaire de Palestine). 
Menahem, quoique ayant vécu surtout dans le Nord de la France, a peut- 
être habité quelque temps le Midi, car il cite des interprétations de pij'youtim 
dues à Juda, le fils de Moïse Haddarschan, lequel était à Narbonne ou à 
Toulouse. On comprendrait ainsi qu'il ait conversé avec un Arabe qui lui 
aurait donné l'explication d'un mot d'après l'arabe (cf. Revue, XLVI1, p. 48 
et 199]. Mais, quoique élève des maîtres qui affectionnaient l'exégèse midras- 
chique, tout en faisant sa part, malgré lui, à cette méthode, il a eu le mérite 
d'accorder sa préférence à l'exégèse naturelle, simple. Peut-être celui qui lui 
en a donné le goût est-il un certain Azaria, qui serait ainsi l'ancêtre du 
t312ÎD en France. Son activité s'est bornée à l'étude de la Bible, de là le nom 
de N"ïp qui lui est attribué parfois. Son œuvre est un commentaire des 
Prophètes et des Hagiographes, qui portait vraisemblablement le titre de 
Û^l^inD. C'est lui-même qui l'a rédigé et non ses élèves. Qu'il Tait mis 
par écrit, c'est ce que montrent les paroles de son neveu, qui déclare avoir 
vu des interprétations de lui. De ce commentaire écrit il ne s'est conservé que 
des extraits de la partie relative à Ezéchiel. Les interprétations citées de lui 
sur d'autres livres des Prophètes et des Hagiographes (Juges Samuel, Rois, 
Isaïe, Jérémie, douze petits Prophètes, Job, Ruth, Lamentations, Chroniques) 
n'ont pas été reproduites intégralement. Si ses interprétations sont invoquées 
par Raschi, son neveu Joseph Cara, Schemaya, élève de Raschi, et les 
auteurs anonymes de plusieurs commentaires du xn e siècle, au siècle suivant 
on n'a plus recours à lui ; son œuvre évidemment a été éclipsée par celle 
de Raschi. Et c'est dommage, car son influence a dû être sensible sur ses 
contemporains et la génération qui l'a suivi. Son système d'interprétation est 
rationnel, sensé, encore que parfois il fasse preuve d'une certaine inexpé- 
rience et d'une naïveté extrême, comme, par exemple, quand il sépare dans 
lsaïe, ii, 22, b^b "ib^n de Ù^TN!! \)2. A côté de cela, il a des trouvailles 
très heureuses; ainsi sans corriger nï"DN (Ezéch., -xxi, 20) en nfl3î2, 
comme le font les critiques modernes, il interprète ce mot dans ce sens. 
Comme de juste, il n'a pas pu s'abstraire entièrement de son éducation 
première; de temps en temps il paie son tribut au "£)-n. C'est ainsi que les 
bttîfa Û^Dbtt nUjbtt) de Salomon signifient pour lui, non 3.000 proverbes, 
mais trois sciences (de £pN), à savoir les Proverbes, l'Ecclésiaste et le 
Cantique des Cantiques. Ces sortes d'interprétation proviennent probablement 
de Midrascbim qui se sont perdus. Mais il se sert surtout du Tarpoum; il 
explique même parfois certains vocables hébreux par la langue du Targoum. 
Il n'a pas mis à profit — et pour cause — les travaux des grammairiens et 
exégètes juifs d'Espagne qui ont écrit en arabe, mais il paraît avoir connu 
ceux qui se sont servi de l'hébreu, particulièrement Menahem b. Sarouk. — 
Ce qui distingue sa manière, c'est, avec la sobriété, le souci de trouver la liaison 
des versets (C'est ce souci qui allait caractériser l'exégèse de ses successeurs 
immédiats). Il a peu de goût pour la grammaire pure, et se trompe, d'ailleurs, 
plusieurs fois sur la racine des mots. Autre trait à noter : il fut le premier à 
traduire en français certains termes de l'Écriture. Quelquefois même il se sert 
de gloses allemandes. Enfin, non content d'interpréter les deux dernières 
parties de la Bible (qu'il a probablement commentées entièrement), il a aussi 
expliqué des passages des piyyoutim. — M. P. exprime, en terminant, le vœu 
que d'autres témoignages de l'activité de ce précurseur viennent enrichir la 
collection qu'il a réunie; nous souhaitons, nous, que notre savant confrère 
enrichisse la bibliothèque judéo-française d'autres monographies et éditious 
du même genre. 

TOnn ?Nl73tt3 'H Samuel Hehasid fils de Calonymos, par Abraham 
Epstein. Berditschew, impr. Scheftel, 1904; in-8° de 23 p. (Tirage à part 
du Hagoren, 4 e aimée). 

Notre excellent collaborateur M. Abraham Epstein, délaissant l'étude de 
, la littérature juive du haut moyen âge, semble se vouer maintenant à l'his- 



282 REVUE DES ETUDES IU1VES 

toire du mouvement intellectuel chez les Juifs de Lorraine et de Champagne 
au xii» liède, et c'est tout béné£ee pour ceux qui reconnaissent avec lui 
L'importance de ee chapitre du passé du Judaïsme. Dans la monographie 
présente. il retrace la biographie de Samuel llasid (le pieux), père du cé- 
lèbre Juda llasui. Celait lt; (ils de Calonymos l'ancien descendant du 
laineux Abin ou Aboun. 11 naquit vers 111b' à Spire. Dans cette ville, qui 
avait été le berceau des Tosaiistes, il sut s'arracher a l'action du milieu; 
dans son traité sur la * crainte de Dieu •, qui ligure en tête du S. Hasidim 
(éd. des Mekize Ninlamim), il déclare qu'il ne suivra pas l'exemple des Tal- 
mudistes, mais s'adonnera à ce que d'autres négligent. Ce qui ne l'empêcha 
pas, d'ailleurs, de former des disciples dans la science talmudique. Mais c'est 
a la mystique qu'il a réservé sa prédilection. 11 en avait reçu le goût et les 
traditions de sou père, qui les avait communiqués a Eléazar, hazzan de 
Spire. Seulement, il faut s'entendre sur le sens du mot mysticisme. Le sien 
dillérait de celui des Espagnols, qui était un dérivé du néo-platonisme. 11 
était assurément moins prétentieux, mais beaucoup plus naïf ; il était avant 
tout moral. — On raconte de Samuel qu'il prit le bâton du pèlerin pour ac- 
complir une œuvre ascétique. La légende le fait aller chez H. Tam, à qui il 
ne révéla pas son nom. — M. Epstein dresse une liste des ouvrages qu'il a 
composés et dont la plupart ne nous sont pas parvenus. Peut-être, il est vrai, 
l'auteur de cette monographie a-t-il sacrifié sans le savoir au désir de re- 
hausser le mérite de son héros. Ainsi Samuel aurait, d'après M. Epstein, 
écrit un commentaire de la Mechilta. Or le seul texte qui étaie cette asser- 
tion dit seulement que dans la Mechilta citée par son Yesod se trouve telle 
ou telle opinion. Que si dans notre Mechilta manque cette opinion, en quoi 
cela prouve-t-il que Samuel ait commenté la Mechilta? Nous ne croyons 
pas mieux prouvée l'existence d'un commentaire de Samuel sur le rituel des 
prières. Les explications qu'on lui attribue de certains passages du rituel 
peuvent avoir été données verbalement ou en passant dans un de ses écrits. 
L'œuvre importante de Samuel est le S. Hasidim, qui avec le S. Hayirea, le 
S. /fateschouba, forme la préface du S. Bas idim dans l'éd. des Mekizè Nir- 
damim. Le Schalsckellet Hakabbala. parle, d'ailleurs, d'un petit S. Hasidim 
qui a pour auteur Samuel. — On cite encore de notre auteur des explica- 
tions du Pentateuque, fondées principalement sur les f/uematriot et les notai i- 
con, du Sifra et du Talmud Tamid. C'est lui qui a composé aussi le morceau 
liturgique *p)2rî 2N D^wlïlD. Quant au Tin^n TIC, qu'on veut lui attri- 
buer, M. Epstein croit pluiùt qu'il est l'œuvre de Samuel, hazzan d'Erfurt. 

^"itt ttl-PD û* Q'mrOl ÛW52 min Commentaire critique de la Bible 
publie sous la direction d'Abraham Canna. Les Psaumes, par II. -P. Cha- 
jes; l ro partie, Ps. 1-72. Zitomir, A. Canna, 1903; gr. in-8° de 156 p. 



l. Ouvrages en langues modernes. 

André T.). Les Apocryphes de l'Ancien Testament. Florence, Paggi, 
11)03 ; in-8° de 350 p. 

Baguer (W.)i Die Agada (1er Tannaiten. I. Band. Von Ilillel bis Akibu- 
Zweitô verbesserte u. vermehrle Aullage. Strasbourg, Trùbner, 1903; 
iu-8° de x -f- 49G p. 

Baldensperger (W.). Die mcssianisch-apokalyplischen Ilollhungen des 
Judentums. 3. umgearheilete Aulluge. Strasbourg, Ileitz, 1903; in-8° de 
xii -(- 240 p. 

Bamrergi.r S.)- Die neuesten VerdfTentlichungen aus dem arabischen 
Mischnakommentare des Maimonides. Francfort, J. Kauiïmauu, 1904 ; 
in-8" de 24 p. 



BIBLIOGRAPHIE 283 

Bauer (L.). Volksleben im Lande der Bibel. Leipzig, Wallmann, 1903; 
in-8° de vu + 312 p. 

Baumann (E.). Der Aufbau der Amosroden. Giessen, Ricker, 1903; n-8° 
de x -f- 69 p. 

Beardslee (J.-W.). Oullines of an introduction to the Old Testament. 
New-York, Rewell, 1903; in-12 de 215 p. 

Bericht (22.) ùbe'r die Lehranstalt fur die Wissenschaft des Judenthums in 
Berlin, mit einer wissenscb. Beigabe von J. Elbogen : Die Religionsan- 
schauungen der Pbarisaer mit besonderer Berùcksichligung der Begriffe 
Gott und Menscb. Berlin, impr. Itzkowski, 1904 ; in-8° de vi -f 88 + 
23 p. 

M. J. Elbogen a professé au Séminaire de Berlin, pendant le semestre 
d'été de 1903, un cours sur « La Religion des Pharisiens ». De ces leçons 
est sorti le travail sur « les idées religieuses des Pharisiens, particulièrement 
sur les notions de Dieu et de l'homme o qui précède le vingt-deuxième 
rapport du Séminaire. 

Les Pharisiens de M. E , ce sont les Pharisiens de l'Évangile, c'est-à-dire, 
en somme, le judaïsme officiel des environs de l'ère chrétienne. On sait quel 
portrait partial les évangélistes ont tracé de leurs adversaires juifs, et Ton 
sait aussi que les savants protestants de nos jours, historiens à intentions 
théologiques comme Schùrer et Bousset, ou théologiens à prétentions histo- 
riques comme Pfleiderer.et Harnack, en même temps qu'ils ont expliqué le 
rôle de Jésus par le milieu où il a vécu, se sont efforcés de justifier, au 
moins en partie, le verdict prononcé il y a dix-huit siècles par lui ou par 
ses disciples. M. Elbogen 1 pense non seulement que cette condamnation est 
une condamnation de convention et de prévention, mais aussi que toutes les 
pièces du procès n'ont pas encore été utilisées. Les Evangiles sont trop 
évidemment tendancieux. Les Apocryphes même ne présentent pas les idées 
juives fondamentales, ou, du moins, ne les présentent pas dans toute leur 
pureté. Il faudrait dire : ne présentent plus, car ^i les Apocryphes figurent 
effectivement, non la théologie officielle, mais, si l'on peut dire, les courants 
souterrains de la pensée, c'est parce que, le christianisme ayant fait siennes 
certaines de leurs conceptions, celles-ci sont devenues, par cela même, 
suspectes. Toutefois, nous chicanerons d'autant moins M. E. là-dessus qu'il 
ne s'est pas fait faute d'interroger à l'occasion les Apocryphes. Mais, en 
somme, c'est surtout au Talmud et au Midrasch qu'il fait appel, parce que 
leurs témoignages sont à la fois les plus nombreux et les plus importants. 
Malheureusement cette littérature est si vaste et les idées théologiques y sont 
si éparses, qu'il faut pour le moment renoncer aux synthèses et se borner à 
des monographies. Sage conseil.. . que M. E. n'a peut-être pas suivi. Avec 
une compétence que peut lui envier M. Bousset, qui ne sait pas l'hébreu, 
il passe en revue, mais sans essayer suffisamment de dater les textes et de 
marquer l'évolution des idées, les principaux points de la théologie juive, 

1 Les principaux ouvrages visés sont : Schûrer, Geschichte des jûd. Volkes im 
Zeitalter Jesu Christi, t. II, 3 U éd., 1898; Harnack, Das Wesen des Christentums, 
Leipzig, 1902 (trad. française : L'Essence du Christianisme, Paris, Fischbacher, 1902); 
Pfleiderer, Dus Urchristentum, seine Schriften und Lehren, 2 e éd., Berlin, 1902; 
Bousset, Die Religion des Judentums im neutestamentlichen Zeitalter, Berlin, 1903. — 
Les protestants se sont déjà attiré des réponses de la part de : Schreiner, Die 
jûngsten Urteile liber das Judentum, Berlin, 1902; F. Perles, Bousset's Religion des 
Judentums (cf. Revue, t. XLVI, p. 293) ; Eschelbacher, Die Vorlesungen Ad. 
Harnacks ilber das Wesen des Christentums, dans la Monatsschrift, 1902 et 1903; 
Gùdemann, Das Judentum im neutestamentlichen Zeitalter in christlicher Darstellung, 
Monatsschr., 1903. 



REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

ou, pour parler comme lui, île la théologie pharigienne, d'après l'ensemble 
de la littérature lalmudique, depuis les Midraschim balachiques, <lont il fait 
un Fréquent et excellent usage, jusqu'aux compilation^ plus tardives comme 
les Abot de Rabhi Naion (pourquoi M. B. écrit-il : Abot di H. Natan?). 11 
croit môme qu'on a le droit d'invoquer le témoignage de la religion juive 
telle qu'elle est enseignée et pratiquée de notre temps, parce qu'elle n'est 
que le développement de la religion pharisienne. Nous ferions peut-être 
quelques réserves sur cette théorie, — si M. E. l'appliquait plus souvent. 

Que si le but de M. E. est celui que nous avons dit, il aurait sans doute pu 
s'abstenir de retracer, après tant d'autres et sans apporter de donnée nou- 
velle, les origines des partis pbarisien et sadducéen, et nous-même nous 
nous abstiendrions d'en parler, *i ce n'était pour relever un point. M. E. 
croit encore que les Ilassidim ont donné naissance aux Esséniens, alors 
qu'il semble plutôt que cette secte n'est qu'une exagération du pharisaïsme, 
lequel procède directement du parti hassidéen. Semblablement nous ne 
voyons pas que M. E. ait eu besoin d'énumérer les divergences théologiques 
et juridiques qui divisaient les partis pbarisien et sadducéen, et nous n'in- 
sisterions pas davantage aur ce point, si nous ne tenions à relever une 
remarque très juste : les Pharisiens, qu'on accuse d'avoir écrasé la vie reli- 
gieuse sous le joug de la Loi, sont bien plutôt les ennemis de la stagnation 
intellectuelle et les représentants de l'esprit d'examen. 

Entrons enfin au cœur du sujet et laissons M. Elbogen prendre, comme il 
ne le dit pas, mais comme il le pense, le taureau par les cornes. Pour les 
théologiens protestants, dit-il, la Tora, c'est la • loi », « nomos », et partis 
de cette erreur initiale (car Tora signifie proprement « doctrine »), ils 
dénoncent dans le judaïsme phari-ien le formalisme juridique qui accable la 
vie du fidèle. Il se pourrait que ce jugement fût inspiré par d'autres causes, 
et plus fondamentales. Nous aimons mieux M. E. quand il montre que les 
Juifs ne considéraient pas comme un joug l'accomplissement de la Loi, ou, 
du moins, qu'ils vivaient sous ce joug sereins et heureux. Il réfute ensuite 
le reproche qu'on fait au judaïsme pharisien de réduire la religion à l'obser- 
vance mécanique des rites : si importantes que fussent les lois cérémonielles, 
elles n'étaient considérées que comme des moyens propres à manifester le 
sentiment religieux. La religion pharisienne était si peu formaliste qu'elle 
mettait les œuvres de morale au premier rang. 

Ces doctrines n'étaient pas seulement enseignées, mais aussi pratiquées. 
On prétend, sur la foi des Évangiles, qu'il y avait une contradiction tlagrante 
entre l'enseignement et la conduite des Pharisiens, et que ceux-ci étaient des 
tartufes, s'il est permis de risquer cet anachronisme, qui montre d'aileurs 
que, partout et toujours, il y a eu et il y aura des fourbes. Les Pharisiens 
n'ont pas stigmatisé avec moins de force que Jésus la piété aifectée qui com- 
promet le mérite des bonnes œuvres et profane le nom de Dieu. Ils ont fait 
de la vérité, de la sincérité, le premier attribut de Dieu, ils l'ont inculquée 
dans l'esprit de l'enfant, ils l'ont inscrite en tête de la prière. Ces docteurs 
et ces scribes si malmenés ont dirigé le peuple et l'ont armé contre le paga- 
nisme idolâtrique et philosophique; héritiers des Prophètes, ils ont été des 
professeurs de morale et de religion autant que des juristes et des casuistes; 
sortis du peuple et mêlés au peuple, ils l'ont instruit par la prédication, qui 
n'était d'ailleurs pour eux ni un monopole, ni un titre de gloire, ni un métier. 

Et voici maintenant de quelles croyances ils ont nourri leurs auditeurs. 
Au sommet de l'édifice est Dieu, le Dieu de la tradition et de la nature, non 
le Dieu de la spéculation; ils se font une si haute idée de son unité et de sa 
spiritualité, qu'ils évitent scrupuleusement les aulhropomorphismes, mais 
sans voir des hypostases dans sa « parole » ou dans sa « gloire ». C'est pour 
préserver le nom de Dieu de toute profanation qu'ils délendent de l'énoncer, 
mais cette précaution n'a jamais nui à la claire conscience de la Divinité. 
Supérieur à toute connaissance humaine, Dieu se révèle aux hommes d'après 
leur degré d'initiation. 11 est le créateur du ciel et de la terre : ce n'est pas une 
doctrine philosophique, mais une conviction spontanée, et c'est pourquoi on 



BIBLIOGRAPHIE 285 

s'oppose aux spéculations sur l'origine du monde, comme aussi c'est pourquoi 
on se t'ait des conceptions assez naïves sur la création ex ni kilo, quand, par 
exemple, on associe à Dieu les dix paroles (M. E. a-t-il vu que cette idée 
n'a d'autre fondement que le mot « parler » dix fois répété dans le récit de 
la Genèse?). Entre Dieu et le monde, son œuvre, il n'y a pas d'intermé- 
diaires : les anges ne sont que les messagers éphémères de ses volontés. 

La cause finale de la Création est l'homme, créé « à l'image » de Dieu. 
(M. E. dit que déjà les Septante appliquent ce mot non à des propriétés 
corporelles, mais à des qualités spirituelles : la version grecque ne dit pas 
autre chose que : xocx' e'txôva y]j/.ex£pav scai xaô* ôfxoicoaiv. Les Pères de 
l'Églisd appliquent le premier terme au corps, le second à L'âme). Dieu 
n'a créé qu'un homme afin d'aftirmer la responsabilité et la solidarité de tous 
les hommes. — Nous prenons ici sur le fait la méthode de M. E. Voulant 
répondre au reproche fait à la religion pharisienne d'être parliculariste et 
nationale (ce serait un reproche jusqu'à un certain point fondé, — si c'était 
un reproche), il cite des textes de la Mechilta qui affirment seulement l'ubi- 
quité de Dieu. Et l'élection d'Israël? M. E. se tire d'affaire au moyen de 
l'Assomption de Moïse, sans distinguer les tendances de ces deux genres de 
littérature. Les textes talmudiques et même Siia, comme il le dit d'ailleurs 
lui-même, affirment que les Juifs jouissent d'une protection spéciale et que 
les autres peuples ont refusé d'accepter la loi. M. E. commet une autre 
erreur de perspective quand il montre que, tout en réprouvant l'immoralité 
des païens, on escomptait leur conversion prochaine et qu'on leur imposait 
un minimum de conditions. Il ne fait état que d'une série de textes et néglige 
ceux qui sont défavorables au prosélytisme. 

Les conceptions sur Dieu s'éclairent par les rapports de la divinité avec les 
créatures. Dieu est considéré comme le roi du monde, mais sans que cette 
croyance emporte l'idée d'un gouvernement tyrannique. Pour Harnack, la no- 
tion que le royaume céleste réside dans l'homme appartient en propre à Jésus ; 
M. E. croit que c'était déjà une croyance juive : peut-être ne se trouve-t-elle 
ni ici, ni là. Les rapports de Dieu avec l'homme sont encore affirmés avec 
plus de force par la conception de Dieu le Père (sans intermédiaire, comme 
dans l'Évangile), d'où découle la confiance en Dieu, en sa justice et en sa 
bonté, plus grande que sa justice, et la soumission à tous les événements, 
même au martyre. 

C'est sur la concoption de Dieu comme Père que reposent les idées des 
Pharisiens sur le but et les devoirs de 1 homme; celui-ci acquiert la crainte 
du ciel et du péché par l'étude de la Loi et la pratique de la pureté, qualité 
éminente où s'allient l'éthique et la religion et qui consiste dans l'imi- 
tation de Dieu et de ses attributs moraux. Les devoirs de charité sont 
résumés dans le verset « tu aimeras ton prochain comme toi-même », qui, dit 
M. E. avec raison, s'applique évidemment à tous les hommes, quoi qu'en 
disent encore aujourd'hui les théologiens chrétiens *, qui est confirmé par la 
« loi d'or » de Hillel, courante dans la littérature juive et reprise par Jésus. 
Cette morale est humaine dans tous les sens du mot, elle ne conseille pas 
a l'homme d'abdiquer sa dignité et de laisser libre cours à la violence. Même 
les pratiques du culte ont une signification spirituelle; telles sont : les 
sacrifices, les jeûnes, les prières aussi, où Schùrer et Bousset ne voient que 
des amas de formules. Avec plus de justice Bousset fait ressortir l'impor- 
tance de l'institution bien pharisienne de la Synagogue, lieu de culte tout 
spirituel et démocratique. Mais Schùrer croit à tort que toutes ces pratiques 
étaient observées dans la perspective d'une rémunération temporelle ; pour 

1 Les protestants ont beaucoup de mal à se défaire de ce préjugé, comme on le 
voit par le dictionnaire de Gesenius (12 e éd.), où on lit, s. v. 3H : « La signification 
de concitoyen transparaît encore dans plusieurs passages (lesquels?), mais le plus 
souvent elle s'est affaiblie en celle de prochain >» ; suivent de nombreux exemples, 
dont le verset du Lévitique. 



l;i \IK DES ÉTUDES JUIVES 

les Pharisiens, la récompense d'une bonne et la punition d'une mauvaise 
action rendent en elles-mêmes, comme le montre la théorie de la pénitence, 
liée d'ailleurs a diverses conceptions eschatologiques que les docteurs se sont 
ellorcés de spn ilualiscr, les reduisaut a la croyance en une ère où Dieu sera 
uu et reconnu de tous. 

On voit par cette analyse, et on le verrait encore mieux par le détail de 
l'argumentation, où des sorties contre le christianisme et des citations de 
Joseph e et de Lazarus sont appelées a la rescousse des textes, choisis avec 
un souci peut-être iusuilisant de leur origine et de leur date, que l'étude de 
M. Elbogeuest, autant qu'un travail de science et plutôt qu'un travail d'éru- 
dition, uneelude de vulgarisation et d'apologétique au service d une bonne 
cause. — M. Lxbcr. 

BiiuLiNER (A.)- Zur Lebr' u. zur Wehr ùbcr u. gegen die kircblicbe Orgcl 
i m judischen Liottesdieuste. Berlin, Natliaiisen et Lumen, 1904; in-8° de 
v-f 63 p. 

C'esl, en réalité, une réunion d'articles : Die Orgcl, par le rabbin A. Ac- 
kermann ; (J utachten des Dr Michael Sachs gege/i cite <)r<jel ; Die Synagogue 
u. die Musih, eine autiquarisch-historisclie Studie, par David Oppenheim ; 
Literar-gebchichtliche Bclegc iïber die christliche Orgel im jûdisckcn Gottes- 
dienstc, par A. Berliner. 

Bezold (C-)- Die babyloniseb-assyr. Keilinsckriften u. ibre Bedeutung i'ùr 
das Alte Testament. Tubingue, Mobr, 1904; in-8° de vu -j- 67 p. 

Bischoff (E.). Die Kabbalah-Einfùhrung in die jùdisehe Mystik u. Ge- 
beiinwissensckaft. Leipzig, Grieben, 1903; in-8° de vin -4- 12G p. 

Boehmer (.1.). Babel-Bibel-Katechismus in 500 Fragen u. Antworten fur 
Bibellïeunde. Stultgart, Grciner et Pfeitfer, 1903; in-12 de vin + 176 p. 

Bohn (F.). Der Sabbat im Allen Testament u. im altjùdiscben religiosen 
Aberglauben. Gitterslob, Bertelsmann, 1903; in-8° de vu -\- 97 p. 

Bousset (W.j. Volksfrommigkeit u. Scbriftgelebrtentum. Antwort auf 
llerm Perles' Kritik meiner « Religion des Judentums im N. T. Zeital- 
ter ». Berlin, Keutber et Keichard, 1903 ; in-8° de 46 p. 

Brandon-Salvador (Marguerite). A travers les moissons. Paris, Félix 
Alcan, 1903 ; in-8° carré de 165 p. 

Morceaux choisis de l'Ancien Testament, du Talmud, des Apocryphes, de 
poètes et de moralistes juii's du moyen âge. Ces extraits sont distribues île 
manière à fournir une lecture pour chaque jour de l'année. Le choix est 
généralement judicieux et il y a plaisir a voir cités en français quelques 
échantillons de la poésie juive du moyen âge. A la lin, de rapides notes 
littéraires sur les textes cités, notes qui auraient dû être revisées. 11 y est. 
question d'un Livre d'Adam, ou Sifra d'Adam, qui ferait partie des Apo- 
cryphes de l'Ancien Testament. Ce livre d'Adam est, d'ailleurs, mis à contri- 
bution. Or, ce livre n'a rien d'apocryphe et ne se rattache en rien à l'An- 
cien Testament : c'est le fameux livre religieux des Maudéens! 

Budde (K.). Was soll die Gemeinde aus dem Streit von Babel u. Bibel 
lernen? Ein Vorlrag. Tubingue, Mobr, 1903; in-8° de 38 p. 

Caragcio (M.). Erode 1 re degli Ebrei. Padoue, Dragbi, 1903; in-8° de 

151 p. 

Chajes H. -P.;. Jiidiscke u. jùdisch-indische Grabinscbriften aus Aden. 
Vienne, Gerold, 1903 ; gr. in-8° de 30 p. 



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de xxi + 686 + xx -f 681 p. 

On voit avec quelle rapidité les éditeurs s'acquittent de leur tâche ; il faut 
louer cette diligence, tout en regrettant les sacrifices qu'elle suppose. C'est 
ainsi, par exemple, que personnellement, je dois regretter de n'avoir pas 
même reçu communication des épreuves de mon article intitulé France, qui 
ne remplit pas moins de 24 pages. Aux fautes des typographes s'ajoutent 
celles du traducteur, qui ne m'a pas toujours compris. On me permettra de 
relever ici quelques-uns de ces lapsus. P. 445. Après avoir raconté les lé- 
gendes relatives aux services rendus à Charlemagne lors de la prise de Nar- 
bonne (voir cette Revue, plus haut, p. 197, où je rectifie ce chapitre), on me 
fait dire : « Une histoire similaire de la reddition de Toulouse aux Sarra- 
sins par les Juifs... » J'avais écrit : « Il faut mettre en regard de ces lé- 
gendes celle qui... » — P. 448 et 451, lire Joseph Cara, et non Caro. — 
P. 449, Philippe Auguste n'était pas le frère, mais le fils de Louis VII. — 
1b. Au lieu de : « Immédiatement après son couronnement, le samedi 14 mars 
1181, il ordonna que les Juifs fussent arrêtés dans leurs synagogues... », 
lire : le 14 mars 1181, il ordonna que les Juifs fussent arrêtés le samedi... » 
P. 450. Contre sens bien amusant : j'avais dit : • C'est à qui achèvera 
l'œuvre de Raschi. » La phrase est ainsi rendue: « Car qui pourrait espérer 
achever l'œuvre de Raschi ? (for who could hope to compete (sic) with Ra- 
shi's work?), P. 451. Les mots « un des Tossaûstes les plus instruits » se 



REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

rapportent à Sir Léon de Paris, et non à Simson de Coucy. En général, on 
n'a pas compris que j'avais rangé ces noms de rabbins d'après les localités 
qu'ils habitèrent, pour montrer que l'activité intellectuelle n'était pas con- 
centrée en quelques villes seulement. — 1b. Corriger Bender en Rendit et 
Port Audemer eu Pontaudemer, et supprimer Moïse de Saumur, nommé 
deux lois. — P. 452, lire Beuvenisli, au lieu de lienveuuti. — P. 45">. Après 
Pierre le Vénérable manque uue phrase: Judei cum Christiano de iide chris- 
tiana , supprimer le mot « but ». P. 456, au bas de la 1" colonne. Mon 
texte portail : • Ce n'est pas impunément que les Juifs étaient dénoncés à la 
malveillance par le port de la rouelle, par l'accusation de sortilèges (ordon- 
nance sur la réformaiion des mœurs oe 1254), la croyance au meurtre rituel, 
qui n'avait presque plus l'ait de victimes depuis longtemps en France, repa- 
rut à Troyes... » Voici ce que devient ce passage : t Not only had the 
ordinauce requiriug the wearing of the badge been enforced, but accusations 
ol' sercery bai been made Ordonnance on the improvement of morals ot' 
1254); and now the beliel' in ritual murder was to reappear... » — lb., 
col. 2. Au lieu de Crécy, lire Croisy. — P. 458, lire S Maixent, et, col. 2, 
Rothenburg. — P. 459 a, lire Amude — et non Ammude. — P. 460 a, le 
traducteur a corrigé Se 1er Haschelama en S. ha-Shelomoii ! — lb. Bet ha- 
Xehirah est une faute pour B. ha-Bekirah. — P. 462 b, lire : Actes du Par- 
lement de Paris, 5230 — et non V. 230; Hist. eccl.. 1. 92. — P. 463 a, lire 
Kat'tor wa Vérah — et non u-Terah: March I. 1360; Outrelaue. — P. 464 a, 
lire : Pièces inédites relatives — et non Procès inédites relatifs, et plus loin 
Pièces justificatives au lieu de Procès justificative. — P. 465 b, Responsa of 
Isaac b. Sheshet, n 0s 270-272 (et non pp.) — P. 466a, lire conceptions, au 
lieu de conclusions, et 466 i , Bonjorn, au lieu de Bonlorm. — Je liens égale- 
ment à dire que la carte des localités habitées par les Juifs n'est pas mon 
œuvre. Je ne suis donc pas responsable des lacunes considérables qui la dé- 
parent ni du repérage des noms de ville. L'Argeutière, qui est indiqué sur 
la rive gauche du Rhùne, près des Alpes du Dauphiné, doit être placé sur 
la rive droite, dans le département de l'Ardèche. — Pour gagner du temps, 
les éditeurs ont dû également renoncer à la collaboration de beaucoup des 
savants européens qu'ils avaient groupés autour d'eux ; aussi beaucoup d'ar- 
ticles sont-ils composés maintenant dans leur bureau de rédaction. Toutefois, 
comme on demande surtout à une Encyclopédie, non des travaux originaux, 
mais un inventaire intelligent des notions courantes, il ne faut pas trop dé- 
plorer ce changement de personnel, qui assurera la fin rapide de cette grande 
entreprise. 

Engklkemper W.). Saadja Gaon's religions-philosophische Lehre uber die 
heilige Schrift. Aus dem Kitab al Amanat wal I'tiqadat ùbersetzt u. 
erklârt. Munster, Aschcndorlï', 1903; in-8° de vin -f- 74 p. (Beitràge zur 
(ieschichte der Philosophie des Miltelalters. Texte u. Untersuchungen 
brsg. von C. Bauemker u. G. v. Ilertling. IV. Band, 4. Heft.) 

Ermoni (V.). La Bible et l'orientalisme. III. La Bible et l'archéologie sy- 
rienne. Paris, Bloud, 1903 ; in-16 de Ci p. 

Eyragues (M.-B. d'). Les Psaumes traduits de l'hébreu. Paris, Lecoffre, 
1904 ; in-1 2 de lxiv 421 p. 

L'auteur de cette nouvelle traduction est une femme et une catholique; or 
une catholique hébraisaute est un oiseau si rare par le temps actuel qu'a 
ce seul litre ce volume mérite l'attention et la sympathie. Il les mérite aussi 
par l'élégance et la pureté du style, par la fidélité générale de la traduction. 
Les notes sont surtout explicatives et n'abordent guère les difficiles pro- 
blèmes de critique; ceux-ci sont touchés dans les notices et dans 1 introduc- 
tion. Inutile de dire que les solutions de la savante traductrice ne sont pas 
toujours celles de l'exégèse affranchie, qu'elle est d'ailleurs loin d'ignorer. 



BIBLIOGRAPHIE 289 

Une seule citation à titre d'exemple : « Le monothéisme d'Israël n'est pas, 
comme on l'a prétendu, le terme d'une longue évolution. Le dogme de 
l'unité divine lui vient directement de ses premiers ancêtres. Le Dieu des 
Psaumes et des prophètes est sans changement aucun le Dieu d'Abraham, 
d'Isaac et de Jacob » (p. LU). A côté de ces opinions surannées, qui justi- 
fient Vapprobatur de l'abbé Vigouroux et la préface chaleureuse du cardinal 
Mathieu, il faut signaler la timide concession de la date post-davidique 
de « certains » psaumes. Dans la deuxième partie de l'introduction s'exprime 
un sentiment très vif et sincère des beautés de la poésie hébraïque. On 
regrettera seulement que l'auteur, si familière avec Herder, n'ait pas jeté les 
yeux sur l'admirable répertoire des métaphores des Psaumes dans la Litté- 
rature des pauvres de Loeb. — T. R. 

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Studien, hrsg. von O- Bardenhewer. 8. Bd. 3. Heft). 

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Friedlaender (Moses). Genealogische Studien zum Alten Testament. I. 
Die Verânderlichkeit der Namen in den Stammlisten der Bûcher der 
Chronik. Berlin, Poppelauer, 1903 ; in-8° de 64 p. 

L'auteur a eu pour but de montrer comment les noms propres des listes 
généalogiques des Chroniques se diversifient et quelles relations existent 
entre les noms de formes semblables. En premier lieu, les noms de personnes 
produisent des noms de familles ou patronymiques en insérant un ou ou 
un o (ce serait, selon M. Friedlaender, une sorte de pluriel brisé). Les 
patronymiques prennent souvent une forme féminime â ou ôt. M. F. note, en 
passant, que le préfixe mêm peut disparaître. La terminaison â peut devenir an. 
La forme patronymique est parfois l'équivalent d'un nom précédé de bén 
« fils i. Ensuite, les noms théophores sont très variables, les noms de la 
divinité pouvant être substitués l'un à l'autre. Le nom divin est souvent 
supprimé dans les listes de noms de famille authentiques, mais lorsqu'on 
restitue le nom de l'ancêtre supposé de la famille, on lui donne la forme 
pleine. On rétablit de la même manière le nom d'un ancêtre d'après le 
patronymique en supprimant la terminaison. Parfois on modifie un nom en 
l'abrégeant ou en l'allongeant afin d'éviter la confusion avec le personnage 
connu portant ce nom. Des séries de noms sont reportées d'une famille sur 
l'autre. 

Dans les récits des Chroniques les noms propres exercent une grande 
influence : Ephraïm est le fécond des fils de Jacob, Asa va consulter les 
médecins, Josaphat organise la justice, etc. Le chroniqueur groupe dans les 
généalogies les personnes dont les noms sont analogues de forme ou de sens ; 
il groupe même des noms de façon à former une phrase. On connaît l'exemple 
de I Chron., xxv, 4. Les noms synonymes sont mis l'un pour l'autre, p. e. 
Hamoul pour Yerahmeél. Les noms de certains personnages s'expliquent 
T. XL VIII, N° 96 19 



HEVIK DB8 BTUDB8 JUIVKS 

par ce qui est dit de leurs aieux ; ainsi, Netanel, prince d'Issachar, a été 
nommé d'après l'explication que donne la Qenèse, \xx, 1 x . sur le nom d'Is- 
sachar. 

Telles sont les principales idées exposées dans cette brochure avec de 
nombreux exemples. Tout n'y est pas également certain. Quand M. V. voit 
da us El jiischib l'équivalent de Gamoùl, il semble croire que le verbe gantai 
signilie récompenser ; or ce verbe n'a pris ce sens qu'au moyen âge. Mais 
l'ensemble n'en est pas moins intéressant. Le travail de M. P. est utile 
pour la critique du texte des Chroniques ; il montre le caractère des arbres 
généalogiques partant de données réelles, mais développés à l'aide de procédés 
artificiels. Au point de vue philologique il contribue à élucider !a formation 
et la déformation des noms propres. — Mayer Lambert. 

Gasser (G.). Babel u. Bibel in geineinfasslicber.Weise beleucblet. Scbaff- 
bausen, Meili, 190;}; in-8° de 52 p. 

(iiesebrecht (F.). Friede fur Babel u. Bibel. Kœnigsberg. Tboinas et Op- 
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Delitzsch's Babel u. Bibel MI. Munster, Scbôningb [1903]; in-8° de 80 p. 

Gudemànn (M.). Das vorcbristlicbe Judenthum in ebristlicber Darstellung. 
Breslau, Koebner, 1903; in-8° de 49 p. (Tirage à part de Monatsschrifl 
fur Geschichte u. Wissenscbaft d. Judenthums, 1903). 

Guttmann (J.). Die Bedeutung des Judentums im Leben der Gegenwarl. 
Francfort, J. Kauffrnan, 1902 ; in-8° de 11 p. 

IIalévy (J.). Etudes évangéliques. I e ' fascicule. Paris, Leroux, 1903; in-8° 
de 239 p. 

Hanover (S.). Das Festgesetz der Samaritaner nacb Ibrabini ibn Jakub. 
Edition u. Uebersetzuug seines Koramentars zu Lev. 23 nebst Einleitung 
u. Anruerkungen. Berlin, Natbansen et Lamm, 1904 ; in-S° de 74 + 

XVIII p. 

Hehn (J.). Sùndeu.ErlOsung nacb biblischer u. babyloniseber Anscbauung. 
Leipzig, Ilinricbs, 1903; in-8° de vu + (52 p. ' 

IIkrford (R.-T.). Cbristianity in Talmud and Midrascb. Londres, Williams 
et Norgate, 1903 ; in-8° de xvi + 449 p. 

C'est la réunion, avec traduction et notes, des textes où il est question — 
sûrement eu en apparence — du foudateur du christianisme et des minim. 
Le travail est fait avec beaucoup de conscience et sans le parti pris qui dis- 
tingue d'ordinaire les ouvrages chrétiens qui traitent de ces matières. 

Herkenne (IL). Die Briefe zu Beginn des zweiten Makkabâerbucbes. Fri- 
bourg-en-Brisgau, Ilerder, 1904 ; in-8° de vu + 103 P- (Bibliscbe Stu- 
dien, hrsg. von O. Bardenbewer, VIII, 1 • 

HlRSOH (J.). Moine Glossen zum zweiten Vortrage des Profcssors Delitzsch 
ûber Babel u. Bibel. Czernowilz, Pardiui, 1903; in-8° de 46 p. 

Hoffmann p.). Diu \vicbtigsten Inslauzen gegen die Graf-AYellhausenscbo 
Hypothèse. I. llelt. Berlin, Natbansen et Lainm, 1904; in-8° de 154 p. 



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Holzinger (H.). Nuineri erklârt. Tubingue, Mohr, 1903 ; in-8° de xvm + 
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Jacob (B.). Im Namen Gottes, Eine sprachliche u. religionsgeschichtliche 
Untersuchung zum Alten u. Neuen Testament. Berlin, Calvary, 1903; 
in-8° de vn+ 176 p. 

L'auteur a cherché, dans cet ouvrage, à déterminer le rôle du nom divin 
dans la littérature biblique et évangélique. Dans le premier chapitre M. J. 
examine le sens du mot schém en général et en indique les différents 
emplois. Dans le second il étudie le sens spécial de la locution 'n D1133, 
laquelle ne signifie pas « au lieu et place de Dieu », mais « avec l'invocation 
du nom divin». A cette occasion les opinions émises par différents écrivains 
sur ce sujet sont exposées et critiquées. Un troisième chapitre est consacré 
au mot ôvop,a dans le Nouveau Testament. Ce mot désigne: 1° un moyen 
d'exorcisme, 2° la foi en Jésus, 3° la représentation de Jésus, 4° une 
rubrique. Un quatrième et court chapitre s'occupe des apocryphes. Dans le 
cinquième M. J. recherche l'origine de l'emploi du nom divin pour un effet 
magique ; il passe en revue les différents peuples d'où il aurait pu venir et 
s'arrête aux Egyptiens, qui ont toujours considéré le nom de leurs divinités 
comme un talisman. Par les gnostiques la doctrine égyptienne s'est répandue 
en Palestine, et c'est à eux que remonteraient les dénominations tardives 
de la divinité telles que Û 113 In, HIT 33» *D m \'pï2ïl. Du christianisme le rôle 
magique du nom divin a passé aux Mandéens et aux Musulmans. Ensuite 
(ch. vj) M. J. énumère les expressions du Nouveau Testament où figure 
le mot ôvo[aoc, puis celles de la Septante et en conclut que le langage de 
l'Evangile s'est modelé sur la Septante, qui avait traduit littéralement les 
expressions hébraïques, de sorte que l'expression grecque dans l'Evangile 
ne correspond pas exactement à la pensée que l'on voulait exprimer. Dans 
le chapitre vu, M. J. expose que le sens évangélique de la locution au nom 
provient de la langue juridique latine, où de nomine signifie « au compte 
de > . Dans un appendice (ch. vin), l'auteur examine à quelle époque on a 
cessé de prononcer le tétragramme. 

L'ouvrage de M. J. réunit tous les matériaux essentiels de la question qui 
y est traitée ; et déjà, à ce point de vue, il mérite l'attention. Mais, en 
en outre, il a le mérite de mieux préciser les différents sens du nom divin et 
d'établir une ligne de démarcation entre la Bible et l'Evangile. Enfin, 
l'interprétation qu'il donne de l'expression 'n D1132 dans la plupart des 
passages bibliques paraît exacte ; p. e. prophétiser au nom de Dieu signifie 
parler en mentionnant le nom de Dieu, et non pas parler à la place de Dieu. 

Mais M. Jacob nous paraît s'être laissé entraîner un peu trop loin par ses 
tendances apologétiques quand il nie que le nom de Dieu puisse être autre 
chose que le mot Dieu. On ne voit pas pourquoi le nom divin jouerait un si 
grand rôle dans la Bible s'il n'était que la simple désignation de la divinité 
au lieu d'en être une sorte de représentant. On ne comprendrait pas non plus 
que dans une foule de locutions le nom divin remplaçât la divinité elle-même 
si le nom était un simple mot. Il est possible que les auteurs bibliques 
n'aient plus vu dans le nom divin une hypostase, mais certainement les 
expressions dont ils se servent montrent que, à l'origine, le nom a dû jouer 
ce rôle. En particulier, l'expression « faire résider un nom » ne signifie pas 
simplement donner son nom, car un nom ne réside pas, sinon comme rempla- 



REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

çantdela divinité. L'expression assyrienne sakaa?i su»isu (p. 45) est différente, 
car sakaan ne signifie pas • résider » en assyrien, eu bien il faudrait admettre 
que le deutéronomiste aurait emprunté l'expression assyrienm: eo la délor.r- 
nant de son sens, ce qui est peu vraisemblable. M. Giesebrecbt nous paraît 
donc avoir raison quand il voit dans la pbrasc deutéronomiqae au moyen 
terme entre la croyance à la résidence matérielle de Dieu et la notion du 
Dieu universel. 

Certaines explications de versets bibliques présentées par M. J. sont 
déconcertantes : selon lui (p. 12), la locution ^y D'û) N"")p s'expliquerait par 
Le fait que le complément d'un nom construit est considéré comme étant 
au-dessus de ce nom. Dans « le palais du roi • le roi est au-dessus du 
palais. C'est le contraire qui aurait été naturel, car, le nom construit étant le 
premier, c'est lui qui devrait être considéré comme étant au-dessus du 
second. M. G. paraît aussi avoir confondu bl? DO N"ip avec Û'J 5J> NHp. 
Dans cette seconde expression hy signifie - d'après ». — L'explication de 
NV»ï)b Wîbsl 'ïl DE) nN N'*3n JÔ par « tu ne transféreras pas le nom 
de 1HVH sur une idole » (p. 20) est bien singulière ; qui peut avoir l'idée 
de transférer le nom propre d'une divinité à une autre? Kn outre, NVO n'est 
jamais employé dans la Bible pour désigner une idole. — M. G. croit que 
la phrase : nNT rîïipb TÏ^Ntt \D tttt)N Nlp^ DNïb est une rénexion de 
l'écrivain et non pas d'Adam, et signifie : On appelle la femme !T»DN, car le 
mot ÏT»!)N vient de 'i)^N (p. 22). — L'ange dont Dieu parle à Moïse (Ex., 
xxxn, 20) est Josué, et la phrase «car mon nom est en lui » fait allusion à ce 
que le tétragramme se trouve dans ytt)"l!"P (p. 23). C'est du pur Midrasch. 
• L'homme qui n'écoutera pas les paroles qu'il prononcera avec mon 
nom » (Deut., xvm, 19) veut dire : « Le prophète qui refusera de parler sur 
l'ordre de Dieu • (p. 33). — ■ Par mon nom IHVH je ne me suis pas fait 
cannaître à eux » (Ex., vi, 3) signifie: « Je n'ai pas donné aux patriarches 
l'expérience de ce que signifie mon nom, c'est-à-dire tout puissant » (p. 17), 
et c'est Artapan qui a induit la critique moderne en erreur en comprenant à 
tort que Dieu n'avait pas révélé son véritable nom avant Moïse. 

S'il est possible que ÏTTIDS soit la traduction de 8uva[j£iç et Û1p)2!l de 
toîto; (p. 119), l'inverse serait aussi ou plus admissible; il nous semble, que 
Ûlpftïl est l'abréviation de 'n T12D Û1p73. M. Jacob ne dit rien de 
l'expression ttS^ttî, qui en est le synonyme. 

Le livre porte comme épigraphe un verset où le mot DtD est mis en paral- 
lélisme avec TDS. Il eût été intéressant de parler des équivalents de DU). 

Malgré les taches et les lacunes que nous avons signalées, M. J. n'en 
mérite pas moins nos remerciements pour avoir fourni une sorte de répertoire 
des expressions renfermant le nom divin et pour avoir discuté avec plus de 
précision qu'on ne l'avait fait jusqu'à présent les différents emplois de ce mot 
dans la Bible et l'Evangile. 

Les données sur lesquelles s'appuie M. Jacob, pour déterminer l'époque à 
laquelle le tétragramme a cessé d'être prononcé, sont dignes d'attention. 
M. J. observe que l'auteur des Chroniques devait déjà lire Adonai pour' ïf, 
car il n'emploie jamais 'n "OTN- Pendant un certain temps on a continué à 
écrire le tétragramme sans le prononcer. Dans les livres postérieurs de la 
Bible on emploie ÛTtbN- La (urine Ninb dans Daniel pour NlîT serait 
due aussi au désir de ne pas prouoncer le nom inetTable. Dans Esther le nom 
môme de la divinité a été supprimé. Mais si l'on a évité la prononciation du 
tétragramme, ce n'est pas par crainte que le nom fût profané par les Juifs, 
mais par les païens, ce qui, en effet, est plus probable. — Mayer Lambert. 

Jacoby (G.). Glosscn zu den neuesten Aufstellungen ùber die Composition 
des Bûches Jeremja. (Cap. 1-20). Dissertation. Kœnigsberg, 1903 ; in-8° 
de 87 p. 

Jahrbuch der jiidisch-literarischen Gesellscbaft (Sitz : Frankfurt a. M.). 
1903-56G4. Francfort, J. Kauiïmann, 1903 ; gr. in-8° de v -j- 326 p. 



BIBLIOGRAPHIE 293 

Table des matières': 

A. Berliner : Rede gehalten im Rabbiner-Seminar am Gedenktage, 
4. Tamraus 5661 (sur Rabbénou Tarn) ; 

M. Weinberg : Die hebr. Druckereien in Sulzbach ; 

M. Lerner : Jelamdenu Rabbenu : 

IL Kottek : Der Kaiser Diokletian in Palâstina. Paneas ; 

E. Biberfeld : Zur Méthodologie der halachischen Exégèse ; 

J. Bondi : Rabbi Jochanan ; 

I. Unna : Babylonien um das Eude der Tannaitenzeit ; 

D. HolFmann : Zur talinudischen Lexikographie ; 

L. Wreschner: Deininutiv-Bildungen im Talmud ; 

S. Bamberger : Die neuesten Verôffentlichungen aus dem arabischen 
Mischna-Kommentar des Maimonides ; 

A. Sulzbach: Die diesjâhnge Lieierung des Vereins Mekize Nirdamim ; 

H. Lipinsky : Uber einige luschriften in Sudrussland ; 

S. H. Lieben : Zur Charakteristik des Verhâltnisses zwischen R. Jecheskel 
Landau u. R. Jonathan Eibenschùtz. 

Les notices talmudiques sont consacrées à la vulgarisation et à l'apologie 
des idées d'Isaak Halévy, l'auteur des d^jTUÎNIÏl m "m. 

Jahres-Bericht des jùd.-theolog. Seminars Fraenckel'scher Stiftung. Voran 
geht : Ein Vortrag uber das Ritual des Pesach-Abends von J. Lewy. 
Breslau, imp. Schatzky, 1904; in-8° de 22 + 14 p. 

Jahres-Bericht des Rabbiner-Seminars zu Berlin fur 1902-1903. Mit einer 
wissenschaftl. Beilage von D. Hoffmann : Die wichtigsten Instanzen 
gegen die Graf-Wellhausensche Hypothèse. Heft I. Berlin, imp. Itzkowski, 
[1904]; in-8° de 154 +42 p. 

Jahresbericht (26.) der Landes-Rabbinerschule in Budapest fur das Schul- 
jahr 1902-1903. Vorangeht : Aus dem Worterbuche Tanchum Jeru- 
schalmi's. Nebst einem Anhange uber den sprachlichen Charakter des 
Maimûni'schen Mischne-Tora von Wilhelm Bâcher. Budapest, 1903 ; 
in-8o de 146 + 38 + 48 p. 

Jampel(S-). Die Wiederherstellung Israels unter den Achâmeniden. Breslau, 
Koebner, 1904 ; in-8° de vin + 171 (Tirage à part de Monatsschrift fur 
Geschichte u. Wissenschaft des Judenthums). 

Jedliczka. (J.). Der angebliche Turmbau zu Babel, die Erlebnisse der 
Familie Abrahams und die Beschneidung. Leipzig, Seemann, 1903; in-8° 
de 373 p. 

Jephet ben Ali, des Karàers, Commentar zum Bûche Ruth, zum I. Maie. . . 
ediert, mit Einleitung u. Amnerkungen versehen von Nahum Schorstein. 
Berlin, M. Poppelauer, 1903; in-8° de xvm + 32 p. 

Jeremias (A.). Das Alte Testament im Lichte des alten Orients. Mit 145 
Abbildungen u. 2Karten. Leipzig, Hinrichs, 1904 ; in-8° de xiv + 383 p. 

Joseph (M.). Judaism as creed and life. Londres, Macmillan, 1903; in-8° 
de 542 p. 

Jùdische Statistik hrsg. vom Verein fur jùd. Statistik, unter der Redaktion 
von D r Alfred Nossig. Berlin, Jùdischer Verlag, 1903; gr. in-8° de 452 p. 

JusuÉ (E.). Tablas de reduccion del computo hebraico al cristiano y vice- 
versa precedidas de una explicacion en castellano yen latin compuestas 
por procedimientos completamente nuevos- Madrid, impr. Aguado, 1904; 
gr. in-4° de 306 p. 



•2'Ji REVUE DKS i;Hi»KS IUIVES 

Ki.nnkdy (J.). The noto-linc in Ihe hebrew bci iptures, ruinmonly called 
Paseq br Pesiq. Edimbourg, Ûlatk, L903; in-8° do ix -f 129 p. 

Etude très suggestive, où nous avons «té heureux de retrouver une des 
théories chères à notre regretté maîlro Isidore Loeh Le paseq ou pesiq, cette 
barre vertical-' qui accompagne certains mots de l'Ecriture, est en beaucoup 
de cas une sorte de sic mis par les plus anciens scribes pour attester la fidé- 
lité de leur copie, alors que h leçon leur paraissait suspecte ou diurne d'être 
signalée. C'est parfois comme un premier essai de critique textuelle. L'au- 
teur s'est efforcé de déterminer et de classer toutes les circonstances dans 
lesquelles on a eu recours à ce signe. On pourra chicaner quelques détails, 
mais, en somme. M. K. nous paraît avoir généralement raison. Si nous en 
avons le loisir une autre l'ois, nous rendrons compte plus amplement de cet 
opuscule des plus attrayants. 

Ki.ausner (.].). Die messianischc Vorstellung des jùdiscben Volkes im 
Zeitalter der Tannaiten kritisch untersucht u. im Rahmen der Zeitge- 
schichte dargestellt. Dissertation. Ileidelberg, 1903; in-8" de 118 p. 

Koberle (J.). Babylonische Kultur u. biblische Religion. Munich, Beck, 
1903 ; iu-8° de m -f 54 p. 

Kogh (S.). Italicnische Pfandleiher im nordlichen u. ostlichen Frankreieh. 
Breslau, impr. Fleiscbmann, 1904; in-8° de 55 p. 

Kônig (E.). Der Kampf um das Alte Testament. I. Ileft. Glaubwiirdig- 
keitsspuren des Alten Testaments. Gross Lichterfeld, Runge, 1903; in-S" 
de 54 p. 

Kramer (J.). Das Problem des Wunders im Zusammenhang mit dem der 
Providenz bei den jùdiscben Religionspliilosophen des Mittelalters von 
Saadia bis Maimuni. Dissertation. Strasbourg, 1903 ; in-8° de 108 p. 

Kuiper (K. ). Ad Ezechielem poelam Judaeurn cur-.r secundre. Padoue, Pros- 
perini, 1904; iu-8° de 35 p. (Extrait de Rivista di Storia Antica, vin, 1). 

Kuttner (B.). Jûdische Sagen u. Legenden. III. Bàndcheu. Francfort, J. 
Kautl'mann, 1904 ; in-8° de 75 p. 

Laur (E.). Die Prophetennamen des Alten Teslamentes. Ein Beitrag zur 
Théologie des Alten Testamentes. Fribourg, Univers. Buchhandlung, 
1903; in-8°de vi + 1G5 p. 

Lehmann 'C.-F.). Babyloniens Kulturmission einst. u. jetzt. Leipzig, Die- 
terich, 1903 ; in-8° de m -f 88 p. 

Lévi (Israël . The Hebrew lext of the book of Ecclesiasticus ediled with 
brief noies and a selected glossary. Leyde, Brill, 1904; in-8° de xm-f-85 p. 
(Semitic Study séries, éd. by U. Gottheil and M. Jaslrow, n° III). 

Texte complet des fragments jusqu'ici découverts de l'Ecclésiastique hé- 
breu. On y a joiut de courtes notes et un vocabulaire des termes ou iormes 
verbales propres à l'auteur. Tel quel, ce petit livre, destiné aux étudiants du 
Nouveau Continent, fait quelque peu double emploi avec celui de M. Strack 
Voir Revue, t. XLVI, p. 296 . Il aurait dû paraître avant celui-ci, le ma- 
nuscrit ayant été remis aux directeurs de cette publication en septembre 1902. 
l'eut-être ollnra-t-il, cependant, quelque intérêt en raison des nouvelles 
lectures et notes qui distinguent cette édition manuelle. 

Lévi (Israël). Histoire des Juifs de France. l ,e partie : Des origines au 
x l siècle. Paris [Durlacher 1 , 1903 ; gr. in-8° de 24 p 



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Londres, Hodder, 1903; in-8° de 194 p. 

Lincke (K.-F.-A.). Samaria u. seine Propheten. Mit einer Textbeilage : 
Die Weisheitslehre des Phokylides, griechisch u. deutsch. Tubingue, 
Mohr, 1903; in-8° de vin -|- 179 p. 

Lods (A.). Les découvertes babyloniennes et l'Ancien Testament. Dole, 
impr. Girardi et Audebert, 1903; in-8° de 35 p. 

Lohmann (E.). Tharsis oder Ninive. Ein Beitragzum Verstândnis des Bûches 
Jona. Freienwalde, Rùger, 1904; in-8° de 60 p. 

Lôwy (A.). A critical examination of the so-called Moabite inscription in 
the Louvre. Third issue revised and amended. Londres, 1903; in-8° de 
33 p. 

M. Albert Lôwy rompt une nouvelle lance contre l'authenticité de la 
fameuse pierre de Méscha. Ses arguments principaux sont l'analogie 
frappante qui règne souvent entre le style ou les expressions de l'inscription 
et ceux de la Bible, par exemple ïN3^3 nfcnN ">3N1 = "W3D bÛH *3N*1ln ^31 
Ps. gxviii, 7, analogie qui parfois va jusqu'à la parodie, par exemple 'pNI 
}212 bj'3 DN = 1^735^3 nN ..032 31în ^331 (Nombres, xxxn, 37-8), 
et encore ffl^S nN J3K1 — ÛTl^p HN 133 pl&n ^33"l [ib.) — là Méscha 
s'attribue des fondations de villes que l'Ecriture assigne à certaines tribus ; 
enfin, et ici M. L. a rencontré un écho dans l'opinion de F.-W. Schultz 
(Encyclopédie d'Herzog), n'est-il pas singulier que le seul monument moabite 
qui ait été retrouvé contienne justement le seul nom propre de roi moabite 
qui figure dans ia Bible et que les noms propres qui se lisent dans Isaïe, 
xv et xvi, se rencontrent justement dans cette inscription? Seulement 
ce faux, que M. L. ne veut pas mettre au compte d'un fabricant de nos 
ours, qui se serait avisé de le commettre et dans quel but? Celui qui a 
fait choix d'une pierre de cette dimension et qui a fait graver avec tant 
de soin ces trente- quatre lignes n'était pas un vulgaire charlatan ou un 
mauvais plaisant. 

Lublinski (S.). Die Entstehung des Judentums. Eine Skizze. Berlin, Jùd. 
Verlage, 1903; in-8° de 71 p. 

Maass (E.). Griechen und Semiten auf dem Isthmus von Korinth. Religions- 
geschichtliche Untersuchungen. Berlin, G. Reimer, 1903; in-16 de ix 
+ 135 p. 

Maimuni's commentarius in Mischnam ad tractatum Sabbath (cap. xix-xxiv), 
textum arabicum éd. L. Kohn. Berlin, Calvary, 1903; in-8° de 20 p. 

Maimuni's (Mose ben) Mischna-Kommentar zum Traktat Kethuboth (I. u. 
II). Arabischer Urtext, mit... Uebersetzung. des Jacob ibn Abbasi... 
deutscher Uebersetzung... von S. Frankfurter. Berlin, Nathansen et 
Lamm, 1903 ; in-8° de 40 -f 16 p. 

Mandl (B.). Das jùdische Schulwesen in Ungarn unter Kaiser Josef II. 
(1780-1790). Francfort, J. Kauffmann, 1903; in-8° de 49 p. 

Mandl (S.). Das Wesen des Judentums dargeslellt in homiletischen Essais, 
nebst einem Anhang : Die Lehre von Gott, Die Lehre vom Menschen. 
Francfort, J. Kauffmann, 1904; in-8° de 99 p. 

Marti (K.). Dodekapropheton erklàrt. I. Hâlfte. Tubingue, Mohr, 1903 
in-8° de 240 p. (Hand-Commentàr zum Alten Testament). 



REVUK DES ETUDES JUIVES 

Mkinhold (j.). Studien zur israelitischen Religionsgesohichte. Bd I : Der 
heilige Rest. Tcil I : Elias, Amos, Hosea, Jesaja. Bonn,Marcufl et Weber, 

1903; in-8° de vin + 160 p. 

Mkykr (S.)- Contra Del Hz se a. Die Babel- Hypothesen widerlegt. II. Ileft. 
Francfort, J. Kaufl&nann, L903; In-8° de 48 p. 

Miketta (K.). Der Pharao des Auszuges- Eine exegetische Studio zu Bxodus 
1-15. Fribourg-en-Brisgau, Herder, 1903; gr. in-8° devin ~}~ 120 p. (Bi- 
blische Studien, hrsg. von O. Bardenhewer. VIII. Haud. I. Ileftj. 

Mittheilungen der Gesellscbaft zur Erforschung jûdischer Kunstdenkmaler. 
I. /.week u. Ziel der Gesellschaft zur Erforscbung jùd. Kunstdenkmaler 
zu Frani'kurta. M. — II. Ueber Bau u. Ausscbmùckung alter Synagogen. 
— II1-IV. Ueber alte Kulturgegenstande in Synagoge u. llaus von Hein- 
ricb Frauberger. 1900-1901-1903; gr. in-4° de 38 + 43 -f 104 p. avec 
23 -j- 44 -f 151 illustrations. 

C'est certainement la plus belle publication qui ait jamais été consacrée à 
Pétude des monuments de l'art juif au moyen âge. M. H. Frauberger qui en 
a pris la direction était le mieux qualifié pour une œuvre aussi délicate et il 
faut convenir qu'il s'acquitte de sa tâche avec un rare bonheur. Nous ne 
pouvons que recommander chaleureusement cette admirable entreprise, digne 
de tous les éloges. 

Moller (W.).Die Entwicklung der alltestamentlichen Gottesidee in vorexi- 
liscber Zeit. Gùterslob, Bertelsmann, 1903; in-8° de 183 p. 

Moris (H.). Le Sénat de Nice avant 1792, ses attributions judiciaires et po- 
litiques- Nice, Malvano, 1902; in-8°. 

Contient quelques renseignements sur le conservateur des Juifs (p. 55) et 
sur la situation générale des Juifs (p. 71-74), surtout aux xvn e et 
xvm e siècles. — P. Hildenfinger. 

Mose ben Maimuni's Mischnab- Kommentar zum Traktat Ketbuboth. 
(Abscbnitt III, IV u. V). Arabiscber Urtext mit verbesserter hebraischer 
Uebersetzung des Jacob ibn Abbasi, Einleitung, deutscher Uebersetzung 
...von Moritz Frankfurter. Berlin, Nathansen et Lamm, 1903; in-8° de 
36 + 20 p. 

Netter (D r Abraham). Les six jours de la création. Paris, 1903; in-8° de 
18 p. 

Niemirower (I.-J.). Sicbron Nabum. Festpredigten, Casualreden u. aus 
synagogalen Vortrâgen entslandene Zeitungsartikel. Jassy [en commission 
chez Poppelauer, BerlinJ, 1903 ; in-8° de 130 p. 

Nikel (J.). Zur Verslândigung ëber Bibel u. Babel- Breslau, Goerlicb, 
1903; in-8° de 104 p. 

Perles (F.). Das Gebet im Judentum. Francfort, J. KautTmann, 1904 
in-8° de 23 p. 

Perrot (G.) et Chipiez (C). Histoire de l'art dans l'antiquité. Tome VIII. 
La Grèce archaïque. (La Sculpture). Paris, Hachette, 1904; in-4° de xv 
750 pages, avec 14 planches hors texte et 352 gravures. 

La mort de Charles Chipiez, survenue le 10 novembre 19ul, a brisé « la 
collaboration féconde d'un savant qui est un artiste et d'un artiste qui était 
un savant », Voir Revue, VIII, p. 140. Le savant reste 6eul sur la brèche, 



BIBLIOGRAPHIE 297 

infatigable et puissant, avec cette sérénité et cette énergie dans le regard 
qu'a si bien comprises M. Jean Patricot, auteur du portrait vivant, « dessiné 
d'après nature », qui sert de frontispice au tome huitième. L'image suffit à 
donner une impression de force, de droiture et de bonté même à ceux qui 
n'ont pas eu, comme moi, la bonne fortune de connaître et d'admirer 
l'homme. Ce tribut de respect pour le travailleur et pour l'oeuvre, je l'ai 
apporté ici même, en 1884, à propos des tomes troisième et quatrième qui 
rentraient plus que les autres dans le cadre de la Revue. Aujourd'hui, je 
voudrais rappeler la série des étapes parcourues dans le vaste champ que 
les deux auteurs, en leur conception hardie, s'étaient tracé d'avance et 
dont le survivant, j'en ai la certitude, achèvera la conquête. 

Rien de plus éloquent que l'énuméralion des tomes publiés successivement 
pour arriver à la Grèce, après avoir passé par « les origines orientales de 
l'art»»: 1(1882). Egypte; II (1884), Chaldée et Assyrie; III (1885), 
Phénicie, Chypre; IV (1887), Judée, Sardaigne, Syrie, Cappadoce; V (1890), 
Phrygie, Lydie et Carie, Lycie, Perse ; VI (1894), la Grèce primitive 
(l'Art mycénien) ; Vil (1899), la Grèce de l'épopée, la Grèce archaïque (le 
Temple) ; VIII (1904), la Grèce archaïque (la Sculpture). 

Une telle encyclopédie, bâtie avec des matériaux de choix, présente un 
ensemble architectural qui se dresse inébranlable sur sa base, alors même 
que les découvertes ultérieures en ont quelque peu ébranlé, non pas les 
assises, mais certains éléments de la construction. Je tiens seulement à dire 
encore que l'illustration, répandue à profusion dans le texte, sans parler des 
nombreuses planches hors texte, est un commentaire perpétuel des descrip- 
tions qu'elle inspire et qu'elle justifie. On sent l'unité de direction qui a 
présidé à l'une et à l'autre, sans que rien soit abandonné à la fantaisie et 
à l'arbitraire. — Hartwig Derenbourg. 

Pigk (H.). Talmudische Glossen zu Delitzsch's Assyrischem Handwôrterbuch. 
Dissertation. Berlin, 1903; in-18 de 33 p. 

Porges. Bibelkunde u. Babelfunde. Eine kritische Besprechung von Fr. 
Delitzsch's Babe. u. Bibel. Leipzig, M. W. Kauffmann, 1903; in-8° de 
108 p. 

Poznanski (S.). Schechter's Saadyana. Francfort, J. Kauffmann, 1904; 
in-8° de 23 p. (Tirage à part de Zeitschrift fur hebr. Bibliographie, 1903). 

M. P. a eu la bonne idée de joindre à un copieux compte rendu des 
Saadiana, de M. Schechter, un index alphabétique des noms de personnes 
mentionnés dans ces documents divers. Cet index sera accueilli avec recon- 
naissance par les travailleurs. Inutile d'ajouter que M. P. a accompagné ces 
noms de notes précieuses qui complètent le travail de M. Schechter. M. P. 
complète également et commente plusieurs listes de livres retrouvées par 
M. Schechter dans .a gueniza du Caire. 

Publications of the American jewish historical Society, n° 11. [Baltimore, 
Lord Baltimore Press], 1903 ; in-8° de xm -J- 238 p. 

Table des matières : 

S. M. Stroock : Switzerland and American Jews; 

Max J. Kohler : Phases in the history of religious liberty in America, 
with spécial référence to the Jews (l'auteur s'abuse singulièrement sur l'in- 
fluence exercée par l'exemple de l'Amérique sur l'émancipation des Juifs de 
France ; ces exagérations ne manquent pas d'ingénuité) ; 

Léon Huhner : The Jews of New England (other than Rhode Island) 
prior to 1800 ; 

1 C'est le titre même de la publication parallèle, suggestive et synthétique, de 
M. Léon Heuzey (Paris, 1891-1892, in-4°), avec le sous-titre da : Recueil de mémoires 
archéologiques et de monuments figurés. 



REVUE DES BTUDBfi IUIVES 

Alhort M. Friedenherg : The Jews and the Ainciican sunday laws ; 
II. BlitSBof : The JeWfl Of Chicago ; 

G. Herbert Coin- : Ne* m aller relating to Mordecai M. Neah; 

Miss Eivira N. Sons : Note on Isaac Gomoz and Lewis Moses Gomez ; 

Joseph Jacobs : Report ol' the Coiumittee ou collections ol the American 
jewish biftorical Boeiety ; 

N. Tavlor Phillips : Items relating to the history ol the Jews ol' New 
York ; 

Gr.-A. Kohut : The trial oi Francisco Maldonado de Silva. 

Rapport moral et linancior sur le Séminaire israélile et le Talmud-Thora, 
précédé d'une Histoire des Juifs de France (l r0 partie), par Israël Lévi. 
Paris, impr. Lyon, 1903 ; in-8° de 85 p. 

Reinagh (T.)- Jewish coins. Translated by Mary llill, with an appendix l>y 
l'i.V. Hill. Londres, Lawrence et Rullcn, 1903; in-S° de xv + 77 p. 
(avec planches). 

Rieger (P.). Ilillel u. Jésus. Hambourg, Boysen, 1904; 11 p. 
Rosenthal (L.-A.;. Bibel trotz Babel! Leipzig, Kaufmaim, 1903; in-8° de 
vin + 32 p. 

Rivista israelitica. Periodico bimestrale per la scienza e la vita del Giu- 
daismo. Florence, impr. Galletti et Gassuto, 1904; in-8°. 

C'est le premier numéro d'une Revue italienne dont les principaux colla- 
borateurs sont MM. Berliner, Chajes, Colombo, rabbin de Livourne, Elbo- 
gen, Lolli, rabbin de Padoue, Lasinio, professeur a l'Institut des éludes su- 
périeures de Florence. Margulies. rabbin et directeur du collège rabbinique 
de Florence, R. Ottolenghi, Aglietti. Nous souhaitons à ce nouveau confrère 
de restaurer en Italie le goût des études scientifiques, qui l'ut si fécond au 
temps de S. D. Luzzatto. Le premier fascicule de cette Revue contient les 
articles suivants : S. -IL Margulies, L 1 « Ashgara » nella lelteratura tai- 
mudica ; S. Colombo : « Echa », saggio di critica biblica ; H. -P. Chajes : 
Note esegetiche (entre autres une singulière note sur Mathieu, vi, 3, « quand 
tu fais l'aumône, que ta main gauche ne sache pas ce que fait la droite ». De 
ces mots il faut, paraît-il, rapprocher la parole d'un docteur disant que, si 
l'on doit repousser de la main gauche celui qui veut se convertir, il convient 
de le rapprocher de la droite. « Il est divine d'intérêt, ajoute l'auteur, que 
Sanhédrin, 107 b = Sota,k~b, cite justement celte sentence à propos de Jésus. 
Peut-être les deux sources s'inspirent-elles d'une phrase populaire »). La 
livraison renferme ercore « Una lettera di raccomandazione per un inviato 
degli Ebrei Polacchi al Papa (1758) », publiée par U. Cassuto. 

Rothschild (L.). Die Judengemeinden zu Mainz, Speyer u. Worms von 
1349-1438. Berlin, Nathansen et Lamm, 1904; in-8° de vu + 118 p. 

Uugenwald (S.-J.). Humor aus dem jùdischen Leben, in Versen wieder- 
gegeben. Francfort, J. Kauflman, 1903; in-8° de vi +93 p. 

Il est dommage que l'auteur ait eu l'étrange idée de mettre en vers ces 
récits, anecdotes et bons mots pleins d'humour. 

Saadia Al-fajjûmi's arabische Psalmenùbersetzuug u. Commcnlar (Psalm 
73-89 , lirsg., ubersetzt u. mit Anmerkungen verseben von Siegfried Gal- 
liner- Berlin, Poppelauer, 1903; in-8° de 85 -f- xxvn p. 

Suadja Al-fayjùmi's arabische Psalmenùbersetzung u. Commentar (Psalm 
107-121) lirsg., ùbcrsetzt u. mit Anmerkungen verseben von J.-Z. Lau- 
terbacb. Berlin, Poppelauer, 1903; in-8° de 67 -f- xxv p. 



BIBLIOGRAPHIE 299 

Schapiro (D 1 ' D.). Obstétrique des anciens Hébreux d'après la Bible, les 
Talmuds et les autres sources rabbiniquos. Paris, Champion, 1904; in-8° 
de 162 p. (Bibliothèque historique de la France médicale, n° 12). 

Schiparelli (G.)- L'astronomia nell' antico testamento. Milan, Hoepli, 1903 ' 
in-16 de vin + 196 p. 

Schuster. Die Reformation u. der Talmud. Dresde, Pierson, 1903; in-8° 
de 29 p. . 

Steckelmacher (M.)- Das Princip der Ethik vom philosophisclien u. jû- 
disch-lheolog. Standpunkte aus betrachtet. Mayence, Wirth, 1904; in-8° 
de vi -f 256 p. 

Stern (M.)- Andréas Osianders Schrift ùber die Blutbeschuldigung wieder- 
aufgefunden u. im Neudruck hrsg. Berlin, Hausfreund, 1903; in-16 de 
xx -f- 44 p. 

Taenzeb (A.). Judentum u. Entwicklungslehre. Berlin, Calvary, 1903; 
in-8° de 68 p. 

Thirtle (J.-W.). The titles of the Psalms, Iheir nature and meaning ex- 
plained. Londres, Edimbourg, Glasgow et New-York, H. Frowde, 1904; 
in-8° de 386 p. 

Tood (J.-C-). Politic and religion in ancient Israël. Londres, Macmillan, 
1904; in-8°de352p. 

Trénel (J.). L'Ancien Testament et la langue française du moyen âge 
(vni e -xv° siècle). Etude sur le rôle de l'élément biblique dans l'histoire 
de la langue, des origines à la fin du xv e siècle. Paris, Cerf, 1904 ; gr. 
in-8° de vu + 671 p. 

Cet excellent travail, qui a valu à son auteur le titre de docteur es lettres, 
inaugure un ordre d'études curieuses. En raison de l'intérêt que présentent 
ces recherches, nous avons prié notre ami M. J. Trénel d'exposer dans un 
article, qui paraîtra prochainement, le système qu'il a suivi. 

Trénel (J.). L'élément biblique dansTœuvre poétique d' Agrippa d'Aubigné. 
Paris, Cerf, 1904; gr. in-8° de vi -f 124 p. 

Urquhart [j.). Die Bûcher derBibel oder Wie man die Bibel lesen soll. I. 
Band. Uebersetzt von E. Spliedt. Stuttgart, Kielmann, 1904; in-8° de vin 
+ 176 p. 

Vigne (M.). La Banque à Lyon du xv e au xviii 6 siècle. Lyon, A. Rey, 
1903 ; in-8°. 

Le eh. i, consacré à la hanque à Lyou avant le xv 8 siècle, traite de la 
situation des Juifs dans cette ville depuis Agobard jusqu'à l'expulsion de 
1394, de leur coudition comparée à celle des Lombards et des diverses opéra- 
tions qu'ils pratiquaient (p. 29-52). — P. Hildenfinger. 

Vôlter (D.). Aegypten u. die Bibel. Die Urgeschichte Israëls im Licht der 
aegyptischeu Mythologie. Leyde, Brill, 1903; in-8° de 113 p. 

Wachter. Wo liegt das Salomonische Goldland Ophir ? Stuttgart, Schwei- 
zerbart, 1903; in-8° de 18 p. 

Weber (O.). Théologie u. Assyriologie im Streite um Babel u. Bibel. Leipzig, 
Hinrichs, 1904; in-8<> de 31 p. 



REVUE DES ETUDES JUIVES 

WBSTPHAL (A.). Jéhovah. Les étapes (le la révélation dans l'histoire du 
peuple d'Israël, Montauban, chez l'auteur, 1908; in-s° de 194 p. 

Westphal (G. . Die Voratellung von einer Wobnung Jahwes nach dcn 
aUtestamentlichen Quellen. Dissertation. Marbourg, 1903;in-8° de (m p. 

Year book of the central Conférence of American rabbis. 1903-5663. Balti- 
more, Lord Baltimore Press, 1904; in-8° de 300 p. 

Contient, entre autres: Assyriology and the Bible, par K. Kohler ; The 
theological aspect oi' reformed Judaism, par M. L. Margohs; Life of Salomou 
Munk, par G. Deutsch. 

Yellin (D.) and Abrahams (L). Maimonides*. Philadelphie, Jowish Public. 
Society of America, 1903; in-12 de vin + 239 p. 

Zimmern (IL). Keilinschriflen u. Bibel nach ihrem religionsgeschichtlichen 
Zusammenhaug. Berlin, Reuther et Reichard, 1903; in-8° de 54 p. 

Zorell (F.). Zur Frage iiber Babel u. Bibel. Hamm, Brecr et Thiemann, 
1903; in-8° de 36 p. 

3. Périodiques. 

The American journal of semitic langtiages ami litci-atures (Chi- 
cago, trimestriel). = = Vol. XIX, 1903. = = N° 4, juillet = = P. 
Haupt : Isaiah's parable of the vineyard. — A. Ember : Pronuncialion 
of Hebrew among the Ruasian Jews. = = Vol. XX, n° 2, janvier 1904. 
= =.W. R. Harper : The structure of Hosea. 4,1 — 7, 7. = = N° 3, 
avril. = = P. Haupt: Moses' Song of triumph. — J.-A.-Bever : The 
Goel in Ruth 4, 14, 15. 

The Jewish quarterly Revicw (Londres). = = Vol. XV, 1903. = = 
N° 60, juillet. == A. -IL Keane : Ea-Yahveh, Dyaus—ZEUS— Jupiter. — 
S. Levy : Is there a jewish Literalure? — C- Taylor : The Wisdom of 
Ben Sira [suite). — J.-II.-A. liait : Primitive exegesis as a factor in the 
corruption of texts of Scripture illustrated from the versions of Ben Sira. — 
G. Margoliouth : An early copy of the Samaritan-hebrew Pentateuch. — 
A. -M. Hyamson : The lost tribes and the influence of the search for them 
on the return of the Jews to England. — H. Ilirschfeld : The Arabie 
portion of the Cairo genizah at Cambridge {suite, n cs 61 et 63 ; entre au- 
tres, deux fragments autographes du Guide de Maïmonide). — A. S. 
Yahuda : Ilapaxlegomena im Alten Testament. — E. N. Adler : Pro- 
fessor Blau on the Bible as a book. == Vol. XVI. == N° 61, octobre. 
= = A. Cowley : Hebrew and Aramaic papyri. — Laurie Magnus : A 
conservative view of Judaism. — D. Philipson : The reform movement 
in Judaism (suite, n° 63). — G. Margoliouth : A Florentine service-book 
at the Brilish Muséum. — E. Schwarzi'eld : The Jews of Moldavia at the 
beginning of the eighteenth century. — E. N. Adler : Auto da fé and 
Jew. — A. Bùchler : Die Schauplâtzo des Bar-Kochbakrieges u. die auf 
diesen bezogenen jûdischen Nachrichten. — M. Simon : Some poems of 
Jehuda Halevi translated. = = N" 62, janvier 1904. = = C. G. Monte- 
tiore : Rabbinic conceptions of repenlance. — S. A. Cook : North-Semitic 
epigrapby. — W. Bâcher, A. Wolf, S. Levy : What is Jewish literature? 
— IL S. Q. Ilenriques : The Jews and the English law [suite). — F. 
Perles : Proben ans dem Nachlass von Joseph Perles. — L. Blau : Neue 



BIBLIOGRAPHIE 301 

masoreliscbe Studien. — M. Steinschneider : Allgemeine Einleitung in 
die jùdische Literatur des Mittelalters. — Critical notices. = = N° 63, 
avril. = == S. Schechter : Genizah Fragments (Long fragment d'un texte 
gnomique dont M. Harkavy a publié ici même un extrait; Mechilta de 
Simon b. Yohaï ; Mecbilta Debarim). — Marcus N. Adler : Tbe Itinerary 
of Benjamin of Tudela. — A Cowley : Samaritana. — W. Bacber : Zur 
Jùdiscb-Persiscben Litteratur. — F. G. Burkitt : Tbe Nasb papyrus, 
a new pbotograpb. — E. N. Adler : A letter of Menasseh ben Israël. — 
Critical notices. 

Monatsschrift fur Geschichte nnd Wissenschaft des Judenthiims 

(Berlin). = = 47 e année, 1903. == N 0s 5-6, mai-juin. == = S. Jampel : 
Die Wiederberstellung Israels unter den Acbàmeniden {suite et fin, n 0s 9- 
12). — J. Scheftelowitz : Zur Kritik des griecbiscben u. des massore- 
tiscben Bucbes Estber {suite et fin, n es 7-8). — L. Treitel : Der Nomos, 
insonderbeit Sabbat u. Feste, in pbiloniscber Beleucbtung, an der Hand 
von Pbilos Scrift De Septenario (suite et fin,n os 7-12). — M. Gûdemann : 
Das Judentbum im neutestamentlicben Zeitalter in cbristlicber Dar- 
stellung (fin). — J. Escbelbacher : Die Vorlesungen Ad. Hamacks ùber 
das Wesen des Cbristenthums (suite et fin, n 0s 9-12). — ■ Pb. Bloch : 
Der Streit um den Moreh des Maimonides in der Gemeinde Posen um 
die Mitte des 16. Jabrh. (suite et fin, n 0s 7-8) — M. Steinscbneider: Purim 
u. Parodie (suite, 7-10). ===== N os 7-8, juillet-août. ===== Moritz Lôwy : 
Die Paulinische Lebre vom Gesetz (suite, n 0s 9-12). — A. Epstein : Die 
abaronidiscben Geonim Palâstina's u. Mescbullam b. Mosé aus Mainz. — 
Feuchtwang : Mârtyrergrâber in Nikolsburg. = == N os 9-10, septembre- 
octobre. = = J. Guttmann. : Ueber Abrabam bar Chijja's « Bucb der 
Entbùllung » (fin, n os 11-12). ===== N os 11-12, novembre-de'cembre. = = 
M. Braun : Wer war R. Mose Mariel? — (Avec ce fascicule la vieille Mo- 
natsschrift prend fin. Désormais cette Revue sera l'organe de la « Société 
pour l'avancement de la science du Judaïsme » et sera surtout consacre'e 
à des articles de vulgarisation). 

Revue biblique internationale (Paris, trimestrielle). = — 12 e année, 

1903. = = N° 4, octobre. = = M. Hyvernat : Petite introduction à 
l'étude de la Massore. — P. Vincent : Les ruines d'Amwas. — Du même: 
Notes d'épigrapbie palestinienne; les ruines de Beit Cbaar; fouilles 
diverses en Palestine. = = 13 e anne'e, 1904. = = N° 1, janvier. ===== 
P. Condamin : Les chapitres I et II du livre d'Isaïe. — M. Lagrange : La 
religion des Perses (suite, n° 2). — Vincent : Les murs de Jérusalem 
d'après Ne'hémie. — J. Guidi : Un fragment arabe d'onomastique biblique. 
— Savignac : Notes arcbe'ologiques ; nouvelles trouvailles à Bersabée ; 
fouilles anglaises (à Gézer) ; inscription romaine et sépulture au nord de 
Jérusalem. = = N° 2, avril. = = A. Van Hoonacker : La prophétie rela- 
tive à la naissance d'Immanuel. — X : Un papyrus bébreu pre'-massoré- 
tique. — P. Lagrange : Deux commentaires des Psaumes. — M. Abel : 
Ossuaires juifs (l'un avec les mots : îrUBN'l ^iT^bN.) 

Zcîtschrift fur die alttestamentliche Wissenschaft (Giessen, semes- 
triel). = = 23 e année, 1893. ===== N° 2. = = E. Liebmann : Der Text 
zu Jesaia, 24-27 (suite, 1904, n° 1). — S. Eppenstein : Ein Fragment aus 
dem Psalmen-Gommentar des Tanbum aus Jérusalem. — S. Krauss : 
Die Légende des Kônigs Manasse. — E. Nestlé : Miscellen. — A. v. Gall : 
Ein neuer hebraïscher Text der Zehn Geboteu. des- Schéma. — M. Lam- 



iij REVUK DES ÉTUDES JUIVES 

boit : Berichtigungèn zur kleinen u. grossen Coucordanz von Mandel- 
kern. — II. \L\og\ i-liiisch : Ueber das BDgebliche Vorkommen des 
biblischen Gottesnamen mn" 1 Jahve in altbubvlonischen Inschriften. — 
Bibliographie. 84 e année, li)04. = N° 1. = = M. Lùhr : Threni III. 

u. die jeremianisehe Autorschafl des; Huches der Klugelieder. — J. C 
Matthes : Der Dekalog. — A. P. v. Gall : Parallclen zmn Alton Tes- 
taient ans B. I.ittnianns Neuarabische Volkspoesie. — AV. Hacher : 
Berichtigungèn zum Tanchum- Fragment. — F. v. (îall : Jeremias 43 
12 u. das Zeihvort ïltt*. — E. Nestlé : Miscellen (1. Zur Kapitelein- 
teilung in Joël; 2. .les. 11, 19; 3. Eine Abbildung des Kûniga Manasse 
itn Stier ; 4. Die Synchronismen der Genesis in graphischer Darstellung ; 
5. Ein Vorgiiuger Goethe's iïber don zweiten Dekalog; (>• Acbt Sohne 
Japhets in Gcn. 10; 7. Nicht nachgewiesene Bibelzitate). — H. Fuohs : 
Zu Ex. 20, 4. Deut. 5, 8. — Steiniger ; mbaa Ein Beiliag zur hebr. Gram- 
inatik u. Lexikographie. — A. Zillessen : Miscellen. — Bibliographie. 

Zeilschrift fur liebraeisclu* Hibliogrupliie (Francfort, bimestriel). 

— = 7 e année, 1903. == N° 3, mai-juin. = = W. Bâcher : Zur 
neuesten arabischen Litteralur der Juden [suite et fin, n 0b 4 et 5). — 
Steinscbneider : Miscellen u. Notizen., 34. Abbreviaturen. = — N° 4, 
juillet-août. = = 8. Poznanski : Schechter's Saadyana (suite et fin, n°* 5 
et 6). — Steiuschneider : 35. Zur spanischen u. portugiesischen Lite- 
ratur der Juden. — A. Epstein : Rachmon im Pugio lidei ; — Das Ge- 
burtsjahr des Elia Loanz ; — Natan der Babylonier. — = N° 6 : nov.- 
de'cembre. = = Sleinschneider : 36. Zum Nekrolog seit 1890. — S. 
Scbechter : Miszelle (sur le ms. édité par M. Ilarkavy, dans notre Revue, 
XLV, 298; M. Scbechter en possède un autre fragment ; il croit, et nous 
sommes d'accord avec lui, que cet opuscule est au plus tôt de l'époque 
des Gaonim\ — 8° année, 1904. = = N° 1, janvier-fe'vrier. = = L. 
Blau : Zu Samuel Romanelli's literarischer Tâtigkeit. — S. Krauss : 
Josua Segre u. sein polemiscbes Werk. — Steinschneider : 37. Albu- 
mazar u. Abraham ibn Esra. 38. Hebraisten, Norrelius, Gampensis, Beda. 



ADDITIONS ET RECTIFICATIONS 

T. XLVII, p. 276, note 2. — M. Theodor Nœldeke a eu la bonté de me 
proposer une meilleure manière de comprendre le verset. Qu'on lise "i£N 
(ami*), au lieu de 170N (âmad), il signifiera : « Il dit ensuite : vous n'ac- 
complissez pas le commandement du Prophète, ni femmes, ni hommes. » 

— I, 41, lire blJ\ au lieu de b*7N3>. — II. Titre, lire "itnp, au lieu de 
"Wnp. — II, 18, n*W»3, au lieu de RIWDa. — W. Hacher. 

Ib.y p. 307, 1. 10. — Au lieu de ^HO" p , lire ^ p. — P. 309, 
1. 1-2. Les deux vers ^mN T> 13} *3 ,<SSV bip *]DnD doivent venir après 
^2N nttN '-) "nbn b*. — lb., 1. 3 Au lieu de ipn, 1. ipm. — lb., 1. 12. 
Au lieu de IOTP, 1. ï:nn\ — P. 310, 1. 5. Au lieu de T^ITû p, 1. 'u p. 

— Ib., dernière ligne. Les mots .,."l70"Hpn lUÎN doivent venir après R3 
3^3 aiT^n m::b. — p. 311, 1. 8. Au lieu de «n£, L s ^"îp- ~ fr-, 1- 20. 
Au lieu de Ti'&O, 1. nUS. — /. Goldblum. 

Le gérant : 

Israël Lévi. 



TABLE DES MATIÈRES 



REVUE. 

ARTICLES DE FOND. 

Adler (Elkan N.). Documents, sur les Marranes de Portugal et 

d'Espagne sous Philippe IV 1 

Bâcher (W.). Élégie d'uu poète judéo-persan contemporain de 

la persécution de Schah-Abbas II 9i 

Bernardy (Amy-A.). Les Juifs dans la république de San-Marin 

du xiv B au xvn e siècle 241 

Gauthier (Léon). Les Juifs dans les deux Bourgognes 208 

Ginsburger ( VL). Les Juifs de Horbourg 1 06 

Hildenfing-er (Paul). Documents relatifs aux Juifs d'Arles {suite 

et fin) 48 et 265 

Krauss (S.). Un atlas juif des statues de la Vierge Marie 82 

Lévi (Israël). Le roi juif de Narbonne et le Philomène 197 

Marmier (Général G.). Contributions à la géographie de la Pa- 
lestine et des pays voisins (suite) 29 et 476 

Poznanski (S.). Ephraïm b. Schemaria de Fostat et l'académie 

palestinienne 1 45 

Reinach (Théodore). Une inscription juive de Chypre 191 

Schwab (Moïse). Un Mahzor illustré 230 

NOTES ET MÉLANGES. 

Buechler (Ad.). Du sens de 0"itt"»3 dans le Talmud babylonien. 4 32 

Ginsburger (M). Encore un mot sur la famille Schweich 277 

Kayserling (M.). Notes sur les Juifs d'Espagne. Les Juifs de 

Barcelone 4 42 

Lambert (Mayer). Notes exégétiques 4 30 et 273 

Lévi (Israël). Nouvelle note sur la légende de l'ange et l'ermite. 275 

BIBLIOGRAPHIE. 

Lévi (Israël). Revue bibliographique, 2 e trimestre 4 903 et 4 er se- 
mestre 4 904 279 

Additions et rectifications 302 

Table des matières 303 



TABLE DHS MATIKKKS 



ACTES ET CONFÉRENCES. 

Assemblée générale du 24 janvier 1 904 

Allocution de M. Sylvain Lévi, président l 

Rapport de M. Schwab, trésorier iv 

Rapport de M. Mayer Lambert, secrétaire, sur les pu- 
blications de la Société pendant l'année 1901-1902... vi 
Blocii (Maurice). Conférence sur la société juive en France 

depuis la Révolution xvn 

Procès-verbaux des séances du Conseil xi.vi 



VERSAILLKS, IMPRIMERIES CERF, 59, RUE DUPLESSIS. 



ASSEMBLÉE GÉNÉRALE 



SÉANCE DU 24 JANVIER 1904. 

Présidence de M. Svlvain Lévi, président. 

M. le Président ouvre la séance en ces termes : 

Mesdames et Messieurs, 

Vous n'attendez pas de votre président un discours; la perspec- 
tive de deux rapports et d'une conférence qui vont se succéder me 
rappellerait d'elle-même à la discrétion, si j'étais tenté d'en sortir. 
Mais la charge que vous m'avez confiée et qui va expirer aujour- 
d'hui m'impose un devoir auquel je ne puis me dérober. Je dois en- 
voyer un dernier adieu à deux de nos confrères que la mort a pris 
au cours de cette année, le baron Arthur de Rothschild et le D r Ca- 
mille Delvaille, de Bayonne. L'un et l'autre appartenaient à la 
Société depuis sa fondation ; le baron Arthur de Rothschild, fidèle 
aux traditions séculaires de son nom, s'était empressé d'apporter 
une contribution généreuse à une œuvre qui le touchait deux fois à 
titre égal, puisqu'elle intéressait le judaïsme et la science. Si je 
rappelle qu'il était le frère du fondateur de la Société, le neveu de 
son président d'honneur et l'oncle de notre vice-président actuel, 
vous comprendrez que, dans le cercle étroit des Etudes juives, sa 
perte nous ait frappés comme un deuil de famille. 

Le D r Delvaille suivait de loin nos travaux ; c'est à la frontière 
d'Espagne qu'il exerçait son activité infatigable et féconde dans 
cette antique communauté de Bayonne qui occupe une place glo- 

ACT. ET CÛNF. A 



ACTES ET CONFIDENCES 



rieuse dans les annales du judaïsme français. Je n'ai point ici à re- 
tracer sa vie de labeur, d'étude, de bienfaisance, ni Les Bervices qu'il 

a rendus au consistoire de Bayonne qu'il avait été appelé à prési- 
der. .J empiéterais sur le domaine d'un de nos prochains conféren- 
ciers si j'essayais de vous montrer, par l'image de cette belle 
existence, quel rôle le Juif peut tenir dans la société moderne sans 
renier son passé ni ses traditions. 

Et pourtant, dans le domaine immense des Études juives, est- il 
un problème plus pressant, plus considérable ? N'est-ce point là la 
question suprême où viennent aboutir toutes nos recherches? Si 
nous nous étions voués à exhumer le passé par un vain dilettan- 
tisme, notre tâche mériterait l'indifférence indulgente qu'on accorde 
à des jeux d'enfants. Nous avons une ambition plus haute et plus 
noble ; quand nous fouillons les bibliothèques, quand nous déchif- 
frons les obscurs grimoires, quand nous arrachons aux entrailles du 
sol des lambeaux de manuscrits ou des fragments d'inscriptions, 
nous prétendons faire œuvre réelle et positive et tirer de ces docu- 
ments morts le secret de notre propre vie. Une idée nouvelle a 
pénétré et fécondé la conscience humaine ; à voir tous les phéno- 
mènes de l'univers régis par des lois rigoureuses, constantes, infail- 
libles, l'homme a cessé de sa croire un miracle ; il écarte de ses 
croyances les forces bienveillantes ou hostiles par caprice, qui lui 
suffirent si longtemps pour s'expliquer sa destinée. Le présent n'est 
plus une création spontanée, autonome, indépendante du passé ; il 
prolonge le passé, il le continue, il le condense ; il n'est que le 
passé même en voie de se transformer. Les familles nobles d'autre- 
fois gardaient dans leurs archives le souvenir des hauts faits qui les 
avaient illustrées comme une justification de leur fortune et de leur 
rang. L'humanité d'aujourd'hui s'anoblit tout entière ; elle veut 
avoir ses archives, et c'est des historiens qu'elle les attend, lidèles 
et sincères. 

Solidaires du monde entier, pouvons-nous, sans abus ou sans 
étroitesse, nous réclamer du passé juif? Les Juifs ne sont point une 
race, on nous l'a enseigné ici avec autorité, et j'y contredis moins 
que personne. Parmi les ancêtres des Cahen, des Lévi et des noms 
juifs les plus authentiques, combien sortirent de l'Egypte avec 



ASSEMBLEE GENERALE DU 24 JANVIER 1904 111 

Moïse? Irons-nous pourtant jusqu'à dire que le Juif est un être de 
raison ? S'il n'est pas un type naturel, le Juif est un être histo- 
rique. La conversion au judaïsme a depuis longtemps cessé d'être 
avantageuse ; chacun de nous a derrière lui une longue série 
d'aïeux qui ont connu le Ghetto, les persécutions, les humiliations, 
les supplices ; qui ont, en des endroits divers, à des heures di- 
verses, prié, pleuré, gémi, hurlé, courbé la tête, et qui, sages peut- 
être en dépit d'eux, se sont consolés des biens matériels qui leur 
échappaient par l'étude, l'étude bienfaisante et salutaire qui panse 
les plaies saignantes, donne l'essor au rêve et découvre des paradis 
éternellement calmes. Voilà les hommes qui nous ont faits; et si 
nous prêtons l'oreille aux voix intimes de la conscience, si nous 
épions les gestes que la volonté n'a pas commandés, si nous dé- 
montons les ressorts délicats des pensées imprécises qui se jouent 
dans notre cerveau, c'est eux que nous entendons, c'est eux que 
nous surprenons : quand nous croyons vivre en eux par l'histoire, 
c'est eux qui vivent en nous, c'est eux qui continuent leur histoire 
par la nôtre. Vraiment, j'admire que certains aient pu croire s'être 
émancipés d'une servitude si obsédante, comme s'il suffisait d'un 
mot, d'une formule, d'un moment pour briser les chaînes d'acier 
qui nous rivent au passé. 

Héritiers du passé, en sommes-nous donc les prisonniers? Oui, 
si notre ignorance ou notre lâcheté se refusent aux transformations 
nécessaires, si nous voulons maintenir par la force d'inertie le bloc 
compact des institutions et des usages que les vieux âges nous ont 
transmis. Non, si nous voulons, si nous osons voir le monde où nous 
sommes, qui s'ouvre à nous, qui nous invite à d'utiles échanges. La 
Franco, qui a fait de nous des citoyens, ne nous demande pas plus 
qu'aux Provençaux, aux Lorrains, aux Bretons d'oublier et de 
renier notre passé ; elle nous demande seulement d'entretenir, 
pour les mettre à son service, les qualités héréditaires qui sont 
l'honneur et la marque du Juif, et surtout cet opiniâtre esprit mes- 
sianique qui s'entête, au besoin contre ses intérêts présents, à vou- 
loir le mieux, à le réclamer, à le poursuivre, et qui s'obstine, en 
face des résignés et des satisfaits, à prédire le triomphe à venir de 
la justice et de la fraternité universelles. 



IV ACTES ET CONFKHENCES 



M. Moïse Schwab, trésorier, rend compte comme suit do la 
situation financière : 

Le compte rendu financier pour l'année 1903 ne sera pas plus 
long que celui des années précédentes. Vous pouvez redire, avec 
une légère variante, heureuses les années qui n'ont pas d'histoire, 
puisqu'elles se soldent par un notable excédent, comme vous l'in- 
diquent les chiffres suivants : 

Recettes. 

En caisse au 1 er janvier 1903 1 .247 fr. 70 c. 

Cotisations 7 . 090 » 

Souscription du Ministère de l'Instruction publique. 375 » 

xibonnements et ventes diverses par libraires 1 .531 » 

Deux cotisations perpétuelles 900 » 

Intérêt des valeurs et compte courant chez MM. de 

Rothschild frères 2.494 35 

Total 13.638 fr. 05c. 



Dépenses. 

Impression du n° 90 de la Revue. . 1 . 129 fr. 

— — 91 .. 1.250 

— - 92 - .. 1.045 

— — 93 — .. 1.018 
Honoraires pour le n° 90 618 fr. 40 \ 

»\ ™ 70 2.792 10 

— 92 777 »( 

— 93 658 »] 

Appointements du secrétaire île la rédaction et du 

secrétaire adjoint 2.400 » 

Honoraires pour traduction des Œuvres de Josèphe 500 » 

Frais d'affranchissements divers 167 05 

Frais de bureau et de bibliothèque, étrennes 252 15 



A reporter 10.551 fr. 30 c. 



ASSEMBLEE GENERALE DU 24 JANVIER 1904 



Report 10.551 fr. 30c. 

Encaissements 107 25 

Assemblée générale et quatre conférences 323 50 

Magasinage et assurance . . . 100 » 



Total ll.082fr.05c. 



Le compte des recettes et dépenses est donc en balance favorable, 
offrant un avoir en excédent de 2.557 francs, comme il n'y en a pas 
eu depuis longtemps. Aussi pourrons-nous largement faire face aux 
frais de publication d'un prochain volume des Œuvres de Josèphe, 
publiées sous la direction de Théodore Reinach. Puissiez-vous être, 
durant de longues années, aussi satisfaits. 

M. Mayer Lambert, secrétaire, lit le rapport sur les publications 
de la Société pendant l'année 1902-1903 (voir, plus loin, p. vi). 

M. Julien Weill fait une conférence sur le Judaïsme alexandrin. 

Il est procédé aux élections pour le renouvellement partiel du 
Conseil. Sont élus : 

MM. Abraham Cahen, Albert Cahen, Rubens Duval, Mayer 
Lambert, Sylvain Lévi, Jules Oppert, Salomon Reinach, Théo- 
dore Reinach et le baron Alphonse de Rothschild, membres 
sortants. 

Est élu président de la Société pour l'année 1904 : M. Edouard 

DE GOLDSCHMIDT. 



RAPPORT 

SUR LES PUBLICATIONS DE LA SOCIÉTÉ 

PENDANT L'ANNÉE 1901-1902 

LU A L'ASSEMBLEE GÉNÉRALE DU 7 FEVRIER 1903 
Par M. Mayer LA.MBERT, secrétaire. 



Mesdames, Messieurs, 

Tandis qu'en politique on salue comme un événement considé- 
rable la conclusion de traités d'arbitrage entre la France et ses 
voisins, la science a déjà établi depuis longtemps un pareil pacte 
entre les travailleurs intellectuels du monde entier. Si les érudits 
ne sont pas tous exempts de préjugés nationaux, ils n'en admettent 
pas moins L'entente de tous les peuples sur le terrain de la libre re- 
cherche, et, sans faire tort au patriotisme, ils contribuent à faire 
régner dans le monde la tolérance et la concorde. 

Ce caractère international de la science est encore plus marqué 
dans une société comme la nôtre; car nos recherches concernent 
l'histoire d'un peuple dont les membres ont été dispersés dans le 
monde entier et qui, s'étant incorporé dans les nations, a joint ses 
destinées aux leurs. Il n'est donc pas étonnant que nous recrutions 
dans toutes les régions de la terre nos collaborateurs et nos lecteurs. 
Mais il y a plus : quoique nos études portent sur un groupe religieux 
spécial, nous faisons appel à tous les hommes de bonne volonté, à 



RAPPORT SUR LES PUBLICATIONS DE LA SOCIETE VII 



quelque confession qu'ils appartiennent ou n'appartiennent pas, et 
nous montrons ainsi que les diverses croyances peuvent vivre en 
bonne intelligence quand leurs adeptes poursuivent avec une sin- 
cérité égale la connaissance de la vérité. 

Porter la lumière dans tous les recoins du passé d'Israël et dis- 
siper les erreurs que les siècles y ont accumulées, tel est le but de la 
Société des Etudes Juives. Pour accomplir cette tâche et faire 
pénétrer jusque dans la masse des notions exactes sur le rôle 
que les Juifs ont joué dans l'humanité, notre Société ne s'était pas 
contentée de créer une Revue, trop peu lue malheureusement par le 
grand publjc, et de favoriser la publication d'ouvrages utiles et bien 
faits ; elle avait encore sollicité le concours de conférenciers qui vous 
ont entretenus des sujets les plus divers. Les conférences ont été 
souvent très brillantes — la dernière en date, celle de M. Maurice 
Bloch sur Eugène Manuel ' vous a tour à tour charmés et émus en 
vous rappelant le poète distingué, l'homme de cœur et le bon Israélite 
que nous avons perdu — , mais elles n'étaient, pour ainsi dire, que 
des éclairs au milieu des épaisses ténèbres qui chez beaucoup de, 
gens recouvrent la science juive. Sur l'initiative de son président, 
M. Sylvain Lévi, et de son premier secrétaire, M. Lucien Lazard, le 
Conseil de la Société a décidé que les conférences désormais feraient 
suite l'une à l'autre, de manière à donner aux auditeurs, non plus 
des enseignements, mais un enseignement. Pour reprendre ma com- 
paraison, vous aurez pour vous diriger, non plus des lueurs intermit- 
tentes, partant des coins opposés de l'horizon, mais un phare 
donnant son éclat à intervalles réguliers. 

Cette année vous avez déjà entendu MM. Bérard, Salomon Rei- 
nach, Jean Réville, Théodore Reinach. Il serait malséant de louer 
ici leur science et leur talent. Ce n'est pas eux que je complimen- 
terai, c'est vous que je féliciterai d'avoir entendu les leçons données 
par de tels maîtres. Vous savez maintenant par M. Bérard les ser- 
vices que les Sémites ont rendus à la civilisation, longtemps avant 
que les Grecs et les Latins fussent sortis de leurs forêts ou de leurs 

1 Revue, t. XXVII, p. XXI et s. 



Mil ACTES ET CONFÉRENCES 

cavernes; M. Salomon Reinach vous a expliqué ce qu'il faut penser 
d'une prétendue race juive; M. Réville vous a ditcomnient les pro- 
phètes ont répandu la morale et transformé l'esprit religieux en 
Israël. Enfin M. Théodore Reinach vous a appris comment des 
courants divers qui se heurtaient au sein du judaïsme après le retour 
de la captivité est sortie cette religion juive qui a conservé une petite 
nation au milieu des plus puissants empires. La suite de l'histoire 
d'Israël vous sera exposée dans la conférence de ce soir et les sui- 
vantes, et vous aurez ainsi, dès cette année, une vue d'ensemble sur 
les vicissitudes de ce peuple, les années suivantes cette histoire sera 
reprise et détaillée. Ainsi la Société aura atteint son but, qui est non 
seulement de produire des travaux originaux et spéciaux, mais aussi 
d'en vulgariser les résultats et de vous en présenter la substance 
sous sa forme la plus attrapante. 

Mesdames et Messieurs, 

Ne semble-t-il pas que cette nouvelle création de la Société rende 
inutile le rôle de votre secrétaire? Est-il encore nécessaire de vous 
parler par le menu des articles de la Revue, quand de vastes syn- 
thèses vous en donnent un excellent résumé ? La question est posée. 
Mais pour cette année il faut nous résigner, vous à écouter, et moi 
à lire. Seulement je compte être plus bref que d'habitude et personne, 
je pense, ne s'en plaindra. 

Nous divisons d'ordinaire nos études en bibliques et postbibliques, 
nous pouvons y ajouter cette fois une partie antébiblique: M. Louis 
Lévy s'est occupé du totémisme chez les Hébreux primitifs l . Des 
savants ont soutenu que les ancêtres des Israélites avaient par- 
tagé les idées des sauvages de l'Océanie et croyaient descendre 
d'animaux qu'ils adoraient ; d'où l'interdiction de manger de leur 
chair et l'origine des noms d'animaux portés par des tribus sémi- 
tiques. M. Lévy pense qu'il n'en est rien. Les animaux que l'on ne 
mangeait pas n'étaient pas sacrés, puisqu'on pouvait les tuer, et on 
peut expliquer que tel individu ait reçu un nom d'animal par le désir 

1 T. XLV, p. 113. 



RAPPORT SUR LES PUBLICATIONS DE LA SOCIÉTÉ IX 

qu'avaient ses parents de voir leur fils en acquérir les qualités. La 
force du lion, le flair du chien, l'agilité du cerf sont des dons que les 
hommes regrettent souvent de ne pas posséder. 

Passons aux temps bibliques. M. le général Marmier continue à 
élucider la géographie de la Palestine et des pays voisins en déter- 
minant le site exact de beaucoup de localités l . Pour ce qui concerne 
la langue hébraïque je suis obligé de faire violence à ma modestie 
en vous signalant mes articles grammaticaux et exégétiques *. Je 
vous fais grâce de la grammaire, mais permettez-moi de vous dire 
un mot sur une étude intitulée : les dates et les âges dans la Bible 3 . 
Vous avez tous remarqué que nous disons en français : tous les 
huit jours, au lieu de dire tous les sept jours, aujourd'hui en quinze 
pour aujourd'hui en quatorze. C'est que le premier et le dernier jour 
de la période sont comptés pour des entiers, même s'ils ne repré- 
sentent qu'une fraction. Chez les Hébreux on comptait ainsi les jours, 
les mois, les années : on était âgé de cent ans quand on était dans 
sa centième année. Mais quand les auteurs bibliques additionnent 
des périodes, ils négligent ce détail, de sorte que la chronologie 
fondée sur leurs données est forcément inexacte. C'est une cons- 
tatation douloureuse, mais qui, espérons-le, ne sera pas taxée 
d'hérésie . 

On sait que les plus anciens manuscrits hébreux de la Bible ne 
remontent pas au delà du ix e siècle de l'ère vulgaire. On a décou- 
vert récemment un fragment de papyrus contenant le décalogue et 
le début du Schéma. M. Israël Lévi 4 a montré l'importance, au 
point de vue paléographique, de ce document, qui remonte très pro- 
bablement au 11 e siècle. 

Avec M. Krauss nous revenons à la géographie. Notre collabo- 
rateur, utilisant les sources grecques et latines, a étudié les divisions 
de la Palestine 5 , telles qu'elles existaient lorsque le pays fut réduit 
en province romaine après la prise de Jérusalem par Pompée. 

1 T. XLV, p. 165 et suiv., et t. XL VI, p. 184 et suiv. 

2 T. XLVI, p. 178. 

3 T. XLV, p. 285. 

4 T. XLVI, p. 212. 

5 Ibid., p. 218. 



ACTKS ET CONFKIŒNCKS 



A cette époque les Juifs étaient depuis longtemps établis en 
Egypte. On avait toutefois prétendu qu'ils n'étaient venus à 
Alexandrie qu'au n° siècle avant l'ère vulgaire. M . Keinach l 
prouve par un document décisif, une inscription grecque gravée sur 
une plaque de marbre, qu'ils y étaient venus au moins un siècle 
plus tôt. 

Alexandrie, ville entièrement hellénique, passait jusqu'ici pour la 
patrie du poète Ezéchiel, qui composa, vers l'époque où nous sommes 
arrivés, des drames historiques où il imitait Euripide, mais en 
prenant pour thème l'histoire biblique. M. Kuyper 2 reproduit les 
fragments de sa tragédie sur Moïse, qui dénote plus de simplicité et 
de sentiment que d'art poétique. Selon M. Kujper, Ezéchiel serait 
plutôt un enfant de Samarie que d'Alexandrie. Mais cette ville peut 
se consoler; elle a produit assez d'hommes illustres, comme vous le 
montrera notre conférencier de ce soir. 

C'est aussi sans doute en Palestine qu'est née cette imitation des 
Proverbes et de l'Ecclésiastique, dont M. Harkavy a publié un 
fragment 3 . Le texte est divisé en versets à la manière biblique, 
mais renferme beaucoup d'expressions talmudiques. L'auteur a des 
tendances monacales, il prêche le mépris de ce monde en faveur du 
monde futur. 11 serait curieux qu'un pareil ouvrage eût été composé 
dans la période talmudique. 

Les Israélites en quittant la Palestine étaient allés aussi dans le 
Nord et avaient fondé des colonies dans les principales villes de 
Syrie. Deux siècles avant l'ère chrétienne ils formaient déjà une 
grande communauté à Antioche, ville à laquelle M. Krauss consacre 
une monographie détaillée 4 . Les Juifs d' Antioche furent maintes 
fois en lutte avec les autres habitants et cruellement drcimés. Us 
avaient fait cependant de nombreux prosélytes et préparèrent ainsi 
le terrain au christianisme. C'est là, entre autres, que se forma 
l'apôtre Paul. Les Juifs furent récompensés d'avoir frayé la voie à 



1 T. XLV, p. 161. 

* T. XLV1, p. 48 et 161, 

3 T. XLV, p. 298. 

4 Ibid., p. 27. 



RAPPORT SUR LES PUBLICATIONS DE LA SOCIÉTÉ XI 

la nouvelle religion par les invectives de Jean Chrysostome et par 
toute une série de persécutions, qui ne prirent fin que lorsque les 
Chrétiens eurent à leur tour à subir les attaques des Musulmans 
qui s'emparèrent de la Syrie. La population juive, déjà très affaiblie 
au temps des Croisades, ne s'est pas relevée. Elle a cependant 
donné naissance à un juif converti dont le fils fut le célèbre poly- 
graphe Bar Hébréus. 

Auparavant, comme nous l'apprend M. Israël Lévi 1 , la région 
d'Antioch'e avait produit l'auteur du rouleau d'Antiochus, récit ara- 
méen, traduit ensuite en hébreu, de l'histoire des Macchabées. Cet 
écrit, assez tardif, n'a d'ailleurs aucune originalité. 

En Babylonie, les Juifs s'étaient multipliés depuis que Nabucho- 
donosor les y avait transplantés. Mais ils restèrent longtemps sous 
la dépendance religieuse de la Palestine. M. Epstein, reprenant son 
ancienne polémique avec M. Isaac Halevy, dont nous avons déjà 
parlé, montre que les autorisations des patriarches de la Palestine 
étaient valables en Babylonie 2 . 

La littérature de la période biblique est représentée tout d'abord 
par le Talmud et les Midraschim. Le Talmud, comme vous le 
savez, comprend la Halalcha, ou règles pratiques de la religion, et 
la Haggada, ou récits édifiants et légendes de tout genre. Une de 
ces légendes rapporte que le roi impie Manassé subit lé même 
supplice que Phalaris, d'après l'histoire grecque, infligeait à ses 
victimes. Il fut enfermé dans un animal d'airain, au-dessous duquel 
on alluma du feu. S'étant repenti à temps de ses péchés il fut rejeté 
au dehors. M. Bâcher 3 , confrontant les différentes versions de ce 
récit, montre que le mot qui désigne le récipient dans lequel Manassé 
devait rôtir indique une forme d'animal, mulet ou taureau, et non 
pas une simple chaudière, comme on l'a prétendu. 

La mort, selon l'usage talmudique, expie la faute. Néanmoins la 
Mischna prescrit que les corps de ceux qui ont été exécutés doivent 
être d'abord inhumés dans un lieu spécial, puis exhumés et placés 

1 T. XLV, p. 172. 
8 Ihid., p. 197. 
3 Jbid., p. 291. 



XII ACTES ET CONFÉRENCES 

dans le tombeau de leur famille. M. Buchler ' étudie tout ce qui se 
rapporte au traitement infligé aux cadavres des criminels, et est 
ainsi amené à expliquer quelques termes concernant les lits sur 
lesquels reposaient les riches et les pauvres et qui servaient au 
transport funéraire. Ce sujet est un peu lugubre, mais la science est 
la science. 

La Uaggada et la Halakha juives formaient le fonds dans lequel 
les premiers chrétiens ont puisé. M. Bergman* le démontre une 
fois de plus en examinant les éléments juifs contenus dans les 
Homélies et les Reconiiaissa/ices, ouvrages faussement attribués à 
Clément d'Alexandrie, et qui s'adressent à des chrétiens non encore 
complètement détachés du judaïsme. 

C'est aussi aux Juifs que les Musulmans ont emprunté nombre de 
leurs légendes, comme le fait voir M. Goldziher dans la suite de 
ses études judéo-arabes 3 . Ces légendes servent à amplifier le 
serment more judaico que les légistes mahométans voulaient impo- 
ser aux Juifs. M. Goldziher nous apprend encore que certains 
Arabes invoquaient le Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob, et que 
cette prière passait pour particulièrement efficace. Il montre l'ori- 
gine juive de la légende de Termite qui s'adressait à Dieu en disant: 
mon Dieu, si tu avais un âne, je le ferais brouter avec le mien ! 
Un prophète ayant blâmé Termite pour cette naïveté, Dieu blâma 
à son tour le prophète, en disant que le mérite dépend non de 
l'intelligence, mais des bonnes intentions. 

La période des Gueonim, chefs des écoles de la Babylonie, ne 
fit d'abord que continuer l'œuvre des talmudistes. Il faut attendre 
à la fin du x e siècle pour voir la science juive, avec Saadia, 
s'épanouir dans d'autres domaines, la grammaire, l'exégèse, la 
théologie. La Bible prend alors, en quelque sorte, sa revanche sur 
son commentaire. La nécessité de lutter contre les Caraïtes y fut 
pour beaucoup, et ceux-ci, en obligeant les Rabbanites à s'adonner 
aux études bibliques, rendirent service au judaïsme, quoique leur 

1 T. XLVI, p. 74. 

1 Jbid., p. 89. 

8 T. XLV, p. 1 et suiv. 



RAPPORT SUR LES PUBLICATIONS DE LA SOCIÉTÉ Xîll 

œuvre personnelle ait été à peu près stérile. Nous avons déjà parlé 
du travail approfondi que M. Poznanski a consacré à Anan, le 
fondateur du Caraïsme, et qu'il a fini cette année » . 

A côté des détracteurs du Talmud, il y avait aussi des détrac- 
teurs de la Bible. Mais ce qui est piquant, c'est de voir un écrivain 
consigner toutes les contradictions, erreurs de chronologie, obscu- 
rités, irrégularités de construction, etc. que présentent les livres 
sacrés, non pour abaisser la Bible, mais pour rehausser la valeur 
des talmudistes, en montrant qu'eux seuls pouvaient résoudre toutes 
ces difficultés. C'est du moins ainsi que M. Seligsohn 2 , à la suite 
de M. Porgès, comprend le but d'une critique de la Bible composée 
à l'époque des Gueonim. Notre auteur orthodoxe devance l'exégèse 
moderne la plus hardie. Il demande, par exemple, pourquoi il est dit 
que Seth ressemblait à Adam , tandis qu'on ne le dit pas pour 
Caïn et Abel. Ceux-ci ne ressemblaient-ils pas à leur père? — Dieu 
promit à Abraham que sa postérité hériterait du territoire de dix 
nations; une autre fois c'est six, une autre fois cinq, puis trois. — 
Il est écrit que Jethro quitta Moïse, et ensuite on les retrouve 
ensemble. — Le prophète Osée reproche à la maison de Jéroboam II 
le crime de Yizréel, et dans le livre des Rois on dit que Jéhu avait 
agi sur l'ordre de Dieu. Il est regrettable que nous ne connaissions 
pas l'auteur de ce libelle, qui dit avoir écrit des ouvrages mer- 
veilleux et bien connus en Israël. 

Quittons les pays lointains pour venir près de Paris à Corbeil. 
Au XIII e siècle R. Pèrèç y composa un recueil dérègles talmudiques 
extraites des textes ou dégagées delà discussion des commentateurs. 
Cet ouvrage paraissait perdu. M. Elbogen 3 l'a retrouvé en Italie. 
Les travaux de ce genre étaient devenus nécessaires à une époque 
où les malheurs des temps ne permettaient plus d'approfondir la 
Guemara. Les temps de persécutions sont maintenant passés en 
France, et il n'y a cependant pas beaucoup de gens qui se plongent 
dans l'océan du Talmud! Un livre où les règles pratiques de la vie 

1 T. XLV, p. £6 et 176. 

4 T. XLVI, p. 99. 

1 T. XLV, p. 99 et 204. 



XIV ACTES ET CONFÉRENCE» 



religieuse seraient exposées avec un petit historique rendrait service 
non pas seulement aux Israélites, mais a tous ceux qui veulent 
connaître la religion juive, et ne pas la chercher la où elle n'es! pat, 
c'est-à-dire dani la théologie. 

Pour savoir quelle idée les chrétiens se faisaient au moyen 
des Juifs et des hérétiques, il faut lire l'article que M. Bernard 
Monod a écrit sur Guibert de Nogent 1 , qui vivait au xi e siècle. Ce 
moine, qui était un esprit critique, qui s'éleva contre le culte des 
reliques fausses ou vraies, et qui avait de saines idées en exégèse, 
déraisonne absolument quand il parle des ennemis de la foi : tous 
les crimes commis par les chrétiens leur sont inspirés par les Juifs, 
qui les entraînent dans la sorcellerie. 11 agit de même avec les 
hérétiques : il accuse les Manichéens, c'est-à-dire les chrétiens 
apostoliques, d'avoir des mœurs infâmes et de célébrer des messes 
noires. Les hérétiques eurent beau se défendre d'avoir rien l'ait 
contre la morale et la religion et triompher même dans l'épreuve de 
l'eau, le peuple les massacra et notre Guibert approuve cette tuerie. 
Telle était, la mentalité des hommes supérieurs au moyen Age. A-t- 
elle tout à fait disparu ? 

Si dans presque toute la France les Juifs furent persécutés, à 
Marseille leur vie était des plus douces. M. Crémieux 2 a retracé 
en détail l'histoire de la communauté marseillaise, qui, datant des 
premiers Mérovingiens, a persisté jusqu'au moment où la réunion de 
la Provence au domaine royal les soumit au sort des autres Juifs 
français. Tout en étant séparés des chrétiens, les Juifs vivaient 
avec eux sur un pied d'égalité et la protection des autorités leur 
était entièrement acquise. On leur accordait même des facilités pour 
observer leur culte : ils étaient dispensés de porter une lumière, 
quand ils sortaient le vendredi soir; les statuts leur imposaient bien 
un signe distinctif, mais il ne semble pas que les magistrats aient 
tenu beaucoup à ce que cette règle fût observée. Encore en 1480, 
une chrétienne ayant fait enlever une jeune fille et l'ayant fait 



T. XLVI, p. 237. 
1 Ibid., p. 1 et 246. 



RAPPORT SUR LES PUBLICATIONS DE LA SOCIETE XV 

baptiser, le conseil de la ville requit les magistrats de punir très 
sévèrement la coupable et ses complices. Mais à cette époque on 
commence à accuser les Juit's de faire l'usure, puis de propager la 
peste. Les Juifs osèrent résister à leurs ennemis et en appeler au 
Roi. Ils obtinrent quelques années de répit, mais à la fin du xv e siè- 
cle, ils durent prendre le chemin de l'exil, on ne sait pas au juste à 
quelle date. L'unité politique avait cru devoir entraîner l'unité reli- 
gieuse et les Juifs.de Marseille furent sacrifiés. 

Si, à Marseille, les Juifs en prenaient à leur aise avec la rouelle, 
il n'en était pas de même ailleurs. En Allemagne, on voit par les 
images représentant des Juifs que la rouelle faisait partie inté- 
grante du costume. M. Hildenfinger l en reproduit quelques-unes 
d'après l'ouvrage d'un professeur de droit. Pour faciliter l'étude des 
Pandectes et des Digestes, ce professeur avait eu l'idée d'illustrer le 
code par des dessins symboliques Les Juifs y figurent comme types 
du tuteur suspect ou du fabricant de fausse monnaie, ou bien on les 
voit circoncisant des chrétiens. Ils ont la rouelle nettement marquée 
au bras. 

La Revue présente encore d'autres illustrations. M. Schwab - a 
fait reproduire les miniatures d'une Haggada datant du xvi e siècle. 
Ces miniatures très artistiques, malgré leur naïveté, représentent 
l'histoire des patriarches, les plaies d'Egypte, la cérémonie du Séder. 
M. Schwab ne croit pas que l'artiste lui-même ait été israélite, parce 
qu'il y a des personnages nu-tête et que notre mère Eve n'a pas de 
costume du tout. On aurait donc fait appel au talent d'un chrétien 
pour un livre de piété juive. 

M. Schwab nous donne quelques autres curiosités ; un Credo tra- 
duit en hébreu 3 et des vers hébreux extraits des mystères ou 
drames religieux 4 . Le plus long poème consiste en une série de 
noms propres choisis au hasard et n'ayant que la rime en fait de 
raison. 

1 T. XLV, p. 218. 
* Ibid., p. 112. 
3 Ibid., p. 296. 
k Ibid., p. 143. 



XVI ACTKS ET CONFÉRENCES 



Pour l'histoire moderne des Juifs, je n'ai à signaler qu'un article 
de M. Kayserling * sur les rabbins de Suisse, à Endingen et Len- 
zenau. Notre collaborateur a lui-même clos la série de ces rabbins, 
quand il partit pour Buda-l'esth, en 1860. Il n'a pas été remplacé. 
M. Kayserling, comme vous le voyez, vous parle de fonctions qu'il 
a exercées il y a un demi-siècle. Cela n'empêche pas la plume de 
notre fidèle collaborateur d'être toujours jeune et alerte. 

Le bilan de nos travaux ne serait pas complet si j'oubliais la 
bibliographie, qui occupe une place importante dans notre Revue. 
Les livres et brochures intéressant le judaïsme vont toujours en 
croissant et multipliant. En dehors des comptes rendus spéciaux 
rédigés par M. Bâcher 2 , Foznanski 3 Weill 4 et votre secrétaire 5 , 
M.Israël Lévi G a continué sa revue bibliographique, en s'adjoignant 
cette fois non seulement M. Slouschz 7 , qui s'est occupé de la litté- 
rature néo-hébraïque, mais encore M Julien Weill, notre confé- 
rencier 8 . Nous leur devons à tous des remerciements pour la tâche 
fastidieuse, mais indispensable qu'ils se sont partagée. Et comme 
lorsque Ton termine la lecture d'un livre de la Loi à la svnag >gue, 
nous leur dirons, à eux et à tous ceux qui contribuent au succès de 
notre œuvre : Soyez forts et vaillants! 

1 T. XLVI, p. 219. 
' IbiiL, p. 154. 

3 Ibid., p 310. 

4 lbid. % p. 314. 

5 T. XLV, p. 157 et t. XLVI, p. 152. 

6 T. XLVI, p. 276. 

7 T. XLV, p. 309. 

8 Ibid., p. 133. 



LA SOCIETE JUIVE EN FBANCE 

DEPUIS LÀ RÉVOLUTION 

CONFÉRENCE FAITE A LA SOCIÉTÉ DES ÉTUDES JUIVES 
LE 13 MARS 1904 

Par M. Maurice BLOCH. 



Il y a quelque temps un universitaire fort instruit, non israélite^ 
me demandait : « Combien êtes-vous de Juifs en France ? Vous 
devez légèrement dépasser le million 1 » — Je lui répondis que 
Paris comprenait au plus 60,000 Juifs et qu'il y avait deux fois plus 
de Juifs à Paris que dans tout le reste de la France. Jamais je ne 
vis un homme plus étonné : « Ce n'est pas possible! Vous ne seriez 
pas 100,000 Juifs en France ! » 

Et de vrai, l'on peut se poser la question. La France ayant éman- 
cipé les Juifs, ayant brisé toutes les barrières, comment se fait-il 
qu'il ne se soit pas produit une forte immigration juive? Il semblait 
qu'elle allait être envahie, inondée, cette terre de France qui s'ou- 
vrait aux enfants de Moïse comme une nouvelle Terre Promise. 

Le Premier Empire avec ses 130 départements n'a jamais dépassé 
150,000 Juifs — s'il les a jamais atteints. La statistique officielle de 
1849 donne 85,000 Juifs. La Jildische Statistih, qui vient de 
paraître, donne pour la France 1 Juif sur 426 habitants. 

Si l'on compare la Pologne avec 1 Juif sur 6 habitants, 
la Russie avec 1 Juif sur 10, 
l'Autriche avec 1 Juif sur 26, 
la Hollande avec 1 Juif sur 53, 

ACT. ET CONfr. fe 



XVIII 



ACTES ET CONFÉRENCES 



l'Allemagne avec 1 Juif sur < v 2, 
la Turquie avec 1 Juif sur 180, 

la Suisse avec 1 .Juif sur 389, 

il faut avouer que par rapport à la seule importance numérique 
les Juifs français sont quantité négligeable. 

Cette infériorité numérique des Juifs est plus facile à constater 
qu'à expliquer. On pourrait en trouver des raisons complexes qui 
m'entraîneraient trop loin aujourd'hui. Quoi qu'il en soit, les Juifs 
entraient enfin dans la société -race a cette fameuse Révolution, 
qui fut à la fois une révolution politique, sociale et religieuse. 

Religieuse pour les Juifs, comme pour tout le monde. Pouvaient- 
ils entrer dans la société nouvelle sans rompre avec des usages sécu- 
laires, avec des traditions sacrées, qu'ils n'avaient pas voulu 
enfreindre au prix des humiliations et des persécutions? Et c'est là 
que les attendaient les adversaires. C'est sur la question religieuse 
que très habilement ils avaient porté tous leurs efforts dans les débats 
de la Constituante. L'abbé Maury disait: «Je ne connais dans le 
monde aucun général qui voulût commander une armée de Juifs le 
Sabbath, ils n'ont jamais donné une bataille ce jour!... Le mot 
juif n'est pas le nom d'une secte, mais d'une nation qui a ses lois, qui 
les a suivies et qui veut les suivre encore. » L'évêque de Nancy 
disait: « 11 faut leur accorder la protection, la sûreté, la liberté; 
mais doit-on admettre dans la famille une tribu qui lui est étran- 
gère, une tribu qui, pour être fidèle à sa loi, doit interdire aux indi- 
vidus qui la composent les armées, les arts mécaniques, les arti 
libéraux, les emplois de magistrature et de municipalité, une tribu 
qui, en obéissant à sa loi, a dans l'année 108 jours de non-valeur?, 
Un troisième, moins fougueux, disait encore : « Peut-être les Juifs ne 
voudraient pas des emplois civils et militaires que vous les déclare- 
riez capables de posséder et sans doute alors votre décret serait une 
générosité mal entendue. » Nombre de pétitions adressées à l'As- 
semblée nationale apportaient les mêmes protestations. 

La Constituante passa outre : « Ils ne jouiront pas des droits que 
nous leur donnerons ! Notre devoir est de les donner tout de même. 
Nous verrons bien ! » 

C'était aux Juifs de répondre, et ils répondirent dans une circons- 



LA SOCIÉTÉ JUIVE EN FRANCE DEPUIS LA REVOLUTION XIX 

tance mémorable et à la face du monde. C'est quand Napoléon invita 
les Juifs du Premier Empire à envoyer des délégués à Paris pour 
proclamer si, oui ou non, leurs lois religieuses pouvaient se concilier 
avec les lois civiles et politiques et s'ils voulaient entrer au même 
titre que les autres dans la société qui s'était ouverte à eux. 
Moment solennel pour ces fils de parias, pour ces fils de porteurs de 
rouelle réunis à l'Hôtel de Ville, quand les commissaires impériaux 
les reçurent dans la grande salle des délibérations, décorée et 
pavoisée pour la circonstance, quand, après l'élection du président, 
les tambours battirent aux champs, une garde d'honneur présenta 
les armes, et que l'officier, se détachant du groupe, vint, l'épée à la 
main, prendre les ordres du chef de l'Assemblée. Alors ces hommes 
comprirent que quelque chose de grand allait se passer; ils com- 
prirent qu'ils tenaient entre leurs mains leur sort, le sort des Juifs 
de l'Empire, le sort des Juifs du monde entier. Ils comprirent qu'ils 
devaient répondre à la générosité de la patrie d'adoption et à 
l'attente du monde chrétien, qui suivait avec une curiosité extra- 
ordinaire les débats de ce Parlement juif réuni à Paris, ce Parle- 
ment juif qui, à l'aurore du xix e siècle, représentait « comme la 
résurrection de la splendeur passée d'Israël l ». 

Et des délibérations de ce nouveau Grand Sanhédrin sortit un 
nouveau Talmud, qui devait être aussi sacré que l'ancien. Il se 
résume dans cette déclaration qui est devenue la déclaration de foi 
de l'Israélite français : « Le Grand Sanhédrin statue que tout 
Israélite né et élevé en France et traité par les lois de cet Etat 
comme citoyen, est obligé religieusement de le regarder comme sa 
patrie, de le servir, de le défendre, d'obéir et de se conformer dans 
toutes ses transactions aux dispositions du Code civil. Déclare en 
outre le Grand Sanhédrin que tout Israélite appelé au service mili- 
taire est dispensé par la loi pendant la durée de ce service de toutes 
les observances religieuses qui ne peuvent se concilier avec lui. » 

Les Juifs venaient de rompre sans esprit de retour avec un passé 
de vingt siècles. En un clin d'œil et comme par enchantement, la 
liberté avait fait en France ce que les cachots de l'Inquisition et les 
tortures n'avaient pu faire en Espagne. 

1 Graetz» 



ACTES ET CONFÉRENCES 



Mais, do même qu* Napoléon voulait la fusion de l'anciec 

société et de la nouvelle et qu'il poursuivait cette fusion par les 
mariages, de môme il voulait la fusion entre Juifs et Chrétiens - et 
par les mariages. L'empereur allait si loin dans cette voie que sur 
trois mariages il voulait deux mariages entre Juifs, un entre Juifs et 

li retiens 

Or que fut-il advenu dès lors du judaïsme français si Napoléon, 
qui se constituait volontiers l'agent matrimonial des grands officier* 
de sa cour, eût marié les Juifs manu militari, comme il faisait de 
ses généraux et colonels? 

J'ai entendu dire par de bons esprits que les Juifs de 89 avaient 
manqué le coche. Eh quoi 1 Us n'avaient pas compris que les temps 
du Messie étaient venus avec la Révolution française! Les temps 
du Messie étaient venus avec cette nouvelle société qui, à la 
vieille Trinité de l'Eglise, substituait cette autre Trinité dont les 
noms se lisaient sur toutes les murailles : « Liberté 1 Égalité ! Fra- 

ternitél » 

Cette Trinité est plus vieille que celle de l'Eglise ; c'est celle même 
de Moïse. C'était le moment de retourner au mosaïsme pur, alors 
que d'autres parlaient de retourner au christianisme primitif. Et 
dans cette France qui rompait avec Rome, qui fermait à la fois les 
églises, les temples, les synagogues, est-C3 que l'on n'était pas bien 
près de s'entendre pour proclamer l'Éternel Un ? Et quelles eussent 
été les destinées du Judaïsme français, du Judaïsme tout entier, si la 
Révolution, qui appelait les peuples à la liberté universelle, les eût 
encore appelés à la religion universelle? C'était aux Juifs à marquer 

le pas. 

Si vraiment les Juifs ont manqué le coche, la France elle-même 
l'a manqué. C'a été le regret de Quinet et de bien des penseurs. 

Avec le Concordat, le sacre de l'Empereur, chacun reprit son 
étiquette confessionnelle. Oh ! ce ne fut plus cette société religieuse 
fermée d'où le Juif était forcément exclu. Ce fut une grande société 
civile et politique, ou trois sociétés religieuses se fondaient, avant 
les mêmes lois, jouissant des mêmes droits et laissant à chaque 
membre le soin de s'y faire la place que lui donneraient son activité, 
son intelligence et son dévouement. 



LA SOCIÉTÉ JUIVE EN FRANCE DEPUIS LA RÉVOLUTION XXI 

Grande conquête des temps modernes, l'Eglise se réconciliait 
avec la Synagogue pour vivre de la vie commune dans une patrie 
commune 1 

Ce ne fut pas la Synagogue qui montra le moins de sagesse. Dans 
toutes ses créations, elle s'inspira de l'esprit de l'époque et sur 
toutes choses elle imprima un caractère essentiellement laïque. Et 
ceci facilitera singulièrement les rapports avec les pouvoirs pu- 
blics 1 . Nulle ingérence du dehors, nulle hiérarchie ecclésiastique 
dont le sommet est hors du territoire national. Le sommet ! Quelques 
citoyens français formant le Consistoire central. Rabbins et grands 
rabbins sont nommés par des Consistoires laïques; ces laïques sont 
élus à leur tour par d'autres laïques. Il est même curieux de voir 
avec quel soin jaloux, de 1800 a 1830, on subordonne l'élément reli- 
gieux à l'élément civil. C'est qu'il ne faut pas comparer nos rabbins 
d'autrefois aux rabbins d'aujourd'hui. Ceux d'aujourd'hui sont tout 
d'abord des citoyens français. Plusieurs sont de tins lettrés, qui re- 
présentent le judaïsme avec autorité. Mais' pouvaient-ils repré- 
senter le judaïsme français, ces rabbins d'autrefois qui ne savaient 
que le Talmud, qui ne parlaient pas le français, qu'on faisait venir 
de la Pologne, de la Galicie, de Francfort? — 11 fallait faire cesser 
un pareil état de choses. Une école rabbinique est créée à Metz. 

Article IV du règlement : 

« Pour être admis à l'école rabbinique il faut 1° être Français. » 

Arrêté du Consistoire de Paris 17 décembre 1831 : «Aucun ser- 
mon ne pourra être dorénavant prononcé dans le temple qu'en 
langue nationale. » 

En 1859, l'école de Metz est transférée à Paris et devient le Sé- 
minaire israélite. Les études y seront plus fortes, plus variées, et 
l'esprit plus large de la capitale remplacera l'esprit local d'une com- 
munauté de province. 

Toutefois ne laissons pas d'adresser un hommage de reconnais- 
sance à ces modestes serviteurs de l'école de Metz, qui formèrent nos 
premiers pasteurs prêchant dans la langue nationale et qui mon- 

1 « Les déclarations cTabus contre les ministres du culte israélite sont pour 
ainsi dire introuvables. » Baugey, De la condition légale du culte israélite en France 
et en Algérie. 



XX 11 ACTES KT GONFÉRENCBl 

t raient avec fierté l.-urs jeunes élevai étudiant, à oôtédu Taimud, 
la tangue el la littérature profanes. C'est avec un orgueil naïf que 
plus d'un ancien élève de Metz joignait a son titre du grand rabbin 
cette mention, alors éblouissante dans la nouveauté : « Bachelier 
es lettres. » — 11 y a quelque cinquante ans la place de Grand 
Rabbin de Paris fut vacante. On parla do différents candidats : 

Chacun avait sa brigue et de puissants suffrages. 
L'un d'un sang fameux vantait les avantages. 

L'autre faisait observer qu'il était bachelier. — Le grand rabbin 
Isidor fut nommé. Celui-ci était mieux que bachelier. 11 était Fran- 
çais par toutes les libres de son être. Un jour, en Allemagne, il fut 
prié de prendre la parole dans un banquet après une série de dis- 
cours en allemand. Le grand rabbin Isidor se leva et déclara qu'il 
ferait son toast en français : « Je vous parle français, car la langue 
française est une langue sainte; car la première elle a fait entendre 
en faveur de nous Israélites les mots de liberté, d'égalité, et les a 
proclamés solennellement au milieu de toutes les nations de la 
terre. » 

Celui qui s'exprimait ainsi tint haut ce jour le drapeau du ju- 
daïsme français et le drapeau de la France. 

Je reviens au Grand Sanhédrin. Entre autres ordonnances 
édictées par lui, je crois intéressant de vous signaler la suivante : 

« Le Grand Sanhédrin, en conséquence du pouvoir dont il est 
revêtu : 

« Ordonne à tous les Israélites, qui jouissent maintenant des droits 
civils et politiques, de rechercher et d'adopter les moyens les plus 
propre» à inspirer à la jeunesse l'amour du travail et à la diriger 
vers l'exercice des arts et métiers, ainsi que des professions libé- 
rales, attendu que ce louable exercice est conforme à notre sainte 
religion, favorable aux bonnes mœurs, essentiellement utile à la 
patrie, qui ne saurait, voir dans des hommes désœuvrés et sans 
état que de dangereux citoyens. » 

Appeler les hommes au travail, déclarer dangereux citoyens les 
désœuvrés, honneur au Grand Sanhédrin qui entrait ainsi dans les 
idées modernes, idées modernes bien anciennes cependant, car il a 



LA SOCIÉTÉ JUIVE EN FRANCE DEPUIS LA RÉVOLUTION XXIll 

été dit depuis bien longtemps : « Tu travailleras pendant six jours 
et tu te reposeras le septième. » Mais si ce septième jour n'est pas 
le même pour la société religieuse dont on fait partie et pour la 
société civile dont on fait partie également? Sur ce point le Grand 
Sanhédrin a gardé le silence de Conrart, soit qu'il ne prévît pas les 
difficultés résultant d'un ordre nouveau de choses, soit que toute 
solution future lui parût suffisamment indiquée par l'esprit même de 
ses décisions libérales. 

Mais remarquez, je vous prie, la date du Grand Sanhédrin : 1806. 
Depuis quinze ans la France combattait sur les champs de bataille 
de l'Europe; depuis quinze ans les Israélites, enrôlés volontaires, 
appelés par la levée en masse, faisaient leur devoir sous les dra- 
peaux. En déliant les militaires des observances religieuses, le Grand 
Sanhédrin régularisait un état de choses existant. Mais où Yoyait-il 
des préfets juifs, des juges, des universitaires, tous soldats à leur 
poste? Nul alors ne pouvait prévoirie magnifique développement 
de cette société juive, qui allait entrer dans une voie nouvelle, qui 
allait s'y précipiter, disent quelques-uns, si bien qu'il aurait fallu un 
Grand Sanhédrin en permanence pour décider chaque jour de nou- 
veaux cas de conscience. 

Et ce n'est pas la partie la moins intéressante de l'histoire des 
Israélites français que cette lutte qui va éclater, les uns voulant 
compléter l'œuvre du Grand Sanhédrin, réclamant pour chacun le 
droit d'élargir à son gré la route déjà frayée; les autres disant que 
la question ne serait pas posée, qu'ils n'iraient pas plus loin que le 
Grand Sanhédrin, et même que celui-ci était allé assez loin. 

Dès 1817 paraît un journal dont le titre était fort heureusement 
trouvé. C'est V Israélite Français, qui parle des réformes nécessaires. 
En 1836 un journal dont le nom indique les tendances, la Régénéra- 
tion, pousse le cri de guerre : « En avant ! » 

Cette lutte va produire toute une littérature (articles de journaux 
et brochures) qui à elle seule mérite toute une conférence. Ni dans 
Rabelais, ni dans Paul-Louis Courier il n'y a plus de verve, plus 
d'entrain, plus d'esprit mordant, plus de bon sens impitoyable. Et 
des deux côtés, si bien qu'en lisant les uns, on dit : « Ils ont 
raison », et qu'en lisant les autres, on se demande : « Ont- ils tort? » 



XXIV ACTES ET CONFÉRENCES 

Et ces articles de journaux, et ces pamphlets sont plus d'une fois 
reproduits et commentés par la presse non israélite. 

Alors — il y a plus d'un demi-siècle — certains demandaient avec 
insistance de reporter le samedi au dimanche, de prier en français et 
non plus en hébreu ; de réduire la fête de Paque à doux jours, dont 
le premier resterait fixé au mois de Nissan, mais avec suppression 
des pains azymes. Et ici l'argument ne manque pas d'originalité. — 
« Voici le pain de misère qu'ont mangé nos ancêtres ! » — Du pain 
de misère à 1 fr.20 le kilo, quand le pain blanc coûte fr. 30! Mais 
au prix où est le pain de misère, nos ancêtres auraient pu manger 
de la brioche 1 

Le deuxième jour de Pàque devait être reporté au 21 septembre, 
jour anniversaire d'une autre sortie d'Egypte. C'est le 21 septembre 
1791 que l'Assemblée Nationale Constituante avait proclamé l'éman- 
cipation complète des Juifs ! Et ce jour, au lieu de parler de Rabbi 
Eliézer et de Rabbi Tarfon, on parlerait de Mirabeau et de Grégoire. 
— Quoi qu'on en pense, ridée ne manque pas de grandeur. 

D'autre part, n'était-ce pas descendre à des enfantillages, quand, 
sous prétexte d'entrer plus intimement dans la société française, on 
remplaçait le schohet par le sacrificateur, le mohel par le pèrilomiste? 
On se serait cru au temps où Voiture prenait la défense de la con- 
jonction car. Mohel et Schohet trouvèrent un défenseur qu'on ne 
soupçonnerait pas, Crémieux, qui disait avec finesse : « Laissez donc 
ces mots ; à force d'être employés, ils entreront dans la langue. » 

Les adversaires répondaient à ces arguments et à d'autres, parfois 
plus vifs, par de vives ripostes. Voici une rétiexion qui mérite qu'on 
s'y arrête. « Vous dites que les lois alimentaires ne sont plus d'usage. 
Mais n'est-ce pas l'obligation de boire du vin cascher et la difficulté 
de se procurer ce vin qui nous ont empêchés de devenir des alcoo- 
liques? Voulez-vous renoncer à cette forte vertu atavique? Récla- 
mez-vous le droit à l'ivresse?» — Une comparaison qui est de l'époque 
peignait assez bien la situation : « Supposez des hommes qui circulent 
dans une enceinte longtemps fermée ; il faut renouveler l'atmosphère 
et pour cela établir la communication avec l'air extérieur. On ouvre 
les fenêtres et les portes. L'air pur et vivifiant est entré. Mais faut- 
il briser ces portes et ces fenêtres quand il suffit de les ouvrir ? Et 



LA SOCIÉTÉ JUIVE EN FRANGE DEPUIS LA RÉVOLUTION XXV 

faut-il surtout démolir la maison? » — Et déjà sous Louis-Philippe 
on répétait ces mots répétés encore aujourd'hui : « Nos grands-pères 
observaient samedis et jours de fête. Nos pères observaient le Kip- 
pour. Les enfants n'observent plus rien du tout. » 

L'indifférence, voilà où aboutissait en France ce judaïsme que l'on 
disait attaché opiniâtrement à ses pratiques. Et cela il y a plus d'un 
demi- siècle ! 

Ecoutez ce qu'a dit Henri Heine en 1840 : « Les Juifs en France 
sont émancipés depuis trop longtemps déjà pour que les liens de race 
ne se soient pas beaucoup relâchés; ils se sont presque entièrement 
perdus ou, pour mieux dire, absorbés dans la nationalité française. 
Ces Juifs sont des Français tout comme les autres, et ils ont donc 
aussi des mouvements d'enthousiasme, qui durent vingt- quatre 
heures, et quand le soleil est bien chaud, même trois jours! Encore 
ne peut on dire cela que des meilleurs. Beaucoup d'entre eux pra- 
tiquent encore leur vieux culte cérémonial, le culte extérieur; ils 
l'exercent tout mécaniquement, par ancienne habitude et sans savoir 
pourquoi. Quant à une croyance intime, il n'en est resté aucune 
trace, car dans la synagogue aussi bien que dans l'église chrétienne, 
le spirituel corrosif de la critique voltairienne a exercé son influence 
dissolvante. 

« Il faut que je fasse ici une remarque qui est peut-être la plus 
amère de toutes. Parmi les Juifs baptisés, il y en a beaucoup qui, 
par une lâche hypocrisie, disent encore plus de mal d'Israël que ses 
ennemis par droit de naissance. De la même manière, certains écri- 
vains ont soin, pour ne pas rappeler leur origine, de parler des 
Juifs très défavorablement. C'est une chose connue et tristement 
ridicule. » 

Ceci a été écrit il y a soixante-quatre ans ! — Et aujourd'hui? 
Henri Heine ajouterait au moins un post-scriptum pour constater 
comme un réveil de l'esprit juif. Nous sommes témoins d'un curieux 
mouvement, d'un mouvement triple qui se fait dans le judaïsme 
français. 

Tout d'abord l'Israélite français est moins indifférent à l'histoire 
juive, à la littérature juive. La grande question juive, toujours d'ac- 
tualité et qui plonge dans le passé, l'a rendu curieux de ce passé. 



XXVI ACTES HT CONFÉRENCES 

Des efforts sont tentés pour faire cesser le divorce qui a duré trop 
longtemps entre les études sacrées et les études profanes. Q y a à 
Paris une modeste croie annexée au Séminaire israélite et qui s'ap- 
pelle le Talmud-Torah. De là sortent tous les ans des jeunes gens, 
qui, sans devenir rabbins, sont Juifs par le cœur, Juifs par l'esprit, 
Juifs par la forte nourriture intellectuelle puisée à la moelle du 
judaïsme. Il y a là un mouvement intéressant qui pourrait devenir 
fécond. — Là se recruteront les meilleurs collaborateurs pour la 
Revue des Éludes Juives, pour cette Société des Etude* du ires qui a 
prouvé que le Juif est capable de plus de trois jours d'enthousiasme! 
Depuis vingt-cinq ans elle continue ses laborieuses recherches. 
Depuis vingt-cinq ans elle accomplit l'œuvre de science et de vérité, 
et par l'impulsion qu'elle a donnée aux études juives, elle a contribué 
elle aussi au réveil de l'esprit juif. 

La presse israélite elle-même a plus de lecteurs, et dans la presse 
je comprends encore ces comptes-rendus annuels de la bienfaisance 
où se manifeste la vitalité du judaïsme français. S'il meurt dans les 
pratiques, il revit dans la science et dans la philanthropie. — Voilà 
ce que tout d'abord aurait constaté Henri Heine. 

Science et Judaïsme, n'est-ce pas encore le but que se propose 
cette Université juive populaire — dont je viens de recevoir le compte 
rendu, d'ailleurs fort intéressant? J'y étais l'autre jour, à cette Uni- 
versité de la rue de Jarente, et, après une conférence en français 
écoutée avec beaucoup d'attention, j'ai vu des jeunes gens, des 
jeunes femmes prendre en main et commenter avec vivacité des 
journaux hébraïques, des journaux écrits dans cette vieille langue, 
qui aujourd'hui se réveille et se montre assez souple pour exprimer 
toutes les idées modernes. La Sorbonne vient d'autoriser l'ouverture 
d'un cours libre sur cette littérature hébraïque moderne. J'ai connu 
un jeune bachelier, qui, pour aller plus vite du grec et du latin au 
français en lisant Homère et Virgile, se servait de traductions hé- 
braïques. 

Voilà un second mouvement connexe à celui dont je viens de 
parler, causé par L'immigration russe et roumaine. Voila un nou- 
vel élément introduit dans le judaïsme français. Qu'en adviendra t- 
il? C'est une nouvelle alliance franco-russe, sur laquelle on peut 



LA SOCIETE JUIVE EN FRANCE DEPUIS LA REVOLUTION XXVU 

fonder de belles espérances, s'il ne survient pas de complications de 
la part des Japonais. 

Enfin —j'ai dit que le mouvement était triple — on parle de l'ou- 
verture d'un nouveau Temple appelé Temple libéral. Des dames très 
actives sont à la tête du mouvement l . Des souscriptions sont de- 
mandées pour organiser le nouveau culte. Il y aurait un office le di- 
manche. J'en sais qui en rient; j'en sais qui s'en affligent; d'autre s 
attendent avec une curiosité bienveillante — - et ce ne sont peut-être 
pas les moins intelligents Cette impatience même, ce besoin de faire 
quelque chose prouve la vivacité du sentiment juif. Et comme disait 
l'un des réformateurs : « Mieux vaut aller à la synagogue le di- 
manche que de ne pas y aller du tout. » 

D'ailleurs, la crise qui travaille le judaïsme ne lui est pas particu- 
lière. Elle est de l'époque et la question est double : d'une part, les 
vieilles pratiques et les exigences matérielles ; de l'autre, la science 
et la religion. Plus d'un philosophe entrevoit une religion nou- 
velle. L'un d'eux lui a même déjà donné un nom, à cette nouvelle 
croyance : une cristallisation d idées juives ! La scission qui est sur 
le point de se produire dans le judaïsme marquerait- elle le point de 
départ ? 

Une cristallisation d'idées juives, ce mot est d'un penseur non 
israélite qui se rencontre avec un penseur israélite, J. Darmesteter. 
Celui-ci a écrit : « Le Judaïsme, seul de toutes les religions, n'a 
jamais et ne peut jamais entrer en lutte ni avec la science, ni avec 
le progrès social. Ce ne sont pas des forces hostiles qu'il accepte ou 
qu'il subit par tolérance ou par politique. Ce sont de vieilles voix 
amies qu'il reconnaît et salue avec joie, car il les a, bien des siècles 
déjà, entendu retentir dans les axiomes de sa raison libre et dans le 
cri de son cœur souffrant 2 . » 

Et Darmesteter ajoutait : « C'est pour cela que, dans tous les 
pays qui se sont lancés dans la voie nouvelle, les Juifs ont pris leur 
part, et non médiocre, plus vite que ne le font des affranchis de la 

1 L'une d'elles vient de publier un joli petit volume pour familiariser la jeu- 
nesse avec la littérature juive : A travers les moissons, par Marguerite Brandon- 
Salvador. 

1 Coup d'œil sur l'histoire du peuple juif. 



XXVIII àCTKS il CONFË liENCES 

veille, à toutes les grandes œuvres <l<> la civilisation, dans le triple 
champ de la science, de L'art et de l'action. » 

Et c'est Là où nous allons, maintenant trouver les Juifs. 

Le romancier Komperl raconte dans Bes Nouvelles que, L'empe- 
reur Ferdinand avant émancipé les Juifs, un vieil habitant du 
ghetto de Prague, pris d'enthousiasme, se dit qu'il était de son 
devoir (l'aller remercier L'Empereur en son nom et au nom de ses 
coreligionnaires. Il attelle sa carriole, y fait monter sa femme et 
ses fils et se met en route. A peine est-il hors du ghetto qu'il est 
accueilli par des huées et des sarcasmes. Plus il avance, plus il 
constate avec tristesse que l'esprit des concitoyens n'a pas beau- 
coup changé à l'égard des Juifs. Le voilà enfin sur la grande route. 
Il voit des champs en friche et il se souvient qua l'Empereur a dit 
que l'agriculture manque de bras et que chacun doit se mettre au 
travail. Et le vieux Juif a une idée : Inutile d'aller à Vienne ! Le 
voilà le moyen de remercier l'Empereur I Se mettre au travail, 
comme il le demande ! Et aussitôt le vieux Juif retourne chez lui, 
vend sa maison, achète un champ et le cultive. 

Ainsi devaient faire les Juifs en France. Ils ne perdirent pas 
leur temps à remercier l'Empereur. Il fallait non des paroles, mais 
des actes. Certes, l'on ne pouvait pas demander à la première gé- 
nération de 89 de se transformer du jour au lendemain. 11 fallait le 
temps de dépouiller le vieil homme. Et pourtant, bien avant le 
Grand Sanhédrin, les soldats juifs faisaient leur devoir. Dans la 
Grande Armée, il y avait des Juifs par centaines. Dans le Grand 
Sanhédrin, il y avait deux anciens militaires. — Et depuis?. . . Je 
ne vais pas vous refaire une conférence sur les vertus militaires 
des Juifs *. Je rappellerai seulement que ia France a élevé des 
monuments pour signaler à la reconnaissance éternelle du pays les 
noms de ses enfants juifs tombés sur le champ de bataille. Napo- 
léon I er demandait au Grand Sanhédrin si les Juifs sauraient dé- 
fendre la France comme ils défendraient Jérusalem ! Et un gé- 
néral français, faisant à la jeunesse un discours sur le patriotisme, 
ne trouvait rien de mieux que de lui citer comme exemple un des 

1 Voir Quatre conférences sur les Juifs, les Vertus militaires, par M. Blocli. 



LA SOCIÉTÉ JUIVE EN FRANCE DEPUIS LA RÉVOLUTION XXIX 

fils de ceux que la France avait émancipés. C'est tout dire 1 . 
Le patriotisme des Juifs ! Il y a peut-être quelque chose encore 
de plus convaincant. Après le traité de Francfort, des centaines de 
Juifs quittèrent Metz, Strasbourg, Colmar. —Devant l'aigle noire 
à deux casques qui décorait les monuments, ils ont dit, comme le 
vieux sergent de Béranger : 

C'est un drapeau que je ne connais pas. 

En 1873, la Société des Gens de lettres décida d'imprimer et de 
vendre un livre spécialement composé par elle au profit des Alsa- 
ciens-Lorrains. Il y a là des envois de G. Sand, V. Hugo, Erck- 
mann-Chatrian, Th. Gautier, Legouvé. La dernière page a été 
écrite par un Israélite alsacien ; c'est la plus touchante peut-être 
du recueil. Ce sont quelques vers inspirés au poète Ratisbonne, 
par cette peinture de Henner, cette Alsacienne en deuil. 

Ton fiance, sans doute, est parti pour la guerre, 
Tu l'attends, anxieuse, et, depuis bien longtemps, 
— Je m'appelle l'Alsace orpheline, et j'attends 
Non pas mou fiancé, mais la France, ma mère! 

Voilà l'état d'âme du Juif alsacien, du Juif français. 

Et c'est par l'Ecole qu'il s'est formé. Des écoles, ce fut le cri de 
tous les Juifs émancipés qui voulaient se régnérer ! Des écoles, 
ce fut le cri de cette Alsace juive, qui pour ses petits vagabonds, 
fils de fripiers et de marchands de bestiaux, ouvrait des écoles 
primaires, ouvrait des écoles professionnelles et trouvait dans son 
cœur les plus heureuses inspirations pédagogiques 2 ! 

Napoléon demandait au Grand Sanhédrin si les Juifs se tourne- 
raient vers les carrières libérales, vers les professions manuelles. 
Le Grand Sanhédrin répondait par des paroles. La génération sui- 
vante répondit par des actes. 

1 II s'agit du jeune Richard Bloch, élève de mathématiques spéciales et déjà 
décoré de la médaille militaire, cité par le général Saget à la distribution des prix 
du lycée Saint-Louis (l872). 

1 École de travail de Strasbourg ouverte en 1825. — École de travail de 
Mulhouse ouverte quelques années plus tard. — Société d'encouragement pour 
les arts et métiers créée à Metz en 1823. Voir Quatre conférences sur les Juifs^ 
l'Œuvre scolaire. 



XXX ACTKS ET CONFIDENCES 



Dès 1825 l'on constatait do toutes parts les heureux change- 
ments survenus chez les Juifs. On remarquait que nombre d'entre 
eux s'étaient portés vers ces carrières libérales, vers ces profes- 
sions manuelles pour lesquelles on leur supposait de l'indiffé> ace 
ou de l'éloignement. Dans son résumé de 1 histoire des Juifs mo- 
dernes, publié en 1828, Léon Halévy pouvait déjà citer nombre de 
coreligionnaires recommandables par leurs talents et leurs lumières, 
et à Paris et en province, et hautement appréciés par leurs conci- 
toyens. 

La grande actrice Rachel eut un jour une idée curieuse : elle 
voulut donner un grand diner où il n'y aurait que des Juifs de 
renom. Elle voulait inviter l'ancien ministre de la Justice, son vieil 
ami Crémieux ; le ministre Fould ; le fondateur de cette maison de 
banque, alors dans toute sa gloire, James de Rothschild ; l'acadé- 
micien A. Franck; l'éditeur Michel Lévy; un autre Michel Lévy à 
la veille de partir pour la Crimée comme inspecteur général des 
services médicaux de l'armée ; l'auteur de la Juive, Fromenthal Ha- 
lévy, et son frère Léon ; le journaliste Millaud. A ces convives elle 
voulait adjoindre quelques étrangers de marque, venus en France 
pour y trouver une patrie d'adoption: Meyerbeer, Henri Heine. 
J'ignore pourquoi ce dîner n'eut pas lieu, et je le regrette. L'auteur 
des Salons parisiens, M me Ancelot, eût ajouté à son livre une page 
au moins curieuse : Un dîner chez Rachel '. 

Et cette société juive nous reporte à un demi-siècle en arrière ! 
Et depuis?... Elle a été écrite en partie, l'histoire de cette société 
juive contemporaine, elle a été écrite dans des pages d'une sobre 
éloquence, d'une sincère émotion, où le panégyriste a su garder 
l'impartialité de l'historien. Ouvrez, je vous prie, ce livre de M. le 
grand rabbin 2Jadoc Kahn : Souvenirs et regrets. 

Voici l'armée avec le colonel Moch, le colonel Salvador, le com- 
mandant Franchetti, le commandant Bernard, le docteur Widal, mé- 
decin-inspecteur général, commandeur de la Légion d'honneur, fils 

Rachel connoissait-eUe ce passage de Balzac ? « Les Juifs ont accaparé l'or; 
ils écrivent Robert le DiabUf ils jouent Phèdre; ils chantent Guillaume Tell; Ûfl 
commandent des tableaux ; ils élèvent des palais ; ils écrivent Rtisebiidtr el d'ad- 
mirables poésies. » 



LA SOCIETE JUIVE EN FRANCE DEPUIS LA RÉVOLUTION XXXI 

de l'Alsace juive. Voici l'Académie des sciences morales avec 
Ad. Franck, les Inscriptions et Belles- Lettres avec Derenbourg; 
l'Académie de Médecine avec Mathieu Hirtz, une des lumières de la 
Faculté de Strasbourg, enfant lui aussi de l'Alsace juive. Voici la 
peinture avec Benjamin Ulmann, l'auteur du tableau si connu Le 
Libérateur du Territoire. Voici la politique avec Kœnigswarter, 
Javal, Crémieux. Voici le Journal des Débats avec Ratisbonne, le 
Journal officiel avec Henry Aron. Voici encore la science, la science 
nationale par excellence, où jamais nationaliste n'atteignit la hauteur 
de ce Juif appelé A. Darmesteter. Voici l'enseignement secondaire, 
voici l'enseignement primaire, inspecteurs, professeurs, instituteurs ; 
voici le Conservatoire des Arts et Métiers ; partout des serviteurs 
utiles au pars, formant le cœur et l'esprit de la jeunesse française. 
Et les serviteurs de l'humanité souffrante dont quelques-uns furent 
des apôtres ! Et les grands bienfaiteurs, fondateurs des grandes 
œuvres philanthropiques dont le nom est sur bien des lèvres, disons 
mieux-, dans bien des cœurs ! 

Et combien ne sont pas nommés ! Et combien sont morts depuis 
l'impression de ce livre ! Et quel beau livre encore nous donnera 
l'auteur quand il élèvera un souvenir aux filles d'Israël : M me Coralie- 
Cahen, chevalier delà Légion d'honneur ; M me Furtado-Heine, offi- 
cier de la Légion d'honneur ; M mc Jules Béer, dont Maxime Du 
Camp a fait un si bel éloge dans son Paris Bienfaisant. Et combien 
d'autres ! 

« Vous n'êtes pas 100.000, me disait mon universitaire et vous 
faites du bruit pour 10.000.000. » Le Juif déconcerte la statistique. 
Il y a un Juif sur 426 habitants. A suivre la proportion, il n'y aurait 
pas un seul Israélite à l'Institut. Il y en a 11, plus 2 membres 
libres, plus un correspondant *. 

Prenez les cours du Collège de France : grammaire comparée, 
philologie et archéologie assyrienne, langue et littérature sanscrites; 

1 Plus les étrangers, associés et correspondants, qui forment un groupe inté- 
ressant et de haute valeur. 

Je viens de recevoir une lettre de faire part annonçant la mort du général de 
division Sée. Sur la liste des personnes mentionnées dans la lettre de deuil je 
trouve deux membres de l'Académie de médecine. 



XXXII ICTES il » OxNFÉRENCES 



philosophie grecque el latine, mécanique analytique et mécanique 
céleste 5 cours, — 5 Juifs? - Non 6; au dernier, un titulaire et 
un suppléant. 

Je ne vais pas faire le tour des Facultés, de l'École des Hautes 
Études et d'autres établissements scientifiques, universitaires, artis- 
tiques, et citer des noms que tout le monde connaît. 

Je dirai ceci : autrefois pour détruire l'esprit juif on détruisait 
quelques bibles. Aujourd'hui, quel autodafé ! Te ne seraient [dus 
quelques livres saints qu'il faudrait brûler ! C'est l'œuvre intellec- 
tuelle de la France qu'il faudrait mutiler. Une charrette pour le 
Journal des Savants) une autre pour le Journal Asiatique, é\ pour la 
Revue archéologique, et la Revue des Eludes grecques, et la Revue cri- 
tiqm, et la Revue de linguistique ; la Bibliothèque de l'Ecole des 
Chartes, le J/oge/i Age, la Romani a \V Année sociologique, la Revue 
internationale de sociologie, les Annales de l'Ecole libre des sciences 
politiques; la Revue pédagogique, la Revue de V Instruction publique, 
la Revue numismatique-, le Mouvement scientifique, les Annales de 
l'Observatoire de Paris, les Annales de l'Observatoire mu micipal, les 
Annales de physique el de chimie; la Revue dliggïene, la Revue de 
physiologie, la Revue de pathologie, la Revue d'ophtalmologie, la Renie 
de largngologie, la Revue de stomatologie, la Gazette de gynécologie, 
etc., etc. 

J'en passe, j'en passe. Et la Revue de Paris, et la Grande Revue, 
et la Revue des Deux-Mondes, et la plus belle de toutes les Revues, 
la Revue philanthropique ! 

Et les journaux quotidiens ! , et les livres ! Il y a à Paris une im- 
portante bibliothèque avec les seuls livres écrits sur les Juifs. Quelle 
bibliothèque si l'on y ajoutait tous les livres écrits par les Juifs, les 
Juifs français seulement ! Quel catalogue ! 

Il fut un temps où les chrétiens couraient à la synagogue, attirés 

' La Presse française compte de brillants écrivains hraéliles. — Des journaux 
fort goûtés du public ont clé fondés ou organisés par «les Juifs. Ceux-ci par leUrs 
imprimeries ont encore rendu de grands services au journal, n'eussc-je. à nommer 
que L'importante maison du regretté Schiller nom toujours vivant et hautement 
estimé dans la Presse. — Parmi les rédacteurs rappelons le souvenir de quelques- 
uns qui ne sont plus : Aron, Azévédo, blum, Cohen, Dalsème, Lovy, Millaud. 
Mortier, Ratisbonne, Weill, etc. 



LA SOCIÉTÉ JUIVE EN FRANCE DEPUIS LA RÉVOLUTION XXXIII 

par la beauté des offices et les charmes de la musique. Défense leur 
fut faite d'assister à ces spectacles. D'autres les ont remplacés. Et 
c'est encore la synagogue, quand, le vendredi soir, l'Opéra donne le 
Prophète, ou le lundi suivant l'Africaine; quand l'Opéra-Comique 
donne le Juif Polonais ; le Français, Les Ouvriers ; la Porte-Saint- 
Martin, Les Deux Orphelines; le Gymnase, Le Détour; le Vaude- 
ville, Antoinette Saurier; le Théâtre Antoine, Y Indiscret. 

Et j'oublie la Renaissance, les Folies Dramatiques, l'Athénée et 
tous les théâtres de genre ! Et les interprètes 1 Encore la syna- 
gogue ! Mais on l'emporte dans ses malles, la synagogue, avec le 
Théâtre de Campagne, où je relève les noms de Dreyfus, de Millaud, 
de Berr, de Cahen. 

Il fut un temps où, pour détruire tout monument juif, on détruisait 
les vsynagogues Eh bien, qu'on les renverse les monuments juifs! Ira- 
t-on abattre l'observatoire Bischoffsheim de Nice? Ira-t-on fermer 
le dispensaire Furtado-Heine? L'Institut Pasteur supprimera-t-il le 
laboratoire de chimie biologique qui porte à son fronton : « Fon- 
dation baronne de Hirsch? » N'ouvrira-t-on plus dans les quartiers 
pauvres les vingt laiteries philanthropiques de Henri de Rothschild? 
Et que dire encore de l'Ecole agricole Kœnigswarter, de l'orphelinat 
agricole Jules Béer, de l'Ecole professionnelle d'assistance aux ma- 
lades (fondation Alphen Salvador), de l'hospitalité de Ballan (fon- 
dation Salvador-Brandon) ? Je pourrais rappeler bien d'autres 
œuvres intéressantes où vit le souvenir juif : la Poupounière, les 
Crèches parisiennes, les écoles Lemonnier et ces autres écoles dont 
la création a été comme une Déclaration des Droits de la femme, les 
lycées de filles ? Est-ce que cette création ne sort pas tout entière de 
la loi Camille Sée ? 

Rien ne prouve mieux combien la Société juive est entrée dans la 
Société française, combien ils avaient raison ceux qui disaient : 
« Proclamez-les des citoyens français, ils le deviendront. » 

Et la voilà la France juive ! 

Mais la France juive s'étend plus loin que les Pyrénées et la Mé- 
diterranée. Prenez la carte de géographie dressée par Y Alliance 
israèlite. Voici des points noirs et rouges sur les côtes de Turquie et 
d'Asie Mineure ; là sont les écoles de Y Alliance, ces écoles dont 

ACT. ET GONP. G 



XXXIV ACTKS ET CONFÉRENCES 

l'autre jour un homme politique faisait . au Sénat, le plus grand él 
Voici Coiistantinople avec L2 écoles, A.pdrinople, Smjrne, Damas. 
d'où j'ai vu des devoirs français avec bien moins de fautes d'ortho- 
graphique dans bien des copies d'élèves reçus au certificat d'études. 

Suivons toujours la carte : Voici la Perso, où je vois des écoles de 
X Alliance : 1,061 garçons, 540 filles, dans les écoles de Téhéran, 
Ispahan, llamadan. Voici la Côte d'Afrique, ce Maroc si convoité, 
où la langue de Racine et de Corneille est enseignée à Tanger 
(528 élèves), Tétuan (541 élèves), Fez, Mogador, Marrakesch. Voici 
Tripoli, voici la Tunisie avec ses 35,000 Juifs Dans la seule école de 
Tunis, savez-vous combien d'enfants écrivent et parlent notre langue 
nationale? Près de 1,"700. Le nombre total des élèves de Y Alliance 
Israélite est en ce moment de 33,000. 

Oui, 33,000 enfants dans ces écoles où des instituteurs et des ins- 
titutrices d'Orient, instruits à Paris, vont faire pénétrer dans les 
jeunes cerveaux les idées françaises ! 

Et je ne dis rien de l'Algérie avec ses 55,000 Juifs, français et 
arabes à la fois, et par cela même appelés à jouer un rôle principal 
dans les relations entre la France européenne et la jeune France 
africaine ! 

Lorsque les Français vinrent prendre possession de la terre 
d'Afrique en 1830, ils trouvèrent, dans ce pays inconnu alors pour 
eux et hostile, des amis, des interprètes, des guides qui accouraient 
pour saluer le drapeau tricolore comme on salue un vieil ami. 
C'étaient les Juifs algériens. Et ils méritèrent que la France fît pour 
eux ce qu'elle avait fait pour leurs coreligionnaires de 1789. 

Supposez ces hommes de la Constituante qui demandaient Térnau- 
cipation des Juifs et qui se portaient leurs garants devant la postérité, 
supposez-les revenant au monde. Quelle impression ne leur eût pas 
donnée un spectacle comme celui de l'Exposition de 1900, la France 
invitant les peuples de la terre à venir contempler les merveilles de 
son travail et de son industrie, et les travailteurs juifs rivalisant de 
zèle avec tous les autres dans ce vaste atelier international ! 

Il n'est peut-être pas une classe sur les 121 classes d'exposants 
où ils n'auraient constaté la participation de ceux dont ils voulaient, 
cent ans auparavant, assurer le concours à la France. Métallurgie, 



LA SOCIÉTÉ JUIVE EN FRANCE DEPUIS LA RÉVOLUTION XXXV 



industrie du bâtiment, industrie des vêtements, industrie chimique, 
agriculture, procédés généraux de la mécanique, œuvres d'art, par- 
tout ils les auraient trouvés parmi les lauréats les descendants de 
ceux dont l'Alsacien Rewbell disait : « Ce sont des usuriers inca- 
pables de faire autre chose. » 

Mais surtout ces hommes de la Constituante, qui ne parlaient que 
de fraternité, se seraient arrêtés aux classes 101 à 112, classes d'une 
importance capitale dans le monde moderne, les classes d'assistance 
publique et d'économie sociale. Et ils auraient constaté que par ses 
sociétés de bienfaisance et de mutualité, par ses institutions philan- 
thropiques, par ses écoies (asiles, orphelinats, refuges, écoles pro- 
fessionnelles) le judaïsme français a trouvé les solutions les plus 
heureuses des grands problèmes sociaux de nos jours *. 

Et celui-là se serait applaudi d'avoir été prophète, qui disait : 
a Vous acquerrez de nouveaux sujets aussi utiles par leur activité, 
leur intelligence, leurs trésors et leurs travaux que soumis à une 
constitution et à des lois auxquelles ils seront attachés par les liens 
de la reconnaissance. » 

Mais, en même temps, qu'auraient dit ces hommes de la Consti- 
tuante si on leur avait mis sous les yeux certains journaux de nos 
jours, certaines brochures. ..? Ils auraient éprouvé une profonde 
surprise. . .? Non, ils auraient dit : « Mais nous les connaissons, ces 
journaux. Mais c'est le Patriote français que vous nous donnez, c'est 
le Rôdeur français, c'est le Journal de la Cour et de la Ville ! Voilà 
bien le numéro où l'on dit que nous venons de nommer comme Pré- 
sident de l'Assemblée le rabbin Grégoire ! Et le numéro où l'on dit 
qu'un syndicat s'est formé pour acheter les consciences de la Cons- 
tituante. Et le numéro où l'on déplore que Louis XVI renonce à son 
titre de Roi très chrétien pour prendre celui de Roi des Juifs 1 Et cet 
autre numéro où l'on persuade aux masses que les Juifs pouvant 



1 Tel a été l'avis du Jury d'Exposition, surtout pour ce qui concerne les insti- 
tutions israélites qui sont à la fois des œuvres philanthropiques et des œuvres 
scolaires : École professionnelle Bischoffsheim (Hors Concours) ; Refuge de Neuilly 
(Grand Prix) ; Orphelinat Rothschild (Médaille d'or) ; École de Travail (2 mé- 
dailles d'argent) ; Société et École horlieole du Plessis- Piquet (médaille de bronze 
et 2 prix), etc., etc. 



XXXVI ACTES ET CONFÉRENCES 

aspirer à tous les emplois ne vont pas manquer de devenir évoques 
et arche véques ! J » 

Mais ces hommes de la Constituante, en lisant nos journaux, crie- 
raient au plagiat 1U diraient : « Nous en avons vu d'autres! » 

Et c'est là ce que le Juif semble avoir oublié. L'antisémitisme a 
surpris nombre de gens; on ne Ta même pas compris, et il y a des 
faits que Ton ne comprend pas si on les prend isolément. 

J'ai entendu parler souvent de ce professeur israélite chargé d'un 
cours de philosophie en province, il y a quelque cinquante ans, et qui 
dut renoncer à sa carrière à la suite d'une croisade menée par 
l'évèque de Luçon, qui disait que cette nomination était un outrage 
et un scandale. On ne manqua pas de crier à l'antisémitisme. 

Permettez-moi de rappeler quelques faits de cette époque : Kn 
1842, l'archevêque de Toulouse dénonce dans un mandement les 
doctrines antichrétiennes d'un professeur de la Faculté de Montpel- 
lier, M. Gatien d'Arnoult. Les plaintes faites contre l'enseignement 
de M. Ferrari à Strasbourg, de M. Bersot à Lyon, obligent le ministre 
a suspendre ces deux cours. L'Univers, dans une lettre à Villemain, 
dénonce dix-huit professeurs dont Michelet, Quinet, Jouffroy, Am- 
père, Lerminier, Jules Simon, Chevalier. En 1843, l'archevêque de 
Lyon menaçait de retirer les aumôniers des lycées si l'on y donnait 
un enseignement contraire à la doctrine catholique, et les évêques de 
Chiliens, de Langres et de Perpignan s'associaient à cette démarche. 
L'évèque de Belley détournait les familles d'envoyer les élèves dans 
les collèges de pestilence. 

Etait-ce là de l'antisémitisme 1 

Et l'évèque de Luçon ne livrait-il pas le même combat que tous les 
autres en parlant des dangereuses leçons données par un homme 
attaché à la secte juive ! 

Et tout cela ne visait-il pas au même but, enlever à l'Université le 
monopole de l'enseignement, préparer la loi Falloux'.' Naïfs seraient 
ceux qui croiraient qu'il s'agissait tout simplement d'empêcher un 
professeur israélite de gagner son pain. Et naïfs encore ceux qui 
croient que la polémique actuelle, journaux, brochures, romans, tout 

1 Voir Léo:» Kahn, Les Juifs de Paris pendant ta Révolution. 



LA SOCIÉTÉ JUIVE EN FRANCE DEPUIS LA RÉVOLUTION XXXVII 

cet immense effort vise 85,000 Juifs établis au milieu de 36,000,000 
de Français chrétiens. 

Vraiment les Juifs seraient trop fiers de voir contre eux seuls un 
tel déploiement de forces ! Non, la lutte est ailleurs. C'est la vieille 
lutte de la Révolution et de la Contre-Révolution ! — Mais c'est par le 
Juif qu'on a commencé. — C'est par lui qu'il fallait commencer. Car 
le Juif est marqué du sceau de la Révolution; car la Révolution, en. 
proclamant que tous les hommes sont égaux, a renversé le dogme 
qui fait du Juif l'éternel maudit à travers les nations. — « Et la 
question juive, comme l'a dit un homme politique, devient une 
question nationale, une question de vie et de mort pour la France. 
Ce ne seraient plus les Juifs seuls en tant que Juifs qui auraient à 
souffrir, mais la France et la civilisation. » 

Et la question économique? Et la ploutocratie juive? Vous parlez 
de la science juive. Eh bien ! et cette autre science juive, faire for- 
tune? 

« Faire fortune est une si belle phrase et qui dit une si bonne 
' chose, qu'elle est d'un usage universel ; on la reconnaît dans toutes 
les langues; elle plaît aux étrangers et aux barbares; elle règne à 
la cour et à la ville ; elle a percé les cloîtres et franchi les murs 
des abbayes de l'un et de l'autre sexe; il n'y a point de lieux sacrés 
où elle n'ait pénétré; point de désert ni de solitude où elle soit in* 
connue. » 

Cette réflexion a été inspirée à La Bruyère par le spectacle que 
lui donnaient ses contemporains, sans doute cette ploucratie juive 
qui avait ses grandes et ses petites entrées à Versailles. Tout le 
monde sait que le Grand Roi faisait volontiers monter dans ses car- 
rosses les Kahn et les Lévy ! 

Mais ne sortons pas de notre époque. Et puisqu'il y a une question 
économique, je vais vous la présenter en vous citant tour à tour 
l'opinion d'un homme de lettres, l'opinion d'un homme de science, 
l'opinion d'un homme politique. 

L'homme de lettres est M. Edmond About. Il a écrit sur la ques- 
tion un dialogue amusant : Le Juif et le Moine. L'article est de 
1864. 

Le Juif est un riche banquier : 



XXXVIII ACTES ET CONFÉRENCES 



.1,. Jmr di' rilciii, U baron, plongé dam un fauteuil confortable, 
croise ses jambes. Le Père Brisquet, debout, près $$ la /»»■(<■, tourne 
QUWQvec un embarras visible. 

Lk Baron. — Vous avez quelque chose à me demander? 

L« PÈRB. — Rien peu de chose, eu égard aux immenses richesses 
que le Ciel vous a départie,», Monsieur le baron, mais beaucoup si 
l'on considère la pénurie des infortunes qui \ons implorent. 

Lk Baron [ouvrait un tiroir et prenant quelques louis . — Que 

ne disiez-vous plus tôt ! Vous quôte$ pout les pauvreg ? 

U Pkuk (sans arancor lamain). — Pour mon ordre, Monsieur 
le baron, qui a fait vœu de pauvreté. 

Le Bahon [reprenani dê l ' or ilans * on iiroir )' — c ' cst différent. 
S'il y a vœu de pauvreté, je sais que ça coûte plus cher. Tenez, mon 
n, je double la somme. 

Le Père. -— Monsieur le baron daignera m'excu>er. Je ne viens 
pas solliciter une aumône vulgaire. L'ordre auquel j'appartiens, 
quoique indigne, possède plus d'un milliard en Europe. . . 

Lk Baron {virement et tendnnl la main). — Alors, mon cher, 
vous, êtes plus riche que moi. La charité, s'il vous plaît ! 

Lk Pèhk {avec une humilité croissante). — Hélas! ces biens ter- 
restres ne nous appartiennent pas, et si considérables qu'ils pa- 
raissent à première vue, ils sont fort au-dessous des besoins de 
l'Eglise. C'est pourquoi nous cherchons à les accroître par tous les 
moyens honorables et permis. Nous avons donc espéré que Mon- 
sieur le baron ne refuserait pas de nous associer à l'emprunt qu'il 
émet en ce moment dans des conditions si avantageuses. 

Le Baron. — Allons donc! Du diable si je savais où vous vou- 
liez en venir ! Vous demandez de l'emprunt au pair ? 

Le Pkrk. — On nous a dit que cet emprunt émis à 60 ferait sous 
peu de jours T0 francs pour le moins. 

Lk Baron. — Mais, j'y compte ! 

Le PÈRE. — Mes supérieurs m'ont ordonné en conséquence d'en 
prendre, s'il se pouvait, pour six cent mille francs. 

Lk Baron. — Tls no sont pas trop botes, vos supérieurs. Je corn- 
prend> pourquoi vous avez refusé mes vingt louis tout à l'heure. 
C'esl un cadeau de cent milli francs que vous voulez, pas vrai:' 



LA SOCIETE JUIVE EN FRANCE DEPUIS LA REVOLUTION XXXIX 

Le Père. — Nous le préférerions sans nul doute. 

Le Baron. — A propos! Vous savez ce que c'est que mon nouvel 
emprunt ? 

Le Père. — Nous en avons une idée confuse. 

Le Baron. — C'est un emprunt musulman, ni plus ni moins ! 

Le Père. — Le titre n'a qu'une importance secondaire. 

Le Baron. — Mais songez-y ! La fin la plus prochaine de notre 
petite opération sera d'affermir un prince mécréant sur son trône. 

Le Père. — Qu'importe si la fin dernière doit être d'ajouter 
cent mille francs à notre humble trésor ! 

Le Bapon. — Au moyen âge, mon cher, les Juifs et les moines 
vivaient également hors de la société, les moines par choix, les 
Juifs par force. Seulement vous la dominiez, et elle nous écrasait. 
Malgré l'opinion qui vous plaçait trop haut et nous trop bas, nous 
étions régulièrement pillés les uns comme les autres. Lorsqu'un roi 
manquait d'argent, la seule question était de savoir si l'on dépouil- 
lerait les Juifs ou les moines. Il n'y a pas de sécurité hors de la 
loi commune. Nous l'avons compris avant vous, et nous nous en 
sommes bien trouvés. Le Juif a fait des efforts héroïques pour 
rentrer dans le sein de la société française, tandis que le moine 
s'escrime à en sortir. Nous avons obtenu d'être citoyens, nous 
sommes heureux de cette conquête, et nous nous efforçons de nous 
en montrer dignes. Nous rivalisons d'activité, de dévouement et de 
courage avec ceux dont les pères étaient citoyens avant nous. C'est 
pourquoi nos personnes et" nos biens sont aujourd'hui plus en sûreté 
que les vôtres. Personne ne serait assez fort pour demander l'ex- 
pulsion des Juifs, tandis que les Chrétiens pétitionnent aujourd'hui 
pour obtenir la vôtre. Aucun prince n'attenterait sans crime aux 
millions que j'ai accumulés par mon travail, conformément à la loi 
commune. Si vous voulez obtenir la même sécurité, méritez-la. Vous 
aurez l'argent que je vous ai promis, mais si vous tenez aie garder 
longtemps, devenez citoyen, et commencez par devenir homme. 

Voici ce que dit l'homme politique ! : « Dans le commerce, dans 

1 La question juive, par Gustave Rouanet, Revue socialiste de janvier 1899. 



XL ACTES ET CONFERENCES 

l'industrie et la iinance, les Juifs acquièrent une importance pro- 
portionnellement plus considérable que celle qu'ils ont acquise en 
Angleterre et en Amérique. Cette circonstance provient évidem- 
ment non seulement de la supériorité de leurs aptitudes spéciales 
et de la solidarité qu'ils pratiquent entre eux, mais aussi de la dé- 
cadence visible, survenue dans les facultés économiques de nos 
autres classes dirigeantes. Si les Juifs ne se développent pas au 
détriment des Anglais et des Américains, qui ne leur portent aucune 
envie, c'est que, sans doute, ceux-ci sont aussi bien doués qu'eux. 
Mais alors, loin de crier contre les Juifs, il faudrait se réjouir de 
posséder chez nous une catégorie de capitalistes entreprenants. » 

« La situation économique de la France empire, son commerce 
décroît, son inlluence dans le monde baisse, sa population diminue, 
et, sur notre propre sol, les capitalistes étrangers mettent en œuvre 
et exploitent des richesses que nos nationaux n'ont pas su créer. 
Veut-on un exemple de l'apathie fatiguée des capitalistes français ? 
Les capitalistes anglais sont déjà maîtres, à Paris, du quartier de 
l'Opéra ; supprimez le Juif, l'Anglais le remplacera dans les autres 
quartiers de Paris. » 

On peut rapprocher ces réflexions si intéressantes de ce passage 
éloquent dû à la plume d'un académicien ! : « Le mal est en nous- 
mêmes, dans notre sang, jusque dans la moelle de nos os. Les Juifs 
seraient jusqu'au dernier bannis de la terre, Israël aurait disparu 
de la face de l'Europe que la France n'en serait guère plus saine ni 
l'Europe mieux portante. La première chose pour guérir est de con- 
naître sa maladie. Or l'antisémitisme nous fait illusion ; il nous 
aveugle sur nous-mêmes en s'efforçant de nous faire croire qu'au 
lieu d'être en nous, la cause du mal est hors de nous. — Pas d'er- 
reur plus dangereuse ! » 

Et partant de là, le D r Herzl s'écrie : « Vous le voyez bien ! 
L'antisémitisme est éternel. Tous les peuples sont antisémites. 
Unissez-vous donc et vous qui êtes opprimés, et vous qui, ne l'étant 
pas aujourd'hui, le serez sûrement demain. » 

1 Anatole Leroy -Beau lieu, Israël chez Us nations. 



LA SOCIÉTÉ JUIVE EN FRANGE DEPUIS LA [{ÉVOLUTION XL1 

C'a été un spectacle fort curieux assurément que celui de ces 
Congrès sionistes où l'on discutait la question de créer un Etat 
juif, où l'on organisait des comités pour examiner les moyens de 
ramener les enfants d'Israël dans le pays des ancêtres, dans le 
pays «où coulent le lait et le miel ». Une immense espérance a tra* 
versé l'Orient ; des millions de malheureux ont repris courage dans 
l'attente de jours meilleurs. — Il paraît même, comme le déclare 
le rabbin Rabinovici, que bien des Juifs qui vivaient dans l'inac- 
tion se sont remis au travail avec ardeur et ont cessé leurs querelles 
intestines. De cela il faut se féliciter. 

Je n'ai pas à me prononcer ici sur ce qui adviendra des espé- 
rances et ce qui adviendra des déceptions. 

Je constate que les Israélites de l'Occident ont accueilli avec tié- 
deur cet appel d'un internationalisme juif, qui semblait justifier les 
accusations de ceux qui prétendent que le Juif est juif avant d'être 
français, anglais, allemand. 

Pour les Israélites français, ce qu'ils pensent du Sionisme se ré- 
sume dans ce mot d'un homme d'esprit : « Que feriez-vous au cas 
du retour des Juifs en Palestine ? — Moi, je me ferais nommer am- 
bassadeur à Paris, » — J'ai idée qu'il y aurait beaucoup d'attachés 
d'ambassad\ 

Mesdames, Messieurs, dans quinze jours on célèbre la fête de 
Pâque. Des millions de Juifs diront avec une émotion profonde ; 
« L'année prochaine à Jérusalem ! » 

Et nous aussi nous le dirons, et tous le diront, qui souhaitent le 
triomphe du sionisme, mais d'un sionisme plus large, plus ouvert, 
qui réunira non pas les seuls Juifs, mais tous les peuples de la terre. 

Inutile pour cela d'aller créer un Etat sous le soleil de 1 Equateur ! 
Inutile de bâtir une ville sur les monts de Judée! 

La nouvelle Jérusalem sera partout où la Déclaration des Droits 
de l'homme sera une vérité. La nouvelle Jérusalem sera partout où 
triomphera l'idée française de la Révolution. La nouvelle Jérusalem 
sera là où seront les principes de 89. 

Et devant cette Jérusalem nouvelle, les peuples pourront dire 
une fois de plus : « Gesta dei per Francos ! » 



XLU actes i-:t confkhknces 



APPENDICE. 



La poésie patriotique tient une grande place dans la littérature juive 
moderne. On connaît les poésies patriotiques de Manuel. Moyse Alcan, 
Moïse Lyon ont également écrit de belles pièces de vers pour chanter 
no^ grandes victoires. Je rappellerai notamment la poésie de Moyse 
Alcan sur Sébastopol. On doit également des pages éloquentes à 
Alexandre Weill. 

Les victoires de Napoléon 1 er ont inspiré un grand nombre d'hymnes 
hébraïques. Il y en a qui, pour la grandeur de l'idée, l'éclat de l'image, 
font songer à certaines odes de Victor Hugo. 

Voici un extrait d'une ode du Grand Rabbin Abraham de Cologna : 
« Par où commencerait-on à célébrer les actions de l'homme qui, 
dans le temple de mémoire, a gravé tant de merveilles? Qui pourrait 
raconter ses victoires, ses prodiges? Ou plutôt, qui pourrait fixer le 
nombre des étoiles du firmament, et qui, sans être ébloui, pourrait 
regarder l'astre du jour? 

11 parut, dès l'aurore de sa carrière, triomphateur aux collines de 
Montenotte: il fit connaître à l'antique Egypte la force de son bras; 
Ulm et Marengo furent témoins de ses triomphes et de ses combats 
opiniâtres; Auslcrlitz a retenti de ses prodiges nouveaux. » 

La traduction française ne donne qu'une faible idée de l'original. 
En voiei une autre de Jacob Mayer de Bergheim (Alsace) : « Des 
portes de l'Orient au coucher du soleil la gloire de Napoléon se répand 
avec éclat ; il commande avec équité ; la justice marche devant lui. 11 
apporte à sa patrie la gloire, la paix et le règne des lois ; les monts 
sourcilleux des Alpes et des Apennins chantent ses exploits; la France, 
l'Italie, l'Espagne proclament ses victoires ; l'Allemagne et la Russie 
retentissent du bruit de ses triomphes. » 

La poésie récitée en français et en hébreu à la synagogue à l'occasion 
de la paix d'Amiens est due à la plume d'Elic Halévy, le père du com- 
positeur Ilalévy. 



L'assemblée convoquée par Napoléon comprenait déjà des hommes de 
grande valeur: Nous nommerons d'abord Abraham Furtado, de Bor- 



LA SOCIÉTÉ JUIVE EN FRANCE DEPUIS LA RÉVOLUTION XLUI 



deaux, qui fut l'ami de Vorgniaud, de Gensonné, de Guadet. A son 
retour de l'île d'Elbe, Napoléon le nomma maire de Bordeaux ; 
Louis XVIII le désigna pour les fonctions d'adjoint. 

Furtado a écrit sur la législation et sur la politique quelques œuvres 
remarquables. Une rue de Bordeaux porte le nom de Furtado. 

A citer encore Isaac Berr et son fils Michel. Isaac Berr fut admis, à la 
lête d'une délégation de juifs d'Alsace et de Lorraine, à la barre de la 
Constituante et il prononça un éloquent discours en faveur des Juifs. 
Sa lettre à Grégoire contieut des choses fort intéressantes. C'est lui qui 
disait à ses coreligionnaires: « Avant la Révolution vous étiez soumis à 
des taxes arbitraires et vous viviez dans l'opprobre. Imposez-vous ces 
taxes aujourd'hui pour entretenir des écoles, des asiles, et donner à la 
France des hommes, des citoyens ! » 

Son fils Michel Berr s'occupa très activement de toutes les questions 
juives. On lui doit un éloquent mémoire en faveur îles Juifs de tous les 
pays : « Appel à la justice des nations et des rois. » 

Michel Berr a publié nombre d'articles sur les sujets les plus divers ; 
il collabora à différentes Revues scientifiques et littéraires. Il rappelait 
volontiers dans ses travaux ses titres dont rénumération est au moins 
une indication de ce que devenait dès les premiers temps un de ces 
Juifs émancipés : « Michel Berr, membre résident de la Société royale 
des antiquaires de France, de la Société philotechnique de Paris, 
correspondant de la Société royale de Goettingue et de plusieurs autres 
Académies, l'un des collaborateurs de la Revue encyclopédique, du 
Bulletin universel des Sciences et de la Collection Française des chefs-d'œuvre 
des théâtres étrangers, ancien professeur de littérature allemande à 
l'Athénée royal de Paris, etc. » 

A l'Athénée royal, Berr fut le collègue et l'ami de La Harpe, de 
Cuvier, de Benjamin Constant, 



Dans cette sqcie'té juive de la Restauration je relève les noms de 
Terquem, ancien élève de l'Ecole polytechnique, ancien professeur de 
ma thématiques transcendantes au lycée de Mayence, bibliothécaire du 
comité du dépôt central de l'artillerie ; Salvador, auteur de la Loi de 
Mtikîi ouvrage refondu et développé sous un nouveau titre : Histoire des 
l nstitutions de Moïse et du peuple hébreu, dont on peut trouver le compte 
rendu dans le Journal des Débats et dans le Journal des Savants ; Rodrigue 
père ; Olynde Rodrigue, connu par des travaux très distingués d'éco- 
nomie politique, un des fondateurs du journal Saint-Simonien, le 
Producteur; Sarchi, docteur endroit; Alphonse Cerf Berr, ancien capi- 



XLIV ACTES ET CONFERENCES 

taine d'artillerie, directeur du Gymnase ; Worms de Romilly, qui a 
traduit avec succès les œuvres lyriques d'Horace ; Maas, ancien élève 
de l'école normale; le docteur Cahen ; Baruch Woill, qui fonda l'une dos 
plus belles fabriques de porcelaine, chevalier de la Légion d'houneur ; 
C rémieux déjà célèbre « dans le jeune barreau » ; Bedarrides, etc., etc. 
N'oublions pas l'écrivain à qui nous empruntons ces souvenirs, Le'on 
Ilalovy, déjà connu dans les lettres, qui au lycée Charlcmagne avait 
remporté en rhétorique le premier prix de version grecque avec une 
traduction eu vers. On retrouve plus tard le nom de Léon Hdlévy, cite 
avec éloge dans les Lundis de Sainte-Beuve, parmi les candidats à 
l'Académie française, dont il discute les titres et les' chances de succès. 



« Un homme s'est dit : Pourquoi s'adresser toujours à l'Etat ? Est-il 
donc impossible de marcher sans les lisières officielles? Je veux essayer, 
moi, et douner à la science française ce qui lui manque.» Cet homme 
a su réunir en un faisceau toutes les forces actuelles pour les faire con- 
courir à son œuvre. Son entreprise, loin d'avorter, a réussi d'une manière 
grandiose. Emporté par son idée à ne rien ménager, M. BischofTsheim 
a doté finalement l'astronomie française de ce qu'elle désirait en vain 

depvisun siècle Actuellement l'Observatoire de Nice comprend 

quinze pavillons ou corps de bâtiment, isolés les uns des autres, ayant 
chacun sa destination spéciale. 

On trouve d'abord, sur la crête de la montagne, en allant du Nord au 
Sud, le grand équatorial. la grande méridienne, la petite méridienne, 
l'équatorial coudé, le petit équatorial, le pavillon do spectroscopie, le 
pavillon de physique ; puis, à un niveau inférieur, sur les flancs de la 
montagne: au Nord, le pavillon magnétique installé sur les indications 
doM. Mascart ; à l'Ouest, trois grands corps de bâtiment, dont deux 
maisons d'habitation pour le directeur et une partie des astronomes, la 
bibliothèque avec ses six mille deux cents volumes et ses trente jour- 
naux ou recueils périodiques ; à l'Est, les ateliers et la salle des machines ; 
an Sud, une nouvelle maison d'habitation; plus au Sud, l'écurie et la 
remise; en face de ces dernières, la maison du jardinier; enfin, plus 
loin, dans la môme direction, à l'entrée de la propriété, la maison du 
concierge. 

Parmi ces bâtiments, celui du grand équatorial est le plus important. 
Tout compris, il a coûté à lui seul plus d'uu million de francs. 

C'est une immense construction carrée, en pierres de taille de la 
Turbie, largo de 26 mètres, haute de 10 mètres, à l'aspect monumental, 
à l'architecture sobre, surmontée de la fameuse coupole Eiffel. 

{Comptes rendus de V Académie des Sciences.) 



LA SOCIÉTÉ JUIVE EN FRANCE DEPUIS LA RÉVOLUTION XLV 



Je crois que le mot charité, avec le sens précis que nous lui donnons 
aujourd'hui, n'existe pas dans la langue hébraïque, car je ne le de'couvre 
pas une seule fois dans l'Ancien Testament; en revanche, il est répe'té 
soixante-quinze fois dans les Actes et les Epîtres. En faut-il conclure 
que les anciens Juifs ne connurent et n'exercèrent pas la charité' avant 
la dispersion qui suivit le sac de Jérusalem par Titus? Non certes, mais 
pour l'exprimer ils se servaient du mot Zédaka, qui signifie à la fois 
justice et bienfaisance; car pour eux la charité n'était point facultative, 
elle était imposée comme un devoir aussi rigoureux que la justice ; s'y 
soustraire, c'e'tait manquer à la loi 

La Communauté Israélite de Paris, tout en étant maternelle pour les 
siens, porte secours, autant qu'elle le peut, au groupe social au milieu 
duquel elle a posé sa tente 

Elle accueille sans parti pris, avec libéralisme et libéralité, toute 
infortune qui l'implore ; les municipalités le savent, et les congrégations, 
et les œuvres laïques, et les individus qui de la mendicité se sont fait 

un métier lucratif Nul peuple n'a été plus cruellement traité que 

celui qui se proclame le peuple de Dieu. Pendant dix-huit siècles 
l'humanité s'est acharnée contre lui ; il a subi toutes les avanies, toutes 
les humiliations, toutes les toitures S'il est si généreux, si la bien- 
faisance est sa vertu maîtresse, c'est qu'il n'a point oublié le temps des 
persécutions, et s'il a pitié de ceux qui souffrent, c'est qu'il se souvient 
de ce qu'il a souffert. 

'Maxime Du Camp, Paris bienfaisant.) 



PROCÈS-VERBAUX DES SÉANCES DU CONSEIL 



SÉANCE DU 29 AVRIL 1903. 
Présidence de M. Sylvain LÉvr, président, 

M. le Président propose la création de conférences, ayant lieu 
avec une périodicité régulière et destinées à répandre dans le grand 
public la connaissance de l'histoire et de la littérature juives. 

Après un échange d'observations, le Conseil adopte le principe de 
cette proposition et décide de nommer une commission pour l'étude 
du programme de ces conférences. Sont désignés pour faire partie 
de cette commission : MM. Sylvain Lévi, Maurice Bioch, Paul Gru- 
nebaum, Mayer Lambert, Lucien Lazard, Israël Lévi, Salomon et 
Théodore Reinach. 

Il est procédé à l'élection d'un deuxième vice-président ; est 
nommé M. le D r Henri de Rothschild. 

Le Conseil s'entretient de la question de l'Index général des cin- 
quante premiers tomes de la Revue. Il est décidé que le travail déjà 
commencé sera poursuivi et que la publication en sera faite après 
l'apparition du t. L, en deux fascicules qui remplaceront les numéros 
de la Revue d'avril-juin et juillet-septembre 1905. 

M. Israël Lévi fait une communication sur un papyrus récem- 
ment découvert et contenant le Décalogue et le commencement du 
Schéma. 



SÉANCE DU 24 JUIN 1903. 
Présidence de M. Sylvain Lévi, président. 

M. le Président rend compte des travaux de la commission des 
conférences. Il énumère les sujets des conférences qui ont été arrêtés 



PROCÈS-VERBAUX DES SÉANCES DU CONSEIL XLVll 

pour la première année et les noms de3 conférenciers. Il indique 
aussi le choix de l'heure et du local adoptés, enfin les conditions 
dans lesquelles le public serait invité. 

M. H. Derenbourg présente quelques observations sur l'heure et 
le local. 

Sur la demande du Ministre de l'Instruction publique, il est dé- 
cidé que la Société prendra part à l'exposition de Saint-Louis. 

M. Lucien Lazard fait une communication sur un passage anti- 
sémitique d'un cahier pour les Etats généraux du xvi° siècle. 



SEANCE DU 29 OCTOBRE 1903. 
Présidence de M. Sylvain Lévi, président. 

M. Israël Lévi rend compte des recherches faites par M. le Pré- 
sident et lui pour trouver une salle destinée aux conférences. Le 
Conseil arrête son choix sur la salle de la Société des Gens de lettres, 
cité Rougemont. Les conférences auront lieu à 4 heures 1/2 ; la pre- 
mière est fixée au dimanche 22 novembre. 



SEANCE DU 30 NOVEMBRE 1903. 
Présidence de M. Sylvain Lévi, président. 

Le Conseil décide de retarder d'une semaine les conférences à 
partir du 24 janvier. 

L'assemblée générale est fixée au 24 janvier et précédera la con- 
férence qui aura lieu ce jour-là. Le Conseil proposera aux suffrages 
de l'assemblée, pour la présidence de la Société, M. Edouard de 
Goldschmidt. 

M. le Trésorier expose le projet de budget pour l'année 1904. 



XLV1II ACTES ET CONFÉRENCES 

SÉàNCE DU 24 FÉVRIER 1904. 
Présidence de M. Edouard de Goldschmidt, président, 

M. le Président remercie le Conseil de l'honneur qu'il lui a fait en 
le désignant aux suffrages de rassemblée générale. 

11 est procédé au renouvellement du Bureau. Sont élus : Vice- 
présidents : MM. Henri DE ROTHSCHILD, Lucien Lazard ; Secré- 
taires : MM. Mayer Lambert, Paul Grunebaum ; Trésorier : 
M. Moïse Schwab. 

Le Comité de Publication est maintenu en fonctions. 
M. Théodore Reinach propose de mettre à l'ordre du jour de la 
prochaine séance la question de l'admission au Comité de Publication 
de personnes étrangères au Conseil. La proposition est adoptée. 

Le Conseil s'entretient des conférences de l'hiver 1904-1905. 
M. Israël Lévi demande s'il est nécessaire de louer de nouveau le 
local de la cité Rougemont ; il expose, en outre, les raisons qui 
rendent nécessaire, pour l'adoption du programme des conférences, 
l'assurance préalable du concours des conférenciers disposés à le 
remplir. 

Sur sa proposition, on décide de mettre à l'ordre du jour l'exa- 
men de ces diverses questions et d'envoyer, avant la séance, aux 
membres du Conseil un questionnaire sur le plan des conférences à 
adopter et sur les noms des conférenciers disposés éventuellement à 
s'en charger. 

M. Lazard voudrait que toutes les conférences de 1903-1904 
fussent réunies en un volume. Il est répondu qu'il faudrait pour cela 
l'assentiment des conférenciers ; or plusieurs ont déclaré ne pas 
avoir le loisir de mettre par écrit les paroles qu'ils ont prononcées. 

Les Secrétaires, 
Mayer Lambert et Paul Grunebaum. 



Le gérant, 

Israël Lévi. 



VKRSAILLIÎ8, IMPRIMERIES CKRP, 59, RUE DUPLESS18. 



£7p 











#1 v * 



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